Le groupe
Biographie :

Nature Morte est un groupe de post-black metal parisien formé en 2015 et actuellement composé de : Chris Richard (basse / chant), Vincent Bemer (batterie) et Stevan Vasiljević (guitare). Nature Morte sort son premier album, "NM1", en Novembre 2018 chez Argonauta Records, suivi de "Messe Basse" en Mai 2021 chez Source Atone Records.

Discographie :

2018 : "NM1"
2021 : "Messe Basse"


La chronique


Beaucoup de formations, notamment dans le black metal, délivrent une musique dont le but est d’occulter totalement tout espoir et toute lumière de leur musique à travers des riffs sombres et chaotiques, ce n’est pas le cas de Nature Morte, formation de post-black metal parisienne qui a décidé de pleinement apporter cette lumière, pour mieux la détruire. C’est donc en ce printemps 2021 que Nature Morte nous présente son deuxième album, "Messe Basse". Mélangeant black metal et post-rock / metal dans des ambiances qui se veulent donc très contradictoires et difficiles à cerner.

La première chose que l’on capte dans cet album, c’est en effet le clivage très marqué des sonorités entre, mais également au sein des morceaux, en effet la plupart des compositions que l’on retrouve dans l’album sont axées sur une ambiance très post-rock, parfois post-metal. Ces riffs posent donc une ambiance très contemplative et lumineuse. D’autre part, au sein des mêmes morceaux, on a également des riffs dont les sonorités sont très proches de celles que l’on peut trouver chez certains groupes de DSBM et qui se veulent donc très ancrées dans un esprit black metal tourmenté et violent. Ces différences d’ambiances au sein de l’album se présentent à la fois comme une qualité, car elles servent parfaitement le dessein que veut porter l’album, et comme son plus grand, et peut-être seul, défaut. En effet, si sur le premier morceau cette structure se révèle plaisante et intéressante, il est un peu dommage de la retrouver exploitée sur le même schéma dans beaucoup de morceaux de l’album, ce qui peut amener une sensation de répétition dans une ouvre d’une cinquantaine de minutes.

C’est donc à travers le chant que se fait le violent clivage évoqué précédemment, ce dernier ne changeant jamais quelle que soit l’ambiance instrumentale qui l’accompagne. Il se montre très éraillé, presque inhumain, et vient donc totalement en contraste avec la clarté et l’espoir évoqués par les instruments. Le rythme du chant vient également contredire les riffs, ces derniers pouvant être parfois posés et lents, derrière un chant qui reste constamment assez soutenu. Ça n’est cependant pas toujours le cas et on peut remarquer que le chant se pose parfois un peu plus, notamment dans le morceau "Knife", sans pour autant perdre en puissance ou se faire plus clair. Ce qui frappe le plus dans cet album, c’est que, pour une fois, on fait réellement face à ce qu’on appelle du post-black metal. Là ou la plupart des groupes qui se revendiquent de ce genre délivrent un black atmosphérique avec des tons plus clairs et plus calmes, on entre ici véritablement dans le domaine du post-metal avec des sonorités lourdes mais lumineuses, le tout porté par un chant on ne peut plus black metal, et c’est cet alliage qui fait la véritable force de cet album, le présentant comme une oxymore musicale constante. On a même affaire, avec le morceau "T.S.O.C", à du post-rock dans lequel on entend le chant qui apparaît au milieu du morceau et intervient pour anéantir la beauté et la contemplation qui émanent des mélodies produites par les instruments.

C’est donc en intégrant pleinement cette clarté et cette lumière dans sa musique que la formation parisienne vient les détruire, en les remplaçant par des riffs beaucoup plus violents et en les superposant à un chant désespéré qui va tout assombrir sur son passage. C’est d’autant plus marqué sur "Messe Basse", le dernier morceau de l’album, qui nous met face à un des accords de guitare sèche très doux qui viennent tenter de masquer une musique très bruitiste et parasitée. Le seul passage symbolisant réellement une lueur d’espoir qui n’est pas immédiatement tué par le chant étant le sample de fin du morceau "Only Shallowness" qui apporte un réel apaisement. Cependant, quand on vient à se pencher sur les paroles de ce sample, on se rend compte que ce dernier constitue lui aussi un abandon au désespoir, à la contemplation de l’extinction de l’humanité, mais cette fois dans une douce résignation.

Nature Morte nous sert donc ici un véritable album de post-black metal, utilisant toute la beauté du post-rock et du post-metal pour mieux la détruire à travers la violence et la noirceur du black metal. Ce processus rappelant un peu Woods Of Desolation, il n’a pas été si bien réalisé depuis le groupe précédemment mentionné. Les mélanges d’ambiances sont parfaitement maîtrisés et bien qu’un peu répétitifs aboutissent sur un final parfaitement cohérent avec tout ce qui a été mis en place plus tôt.


Praseodymium
Juin 2021


Conclusion
Note : 18/20

Le site officiel : www.facebook.com/ntrmrt