"Aba Khan"
Note : 16/20
La cérémonie reprend pour Nytt Land. Toujours en collaboration avec leur nouveau label Prophecy Records, le couple sibérien Natasha “Baba Yaga” et Anatoly Pakhalenko sont prêts à dévoiler leur sixième album, "Aba Khan".
Ils sont accompagnés en live par le batteur Aleksandr Rosliakov.
Nous pénétrons dans le monde des esprits guidés par "Aba Khan", titre éponyme ou brumes et murmures se mêlent naturellement, nous menant à une voix plus distincte, mais qui finira par faire place à "Taiga", dévoilant d’autres nuances vocales tout aussi enivrantes, mais aussi une richesse instrumentale très lancinante. Les quelques percussions permettent de rythmer notre avancée alors que Baba Yaga nous hypnotise aisément, aidée par les instruments d’Anatoly qui flottent tout autour d’elle, mais la composition est longue et très apaisante, à l’inverse de "Totem" qui propose rapidement des tons plus sombres. L’atmosphère délivre toujours ces tons entêtants, mais ils semblent bien plus inquiétants, presque même oppressants alors que la vocaliste tend à adoucir sa voix avant de passer à "Uitag" qui s’inscrit dans une approche beaucoup plus naturelle et épurée.
Le titre reste relativement calme, passant presque pour un interlude à côté de "Mansi" où les parties vocales sont bien plus présentes, nous invitant à les rejoindre dans une danse dont on ne maîtrise pas les codes mais que l’on suit avec entrain avant de nous confronter à une nouvelle part d’ombre sur "The Oath". On sent aisément que le titre est beaucoup plus solennel, s’offrant à la fois une instrumentale mystique que des chants plus diversifiés et parfois plus accessibles, mais c’est après un dernier moment d’euphorie que "Prayer" nous récupère et nous offre une nouvelle dose de froideur au sein de laquelle la vocaliste se complaît, se dédoublant même parfois. La dernière étape, "Tygir Tayii (Heavenly Sacrifice)" est également la plus longue et diversifiée, n’hésitant pas à prendre le temps de se développer lentement ni même de s’intensifier, nous faisant croire à une véritable chorale ou à un orchestre chaotique avant de finalement nous laisser regagner notre univers.
Nytt Land continue son parcours selon ses codes, proposant un dépaysement toujours appréciable d’album en album. C’est sans surprise qu’"Aba Khan" nous envoûte et nous déroute du début à la fin pour notre plus grand plaisir.
"Songs Of The Shaman"
Note : 19/20
Nytt Land communie à nouveau. En 2025, le duo sibérien Natasha “Baba Yaga” et Anatoly Pakhalenko rejoint Prophecy Productions, avec qui ils sortent leur cinquième album, "Songs Of The Shaman".
Ils sont accompagnés en live par le batteur Aleksandr Rosliakov.
Au travers de ces dix nouvelles compositions, les deux musiciens restent fidèles à leurs racines sibériennes, et exploitent nombre de percussions, d’instruments traditionnels, ainsi que leurs fameux chant guttural mystérieux. Dès le premier titre, ils nous font replonger dans leur univers shamanique, connu depuis quelques temps déjà mais qui reste toujours aussi intrigant, aussi mystique et aussi enivrant, comme si on rejoignait leur rituel. Leur capacité à tenir leurs rythmiques avec autant de régularité reste impressionnante, et on notera l’apparition de leur fils Yuri Pakhalenko à la flûte sur la très douce "Eikuli Yekuli", ainsi qu’une noirceur très oppressante sur "Ara Koro", titre assez angoissant. Le groupe nous offre cependant une courte pause avec "Demon Slayer", mais c’est finalement "Hobage Yebage" qui refermera l’album avec une dernière danse toute aussi envoûtante qui explore une grande diversité sonore pour accompagner les deux voix.
Si vous êtes sensibles aux sonorités tribales et folkloriques, vous connaissez et aimez déjà Nytt Land. Si vous êtes nouveaux, prenez une demi-heure et laissez "Songs Of The Shaman" vous montrer l’étendue de ses sonorités dépaysantes, et ressortez-en conquis.
"Torem"
Note : 17/20
Communiez avec Nytt Land. Créé il y a dix ans par le couple de shamans Natasha “Baba
Yaga” et Anatoly Pakhalenko dans les plaines de Sibérie, le groupe annonce la sortie de
"Torem", son neuvième album, chez Napalm Records.
"Olenmet" ouvre l’album avec ce bruit si caractéristique d’un feu de camp dans la nature,
auprès duquel Natasha commence à chanter, accompagnée par quelques percussions
régulières, en nous menant à "Nord", où des sonorités sombres nous envahissent. Les
instruments folk se mêlent aux différentes voix, créant un son hypnotique et rythmé qui
transporte aisément notre esprit fasciné jusqu’à un court break cristallin, avant que le rituel
ne reprenne avec des tonalités mélancoliques, puis "Risu Raknar" développe une ambiance
mystérieuse avant de redonner vie à ses racines mystiques. Le chant clair envoûtant
apporte une nuance supplémentaire à ce titre saccadé et très intrigant, qui sera suivi par
"Johem Ar", un titre assez calme au début, mais qui renouera avec l’ambiance festive où voix
et choeurs dansent en harmonie sur ce rythme enjoué.
La composition est relativement
courte, à l’inverse de "Manito" et son approche très brumeuse, qui laisse quelques parties
vocales lancinantes errer dans ses ténèbres avant de rejoindre "Huginn Ok Muninn", un titre
plus vif que le groupe avait déjà dévoilé. Le rythme accueille parfaitement les instruments
qui lui donnent ses tonalités mystiques mystérieuses, tout comme "Rise Of Midgard" qui
poursuit avec des patterns similaires, laissant les percussions donner le ton pendant que les
deux vocalistes se répondent naturellement. "Torem", le titre éponyme, nous offre un court
moment pour reprendre notre souffle avant d’ouvrir la danse en combinant ses sonorités
mystérieuses sur un rythme entraînant ponctué de pauses avant de nous laisser revenir
près du feu de camp sur Iavel, la dernière composition, et ses sons étranges mais
plaisantes, pendant qu’un instrument à vent nous accompagne jusqu’à la fin de l’album.
Nytt Land reste ancré dans ses racines pagan sombres, et propose un mélange à la fois
attendu, mais également surprenant. L’aura mystérieuse qui enveloppe "Torem" fascine, lui
permettant de développer ses sons ritualistiques entêtants de manière naturelle.
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