"Résonances"
Note : 19/20
La fin de l’année semble morose pour Jours Pâles. Toujours mené par Spellbound (Aorlhac), le projet collabore une nouvelle fois avec Les Acteurs De L’Ombre Productions pour dévoiler "Résonances", son quatrième album.
La batterie est enregistrée par Ben Lesous du studio B-Blast Records (DarwiN, Devoid), et on retrouve SD. Ramirez (Psychonaut 4) à la guitare lead ainsi que Pereg Ar Bagol (Boisson Divine, Skiltron) à l’accordéon.
Etant un fervent auditeur de Jours Pâles, je remarque immédiatement un changement : la pochette de Sébastien Grenier est assez différente des autres, beaucoup plus violente mais toujours aussi symbolique. Côté son, l’album débute avec "La Frontière Entre Nous Et Le Néant", instrumental qui nous propose immédiatement une immersion dans les tonalités entêtantes, créant une sorte de danse un peu folle qui mêle claviers et riffs accorcheurs avant que la fureur ne sévisse, nous entraînant sur le hurlement viscéral de la longue Une splendeur devenue terne. La verve travaillée et brutale de Spellbound nous saisit immédiatement à la gorge pendant que lui vocifère sur une rythmique très saccadée - ponctuée de quelques pauses en son clair - aux influences clairement empreintes de black metal, mais aussi de mélodies beaucoup plus guillerettes, créant un contraste aussi fascinant que dérangeant qui permettent d’apaiser n’importe quelle vague de violence. Le vocaliste nous invite à le rejoindre dans sa décadence avant que sa complainte ne prenne fin pour laisser L'Essentialité Du Frisson" prendre la suite avec une dissonance chaotique qui attire rapidement notre attention sur les parties vocales omniprésentes et enchaînées qui teintent naturellement la composition de ce voile aussi imposant que malsain. Le mélange guitare lead et accordéon donne une touche encore plus brute et presque festive au climax final qui nous laisse finalement respirer avant que "Cinéraire" ne développe sa froideur avant d’entrer en éruption avec un hurlement déchirant qui donne le ton à l’entièreté du morceau qui semble animé de cette énergie du désespoir très communicative.
Les riffs trébuchent, se relèvent, tombent à nouveau, puis nous précipitent vers "Incommensurable (Chanson Pour Aldérica II)", nouvelle instrumentale qui fait évidemment écho à un titre du deuxième album ("Tensions", sorti trois auparavant presque jour pour jour) en nous offrant d’abord un moment de répit grâce à des harmoniques planantes, puis qui charge avec une rythmique plus vive, conservant cette touche de liberté dans les leads. Les plaintes de Kim Carlsson (Kall, Hypothermia, Ritualmord, ex-Lifelover…) rejoignent "Mouvement Ostentatoire Rémanent Totalitaire" pour un duo intense entre suédois et français sous des riffs toujours plus sombres et mélancoliques, délivrant une furie rare avant de faire place à "Viens Avec Moi". Si le nom de cette composition est relativement simple, il est inversement proportionnel avec la guitare lead qui tisse ce voile de complexité qui sert de base à la rythmique pour s’enflammer régulièrement, avant de finalement nous laisser reprendre notre souffle avant l’agressivité de "Savile". Le titre démarre sur les chapeaux de roues, revenant parfois à des racines plus tranchantes que l’on reconnaît du premier album tout en embrassant les nouvelles influences qui rendent la rythmique presque imprévisible avant la douceur manifeste de "La Plus Belle Des Saisons", corrompue par les parties vocales. La saturation finira par retrouver ses droits et nous développer en compagnie des harmoniques une base presque aérienne pour un tel discours, presque trop légère mais qui passe vite la main à "10-11-2021", dernier
morceau qui est également instrumental, clôturant l’album entre claviers, percussions et guitares criardes avant le silence.
Depuis même avant son premier album, Jours Pâles m’est apparu comme un projet fascinant, et bien que son évolution soit palpable, il le reste. "Résonances" porte très bien son nom, et il n’a pas fallu bien longtemps à certains titres pour commencer à me hanter rien qu’après la première écoute.
"Dissolution"
Note : 19/20
Jours Pâles adopte une nouvelle forme. Deux ans après son dernier recueil, Spellbound
(chant / clavier, Aorlhac) s’entoure d’Alexis (guitare), Ben (batterie), Alex (basse) et
Stéphane (guitare) pour donner vie à "Dissolution", son troisième album, qui sort à nouveau
chez Les Acteurs De L’Ombre Productions.
