Le groupe
Biographie :

Gnaw Their Tongues est un one-man band hollandais de black metal experimental formé en 2005 et dans lequel opère : Mories (De Magia Veterum, Ophiuchus, Pompidou, Aderlating, Dimlit Hate Cellar, Astral), Cauteror, Soulwound, Atrocious). Gnaw Their Tongues compte à son actif treize albums studio.

Discographie :

2006 : "Spit At Me And Wreak Havoc On My Flesh"
2007 : "Reeking Pained And Shuddering"
2007 : "An Epiphanic Vomiting Of Blood"
2009 : "All The Dread Magnificence Of Perversity"
2010 : "L'Arrivée De La Terne Mort Triomphante"
2011 : "Per Flagellum Sanguemque, Tenebras Veneramus"
2012 : "Eschatological Scatology"
2015 : "Abyss Of Longing Throats"
2016 : "Hymns for the Broken, Swollen And Silent"
2018 : "Genocidal Majesty"
2018 : "Kapmeswonden En Haatliederen"
2019 : "An Eternity Of Suffering, An Eternity Of Pain"
2020 : "I Speak The Truth, Yet With Every Word Uttered, Thousands Die"


Les chroniques


"I Speak The Truth, Yet With Every Word Uttered, Thousands Die"
Note : 17/20

Le grand malade Mories est de retour avec le treizième album d'un de ses multiples projets, Gnaw Their Tongues. Je vous en avais déjà parlé pour la sortie de "L'Arrivée De La Terne Mort Triomphante" et "Abyss Of Longing Throats" et je vous garantis que le bonhomme ne s'est pas du tout calmé avec le temps. "I Speak The Truth, Yet With Every Word Uttered, Thousands Die" est le petit nom de son nouveau méfait et on peut dire qu'il annonce la couleur !

Pour ceux qui n'auraient jamais égaré leurs oreilles chez Gnaw Their Tongues, disons que le projet officie dans une sorte d'indus noise malsain, extrêmement agressif et bruitiste et totalement possédé. C'est un peu une constante d'ailleurs dans les innombrables projets de Mories, certains penchent plus vers le black metal comme De Magia Veterum par exemple mais tous sont très extrêmes, intenses et éprouvants en plus d'être malsains jusqu'au bout des ongles. Ce nouvel album ne fait pas exception à la règle et dès le morceau titre qui ouvre l'album c'est le passage à tabac ! De multiples couches de sons toutes plus noisy les unes que les autres nous attaquent d'entrée de jeu dans la bonne vieille tradition Gnaw their tongues et on se dit qu'une fois de plus on va souffrir pendant trente-cinq minutes de torture sonore. Si vous pensez que le metal est extrême et qu'une musique basée sur l'électronique ne peut pas vous flinguer les tympans et poser une ambiance extrêmement sale et malsaine, vous êtes bien naïfs et Mories va se faire un plaisir d'enrichir votre culture musicale. Si vous vous demandez à quoi pourrait ressembler la mise en musique d'une visite au purgatoire, puis en enfer après un rituel réalisé dans un hôpital psychiatrique vous êtes au bon endroit. Je ne sais pas ce qui inspire ou motive ce grand malade mais je vous conseille d'aller jeter un œil à sa discographie, vous allez voir que c'est assez flippant, entre le nombre de projets auxuquels il participe et le nombre d'albums, de splits et de EPs que chancun d'entre eux sort tous les ans, il y a de quoi se poser des questions ! Quoique de toute façon, on sait très bien que sa santé mentale est partie se faire dorer le cul au Bahamas depuis longtemps. Plus un fusible ne tient debout là-dedans, Mories les a tous cramés. Pas de guitares, pas de batterie autre que les percussions et pourtant une agression comme vous n'en avez jamais entendu si vous ne vous êtes pas encore aventuré dans les terres de l'electro et du noise. Trop de métalleux pensent encore qu'il n'y a que le metal qui sait faire mal et poser une ambiance putride et n'imaginent pas à quel point des groupes comme Gnaw Their Tongues peuvent être intenses, extrêmement malsains et outrageusement violents.

