Le groupe
Biographie :

Threshold est un groupe de metal progressif britannique formé à la fin des années 1980 en Angleterre par Karl Groom, Jon Jeary, Richard West, Damian Wilson et Tony Grinham. Leur style se caractérise par les attributs classiques du heavy metal (guitares saturées, suremploi du "riff", solos de guitares, usage de la double-pédale, refrains accrocheurs) aux sonorités épiques et volontairement pompeuses (nappes de claviers, effets électroniques, longs développements), possédant des aspects structurels propre à la complexité du rock progressif par lequel ils ont été influencés. Malgré une approche commerciale indéniable, Threshold n'a jamais pu vraiment percer dans le paysage musical du metal progressif anglophone, les cantonnant à un éternel statut de groupe de première partie. Cependant, leur contrat avec la maison de disques Nuclear Blast couvrant depuis l'album "Dead Reckoning" (2007) fait preuve de la volonté du groupe à voir ses ambitions à la hausse. En Mars 2017, le groupe annonce le départ du chanteur Damian Wilson et le retour de Glynn Morgan. Le groupe s'était aussi séparé quelques semaines plus tôt du guitariste Pete Morten.

Discographie :

1993 : "Wounded Land"
1994 : "Psychedelicatessen"
1997 : "Extinct Instinct"
1998 : "Clone"
2001 : "Hypothetical"
2002 : "Critical Mass"
2004 : "Subsurface"
2007 : "Dead Reckoning"
2012 : "March Of Progress"
2014 : "For The Journey"
2017 : "Legends Of The Shires"


Les chroniques


"Legends Of The Shires"
Note : 17/20

Pour une raison que j'ignore, les membres de Threshold ont signifié à Damian Wilson à la fin de l'enregistrement de "For The Journey" qu'il ne ferait plus partie du groupe après la tournée. C'est donc Glynn Morgan qui avait déjà chanté à l'époque sur l'album "Psychedelicatessen" qui reprend sur le micro sur ce nouvel album "Legends Of The Shires".

Threshold n'a pas fait les choses à moitié puisqu'il nous délivre cette fois un double album pour une bonne heure vingt de musique, autant dire qu'on va avoir un sacré morceau à se mettre sous la dent ! En tout cas, la patte du groupe est évidemment reconnaissable dès "Small Dark Lines" à l'exception de riffs plus agressifs que ce à quoi le groupe nous avait habitué sur ses dernières sorties. L'occasion aussi de confirmer que Glynn Morgan n'a pas perdu sa voix avec le temps et que le groupe a toujours le don de placer des lignes de chant accrocheuses, même si celles du refrain sont un peu convenues. Histoire de confirmer qu'il n'est pas là pour plaisanter, le groupe balance dès le troisième morceau un pavé de près de douze minutes qui commence comme une ballade au piano pour mieux contrebalancer les riffs tranchants de son prédécesseur. Pas d'inquiétudes, le morceau devient par la suite une vraie grosse pièce progressive comme Threshold en a le secret, laissant transparaître une fois de plus cette mélancolie qui habite sa musique depuis toujours. Comme vous l'aurez compris très vite, ce nouvel album est évidemment un concept et les morceaux se suivent sans temps morts, sachant que la musique de Threshold a toujours été paradoxalement homogène malgré sa richesse, l'exercice ne présente aucune difficulté pour nos Anglais. Le retour vers des sonorités plus sombres et plus nerveuses expliquent peut-être l'éviction de Damian Wilson, car même si ce dernier chantait sur les premiers albums du groupe? sa musique s'était relativement adoucie depuis son retour.

Ces gars-là n'ont pas non plus perdu leur capacité à pondre des hits en puissance qui pourraient très bien faire un carton si des stations de radio ou des chaînes de télé se donnaient la peine de les passer, "Stars And Satellites" en est un bon exemple. Le deuxième CD nous offre lui aussi son pavé avec les dix minutes de "Lost In Translation", magnifique morceau qui nous amène en beauté vers la fin de l'album. Comme d'habitude, la musique de Threshold est gorgée d'émotions et réussit systématiquement à vous remuer les tripes et à vous marquer avec des mélodies dont vous aurez bien du mal à vous défaire. On se retrouve bien vite en terrain connu et si certains pourraient regretter que le groupe ne se montre pas plus aventureux et se contente de reprendre plus ou moins la même recette à chaque album, il n'empêche que le talent est là que personne ne sonne comme Threshold. Quand on arrive à trouver son style et à ne jamais faire ressortir outrageusement ses influences en produisant une patte reconnaissable entre mille, on peut se permettre de ne pas révolutionner son univers à chaque sortie. D'autant que le groupe a le don de nous balancer des mélodies touchantes sans jamais être niais et ce n'est pas à la portée de tout le monde non plus, on a vite fait de tomber dans l'excès et le mauvais goût dès lors qu'ils s'agit de faire quelque chose de poignant.

