Le groupe
Biographie :

Purtenance est un groupe de death metal finlandais formé en 1991, dissous en 1992, puis reformé en 2012. Il est actuellement composé de : Harri Saro (batterie / ex-Purpose, ex-Purtenance Avulsion), Juha Rannikko (guitare / ex-Purtenance Avulsion), Tero Aalto (guitare) et Aabeg Gautam (chant, basse / Dying Out Flame). Le premier album, "Member Of Immortal Damnation", est sorti en 1992 sur le label Drowned Productions. "Awaken From Slumber" voit le jour plus de vingt ans plus tard, en Octobre 2013, chez Xtreem Music, suivi de "...To Spread The Flame Of Ancients" en Septembre 2015, et de "Buried Incarnation" en Juin 2020.

Discographie :

1991 : "Crown Waits The Immortal (EP)
1992 : "Member Of Immortal Damnation"
2012 : "Sacrifice The King" (EP)
2013 : "Awaken From Slumber"
2015 : "...To Spread The Flame Of Ancients"
2017 : "Paradox Of Existence" (EP)
2020 : "Buried Incarnation"


Les chroniques


"Buried Incarnation"
Note : 12,5/20

Purtenance est un de ces groupes cultes de death metal qui n’ont de reconnaissance que dans le milieu clos des fanatiques du style. Fier représentant de l’école finlandaise, au même titre que Abhorrence, Amorphis, Xysma, Demigod ou Demilich, il possède ce son caverneux, profond et cryptique si cher à la scène à laquelle il appartient. Leur premier full length, "Member Of Immortal Damnation", est réellement culte, ce disque a apporté son petit lot de singularités car Purtenance n’hésitait pas durant cette période à expérimenter bon gré mal gré pour proposer une vision du metal de la mort finalement assez originale. Combien de membres de groupes dont vous êtes fans portent des t-shirts représentant la pochette de ce LP légendaire ? Beaucoup ! D’ailleurs le disque a été réédité chez Xtreem Music dans tous les formats possibles et imaginables, notamment en t-shirt, de quoi provoquer l’envie de jouer l’anti-fashion victim en arborant fièrement un visuel qui contrastera habilement avec les fringues estampillées Slipknot, Metallica ou Ghost (pfouaaaa Ghost, pardon). En fait, je suis tellement content de parler de Purtenance, tiens, là je m’écoute justement ce superbe skeud de 92, j’en suis à "Lacus Somniorum", magnifique interlude acoustique, aussi poignant que tout le reste du disque est saisissant ! Mais bon, il faut que je me ressaisisse, à la base je suis sensé parler de "Buried Incantation", sorti au mois de Juin de l’année dernière.

Voici un exercice qui ne va pas être évident, car défendre un groupe qui persiste à sortir du matériel depuis 2012, mais qui éprouve toutes les difficultés du monde à retrouver cette alchimie qui fonctionnait si bien dans les années 90 ne va pas être chose aisée. Pourtant, Xtreem Music, le label espagnol, croit en cette formation mine de rien mythique, qui faisait partie des pionniers d’un son particulier, celui du death finlandais, qui contrastait de manière saisissante avec le son suédois de l’époque. A ce sujet, je ne peux que vous conseiller le bouquin Rotting Ways To Misery - The History Of Finnish Death Metal. Il n’est pas disponible en français mais il se lit très bien malgré tout et porte sur une analyse du death finlandais très poussée, avec de nombreux acteurs de cette scène qui nous reprécisent le contexte de l’époque et traitent du sujet avec beaucoup d’implication. Pour en revenir à Purtenance, même si le combo n’est pas forcément parvenu à retrouver la magie des débuts, certains disques restent suffisamment intéressants pour que l’on puisse s’y attarder. "Awaken From Slumber" et "...To Spread The Flame Of Ancient", sortis respectivement en 2013 et 2015, ont reçu un accueil plutôt favorable et restent d’excellents divertissements métalliques, "Awaken From Slumber" se démarquant des productions habituelles du groupe grâce à un son beaucoup plus caverneux, une production plus archaïque mais des compositions plus efficaces, un parti-pris qui ne plaira certainement pas à tout le monde.

