Le groupe
Biographie :

Connu pour son célèbre groupe Mütiilation, Willy aka Meyna'ch fonde un nouveau groupe de black metal, pour cela, il s’allie de musiciens, parmi les meilleurs de la scène underground hexagonale. On retrouve entre autre LSK d’Antaeus, Vorkreist, Love Lies Bleeding, etc. à la basse, et d’autres membres prestigieux comme T. Persecutor (également Arkhon Infaustus, Love Lies Bleeding, etc.), Arkdaemon de Temple Of Baal et Deviant, ainsi que Dave Terror de Vorkreist. Après un premier split avec Antaeus, Eternal Majesty et Deviant, le groupe nous sort sa première démo en 2003, "The Second Coming". C’est en 2005 que le premier album du groupe, "Canonisation Of The Foul Spirit", voit le jour, suivi. Le deuxième album "Last Station On The Road To Death" fut publié en 2010 par Debemur Morti. 2012 voit la parution du troisième album "Jacob's Ladder" chez Season Of Mist / Underground Activists, enregistré en Allemagne au SOS Studio (Secrets Of The Moon, Ascenscion) : 8 pistes de pur black metal français, à la fois old school et moderne, dissonant et violent.

Discographie :

2003 : "The Second Coming" (Démo)
2005 : "Canonisation Of The Foul Spirit"
2010 : "Last Station On The Road To Death"
2012 : "Jacob's Ladder"


Les chroniques


"Jacob's Ladder"
Note : 18,5/20

Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis... Voici une formule plutôt pertinente pour exprimer mon opinion sur Hell Militia. En effet, mea culpa, allez savoir pourquoi mais je n'étais pas spécialement emballé à l'idée de chroniquer ce nouvel opus des Français. Je reconnais maintenant volontiers avoir trop rapidement par le passé associé ce groupe à la scène française black brutal (celle d'Antaeus, Arkhon Infaustus,etc) de qualité évidente mais œuvrant dans un style dont je ne suis pas vraiment friand... après tout, tous les goût sont dans la nature non ?

Il faut pourtant avouer que déjà sur le papier, cette "alliance des venins" (pour paraphraser Darvulia) possède de solides arguments pour faire bander plus d'un amateur de black éclairé ! (non non ce n'est pas incompatible) Pensez donc, le casting est attrayant puisqu'on retrouve dans les rangs de la formation des membres de Vorkreist, Temple Of Baal, Neo Inferno 262, sans oublier au poste de vocaliste l'illustre Meyhna'ch (ex-Mütiilation, oui oui on parle bien des Black Legions), bref ambiance sulfureuse au rendez-vous vu le CV de ces enfants de chœurs ! Deuxième point rassurant, la parution de cet album sous la bannière Underground Activists, subdivision des indispensables Season Of Mist qui abrite en son sein des formations comme Drudkh, Arckanum ou encore Blacklodge... Autre chose qui de prime abord interpelle il faut bien l'avouer, c'est ce magnifique visuel... Loin des lieux communs ou des codes black metal, on a plutôt ici affaire à une superbe et mystérieuse représentation picturale de l’Échelle de Jacob en référence au célèbre épisode biblique (et pas au film d'horreur du même nom !) Mais la forme ne faisant pas le fond, et en dépit de tout ça, je restais quelque peu perplexe sur ce qui m'attendait...

Et pourtant, et pourtant... Dés la première écoute, j'ai rapidement revu mon jugement, conquis que j'étais par l'ambiance, la puissance, la conviction et l'efficacité de ce nouvel opus... la vache, des claques comme ça on en prend pas tous les jours ! J'y suis même maintes fois revenu, comme si je cherchais la petite bête, comme si j'essayais de comprendre mon soudain attrait pour cette galette, mais rien à faire, le constat s'impose, cette œuvre est une petite perle de noirceur ! Car noire, définitivement noire est la couleur dominante de cet opus, tous les éléments inhérents au black metal s'y trouvent comme synthétisés : oppression, désespoir, fureur, folie même, mais folie maîtrisée ! Le groupe sait varier les tempos, tantôt mitraillant à tout va, à l'image de ces violentes déflagrations quand la batterie et les guitares s'emballent, tantôt jouant la lourdeur écrasante au ralenti. On ne saurait passer sous silence la performance hallucinante et hallucinée de Meyhna'ch, ce grain si crade, ces vocaux écorchés et à vif, et pourtant étonnamment si intelligibles si l'on y prête l'oreille. J'ai beau retourner le problème dans tous les sens, j'ai du mal à imaginer à quel public fan de black cette œuvre pourrait objectivement déplaire ? Prod' puissante, batterie lourde et rapide, guitares tranchantes comme la lame du rasoir, voix et hurlements de possédés, tout se trouve ici réuni pour un résultat excellentisme !

