"Construction Of Conflict"
Note : 16/20
Februus cherche les problèmes. Avec ce deuxième album, "Construction Of Conflict", le musicien suédois Andreas Karlsson (Fetus In Fettuccine, Well Of Depression, Tranq Wound…) signe chez Transcending Obscurity Records.
"Genocide By Default" démarre sur les chapeaux de roues avec un imbroglio sonore infusé au death metal sur lequel le musicien ne tarde pas à hurler tout en multipliant blast et riffs convolutés pendant un long moment avant d’enfin daigner nous laisser respirer sur un break inquiétant au possible. La rythmique repart plus lentement, mais finit par dévoiler des sonorités angoissantes, puis "Measures Of Escalation" prend le relai et nous écrase sans attendre, laissant finalement des touches éthérées se joindre au massacre, puis c’est à la force de ses harmoniques travaillées que le musicien progresse, laissant la base épaisse faire son oeuvre. Les parties vocales deviennent de plus en plus étranges, alors que "Suicide By Proxy" nous accorde un court temps de relâche avant de relancer la machine à toute allure, restant sur l’approche saccadée et torturée tout en continuant de déverser ses influences brutales. Là non plus, le musicien n’a visiblement aucune envie de nous laisser respirer jusqu’au final étrange, puis une explosion nous projette vers "The First Limb Is Cut", titre où nous redécouvrons les termes dissonance et imprévisibilité tant ils le caractérisent si bien.
Les différentes vagues se succèdent mais ne se ressemblent pas, et il en est de même pour "The Misery That Awaits The World" qui va surprendre avec sa douceur tout en restant ancrée dans la touche prog du projet, annonçant le retour de la violence avec "Fueled By Narcissism", composition relativement plus “traditionnelle” mais infusée à la rage brute. On lui trouverait presque même une pointe old school sur certains passages alors que d’autres sont bien plus expérimentaux, offrant une voix claire intrigante avant de repartir dans cet inconnu virulent vers "Scavengers Of The Forgotten Poor", titre à la base assez remuante qui abuse de ces harmoniques perçantes pour créer un son encore plus abrasif qu’il ne l’est déjà. Le son repart frénétiquement pour "Suppressing The Future", dernier morceau de l’album, et on sent que le musicien n’hésite pas à partir alternativement dans les deux extrêmes, que ce soit les quelques touches mélodieuses ou au contraire les tonalités les plus brutales comme la mer de blast qui nous roule souvent dessus avant le long passage central assez calme, puis le final emprunté au death / doom.
Si vous aviez un quelconque doute à propos de la capacité de Februus à être dissonant, je peux vous assurer qu’il n’a pas lieu d’être ! Entre death, prog et éléments massifs, "Construction Of Conflict" n’aura aucun mal à convaincre un public averti.
"Surveillance Orgy"
Note : 1
75/20
Craignez la technicité de Februus. Créé par le musicien suédois Andreas Karlsson
(chant / tous instruments, Elephant Skin, Entertainment Cult, Tusenårseken, Well Of
Depression), la première démo voit le jour en 2021, puis un EP l’année suivante, et enfin un
album, "Surveillance Orgy", en 2023. En 2024, le label indien Transcending Obscurity
Records lui donne une existence physique.
Avec "Gentrification Of The Soul", la première composition, on comprend aisément que le
death metal de Februus est loin d’être classique, laissant le musicien déchaîner à toute
allure ses riffs complexes et saccadés. Quelques vociférations rejoignent également le
torrent de rage qui ralentira par moments avant de déferler à nouveau jusqu’à "Morning Star
Over Deathlehem", un autre morceau encore plus dissonant et terrifiant qui s’abat sur nous
sans prévenir grâce à des tonalités lancinantes et perçantes à la fois, sans compter les
parties vocales caverneuses. L’approche prog est également exploitée, autant dans la
longueur du morceau que dans ses riffs convolutés et bourrés d’harmoniques aériennes,
puis c’est avec l’étrangement courte "The Price Of Enterprise" que le musicien poursuit sa
route dans l’étrange et les sonorités inquiétantes, tout en piochant cette fois-ci dans des
influences plus brutes.
Old school et imbroglio de riffs se mêlent à nouveau sur "Surveillance
Orgy", titre où le créateur injecte régulièrement des leads imprévisibles, que ce soit par
petites touches délicates ou par véritables rouleaux de tapping, puis le final nous permettra
de revenir à une sorte de simplicité avant d’attaquer le dernier morceau, intitulé "Resignation
Syndrome". Plus de quatorze minutes de distorsion, de guitares criardes et surtout de
complexité cohérente qui ralentit finalement en son centre, empruntant au death / doom sa
noirceur et son oppression avant d’exploser une nouvelle fois pour laisser blast et cordes
déployer toute leur fureur jusqu’au silence.
Si vous êtes amateurs de dissonance musicale, de complexité alambiquée et de rythmiques
déstructurées, Februus est définitivement le groupe qu’il vous faut. "Surveillance Orgy" est
aussi sauvage qu’imprévisible, mais il reste incroyablement puissant !
|