Interview faite par mail par Matthieu

Bonjour et merci de prendre de votre temps pour mes questions ! Tout d’abord, comment présenteriez-vous le groupe Nephren-Ka sans utiliser l’étiquette “death metal” ?
Sylvain Bayle (chant) : Salut à toi, une question compliquée pour démarrer ! Je dirais que nous sommes quatre énergumènes qui jouent un metal brutal inspiré de l’univers de Dune, la saga de l’écrivain Franck Herbert, depuis 2006 et 3 albums. Nous sommes originaires d’Auvergne et actuellement le groupe est composé de Sébastien Briat à la guitare, Thibaud Pialoux à la batterie, Dimitri Boudon à la basse et Sylvain Bayle au chant.

Votre troisième album, "From Agony To Transcendence", vient tout juste de sortir, comment vous sentez-vous à ce sujet ?
Pour ma part, c’est une sorte de libération ! Après des mois de travail, c'est toujours une consécration de pouvoir entendre et partager le fruit de notre labeur ! Stefano Morabito (16th Cellar) a fait un boulot incroyable au mix et mastering, le son de l’album est très agressif et quand nous avons entendu les ébauches du mix, les morceaux ont pris une autre dimension ! C’est toujours impressionnant et très gratifiant de pouvoir entendre le produit final après avoir entendu des heures de riffs sur des logiciels de composition en midi ! Pour ma part c’est le premier véritable album auquel je participe, et ce fut énormément de boulot ! Mais même si on voudrait toujours changer des détails ici ou là, je pense qu’on est tous fiers de ce qu’on a fait de cet album et on espère que les gens vont l’apprécier.

Comment s’est passé le processus de composition de l’album ?
Comme pour les albums précédents, c’est Séb (guitare) et Thibaud (batterie) qui ont pris en charge la composition. Séb commence par écrire les riffs de guitare avant que Thibaud mette la batterie dessus. Quand Dimitri et moi sommes arrivés, l’ossature des morceaux était finalisée, nous avons tous les 2 écrit nos parties et mis notre "patte" dessus. Ensuite c’est beaucoup de répétitions et pas mal de maquettes. Pour ce qui est des paroles, Sébastien est le défenseur du concept autour de Dune, j’ai suivi l’idée des textes qu’il avait écrit en les retouchant ou en écrivant les morceaux de A à Z. C’est très différent de ce que j’ai pu connaître avec tous mes autres groupes, et notamment avec Abcest, car je suis le seul auteur des paroles d’habitude, et intégralement en français. Là, il a fallu que je m’adapte à l’anglais et à une thématique imposée, ça a été un bon challenge.

Entre le précédent album et celui-ci, la moitié du line-up a été changé, comment avez-vous vécu la situation en tant que groupe ? Comment les nouveaux membres ont été intégrés dans le groupe ?
Faisant partie des nouveaux membres, je suis bien placé pour te parler de l’intégration ! Thibaud et Séb sont les fondateurs et le noyau dur du groupe, et Dimitri est un de leurs amis de longue date, donc l’intégration s’est faite naturellement. Idem pour moi même si on ne se connaissait pas vraiment lors de mon arrivée. Dès la première répèt' ça a tout de suite collé, et on s’entend très bien tous les quatre, nous avons les mêmes délires et le même humour, je crois que c’est très important pour la tenue d’un groupe sur la longueur. Changer de chanteur ce n’est pas forcément évident car c’est souvent un des membres les plus exposé, qui signe l’identité du groupe. Passer derrière Laurent n’a pas été facile pour moi, d’autant plus qu’il est très actif sur la scène metal extrême et que je le connais depuis longtemps. Je me suis posé pas mal de barrières au début mais j’ai rapidement pris mes marques dans le groupe et j’espère que le changement sera bien perçu par les auditeurs.

Cet album, comme le reste de votre discographie, est inspiré de l'oeuvre de Frank Herbert, qu’est ce qui a retenu votre attention dans son travail ?
C’est Laurent, mon prédécesseur, qui, en grand amateur de sci-fi, avait amené cette thématique et au fil des albums, c’est devenu notre touche personnelle. Maintenant il est difficile de dissocier NEPHREN-KA de Dune. L'univers de Frank Herbert est riche, plein de références religieuses, philosophiques, politiques et écologiques qui résonnent dans notre société actuelle sur beaucoup de points, comme beaucoup d’ouvrages de s-f. Il y a énormément de matière pour écrire des textes et c’est un monde très visuel qui permet une grande liberté au niveau de l’artwork également.

Côté artwork, on retrouve Stan W. Decker, comment s’est passée la collaboration avec lui ? ?
Très bien à vrai dire, on le connaît depuis longtemps, il a déjà réalisé les artworks des 3 disques précédents et nous sommes tous du même coin. Quand est venue la question du visuel de l’album, nous nous sommes naturellement tournés vers lui, et nous ne sommes pas déçus du résultat. Stan connaît bien l’univers de Dune, ce qui facilite aussi le travail. Je t’avoue que personnellement j’ai hâte d’avoir le vinyle sous les yeux !