Même l'amateur de black dépressif devrait y trouver son compte... Il suffira pour s'en convaincre d'écouter le sublime "Sternenfall" en piste 3, une piste envoûtante, obsédante, hypnotique, portée par ce riff glacial et aliénant qui tourne en boucle et fait de ce titre probablement le meilleur de l'album, en tout cas mon favori... Un titre qui n'aurait pas trop dépareillé sur un album de Shining ou de Nocturnal Depression pour vous donner une petite idée... Un autre point fort réside dans cette ambiance malsaine émanant des divers samples (extraits de films ?) qui ponctuent cet album. Car là ou on frôle veritablement le génie, c'est dans cette capacité qu'a le groupe d'instaurer, au milieu de déferlements de violence, une ambiance glaciale, une véritable atmosphère qui fait froid dans le dos, à l'image des poignants arpèges du titre "The Black Projector" en piste 5, ajoutez à cela un climat de folie, d'urgence environnante (encore une fois ces vocaux !!!) et la sauce ne peut que prendre ! J'avais lu dans je ne sais plus quel webzine qu'un chroniqueur trouvait la production 'sale' ?! J'en viens à me demander sincérement si on a écouté le même album... Au contraire, tout ici me parait parfaitement dosé, entre la clarté des vocaux et la puissance des instrus, rien ne manque à l'appel, ni le grain crade, ni la froideur du mur de son, pas même les larsens ! Un bien bel écrin pour tant de noirceur...

Un dernier point qu'il me parait important de souligner, au delà de la flagrante qualité d'exécution, réside dans l'écriture proprement dite. Tous ces petits éléments s'enchevêtrent sans accros, rendant l'écoute fluide, et ô combien agréable pour l'auditeur, qui sera peut-être, après avoir comme moi essayé de comprendre son addiction, bluffé par cette révélation : tout s'enchaîne d'une manière évidente ! Non pas que cela sonne convenu ou ennuyeux, au contraire, mais j'ai retourné le probleme plusieurs fois, et je crois que c'est là que réside la clé de cet album : les structures, les riffs, etc... Je ne saurais les imaginer, les concevoir autrement ou même avoir envie de les corriger... Un peu comme s'ils avaient toujours été là, attendant d'entrer dans la lumière, ou plutôt dans les oreilles de l'auditeur... Je ne suis objectivement pas sûr que tout le monde me suive sur ce coup-là mais je vous assure, foi de chroniqueur, que cette sensation est plutôt déconcertante !!! Bref, vous l'aurez compris je pense aisément, Hell Militia ne m'a pas simplement ébranlé, Hell Militia m'a retourné ! J'ai eu beau écouter cet album à de multiples reprises avant de me lancer dans la rédaction de ce pavé, j'étais foutu, aujourd'hui encore l'addiction demeure présente, intacte.

Je concluerai en disant que cette "Echelle de Jacob" offrira deux fonctions : dans un sens elle permettra à l'auditeur de s'enfoncer dans les ténébres d'un black metal d'une noirceur et d'une efficacité jouissive, tandis que dans l'autre sens elle permettra au groupe de gravir de nombreux échelons et d'écrire son nom haut, trés haut, dans la pyramide du black metal hexagonal... Pour moi c'est une révélation, Hell Militia nous livre ici un disque qui pourrait faire office de mètre étalon et probablement l'un des meilleurs albums de 2012... Chef d'oeuvre !!!