Voilà donc un nouvel album touffu, qui montre un retour aux riffs plus agressifs que l'on pouvait encore entendre sur "Dead Reckoning" et qui prouve une fois de plus si besoin en était que Threshold a décidément du talent. Aucune raison donc de passer à coté de "Legends Of The Shires" si vous aimez le groupe, pour les autres il est toujours temps de vous pencher dessus.


Murderworks
Avril 2018




"For The Journey"
Note : 17/20

Threshold déjà de retour presque deux ans pile poil après "March Of Progress", le groupe a décidé de ne plus perdre de temps et nous livre donc en cette fin d'année "For The Journey". Il constitue pour rappel le deuxième album depuis le retour de Damian Wilson au chant, et le dixième du groupe.

Pas de dépaysement, on retrouve le Threshold qu'on avait laissé en 2012, celui qui montrait un visage plus progressif et plus doux, dénué des traces de metal qu'on pouvait entendre sur "Dead Reckoning". On retrouve nos marques dès le morceau d'entrée "Watchtower On The Moon", les mêmes mélodies, les mêmes chœurs sur les refrains, les mêmes claviers, même la production est identique ! Mais le groupe se permet quelques petits détails inhabituels, notamment l'aspect bien plus sombre de "Unforgiven" qui, contrairement à celui de Metallica, présente des mélodies et sonorités presque malsaines surprenantes chez Threshold mais qui lui vont bien (quoique "The Hours" tapait déjà dans ce genre d'ambiances). En dehors de ça, on ne tombe jamais de notre chaise, mais après tout la patte du groupe est établie depuis bien longtemps maintenant et vu la qualité constante de ses albums, on ne va pas se plaindre. Le chant de Damian Wilson est toujours aussi bon, gorgé d'émotions et d'une justesse incontestable. D'ailleurs je m'étonnerai toujours du fait que le groupe sorte ses albums en France dans une relative indifférence, je sais bien que notre pays n'est pas le plus vendeur pour les groupes de prog mais Threshold n'en est pas le représentant le plus hermétique. Quand on survole la discographie du groupe on trouve certains albums plus metal et plus musclés que d'autres, plus sombres aussi, mais le metal prog de Threshold a toujours été à la fois riche et accrocheur, on est loin de la démonstration stérile et on a toujours des refrains qui restent dans le crâne. Peut-être le côté heavy de certains morceaux, ou les mélodies parfois très années 80 qui bloquent chez certains.

Comme tout groupe de prog qui se respecte, on note la présence d'un pavé de 12 minutes, "The Box", très beau morceau au demeurant et qui évite avec brio le piège de la redondance ou le syndrome de la jam qui vire à l'improvisation sans queue ni tête. Pour l'anecdote, on y retrouve d'ailleurs le même sample utilisé par Fear Factory sur "Timelessness". En tout cas ce dixième album ne change pas de formule et reprend point par point la patte reconnaissable entre mille du groupe, à un point tel que l'on pourrait facilement croire que les morceaux de ce nouvel album sont issus des sessions de "March Of Progress". On retrouve cette sensibilité propre au groupe, cette facilité à rendre sa musique touchante et belle sans jamais tomber dans la mièvrerie. Un prog plus proche du hard que du metal, pas mal de refrains accrocheurs histoire de trancher avec les inévitables morceaux à tiroirs. C'est finalement un très bon moyen de découvrir le prog sans être effrayé par l'abusive technicité de certains groupes, Threshold privilégie l'émotion et la mélodie tout en proposant tout de même une musique riche qui ne livre pas tous ses secrets en deux écoutes. Alors certes, et je me répète un peu, cet album ne présente pas de grosses différences avec son prédécesseur mais le groupe a déjà expérimenté pas mal de choses depuis ses débuts, il serait donc malvenu de leur reprocher de ne pas systématiquement se renouveler. D'autant que "March Of Progress" marquait une certaine rupture avec le côté plus rentre-dedans et direct de "Dead Reckoning" (souvenez-vous des growls de Dan Swanö sur "Slipstream"). Précisons en passant que comme d'habitude il y a un morceau bonus sur l'édition digipack, ça fait toujours plaisir.

Nouvel album très proche de "March Of Progress" qui devrait par conséquent convenir à tous ceux qui l'ont apprécié, c'est mon cas et j'invite tous ceux qui aiment le prog et qui ne connaissent pas encore Threshold de se pencher sur leur discographie. Il y a de quoi faire en 10 albums, et même si la patte est aisément reconnaissable à chaque fois le groupe se permet régulièrement quelques écarts vers d'autres sphères musicales.