Les percussions rituelles ou tribales qu'il ajoute à ses morceaux ne font rien pour alléger une ambiance qui pue le sacrifice humain et le rituel occulte à tous les niveaux. Le côté black metal qui peut ressortir sur certains les précédents albums, "Genocidal Majesty", "Kapmeswonden En Haatliederen" et "An Eternity Of Suffering, An Eternity Of Pain", ne fait pas partie des invités cette fois et ce nouvel album ne laisse s'exprimer que sa facette indus noise et croyez-moi c'est amplement suffisant pour vous défoncer le crâne et flinguer ce qui vous restait de neurones. "White Void Black Wounds" part sur des beats quasiment techno mais en version totalement hystérique et sous crack en mode full noisy et avec une saturation sur tous les arrangements electro qui va bien vous percer les tympans. Vous vouliez de l'extrême ? Mories vous a pris au mot et va vous en servir sous des formes dont vous ne soupçonniez même pas l'existence ! Ses hurlements sont toujours là et ne laissent absolument aucun doute quant au propos d'une telle musique, ça pue la haine et la folie à tous les étages et le maître des lieux n'a pas du tout l'intention de vous laisser sortir. Son chant truffé d'effets sur "To Rival Death In Beauty" confirme le pétage de plombs général et ne fait que rajouter une couche de malsain et d'oppression à un album qui était déjà aux limites de l'insoutenbale comme ses grands frères. Si ses prédécesseurs étaient plus brutaux et laissaient ressortir leur côté black metal (ou orchetral pour "L'Arrivée De La Terne Mort Triomphante"), ce petit nouveau préfère poser une ambiance d'une noirceur effrayante et jouer avec vos nerfs en les triturant à coup d'effets tous plus bruyants les uns que les autres. Ou en donnant l'impression d'entendre son créateur se rentrencher dans son esprit pour maudire tout le monde sur "A Sombre Gesture In The Faint Light Of Dusk" qui descend encore quelques crans plus profonds dans le malsain et le malade. Pour autant, "I Speak The Truth, Yet With Every Word Uttered, Thousands Die" n'est pas qu'une succession de bruits et la plupart des morceaux dégagent une ambiance vraiment flippante et glauque au possible, il y a un vrai travail derrière tout ça contrairement à ce que certains pourraient penser. C'est presque le plus flippant dans l'histoire, Mories sait parfaitement ce qu'il fait et vu le côté totalement maladif, très torturé et taré de sa musique, le constat n'est pas rassurant !

Un nouvel album moins black que ses prédécesseurs et plus noisy mais tout aussi extrême, encore plus noir et flippant et qui perpétue cette folie et cette ambiance malsaine propre aux projets de Mories en général et de Gnaw Their Tongues en particulier.


Murderworks
Août 2020




"Abyss Of Longing Throats"
Note : 17/20

La dernière fois que nous avions parlé de Gnaw Their Tongues, c'était à l'occasion de "L'Arrivée De La Terne Mort Triomphante" et j'avoue que c'est aussi le travail le plus récent de ce projet que j'ai écouté. Il faut avouer qu'il est difficile de suivre Mories dans ses différents projets, d'autant que rien que pour Gnaw Their Tongues, plusieurs sorties ont eu lieu depuis et une nouvelle est déjà prévue en Novembre ! Mais concentrons nous plutôt sur ce nouvel album, "Abyss Of Longing Throats", qui n'a pas l'air de s'être vraiment éloigné des habitudes du projet.

