"Made Flesh"
Note : 16/20
Nouvelle aventure pour Untitled With Drums. Suite à leur signature avec le label Season Of Mist, Martin Le Borgne (basse/chant) Lucas Delay (guitare), Nicolas Zalachas (clavier) et Rémy D. Perrin (batterie) - aidés par Etienne Marchal pour les guitares - révèlent leur deuxième album, "Made Flesh".
Le groupe attaque fort avec "Above My Head", premier titre déjà assez pesant au niveau instrumental, mais qui va s’apaiser pour accueillir les premières touches de chant, créant une dualité intéressante prête à voler en éclat pour retrouver sa saturation avant qu’elle ne décide de déteindre définitivement sur l’ensemble. Le son se coupe d’un seul coup pour faire place à "Shame" et à ses sursauts entêtants mais dissonants au sein desquels le vocaliste se déchaîne, n’hésitant pas à proposer une approche encore plus viscérale pour rendre le morceau saisissant alors que "Matter" va développer des éléments bien plus vaporeux et progressifs. On retrouve toutefois la puissance du post-hardcore dans les envolées, mais là encore le morceau est court, et c’est avec "Gray" que nous poursuivons tout en rencontrant des sons mystérieux avant d’espérer nous faire emporter par la saturation salvatrice où le groupe se déchaîne un peu plus. "Space" nous offre un moment de quiétude assez minimaliste mais savoureux qui bien entendu ne durera pas vraiment sur l’intégralité du titre, laissant le groupe revenir à ses sursauts d’énergie brute, mais le final redescend lentement jusqu’à "Change For You" où l’introduction prend également son temps pour lancer véritablement la machine.
Une fois celle-ci bien en place, son rythme nous berce un moment, puis fait place à la courte et abrasive "Oblivious" qui retrouve une vivacité accrocheuse qui trouvera son public lors des concerts si la fosse est intéressée pour remuer, mais aussi pour simplement profiter du break plus doux. Retour des vagues de violence pour "Parasitic", mais aussi des tonalités plus criardes qui viendront nous déranger par moments, mais nous retrouverons la douceur dès que "Been So High" débutera, s’inscrivant comme une sorte de balade aux moments énergiques pour contrebalancer le calme. La touche rock disparaît sur l’ultime morceau, "Cry", qui s’approche plus des éléments post et shoegaze pour nous emporter vers les derniers instants de ce chapitre du quatuor dans une mélancolie palpable.
Untitled With Drums apporte un vent de fraîcheur à la scène avec "Made Flesh", toujours guidé par un mélange de genres saturés intéressants. Si certains titres peuvent vous sembler assez doux, attendez que les amplis parlent à nouveau pour comprendre.
"Hollow"
Note : 19/20
C’est rare, quoique plus fréquent, que le boss du webzine m’envoie un album accompagné d’un "Tiens, c’est du rock", espérant que ça diminue ma déception en le découvrant. Mais Pete, on aime tous le rock. Forcément, beaucoup s’y essayent. Peu réussissent vraiment à proposer quelque chose à la fois de très authentique, de très sincère dans l’interprétation, tout en gardant un caractère universel. Au vu du nombre de groupes en activité, le public peut-être exigent mais c’est plein d’espoir que je m’apprête à écouter "Hollow", les yeux sur une couverture sublime.
C’est toute une montée en pression qui nous amène sur "Play With Fire", premier morceau très vif, bien mené, simple mais qui accroche. L’attention ainsi captée, c’est un univers changeant et pourtant hypnotique qui va prendre place. La musique est hachée, tranchée par des niveaux d’énergie allant du rock brûlant et rapide, à parfois presque de la nonchalance, jusqu’à atteindre quelque chose de très solennel sur "Silver", pile au milieu de l’album. C’est une batterie douce mais salvatrice qui nous sortira de ce son hypnotisant. C’est d’un vrombissement sonore dont la voix s’échappe à nouveau. Un cri aérien qui vient se mêler avec magie aux distorsions des guitares. Ce cri primaire d’une première respiration douloureuse m’évoque la re-naissance. La second moitié de l’opus confirme cette sensation avec un regain d’énergie et un ton plus "printanier" (parfois je me dis que je suis peut-être le seul à me comprendre). Le caractère lancinant est toujours présent mais une dynamique de jeu vient bousculer l’ensemble. On notera aussi une basse très justement utilisée, qui tantôt assure le rythme, tantôt vient colorer les partitions du groupe de cordes graves et noisy. Un régal. Tout comme le chant qui sait s’arrêter parfois pour laisser la guitare et la batterie créer une atmosphère presque cristalline.
On va être clair, cet album "Hollow" d’Untitled With Drums est un pur régal. Il capte l’attention et finit par vous emmener où il le veut. Le rythme général de l’album est bien pensé, les compositions sont aussi lancinantes qu’abrasives, le son clair ou corrosif. Tout ceci ne représente que des moyens, et l’interprétation que ces hommes en font est tout simplement émouvante. Ça c’est du rock.
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