"Morbid Desires"
Note : 16/20
Tulus est de retour. Pour ses trente-cinq ans, le groupe mené par Sarke (batterie, Khold), Blodstrup (guitare / chant, Khold) et Crowbel (basse, Kråbøl, ex-Funeral, ex-Sarke) dévoile chez Darkness Shall Rise Productions son huitième album, "Morbid Desires".
"Salme II" ouvre ce nouvel album en douceur avec des claviers planants, mais noirceur et agressivité arriveront bien assez vite sous la forme de riffs abrasifs et de rugissements, contrastés par les parties de chant clair et les claviers à la limite du black metal symphonique. Pourtant, le mélange fonctionne bien, tout comme "Skabb" qui lui emboîte le pas et adopte un rythme bien plus groovy, presque même black’n’roll sur certains passages alors que d’autres sont faits d’éléments old school furieux, à l’inverse de "Tulus" qui revient aux touches plus aériennes sur une base assez minimaliste. Nouvelle vague de violence avec "Kistesmed", composition elle aussi tiraillé entre toutes les influences glaciales du groupe qui sait aussi bien laisser le blast que les harmoniques s’exprimer et qui n’hésite pas à passer de l’un à l’autre sans transition, puis "Vanvidd" nous offre des tonalités presque trop joyeuses ainsi qu’un peu de lourdeur.
Malheureusement un peu rapide à mon goût, le titre nous offrira tout de même un solo avant de nous mener à "Hedengangen", titre assez court également qui place immédiatement ses riffs accrocheurs et ses touches de hard rock entêtantes avant de revenir à la douceur sur "Fossegrimens Vakt", composition qui débute en acoustique mais qui ne tardera pas à laisser la saturation la hanter à nouveau. Le final est bien plus pesant, mais il s’apaisera à nouveau avec "Skauånd", retrouvant ses sonorités hypnotiques en répétitives qui le rendent enivrant avant que Sabbat ne signe la fin de l’album avec huit minutes de riffs changeants et infusés au heavy, comptant toujours sur la rugosité du chant pour accentuer l’agressivité même dans les passages les plus doux qui ponctuent la marche, passant même par quelques moments surprenants.
Toujours emprunt de diverses influences, le black metal de Tulus reste extrêmement efficace ! Si certains titres semblent un peu courts, "Morbid Desires" est dans sa globalité un bon album très diversifié qui n’hésite jamais à étonner.
"Fandens Kall"
Note : 16/20
Formé en 1991, Tulus entre dans ce qu'on appelle les vieux de la vieille et son black metal froidement groovy vient faire entendre ses ambiances lugubres une septième fois sur "Fandens Kall". Si "Old Old Death" en avait décontenancé certains par quelques expérimentations et un groove étonnamment dansant par moments, ce nouvel album revient vers quelque chose de plus pur et de plus froid.
Le morceau-titre qui ouvre l'album ne laisse d'ailleurs planer aucune doute là-dessus avec ses blasts qui nous attaquent sans perdre de temps et ses riffs purement black metal dans la grande tradition des premiers groupes de la seconde vague norvégienne. Le groove revient vite se faire entendre sur des passages plus mid-tempo mais globalement ça sent la mort par ici et la température est bien en dessous de zéro. L'approche est très directe une fois de plus puisque ce premier morceau n'atteint même pas les trois minutes et que l'album dépasse à peine la demi-heure. "Slagmark" ralentit le rythme et part dans un mid-tempo bien plus sombre et malsain, l'ambiance se fait bien plus pesante et même les passages un peu plus nerveux gardent des riffs glaciaux tout droit issus du black metal pur et dur. Certes ça groove pas mal mais contrairement au dernier Slegest dont on a parlé, ça reste très proche des racines de la seconde vague norvégienne et ces dix morceaux sont bien plus froids et inquiétants. On a même droit avec "Allstøtt" à un morceau bien énervé et rageur qui n'atteint même pas les deux minutes ! Quant à "Samuelsbrenna", il prend la direction opposée avec un rythme bien plus lourd et une ambiance par conséquent beaucoup plus rampante. Si Tulus reste simple et direct sur ce nouvel album, il dynamise suffisamment sa musique pour que l'on passe d'une ambiance à l'autre et que cette petite trentaine de minutes ne ressemble pas à une ligne droite pied au plancher.
Les mélodies glaciales, l'ambiance morbide et les riffs tranchants apportent une profondeur qui rend service à ce "Fandens Kall" et en fait autre chose qu'un album de black metal de plus. Il y a quelque chose qui vous prend à la gorge sur ces morceaux, une authenticité et une envie d'attaquer plus fort après un "Old Old Death" assez particulier. Tulus a expérimenté sur son précédent album donc cette fois il revient d'humeur plus conservatrice et agressive. On a encore droit à du bon gros black'n'roll comme sur "Sjelesmerte" qui groove comme un beau diable avec sa basse sautillante. Mais le groupe arrive tout de même à nous surprendre avec un refrain qui fait entendre quelques vocalises de la part de la chanteuse Lena Fløitmoen qui amènent une ambiance plus éthérée et fantomatique. L'ambiance devient subitement plus noire et inquiétante au milieu d'un morceau très groovy, un contraste plutôt bien amené qui fait son petit effet. Et puisque l'on parle de contraste, "Bloddråpesvermer" enchaîne avec de bons gros blasts qui prennent par surprise là encore et tranchent violemment avec le groove que l'on vient juste d'entendre. L'ambiance se fait elle aussi bien plus noire et la glace recommence à se former dans nos enceintes qui n'en demandaient pas tant. Quelques petites touches de guitare acoustique s'infiltrent aussi en fin de morceau et ajoutent de la finesse et de la profondeur à un morceau finalement moins brut qu'il n'y paraît. C'est le point fort de Tulus finalement, surprendre avec une musique très directe au premier abord mais qui recèle plusieurs petits détails intéressants aux écoutes suivantes.
En tout cas, "Fandens Kall" remet les pendules à l'heure après le déroutant "Old Old Death" et revient à des ambiances bien plus froides et bien plus proches du black metal. Le groove est toujours là mais l'ambiance est glaciale et le tout est bien plus rageur, donc si le précédent album vous a laissés circonspects, vous savez que vous retrouverez vos marques avec ce nouveau méfait.
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