Après tout, la continuité n'est pas un défaut et quand on se penche sur un album de Gnaw Their Tongues, on attend de toute façon un dark ambiant teinté de sonorités black et d'un peu de noise, bref un truc poisseux, malsain et dérangeant. Et ça tombe bien puisque c'est exactement ce que cette nouvelle réalisation nous propose ! La santé mentale du bonhomme ne s'est clairement pas arrangée depuis le temps, les hurlements et l'ambiance totalement psychotique de "Lick The Poison From The Cave Walls" le prouvent. Un morceau qui constitue d'ailleurs une entrée en matière on ne peut plus directe, pas d'intro à rallonge, pas de passages tirés de je ne sais quel film obscur, Mories a choisi de nous attaquer tout de suite. La basse très présente pourrait presque ajouter un petit côté drone histoire de balancer encore une louche d'extrême à la musique de Gnaw Their Tongues qui n'en avait pas vraiment besoin. Le côté quasiment orchestral et cinématographique présent sur "L'Arrivée De La Terne Mort Triomphante" est remis en retrait ici, et même si la musique ne retrouve pas totalement l'aspect bruitiste d'un "All The Dread Magnificence Of Perversity", on se rapproche tout de même plus du magma sonore de ce dernier que du côté plus poli de son successeur. Dans tous les cas, "Abyss Of Longing Throats" est une fois de plus une descente aux enfers musicale, un supplice sonore, bref un sacré merdier qui va mettre vos tympans et votre moral à rude épreuve. L'ensemble est tellement cohérent que même sans jeter une oreille à l'album vous pouvez deviner ce qu'il contient en voyant son nom et surtout sa pochette qui image parfaitement ce que Mories a voulu faire ressentir à l'auditeur.

On note aussi un côté moins homogène qu'auparavant, "Through Flesh" étant un peu plus classique et metal dans sa construction et pouvant presque rappeler Godflesh par moments (rythmique martiale, sons industriels...). Gnaw Their Tongues se permet donc au fil des morceaux de varier un peu la forme, le morceau éponyme apporte même des blasts au milieu de ce bourbier (sûrement un reste de "Eschatological Scatology", qui contenait en fait des titres plus anciens mais qui présentait un visage plus brutal et plus proche de De Magia Veterum), mais le fond reste toujours cette espèce de masse informe et corrosive. Ce morceau éponyme renoue en tout cas avec le black metal à plus d'un titre, en plus des blasts on retrouve une froideur et un désespoir qui redonnent un visage presque humain à Gnaw Their Tongues. On pourrait presque dire que ce nouvel album fait une sorte de synthèse de tous les projets de Mories, un mélange de toute la discographie de Gnaw Their Tongues avec un zeste de De Magia Veterum qui n'existe plus si je ne me trompe pas. La formule n'est peut-être pas la plus adaptée pour un truc pareil mais "Abyss Of Longing Throats" est peut-être un poil plus accessible que ses prédécesseurs, même si je précise tout de même qu'il faut toujours avoir l'estomac et les tympans bien accrochés pour encaisser un tel instrument de torture auditive. Comme je le disais plus haut, l'ensemble est un peu plus varié, plus construit et plus structuré, là où ses prédécesseurs nous balançaient soit un magma informe et extrêmement intense soit une passage à tabac en règle non stop.

Un nouvel album qui montre un Gnaw Their Tongues un peu plus contrôlé mais toujours aussi dérangé et dérangeant. 43 minutes qui seront toujours aussi difficiles à encaisser pour les non initiés et qui, malgré un côté plus construit, ne devrait pas décevoir les autres. Si la forme est légèrement moins folle et psychotique, le fond est toujours aussi noir et désespéré. Une variation sur le même thème en quelque sorte.


Murderworks
Octobre 2015




"L'Arrivée De La Terne Mort Triomphante"
Note : 17/20

- "Hades Voyages bonjour, que puis je faire pour vous ?"
- "Bonjour mademoiselle, je suis las du morne climat de ma contrée natale et j’aimerais avoir vos conseils pour une destination plus chaude et ensoleillée."
- "Vous tombez bien, nous avons justement des chambres libres à l’hôtel Styx, chaleur garantie et paysages dépaysants au programme. En plus de ça vous aurez un accès gratuit et illimité à notre jacuzzi hyper performant."
- "Ha ça a effectivement l’air intéressant !"
- "Le seul petit inconvénient pourrait à la limite venir des habitants de la région, on les surnommes les diablotins. Oh ils ne sont pas bien méchants mais ils ont la fâcheuse tendance de s’introduire dans le jacuzzi pour vous piquer le cul avec des fourches."