Ce que j’ai particulièrement aimé dans cet album, c’est le contraste entre pure violence, technicité et des influences orientales, notamment sur "Vision Of The Secher Nbiw". Quelles sont vos influences musicales pour créer un univers aussi diversifié ?
On s’attend souvent à ce que l’on réponde Origin, Hate Eternal ou Nile, et c’est plutôt vrai ! Séb et Thibaud sont des fans du groupe de Karl Sanders, ce qui se ressent forcément. Thibaud est vraiment axé brutal death alors que Séb et Dim sont peut-être plus éclectiques et écoutent beaucoup de rock ou de jazz. On a également tous poncé les grands classiques du genre comme Morbid Angel ou Suffocation. Pour ma part, j’écoute principalement du death ou du black plus old school, plus mid-tempo, mais je suis aussi electro ou hip-hop old school. Il y a énormément de chanteurs qui m’influencent ou m’ont influencé comme Kyle Symons, Jared Anderson ou aujourd’hui Seth Siro Anton par exemple. La liste est si vaste ! Ce qui apporte à notre musique c’est la somme de toutes ces influences, et ce côté parfois oriental est là pour coller à l’univers de Dune.

Comment avez-vous choisi les morceaux à dévoiler en tant que teasers pour la sortie de l’album ?
Cela s’est fait en concertation avec Alex de notre label Dolorem, nous avons fixé nos choix par rapport à nos goûts personnels mais en essayant de garder des atouts dans notre manche. Nous avons essayé de dévoiler des morceaux directs et accrocheurs qui donnent le ton de l’album. Le but c’est de donner envie d’écouter l’album mais de laisser à l’auditeur le soin de découvrir plus en profondeur des morceaux plus complexes ou plus nuancés, sans toutefois trahir l’identité du disque. Mais ça s’est fait naturellement, nous sommes tous tombés d’accord tout de suite.

En 2020, le Covid-19 a foutu en l’air pas mal de choses, comment se sont passées les différentes périodes de confinement / restrictions pour vous ?
En vérité cela n’a pas changé grand-chose au point de vue du travail sur l’album car aujourd’hui avec tout le matériel qui existe, tu peux facilement travailler à distance. L’album était déjà plus qu’avancé avant ça, donc au final les confinements n’ont pas forcément influencé sa composition. Ce qui a été plus difficile, ça a été le manque de répèt' car beaucoup de choses sortent de cette émulation, et surtout le manque de contact avec les autres. Discuter sur Messenger ne remplace pas le rituel du dimanche matin !

Malgré que l’avenir soit encore incertain, qu’avez-vous prévu après la sortie de l’album ?
Nous aimerions évidemment jouer beaucoup plus, et sortir de l’hexagone. On y travaille mais ce n’est pas forcément évident car aujourd’hui, pour sortir du lot il faut s’assurer une visibilité sur les réseaux sociaux et clairement sur ce point-là, nous avons beaucoup de travail à faire ! Nous sommes plutôt de la vieille école ! Le Covid a également changé la donne, les dates se font encore assez rares et, pour beaucoup, les festivals qui ont réussi à survivre gardent les affiches prévues avant toutes ces histoires de confinement. Donc il y a beaucoup d’appelés et assez peu d’élus ! Mais le projet c’est évidemment de défendre l’album sur scène.

Nephren-Ka est actif depuis quinze ans maintenant, comment avez-vous vécu les changements de la scène metal en France ?
Aujourd’hui, les frontières entre les genres sont floues, les styles se mélangent et c’est tant mieux ! Il est plus difficile de catégoriser les groupes, on retrouve des influences diverses dans tous les genres de metal. La scène française est prolifique et assez inspirée je trouve, elle trouve sa place sur la scène européenne. On a aussi vu l’arrivée de YouTube et autres réseaux sociaux, tout a explosé dans les années 2010. Aujourd’hui, on trouve de la musique en un clic, des groupes qui seraient restés anonymes peuvent émerger. Le côté néfaste de cette explosion d'offres c’est que l’on se met à (sur)consommer la musique, on se laisse moins le temps d’approfondir un disque. S’il ne nous accroche pas instantanément, on a tendance à passer au suivant rapidement. Je trouve qu’on se laisse moins le temps d’apprécier la musique, mais c’est mon avis. L’autre pendant de ça, c’est qu’aujourd’hui, tout se joue dans la manière de se vendre, principalement sur les réseaux sociaux. Il faut avoir du contenu régulier, s’exposer plus, proposer beaucoup de visuels. C’est une nette tendance ces dernières années.



Quel est votre avis sur la scène death metal française ?
La scène française est très active, et il sort régulièrement de très bons groupes de metal extrême. La scène black / post-black sort vraiment du lot avec une forte identité. Même chose pour le death, sans parler des figures de proue comme Svart Crown, Benighted ou Gorod, je trouve qu’il y a quelque chose de reconnaissable dans le son français, comme dans le son italien. Dernièrement sont sortis de très bons albums, je pense aux Mortuary ou Slave One, et aux groupes sortis chez Dolorem comme l’énorme Creeping Fear.

