"Burning Shadows In The Southern Night"
Note : 18/20
Necrofier est encore plus ambitieux. Trois ans après son dernier album, le groupe mené par Christian Larson (guitare / chant, Night Cobra, And Darkness And Decay, Terror Corpse), Mat Aleman (basse, Terror Corpse, ex-Malignant Altar, ex-Oceans Of Slumber), Dobber Beverly (batterie, Oceans Of Slumber, Terror Corpse, ex-Insect Warfare, ex-Malignant Altar) et Semir Özerkan (guitare, Oceans Of Slumber, Terror Corpse, Nevermore…) change de logo, et signe chez Metal Blade Records pour son troisième album, "Transcend Into Oblivion".
L’album débute avec "Fires Of The Apocalypse, Light My Path I", première composition d’une série de trois qui nous transporte immédiatement dans les ténèbres où le vocaliste rugit, accompagnant une instrumentale agressive et imposante, reposant parfois sur des claviers pour devenir encore plus massive. Un violon nous mène vers "Fires Of The Apocalypse, Light My Path II", suite directe qui joue sur des accélérations pour apporter une base parfaite aux leads perçants tout en restant étouffante, plaçant même quelques choeurs pour lui donner une touche mystique et mystérieuse. On retrouve une approche old school encore plus furieuse sur "Fires Of The Apocalypse, Light My Path III", composition glaciale où les cris semblent encore plus angoissants, fonctionnant à merveille avec le son sombre qui s’arrête cependant pour faire place à "Behold, The Birth Of Ascension", titre instrumental assez lumineux qui va à son tour s’enfoncer dans les ténèbres. Les samples sonnent la fin de la pause, atteignant "Servants Of Darkness, Guide My Way I", nouvelle trilogie entre agressivité et ambiance horrifique entre riffs sauvages et éléments plus aériens et pesants qui nous happent sans mal, et ne nous autorisent à respirer qu’en passant à "Servants Of Darkness, Guide My Way II" pour renouer avec la férocité à vive allure. On notera ce passage plus lent aux leads transcendants avant l’assaut final, puis c’est dans une douceur presque rassurante que nous atteignons "Servants Of Darkness, Guide My Way III", titre aux sonorités lentes, lancinantes et entêtantes qui nous offre tout de même une batterie explosive pour contrebalancer son approche monolithique.
"Mystical Creation Of Enlightenment" nous permet de reprendre à nouveau notre souffle avec une mélodie planante et minimaliste accompagnée de murmures, puis la violence refait surface sur "Horns Of Destruction, Lift My Blade I", nouvelle déferlante où la noirceur est une fois encore au coeur du son. Le titre est cependant assez court, et laisse place aux tonalités mystiques de "Horns Of Destruction, Lift My Blade II" qui prend immédiatement le relai et nous expose ses torrents de riffs tout aussi dévastateurs les uns que les autres, finissant à nouveau par revenir à l’angoisse avant de passer à "Horns Of Destruction, Lift My Blade III" où la rythmique accélère jusqu’à atteindre son rythme de croisière, se mêlant aux samples théâtraux pendant que le vocaliste hurle. La froideur épique du morceau sera finalement remplacée par une touche plus légère faite de piano, puis par "Toward The Necrofier", longue outro qui se complaît dans l’angoisse et propose des tonalités presque ritualistiques où percussions et incantations se mêlent une dernière fois.
"Transcend Into Oblivion" dure à peine moins d’une heure, mais l’album nous transporte dans une véritable aventure entre violence, noirceur et éléments mystiques. Necrofier nous fait vivre ici une épopée à la hauteur de ses ambitions.
"Burning Shadows In The Southern Night"
Note : 18/20
Necrofier revient à la charge. Créé aux Etats-Unis en 2018, le groupe sort un premier EP la
même année, suivi trois ans plus tard d’un album. En 2023, Christian Larson
(guitare / chant, Night Cobra, And Darkness And Decay, ex-Venomous Maximus), Mat
Aleman (basse, ex-Malignant Altar, ex-Oceans Of Slumber), Dobber Beverly (batterie,
Oceans Of Slumber, Demoniacal Genuflection, ex-Insect Warfare, ex-Malignant Altar)
et Semir Özerkan (guitare, Oceans Of Slumber, Æternal Requiem…) annoncent la sortie
de "Burning Shadows In The Southern Night", chez Season Of Mist.
"The Fall From Heaven", le titre introductif, nous plonge dans une ambiance mi-mystique
mi-inquiétante, liant délicatement des sons aériens avec les parties vocales de Cammie
Beverly (Oceans Of Slumber) avant que "Total Southern Darkness" n’invoque lentement les
sonorités les plus noires ainsi que les hurlements viscéraux. Le mélange lancinant et
mélodieux explosera finalement avec des racines black metal old school plus brutes,
laissant l’agressivité se lier aux harmoniques les plus douces avant que la sauvage "To The
Wolves" ne laisse les influences les plus abrasives prendre possession du son strident. A
nouveau, l’atmosphère devient rapidement pesante en compagnie du blast, puis le groupe
développe des tonalités entêtantes avec "Forbidden Light Of The Black Moon" et ses mélodies
infernales, ancrées sur une rythmique entraînante à la suédoise, qui deviendra majestueuse
avec quelques claviers et choeurs. Le tempo s’apaise pour laisser "Destroying Angels"
prendre place au sein de la brume enivrante, proposant des riffs lancinants qui s’enflamment
tout en conservant leur côté martial et lourd.