Bon, il serait peut être temps que j’arrête mes conneries moi, quoique ce que j’ai écrit ci-dessus pourrait presque être la description de l’endroit dans lequel vous allez vous retrouver en écouter le nouveau Gnaw Their Tongues. Eh oui vous pouvez trembler, le fou est revenu avec un nouvel album qu’il a délicatement appelé : "L'Arrivée De La Terne Mort Triomphante". Son prédécesseur "All The Dread Magnificence Of Perversity" était déjà bien garni en dégueulasseries en tout genre.

Bon pour celles et ceux qui ne connaissent pas le groupe, au vu du nom du nouvel album vous devez bien entendu vous doutez que vous n’allez pas tomber sur le nouveau best-of de Bernard Minet (vous avez vu les références un peu ?). Plus concrètement c’est une espèce d’indus-noise-black-B.O de films d’horreur, désolé pour l’étiquette à la con mais c’est vraiment dans ces eaux boueuses que ça nage. Mais cette fois Mories a quand même été un peu plus clément que d’habitude, déjà la durée de l’album n’excède pas les 45 minutes. Comparées aux 70 de son grand frère c’est déjà plus simple à encaisser, parce que même si c’est très bon dans le genre c’est assez insoutenable sur plus d’une heure. Et la deuxième raison pour laquelle je dis qu’il est plus clément que d’habitude est qu’il a décidé de rendre Gnaw Their Tongues un tout petit peu plus musical. Vous noterez que j’ai soigneusement évité de dire "mélodique", parce que oui il y a un peu plus de mélodie qu’avant. Mais de là à vous imaginer quelque chose d’accrocheur ou de joli, il y a un pas que je vous déconseille de franchir. Sans quoi la surprise n’en sera que plus mauvaise, et les effets de l’album étant déjà assez dévastateurs comme ça on va dire que ce n’est pas la peine d’en rajouter.

Dévastateur oui, pas dans le sens violent ou bruyant non. Mais cette galette est une véritable descente aux enfers, vous allez devoir traverser les sept cercles avant de pouvoir prendre un bain dans le Styx et je vous garantis que vous allez les sentir passer. Dès le premier titre d’ailleurs, l’éponyme, qui contrairement à l’ancien visage de Gnaw Their Tongues qui se contentait de nous broyer les tympans, nous montre ici un côté totalement désespéré. C’est effectivement la mort elle même qui va débarquer dans votre matos hifi et votre appart. Une coulée de pétrole et de goudron mêlée à du sang va se mettre à suinter de vos enceintes, et vous allez sentir la main de la faucheuse se poser sur votre épaule. Elle va vous accompagner tout au long de l’album, elle ne vous lâchera pas d’une semelle. Je ne sais pas que ce qui pousse Mories à composer pareille horreur, mais sur cet album il arrive à nous retourner les tripes et nous broyer ce qui nous reste de neurone dès le premier titre. Et le reste est à l’avenant, on passe du désespoir à la haine, en passant par des ambiances totalement malsaines et des sons inhumains. Je ne suis pas certain que vous en reveniez indemnes, si toutefois vous en revenez.

Il aurait d’ailleurs dû inscrire dans le livret la très célèbre phrase tirée de l’Enfer de Dante : "Toi qui entres ici, abandonne toute espérance". Parce qu’effectivement rien ne viendra vous tirez de ce bourbier, vous allez vous prendre les pieds dans une mare mouvante et nauséabonde. Pour vous situer un peu l’ambiance, même si ce n’est pas identique, on peut évoquer les sonorités dégueulasses d’un groupe comme In Slaughter Natives qui arrivait lui aussi à vous noyer sous le plomb en fusion. Au final un très bon album dans ce genre totalement noir et psychopathe, mais à ne pas mettre entre toutes les oreilles comme on dit. Pour peu que vous ayez le cafard ou des tendances et pulsions pas très nettes, je vous conseille amicalement de fuir cet album comme la peste. La peste est de toute façon ce que cet album aura de plus sain à vous offrir.


Murderworks
Mars 2011


Conclusion
Le site officiel : www.gnawtheirtongues.com