Ihsahn62
Janvier 2013




"Last Station On The Road To Death"
Note : 17/20

Hell Militia nous avait laissé sans nouvelles de lui depuis la sortie de "Canonisation Of The Foul Spirit" en 2005, hormis quelques apparitions live. Et 5 ans ça fait long, mais bon ça se comprend pour un groupe qui compte en son sein des membres d’Antaeus ou Mütiilation, Arkhon Infaustus ou encore Temple Of Baal. Les voilà donc de retour avec leur deuxième album "Last Station On The Road To Death" dont le titre annonce déjà la couleur, la vague impression que ça ne va pas rigoler du tout ici. Je m’attendais à une galette dans le même style que la première, qui était très bonne dans son genre "black malsain et violent" sans m’attendre à de grosses surprises de leur part. Je m’étais bien planté car même si la patte Hell Militia est bien entendue encore là, le groupe a subi une petite transformation qui en a visiblement laissé quelques uns sur le carreaux.

Les riffs sont toujours aussi dégueulasses, enduits de crasse, de suie et plongés dans le pétrole mais le tout s’est considérablement alourdi. Une énorme chape de plomb est tombée sur la musique de Hell Militia, ralentissant régulièrement le tempo et l’avalanche de blasts pour nous lancer une enclume sur la tête du 43ème étage. Comme je le disais dans la chronique du dernier Merrimack, qui eux aussi avaient opté pour un black plus pesant, ceux qui veulent du black hyper brutal et speed vont être extrêmement déçus par l’évolution du groupe. Ceux qui comme moi préfèrent ressentir les ambiances délétères et qui se réjouissent d’entendre des groupes de black leur jeter de la boue dans les dents seront ravis. Parce que oui, je trouve que le fait de ralentir le rythme leur donne une aura malsaine encore plus prononcée qu’avant, les riffs se font carrément dissonants sur presque tout l’album et libèrent une odeur de souffre qui vous prend à la gorge dès les premières minutes.

Hell Militia a délaissé l’approche frontal qu’il avait sur "Canonisation Of The Foul Spirit" pour devenir plus vicieux, plus fourbe et moins prévisible. Du char d’assaut à l’énorme puissance de feu dévastatrice on est passé à l’assassin discret qui viendra vous ouvrir la gorge sans que vous n’ayez eu le temps de le remarquer. D’ailleurs dans le genre vicieux, dépravé et carrément décharné Meynach se pose là avec sa voix toujours aussi possédée, ses cris et hurlements sont toujours aussi effroyables et confèrent eux aussi un supplément de noirceur à l’ensemble. D’ailleurs en parlant du côté très crade de la musique de Hell Militia je ne m’étonne qu’à moitié de retrouver sur cet album une reprise du punk GG Allin. Pour rappel c’est le mec qui au milieu de ses auto mutilations chiait sur scène le tout en attaquant régulièrement le public, bref on reste dans l’ambiance gendre idéal quoi.

Je vais me répéter mais pour moi le vrai black metal c’est ça, pas besoin de marteler une armada de blasts pour se la jouer grand méchant. C’est avant tout par les ambiances que ça passe pour moi, et là pour le coup on est amplement servi. On a la boue, les rats, les cafards et la septicémie en prime pour un prix dérisoire tout en un. Le titre de l’album n’aurait pas pu être mieux choisi, c’est effectivement une véritable descente vers la mort ou l’enfer au choix, en tout cas un endroit où on n’a pas forcément envie de se rendre là tout de suite. Mais à l’écoute de l’album on s’imagine déjà la gueule de l’endroit, perdu entre les seringues usagées, les capotes à moitié remplies, l’odeur de cadavres putréfiés et celle du sang séché. C’est profondément sale, ça pue la mort à des kilomètres, ça vous retourne l’estomac et ça vous fait monter des substances pas claires dans la gorge. C’est comme ça que doit sonner la black metal à mes oreilles, dépravé et malsain.

Après 48 minutes passées au milieu des ruines à trébucher sur des restes humains la fin du dernier morceau débarque déjà. Drapée d’une sorte de renoncement, d’une impression désabusée qui nous signale que c’est la fin et que ça y est, on est arrivé à destination. La dernière station est là et elle nous attend, il n’y a plus qu’à descendre.


Murderworks
Juin 2010


Conclusion
Le site officiel : www.myspace.com/hell_militia