Waldgeflüster voit grand pour ses vingt ans. A peine deux ont passé depuis leur dernier EP, mais Winterherz (chant / instruments, Uprising, Scarcross), Thomas Birkmaier (batterie, Scarcross, Beyond The Sun), Markus Frey (guitare, Sinism), Dominik Frank (guitare / choeurs, The Course Is Black, Meridian, Beyond The Sun) et Martin Schirmann (basse, Funeral Pile, Meridian) annoncent déjà la sortie non pas d’un mais bien de deux albums, "Knochengesänge" et "Knochengesänge II", chez AOP Records.
Charlie Anderson (Panopticon) s’occupe des cordes pour les deux albums, et Arvagr (Dagnir En Gwann, ex-Waldgeflüster) du piano sur le deuxième.
Nous débutons la première partie de cette aventure dans la douceur avec "Krähenpsalme", titre qui s’enflamme rapidement pour abriter les hurlements saisissants de Winterherz, rejoint par Austin Lunn (Panopticon) qui s’adapte naturellement à la fureur de la rythmique. On retrouve également quelques passages plus doux et planants pour contrebalancer la noirceur et lui donner une saveur différente, s’y alliant parfois pour créer des tonalités planantes avant de rejoindre "Bamberg, 20. Juni" et sa mélancolie froide qui se transforme en riffs pesants et cris déchirants, voix samplées et chant clair qui témoignent d’une diversité unie. Ne comprenant pas l’allemand, je ressens tout de même toute la détresse de la voix saturée et l’apaisement temporaire du chant qui nous mènera à un final très lumineux avant que "Der kleinste König Und Sein Architekt" ne prenne sa place, nous offrant sa dissonance puis sa rage à travers une rythmique intense, très régulière et enivrante. Le groupe nous laisse tout de même profiter d’un court break avant de relancer la machine qui nous emporte vers "Von Hypnos Und Thanatos" où l’introduction onirique sera elle aussi brisée par la puissance de la saturation, recréant le sombre et majestueux ouragan qui emporte notre esprit au gré de ses vagues de virulentes et moments de quiétude passagers. Les choeurs jouent un rôle assez important dans ces derniers, tout comme le final accompagné de cordes qui mène à "Lethe - Der Fluch Des Schaffenden" où le son redevient lancinant, accueillant Alboin (Eïs) pour un duo vocal poignant, mais on notera que le titre met plus l’accent sur les breaks et les parties épurées, corrompues par les hurlements. "Knochengesang" démarre ensuite, proposant un instant de répit qui déteint sur les futurs riffs et rendant le morceau assez contrasté entre son atmosphère douce et ses éléments plus bruts, osant un passage plus pesant avant de laisser place à "The Parting Glass", titre assez court et beaucoup plus accessible chanté en anglais qui permet de clore ce premier chapitre de manière assez simple, mais toujours planante.
On enchaîne immédiatement avec les premières notes de "Das Klagelied Der Krähen" qui nous offrent une nouvelle part de douceur en acoustique, soutenue par cordes et claviers qui accentuent les tonalités brumeuses, mais la saturation revient dès que "Frankfurt, 19. März" qui adopte une lenteur digne du doom pour tisser ses mélodies. Bien que relativement différente de ce à quoi le groupe nous a habitués, on ressent toute la noirceur mélancolique au sein de ce morceau où le chant clair domine, à peine complété par quelques choeurs grognés alors que "The Little King And His Architect" nous offre une lecture différente du morceau de l’album précédent. Le groupe est à nouveau rejoint par Austin Lunn (Panopticon) qui officie cette fois à la batterie pour accompagner les riffs éthérés qui envahissent notre esprit avant un long final au piano où la voix semble comme effacée avant que "Crusade In The Dark" n’adopte une approche plus énergique, bien que finalement
toujours lancinante. Le son est parfois un peu étouffé, épuré ou au contraire volontairement alourdi, permettant au vocaliste de mener la danse comme lorsque le break prend fin et que nous repartons avec les musiciens dans ces touches vaporeuses avant de rejoindre celles d’"In Lethes Fluten" qui sonne comme une triste berceuse à mes oreilles. Le titre emprunte autant au post-rock et au shoegaze qu’à des teintes orientées post-punk dans les passages où les claviers envahissent l’atmosphère et que les murmures naissent, mais ces éléments solennels disparaîtront avec l’arrivée de "Singing Of Bones" qui se veut plus organique, combinant voix expressive, guitares ambiantes et autres cordes torturées pour un moment de détente durant lequel le vocaliste est mis à rude épreuve, suivi par une version acapella de "The Parting Glass" qui le laisse refermer l’album seul.
Waldgeflüster est très clairement sorti de sa zone de confort avec cette sortie. Si "Knochengesänge" nous offre exactement ce que nous souhaitions en termes d’intensité et de noirceur, "Knochengesänge II" nous permet de découvrir une autre facette de ce groupe, plus vulnérable et épurée.
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