Est-ce que vous avez un morceau “favori” sur ce nouvel album ? Ou un qui vous parle plus que les autres ?
Je crois qu’on se rejoint tous les quatre sur "Vision Of Secher Nbiw" et "Sea Of Sand". Ce sont les morceaux plus nuancés de l’album, peut-être les plus sombres, avec une vraie atmosphère je trouve. "Vision" a pris une autre dimension sur enregistrement, dès le mix test de Stefano. Personnellement ce sont mes 2 morceaux favoris avec "Levenbrech Sardaukar" pour des raisons complètement différentes. "Levenbrech Sardaukar", c’est un gros parpaing en roue libre lancé d’une montagne ! Je pense que c’est le morceau le plus brutal avec "L’Abomination" (qui ouvre l’album), il a une structure très simple et directe et j’adore le solo ! On s’éclate vraiment à jouer ces 3 morceaux.

Comment s’est passé la première fois où vous avez joué d’un instrument ?
Dès la première fois que j’ai touché une guitare, j’ai su que j’étais fait pour le chant ! Je suis un piètre musicien, mais j’aime tout de même composer des riffs et grâce à la M.A.O c’est possible même pour les quiches comme moi ! Je pense que le chant death est un instrument à part entière, en tous cas c’est comme ça que je l’appréhende. Il nécessite un placement, une écriture et de la technique, c’est du boulot. La première fois que je m’y suis essayé je devais avoir 16 ou 17 ans, c’était sur un ampli basse 10W avec un micro pourri, style "karaoké", et curieusement le résultat a été suffisamment satisfaisant pour que je m’y accroche ! Il faut dire que j’avais déjà des années d’expérience dans ma chambre ou sous ma douche ahah On était jeunes et visiblement assez peu exigeants ! Parmi toutes mes influences, celui qui a fait naître en moi ce désir de chanter c’est Chris Barnes ! Quand j’ai entendu les premiers Cannibal Corpse étant gamin, j’ai su que c’était ça que je devais faire ! Laurent et mon frère Séb qui jouaient dans un groupe de death de la région (Dislocation) m’ont aussi mis le pied à l’étrier quand j’étais ado. Misanthrope a été aussi un déclencheur dans l’écriture de mes textes, j’adore le style volontairement ampoulé de Philippe mais je l’utilise plutôt avec mon autre groupe Abcest.

Quels sont vos hobbies, musique mise à part ?
Pour ma part, je suis un fervent lecteur de polars.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre musique que vous ne retrouvez pas chez les autres groupes ?
Là tu me poses une colle… Nous n’avons pas la prétention d’inventer quoi que ce soit, on joue notre musique honnêtement, on fait ce qu’on aime. C’est plutôt aux gens qui aiment notre musique de répondre à ça, s’ils ont la réponse !

Quelle est votre meilleure et votre pire expérience en tant que musicien ?
Ma meilleure a été de jouer sur une vraie belle scène vers chez nous, au Tremplin à Beaumont avec Abcest en 2014. D’avoir de l’espace, un bon son, des lights pour la première fois, ça a été une super expérience. Pour la pire, je dirais une fête de la musique gâchée par la pluie, l’excès d’alcool et une ambiance exécrable il y a peut-être 15 ans de ça. De manière générale, toutes les fêtes de la musique !!

Dans quel état d’esprit êtes-vous lorsque vous jouez sur scène ?
C’est difficile à décrire, c’est un mélange de stress et d’adrénaline avec l’envie d’en découdre. Quand tu te sens bien avec tes camarades, il y a une sorte d’énergie qui se dégage. Le moment que je préfère c’est juste avant de monter sur scène. Il y a une sorte de tension, de stress. Cette routine, ça peut ressembler à un vestiaire avant un match. Tout le monde s’échauffe au calme, l’excitation monte. Avec les années, tu prends de plus en plus de plaisir, et l’appréhension diminue, parler avec le public devient moins impressionnant. Jouer devant des gens et pour des gens ça reste grisant mais ça va peut-être te paraître bizarre, le live n’est pas forcément ce que je préfère dans le fait de jouer en groupe. Je préfère travailler, écrire.

A quelle plat français pourriez-vous comparer la musique de Nephren-Ka ?
Certainement une truffade pour être chauvin, c’est gras, simple, et ça tient au corps !

Dernière question : avec quels groupes rêveriez-vous de tourner ? Je vous laisse créer une tournée avec Nephren-Ka en ouverture !
Alors là, c’est une question difficile ! Il y a tellement de groupes avec qui on adorerait jouer ! Pour avoir vu Aborted et Cytotoxin ensemble, ce sont 2 groupes avec qui ça doit être génial de jouer, c’était une super ambiance entre les musiciens. Pour moi, une des affiches de rêve possible serait Septicflesh, Blood Red Throne, NEPHREN-KA. Mais je ne suis pas sûr que ce serait le choix de mes camarades ni des organisateurs ni des autres groupes. (rires)

Merci encore d’avoir pris du temps pour mes questions ! Je vous laisse le mot de la fin !
Merci pour ton intérêt, et on espère vous revoir tous sur scène le plus rapidement possible !


Site Officiel : www.facebook.com/nephrenkaband