"After Chaos: Nocturnal Vigil"
Note : 16/20
Nouvelle incantation signée Runemagick. Pour ce quinzième album, nommé "After Chaos: Nocturnal Vigil", Nicklas Rudolfsson (chant / tous instruments, Dödsvaka, Domedag, The Funeral Orchestra, Necrocurse…) a fait appel à Hammerheart Records, mais surtout à Dísa Draugurinn (chant shamanique, Draugurinn, Turdus Merula).
L’album démarre sur "After Chaos", son plus long morceau, et le constat est relativement simple : le musicien ne nous invite pas seulement à écouter son travail, mais plutôt à le rejoindre dans sa transe entre musique folk et plus tard éléments doom / death plus traditionnels. On sent que les effets renforcent le son lourd et pesant doublé des cris parfois glauques, parfois plus orientés metal gothique qui règnent sur la composition avec un rythme lancinant qui s’épure sur le final menant à la certes plus courte mais toute aussi planante "Rune Magick Unbound" et ses effets mystérieux qui permettent aux riffs saccadés d’apporter un peu de diversité. Les parties vocales sont également plus brutes sur ce titre, renforçant l’aspect direct de la rythmique et de ses quelques vagues d’accélérations qui contrastent avec les incantations du musicien, et même si l’on sent une intensification avant les quelques mots du final, "The Nocturnal Vigil" revient aux tonalités pagan un court instant avant que les racines sombres du doom ne se remettent en place. Le son redevient morbide à souhait, lent et oppressant alors que le vocaliste propose quelques éléments inattendus comme des patterns plus dissonants qui emportent notre esprit vers un requiem avant que les tons brumeux ne resurgissent avec "Urðr's Cosmic Weave" et son approche imposante.
Là encore, on remarque des tonalités massives corrompues par des harmonique planantes qui respectent l’atmosphère old school et ses proportions parfois épiques mais toujours malsaines qui nous traînent jusqu’à "Abyssal Continuum" où le musicien choisit une approche plus douce pour nous présenter son morceau avant de créer des riffs plus bruts. On notera une intro en deux temps, puis un ton plus énergique par vagues où les harmoniques se montrent plus entêtantes, à l’inverse de "Formless Dawn" qui va créer un écho hypnotique pour mieux asseoir sa lourdeur cadavérique. Le morceau restera brumeux et angoissant sur toute sa longueur, provoquant parfois plus de mouvement du côté de la batterie, mais une fois de plus, le final nous rattrape et brise le rythme avant que "The Vast That Knows No Shape" ne vienne prendre le relai pour créer des touches plus calmes et plus dépouillées, presque même mystiques de par leur énergie. Une touche folk apparaît un peu après la moitié du morceau, nous coupant encore dans notre progression, permettant l’apparition de l’invitée pour nous laisser sortir de l’univers avant d’y replonger sur "Into The Endless Continuance", dernière composition qui affiche ces tonalités ritualistiques envoûtantes en prenant presque des accents drone alors que les cymbales retentissent entre les choeurs tout en se métamorphosant en cérémonie sombre et païenne avant de revenir au doom / death étouffant un long moment, puis la saturation s’évapore une dernière fois.
Une fois de plus, Runemagick nous ouvre les portes d’un univers onirique mais très difficilement accessible qui aura raison des néophytes. Les habitués vont se laisser porter par "After Chaos: Nocturnal Vigil" telles des âmes vers un autre monde.
"Cycle Of The Dying Sun (Dawn Of Ashen Realms)"
Note : 18/20
Runemagick est toujours en vie. Depuis 1990 (sous les noms Desiderius puis Runemagic) le projet de Nicklas Rudolfsson (tous instruments / chant, Domedag, Gravfraktal, Necrocurse, The Funeral Orchestra, ex-Sacramentum…) oeuvre dans le death / doom, et c’est pour célébrer ses trente-cinq ans de carrière qu’il nous offre "Cycle Of The Dying Sun (Dawn Of Ashen Realms)", son quatorzième album, chez Hammerheart Records.
On retrouve également les participations de Dísa Draugurinn (voix shamanique), Lussidotter (chant) et Louvrianne Roux (dulcimer) sur cet album.
L’album débute avec "Wyrd Unwoven", une première longue composition inquiétante et pesante qui nous propose d’abord des tonalités étranges, puis la lourdeur habituelle du groupe surmontés des hurlements de Nicklas qui complètent ce tableau de noirceur dissonante. L’approche saccadée permet au musicien de créer des vagues de brutalité accrocheuses, mais également quelques moments plus mélodieux ou au contraire très étouffants comme l’outro qui mène à "Old Bones" ou la mélancolie prend des teintes plus aériennes. Le son est également assez épais, régulièrement troublé par les parties vocales mais aussi les touches mystérieuses que le musicien y ajoute, laissant les guitares créer un climat plus éthéré avant de relancer la machine en devenant encore plus macabre sur "The Hollow Chant Of The Seer". Les grognements du vocaliste sont accompagnés de tritons oppressants et de quelques choeurs, et on retrouve la noirceur dans chaque note, chaque frappe et chaque mot tout comme sur "The Runestone's Lament" qui nous écrase ensuite de ses sonorités lancinantes. Bien que très long, le titre est hypnotique et ses riffs nous envoûtent pendant que le vocaliste fait son office, parfois accompagné par les vocalises de Disa qui accentue le côté occulte du titre à l’inverse de "Womb Of The Veiled Sun" où le musicien développe une atmosphère beaucoup plus agressive, que ce soit au niveau de la rythmique explosive, ou des rugissements quasi incessants.
Le son se brise et adopte des accents funeral doom minimalistes pour finalement mieux renouer avec sa violence initiale avant de laisser place à "Ashen Realms", une outro plus calme qui s’ancre dans des tons plus mystiques, presque même ritualistiques, pour clore la première partie de l’album.
Le musicien ne comptait cependant pas en rester là, puisqu’il enchaîne avec "Spired Of The Drowned Horizon", premier titre bonus qui repart immédiatement dans la lourdeur et les sonorités lancinantes apportées par des leads enivrants, mais on notera tout de même une certaine douceur rassurante dans les breaks. Les retours à la violence seront d’autant plus marqués, mais le contraste est également très fort avec "Embers Of The Unwritten Dawn - Part 1" et ses sonorités brumeuses qui accompagnent le chant féminin, mais aussi avec les cordes mystérieuses de "Embers Of The Unwritten Dawn - Part 2" qui laisse notre esprit errer dans l’incertitude au coin du feu. Dernière offrande de cet album, la version démo de "Beneath The Solar Embers", une composition au mix bien plus brut que les précédentes, mais qui s’inscrit également dans une dynamique pesante apaisée par quelques choeurs, offrant tout de même à sa mélancolie une base plus rocailleuse pour s’exprimer et ainsi clore le recueil.
Runemagick fait partie de ces projets à l'impressionnante longévité qui reste encore en activité dans les cercles underground, et qui a la capacité de nous envoûter avec de
nouvelles sorties comme "Cycle Of The Dying Sun (Dawn Of Ashen Realms)". Un véritable trésor pour les oreilles.
|