Murderworks
Décembre 2014




"March Of Progress"
Note : 18/20

Les maîtres du prog anglais sont enfin de retour, 5 ans après l'excellent "Dead Reckoning", ils nous délivrent leur nouvel opus nommé "March Of Progress". Un délai qui peut effectivement paraître long, mais ces dernières années n'ont pas dû être faciles pour le groupe. D'abord avec le départ d'Andrew Mc Dermott qui avait marqué la musique de Threshold sur les albums les plus récents avec sa voix particulière, forçant le groupe à lui trouver un remplaçant à la hauteur. Ce sera chose faite après que Damian Wilson ait dépanné le groupe en tournée, il a le talent nécessaire pour remplacer "Mac" et avait déjà chanté chez Threshold par le passé. Mais la mort d'Andrew Mc Dermott en 2011 a aussi dû mettre une claque aux membres du groupe, même s'il n'en faisait plus partie on n'efface pas une longue amitié comme ça.

C'est donc en 2012 que Threshold revient et on peut dire que malgré les épreuves, le groupe est toujours en grande forme ! Pour ceux qui s'inquiétaient du chant vous pouvez vous rassurer de suite, Damian Wilson est un chanteur exceptionnel et accomplit un boulot phénoménal. Et comme je le précisais il connaît déjà bien la musique du groupe pour en avoir fait partie dans le passé, le seul point qui pourrait en bloquer certains et que "Mac" avait un timbre de voix particulier et une voix un peu plus éraillée. Damian Wilson a en général une voix plus "propre", plus douce et aurait pu faire craindre à certains une orientation plus soft. Mais au niveau du talent et de l'art de placer les lignes de chant qui tuent, ces deux chanteurs se valent et l'identité du groupe est parfaitement respectée (ce qui est logique puisque l'album a été composé par deux des membres originels du groupe, Jon Jeary et Nick Meadson). Parce que oui au bout d'un moment il faut bien parler de musique, et je vous garantis que le groupe n'a vraiment pas perdu la main.

La formule bien connue est toujours là, un mélange de metal, de prog, de sonorités un peu plus hard rock, de mélodies magnifiques et de passages dignes des grands des années 70. Et bien entendu toujours ce talent pour pondre des refrains à la fois très accrocheurs et d'une beauté terrible, il y a encore cette classe propre au groupe et qui lui permet de nous donner la chair de poule à plus d'une occasion. Comment ne pas s'émouvoir à l'écoute de morceaux tels que "Return Of The Thought Police", "Staring At The Sun" ou encore le superbe "The Hours" dont la première moitié nous montre un Threshold plutôt sombre et toujours très touchant. Ce nouvel album est comme d'habitude assez riche, chaque morceau nous présente des sonorités et des ambiances différentes tout en gardant la touche Threshold reconnaissable entre mille. En fait si le groupe vous est déjà familier il n'y a rien qui puisse vous déboussoler sur ce "March Of Progress", la personnalité du groupe est affirmée depuis bien longtemps maintenant et chaque album apporte son lot de variations. Celui-ci bénéficie de quelques sonorités un peu plus plombées et bien entendu de la voix de Damian Wilson, mais globalement c'est bel et bien le Threshold qu'on aime.

Prog oblige l'album dure à peu près une heure et les morceaux tournent là aussi dans les 6 ou 7 minutes, et ceux qui connaissent déjà bien la musique du groupe savent que tout en étant complexe elle offre des mélodies imparables et s'ancre vite dans votre crâne pour ne plus jamais en ressortir. C'est d'ailleurs un des points sur lesquels le groupe ne cesse de progresser, les refrains sont à chaque album plus prenant, l'émotion est de plus en plus palpable en gros Threshold a de plus en plus la classe. Le talent technique des musiciens y est bien entendu pour quelque chose, ils savent parfaitement le mettre au service des mélodies et il suffit d'écouter l'excellent solo à la fin de "Colophon" pour s'en rendre compte. Pas un titre n'est à jeter et on se prend baffe sur baffe tout au long de l'album, entre groove, refrains accrocheurs et passages tout en poésie et émotions.

Bref Threshold est de retour et a la patate, et ce "March Of Progress" est à écouter obligatoirement pour tous ceux qui aiment la belle musique tout simplement, au délà des étiquettes metal, prog ou autres. Dites vous juste qu'il est rempli de superbes morceaux, que l'émotion y est présente du début à la fin et que malgré la relative longueur des morceaux on se surprend à trouver l'album presque court. Voilà un groupe qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite, surtout en France ou en dehors de quelques initiés le groupe est ignoré. Il n'a d'ailleurs pas rejoué chez nous depuis 2004, alors si vous cherchez de la bonne et belle musique orientée metal / rock prog vous savez ce qu'il vous reste à faire. Et n'hésitez surtout pas à jeter aussi une oreille sur le reste de la discographie, ce groupe nous compose des joyaux depuis une bonne paire d'années déjà et il y a largement de quoi se prendre d'autres grosses claques.


Murderworks
Décembre 2012


Conclusion
L'interview : Karl Groom

Le site officiel : www.thresh.net