En fait, avec du recul, on peut considérer que Purtenance a, au long de sa carrière, toujours privilégié le côté doom de la force. Son death metal fait la part belle aux riffs lourdauds, aux atmosphères cryptiques et aux ambiances de cimetière et cette approche se retrouve tout au long de leur nouvel opus, "Buried Incantation". Ce qui aurait pu être une bonne chose n’en est pas forcément une car pour le coup, Purtenance, par le biais des 9 compos présentes, propose une musique qui défile, sans jamais susciter l’accroche. Jamais le groupe n’a autant joué la carte de la facilité, en faisant traîner les parties de manière interminable. Les patterns de batteries sont patauds et même si le story telling semble cohérent, ça passe moyen. Est-ce que ça vous arrive de vous endormir devant une bonne série ? Vous voyez le truc, quand les épisodes comportent une intrigue bien ficelée, avec un cheminement cohérent, mais que le rythme de l’histoire, avec ses phases de rien et ses moments intenses, est complètement négligé, et vous plonge dans un état d’endormissement prématuré ? Eh bien c’est exactement ce qui se passe avec "Buried Incantation". L’album n’est pas mauvais pour autant mais ce qui me chagrine avec certains groupes de l’époque, c’est que les albums les plus récents qu’ils peuvent produire s’appuient sur des automatismes, plus que sur une réelle ambition de création. Cela reste d’autant plus regrettable que de nombreuses jeunes formations interprètent un death old school fidèle au genre, en extraient l’essence et réussissent à façonner une musique entraînante et pleine de fougue, là où d’autres s’enlisent dans la routine. Bon ok, l’album contient un taux de sinistrose très satisfaisant, ça sent le cadavre en décomposition et mine de rien, on entend que les musiciens savent ce que c’est que d’’interpréter ce genre de musique, mais sinon, on cherche tout au long du disque l’inattendu, la surprise, le rebond, le contrepied, parce que ça, chez Purtenance, ils savent le faire normalement. Non, sincèrement, il n’y a aucune surprise dans ce disque, et le problème c’est que le phrasé des vocaux, qui restent au demeurant excellents, englue l’ensemble par un positionnement qui estompe encore plus la dynamique. C’est d’autant plus dommage que le son de batterie bénéficie d’un mix bien avantageux, très acoustique, tout comme la basse, et les guitares n’ont pas à forcer pour se faire entendre.

Vous l’aurez compris, ce disque n’est pas un mauvais disque, on n’en est pas à la catastrophe discographique de la part de Purtenance, ni l’album de la honte, c’est juste qu’il y a tellement mieux pour se caler du bon death dans les oreilles, déjà à commencer par la discographie du groupe qui comporte quelques pièces de bonne facture. "Buried Incantation" semble être soutenu par une formation à bout de souffle, en manque d’inspiration et c’est bien regrettable car les années 2010 ont permis aux Scandinaves de prouver qu’ils en avaient sous le pied. Allez, on a qu’à se dire que le contexte lié au premier confinement est responsable de cette baisse de régime significative, et que la prochaine mouture sera plus concise et efficace.


Trrha'l
Août 2021




"Awaken From Slumber"
Note : 16/20

Actif et respecté depuis 1991 sur la scène metal extrème finlandaise, Purtenance n'a pourtant sorti qu'un seul album avant ce "Awaken From Slumber". Un groupe donc, en harmonie avec le climat de son pays, qui respecte les phases d'hibernation nécessaires pour une meilleure esperance de vie. Purtenance revient donc avec un album mêlant brutal death, grind et passages doom.

"Awaken From Slumber" semble tout droit sorti une grotte. Viscéralement primitif et sombre dans son ensemble, le groupe surprend pourtant en intégrant des instrumentaux très mélancoliques pour ne pas dire suicidaires. Si l'intro à base de violoncelles et clavecin nous invite à une introspection morbide, c'est pour mieu attaquer l'auditeur à grands coups de massue avec le très court et grind "Hatred". Un véritable mur de son s'abat sur nous. Le second titre "What Was Hidden" et son début en mid tempo rappelle les premiers Cannibal Corpse, avec cette caisse claire pleine d'écho qui martèle ses riffs d'une lourdeur nauséabonde (qui rendent hommage à un thrash metal des cavernes) cette voix rugueuse sorti des entrailles d'un vieux cerf à l'agonie. L'excellent "Toxic Death" évoque la face grind et épique des premiers Bolt Thrower, une influence que l'on retrouve souvent tout au long des onze titres ("Fields Of Terror", "Temptation Of Suicide"). Le quatuor finlandais élargit également sa palette en proposant un titre plus "expérimental", indus, à l'instar de "Vaikka Paahtuisin Tulessa" qui aurait bien pu figurer sur la compilation "Naive" sorti chez Earache en 92. On l'aura compris lorsque Purtenance sort de ses sentiers battus, c'est pour mieux explorer d'autres horizons, encore plus sordide.

Les Finlandais pourtant contraint dans un style qui semble limité, se démarquent en proposant de sacrées ambiances. N’hésitant pas à ralentir le rythme pour forcer le caractère massif du propos, user d'instrument à vent au début des angoissants "Hour Of The Cannibal", ou encore quelques touches de piano ("Risen From Grave"). Purtenance tient son auditoire en jouant de tous les contrastes possibles et nous plonger dans un abysse sans fond.


Boris
Décembre 2013


Conclusion
Le site officiel : www.facebook.com/purtenance