Dès "Taciturne", la première composition, on retrouve la puissance crue et violente de la
poésie de Spellbound, qui s’allie une fois de plus à sa base entre DSBM et mélodies
mélancoliques, mettant cependant l’accent sur ces dernières. Les quelques accélérations
soudaines teintent la composition d’une énergie malsaine mais accrocheuse, mais le son va
s’ancrer dans une langueur torturée avec "La Reine De Mes Peines (Des Wagons De
Détresses)", un long titre tumultueux au sein duquel les éruptions vocales changent
régulièrement de forme pour coller à l’harmonieux chaos qui sévit. La violence se déverse
graduellement jusqu’à cette dernière partie intense et virulente qui nous mène au
majestueux "Noire Impériale" et à son flot de noirceur entêtante secouée de soubresauts vifs
mais homogènes qui donnent au morceau une personnalité plus vindicative. La rythmique
s’apaise sur le final qui laissera place à "Les Lueurs d'Autoroutes", où le vocaliste est
accompagné par une voix féminine enchanteresse qui crée un contraste avec les
hurlements furieux en apportant une touche de quiétude avant de se heurter à nouveau à la
brutalité sur "Réseaux Venins" où le discours dénonce notre utilisation de la technologie
“sociale” et ses dérives.
La verve pessimiste est tout aussi tranchante que les riffs sont
dissonants, mais le groupe nous offre un instant paisible avec "Une Mer Aux Couleurs
Désunions", un titre instrumental qui semble plus lumineux, mais qui retombe vite dans ses
tonalités sombres avant de rejoindre la rage de "Limérence" et son blast imposant. Les
claviers nous font naviguer entre les vagues étouffantes et les leads aériens, laissant la
tempête lentement prendre forme pour finalement s’éteindre lorsque "Dissolution" débute,
mêlant calme et éléments inquiétants pendant que l’atmosphère devient de plus en plus
ténébreuse. Quelques notes cristallines éclosent en arrière-plan, appelant une nouvelle fois
la voix féminine pour rejoindre ce manifeste de misanthropie cruelle, puis on sent à nouveau
l’instrumentale s’illuminer sur "Terminal Nocturne", dernière composition où les parties vocales
se font toujours plus tourmentées, alimentant la relation avec les éléments old school qui
apparaissent de temps à autres.
A chaque album, Jours Pâles change d’approche tout en conservant une cohérence avec
ses racines viscérales et mélancoliques. "Dissolution" reste ancré dans le black metal, puisant
dans ses riffs sombres et ses touches glaciales, mais la touche unique du groupe n’hésite
pas à ressortir pour embellir sa poésie cinglante.
"Tensions"
Note : 17/20
Pour la fin de 2022, la formation Jours Pâles comportant notamment Spellbound, officiant chez Aorlhac, sort "Tensions". Le groupe s’est fondé sur les cendres du projet Asphodèle et en est à son deuxième album, le premier, "Éclosion", ayant marqué le début de l’année 2021.
Le groupe s’illustre avec un black metal mélodique particulièrement efficace proposant des riffs qui restent en tête et va également embrasser des influences très post-black metal. Et cette influence est confirmée dans cet album qui penche encore plus sur des accents post, tout en conservant une fibre très mélodique cherchant à marquer l’auditeur tout au long des morceaux.
On remarquera également des structures musicales parfois plus étonnantes, avec notamment des coupures inattendues en plein milieu des morceaux qui viennent bousculer dans un premier temps et donner un léger sentiment d’incohérence, pour finalement revenir dans le morceau de façon totalement naturelle et contrer ce premier sentiment avec beaucoup de finesse, ce qui est assez remarquable. On le ressent dès le premier morceau "Jour De Pluie, Jour De Fête" qui vient vraiment cristalliser tout ce que va proposer l’album par la suite à travers une intro marquante puis une structure plus surprenante mais loin d’être complètement chaotique.
On retrouve aussi le chant caractéristique de Spellbound auquel on a été habitués dans Aorlhac, Asphodèle et le précédent album de Jours Pâles, déclamant ses paroles en français avec puissance dans un cri complètement écorché. Et c’est également sur ce point que l’album surprend. Car si on avait déjà entendu un chant s’orientant plus vers le clair, tirant parfois vers la complainte trainante, l’expérimentation d’un chant clair un plus rapide et martelé, parfois presque rapé comme sur "Ecumante De Rage" est toute nouvelle et fonctionne très bien.
L’album met ainsi en lumière un aspect très protéiforme du chant reflétant toutes les émotions qui traversent intégralement l’album.
|