Les leads perçants s’infiltrent sans mal dans les
passages les plus rapides, tout comme sur "Whispers That Burn In The Dark" et son ouragan
majestueux de sonorités intenses, et d’influences heavy très marquées, autant dans les riffs
que dans la voix. On notera également quelques passages saccadés très entêtants qui
contrastent avec les mélodies les plus planants, puis "The All Seeing Shadows" viendra nous
inonder avec ses sonorités pesantes, laissant l’approche rythmée nous emporter dans sa
danse lancinante. Cammie Beverly se joindra également aux hurlements rauques pour un
duo très marqué avant l’accélération centrale, puis elle viendra à nouveau apaiser le son
avant une dernière explosion, suivie par "On Wings Of Death We Burn The Sky" qui laisse une
fois de plus les influences les plus old school et les pointes de heavy s’exprimer. Le groupe
joue habilement entre passages lents et accélérations, puis "Call To The Beyond" laisse le
groupe développer un son entêtant qui lie sans mal chaque instrument dans cette
complainte guerrière et mélancolique. Le final dissonant finira par s’éteindre pour donner le
mot final à "Burnt By The Sacred Flame", une longue composition assez équilibrée entre
mélodies entêtantes et rythmique agressive fédératrice, qui s’étouffera sur son point d’orgue.
L’approche de Necrofier se fait sans aucun doute entre ses racines brutes et mélodieuses,
teintées d’influences suédoises old school, rendant "Burning Shadows In The Southern Night"
aussi riche que rythmé. Une excellente expérience.
"Prophecies Of Eternal Darkness"
Note : 15/20
Une fois de plus nous voilà face à un groupe formé récemment mais dont les membres ont déjà roulé leur bosse puisque Necrofier compte en son sein Mat Aleman et Dobber Beverly des excellents Oceans Of Slumber, Joshua Bokemeyer de Church Of Disgust et Malignant Altar, et Christian Larson de Graven Rite Night Cobra. Et si tout ce beau monde sé réunit, c'est pour nous délivrer un black mélodique dans la grande tradition des Dissection, Necrophobic et Sacramentum.
Le premier EP trois titres du groupe était déjà plutôt réussi dans le genre et nous donnait envie d'entendre la suite, suite qui répond au nom de "Prophecies Of Eternal Darkness" et qui garde un format compact et direct puisque ce premier album ne dépasse pas les trente-six minutes. On fait comme à l'époque donc et on garde une musique directe et efficace malgré des morceaux qui tournent autour des quatre ou cinq minutes maximum et qui ne perdent pas de temps en route. "The Black Flame Burns" qui ouvre l'album illustre très bien ce propos d'ailleurs en blastant tout de suite sans sommations ! Les riffs sont dans la pure tradition du genre et gardent un côté presque thrash bien énervé qui donne une bonne patate et un certain groove à un album qui reste tout de même assez brutal. On sent l'esprit des groupes de cette période bénie du black mélodique et si ce premier album ne déborde pas d'originalité, le savoir-faire est bien là. "Darker Than The Night" nous ramène ce fameux feeling glacial et épique là encore directement issu des classiques de l'époque et une fois de plus les fantômes de cette scène hante la musique de Necrofier. Il semble que certains cherchent à la ressusciter puisque Thulcandra le fait aussi depuis ses débuts, ce qui est compréhensible quand on sait le nombre de groupes qui ont été marqué par les grands patrons de la scène. Watain aussi perpétue évidemment cette tradition mais l'intègre à son black metal plus cru donc la filiation n'est pas aussi flagrante. Et on a même certains anciens qui reviennent comme Mörk Gryning dont l'album sorti l'année dernière semble sortir directement des années 90. Considérant l'impact de cette scène, sa disparition n'en est que plus étonnante même si sa naissance était probablement le fruit d'une époque maintenant révolue.
Pour en revenir à "Prophecies Of Eternal Darkness", il y a une touche qui ajoute de la personnalité à la musique de Necrofier, c'est le fameux jeu de batterie de Dobber Beverly qui, comme à son habitude, place pas mal de roulements en plein milieu des blasts. C'est un petit détail mais cela contribue mine de rien à donner une petite patte supplémentaire à la musique de Necrofier qui, en dehors de ça, rappelle quand même fortement les grands anciens du black mélodique. Ce n'est pas un reproche puisque les morceaux sont bons et comme les groupes pratiquant ce style ne sont pas encore légion, on ne va pas se plaindre de pouvoir entendre à nouveau ce style de metal. Surtout que la durée compacte de ce premier album en fait un représentant très efficace qui a tout ce qu'on demande à un groupe de ce genre. On a les passages violents à grands coups de blasts bien teigneux, les passages mid-tempo avec tapis de double grosse caisse, les mélodies épiques et glaciales et quelques riffs plus thrash pour rajouter une petite dose de groove. Alors ça n'arrive évidemment pas au niveau des deux premiers Dissection ou de Sacramentum certes, mais ces albums-là sont intouchables et plus personne n'arrivera à retrouver cet esprit-là. Necrofier arrive pourtant à nous livrer un album solide dans le genre et on sent l'amour de ce style à chaque seconde. Christian Larson s'arrache d'ailleurs bien la gorge sur ces morceaux et là aussi on retrouve ce chant possédé que l'on entendait sur tous les albums du genre et que Dissection a évidemment instauré comme une norme. Bref, tout est là pour que cet album passe tout seul et c'est effectivement ce qu'il fait, sans grande originalité certes mais avec une indéniable efficacité.
"Prophecies Of Eternal Darkness" permet donc à Necrofier de transformer l'essai et le groupe confirme son savoir-faire en matière de black mélodique à la suédoise. Les spectres de Dissection, Sacramentum et Necrophobic sont évidemment présents tout du long mais ces derniers ont tellement marqué la scène extrême que l'on ne peut y échapper quand on fait du black mélodique de ce style.
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