Le groupe
Biographie :

Esoctrilihum est un one-man band de black metal français dans lequel opère Asthâghul (chant / instruments). Esoctrilihum sort son premier album, "Mystic Echo From A Funeral Dimension", en Juillet 2017 chez I, Voidhanger Records, suivi de "Pandaemorthium (Forbidden Formulas To Awaken The Blind Sovereigns Of Nothingness)" en Février 2018, de "Inhüma" en Octobre 2018 , de "The Telluric Ashes Of The Ö Vrth Immemorial Gods" en Mai 2019, de "Eternity Of Shaog" en Mai 2020, et de "Dy'th Requiem For The Serpent Telepath" en Mai 2021.

Discographie :

2017 : "Mystic Echo From A Funeral Dimension"
2018 : "Pandaemorthium (Forbidden Formulas To Awaken The Blind Sovereigns Of Nothingness)"
2018 : "Inhüma"
2019 : "The Telluric Ashes Of The Ö Vrth Immemorial Gods"
2020 : "Eternity Of Shaog"
2020 : "F'htansg" (EP)
2021 : "Dy'th Requiem For The Serpent Telepath"


Les chroniques


"Dy'th Requiem For The Serpent Telepath"
Note : 17/20

Toujours aussi stakhanoviste, le projet Esoctrilihum est de retour à peine un an après "Eternity Of Shaog" avec un nouvel album nommé "Dy'th Requiem For The Serpent Telepath". Près de quatre-vingt minutes au total pour ce nouveau pavé dans lequel il va falloir se plonger totalement comme d'habitude. Esoctrilihum n'aime pas la demi-mesure et si vous n'êtes pas encore familier de la musique de ce one-man band vous allez vite comprendre.

Et encore, depuis le précédent album, Asthâghul (le seul membre du projet) a mis de l'eau dans son vin et a décidé d'aérer sa musique et de lui apposer un côté plus atmosphérique et mélodique, là où les premiers albums étaient de véritables concentrés de magma sonore brutaux et chaotiques. Le tout reste assez extrême et surtout exigeant, ne serait-ce que par la longueur des morceaux et donc des albums. Sans compter que ces derniers sont systématiquement pensés comme un tout et qu'il est vivement déconseillé d'écouter un morceau en particulier, séparé de son ensemble. Les albums d'Esoctrilihum sont toujours à prendre comme des explorations, vous vous installez et ne ressortez qu'à l'arrêt du manège. "Ezkikur" démarre les hostilités et confirme l'orientation prise par "Eternity Of Shaog" avec un tempo bien plus posé, une production plus grosse et un peu plus propre et une orientation atmosphérique bien plus marquée. Si les ambiances ont toujours été un des points forts d'Esoctrilihum, le fait que la violence se fasse moins systématique leur laisse encore plus de place. Les blasts sont évidemment toujours présents et se font d'ailleurs entendre assez rapidement mais ce sont maintenant les atmosphères au feeling occulte qui se taillent la part du lion. Une évolution bienvenue parce que le projet aurait forcément fini par se répéter, d'autant que ça permet à ce nouvel album de se démarquer encore un peu plus du reste de la scène extrême. Si les influences de groupes comme Portal, Aevangelist ou Blut Aus Nord pouvaient s'entendre par le passé, ce n'est plus du tout le cas depuis le précédent album. Esoctrilihum s'est totalement émancipé et si sa musique montrait déjà une forte personnalité, elle a cette fois carrément créé son petit monde.

Comme pour "Eternity Of Shaog", ceux qui appréciaient le projet pour sa brutalité outrancière et son caractère magmatique seront déçus. Tout est bien plus contrôlé et intelligible sur "Dy'th Requiem For The Serpent Telepath" mais ça ne rend pas la musique d'Esoctrilihum accessible pour autant, son étrangeté s'en trouve encore renforcée et son univers occulte déploie toute sa singularité sur ces quatre-vingt minutes. "Salhn" prend presque des airs de vieux My Dying Bride avec ses riffs doom et ce violon dramatique en appui en début de morceau, un élan bien vite rattrapé par ce fameux feeling occulte qui habite ce nouvel album. Si la forme a changé, il y a toujours cette impression d'être face à un cauchemar sonore, une hallucination auditive torturée, un bad trip pendant une initiation qui serait partie en vrille. "Tyurh" remet la brutalité au premier plan avec une belle batterie de blasts sauvages sur fond d'orgue donnant là encore un air de cérémonie occulte. "Baahl Duthr" se permet même d'introduire un certain groove au milieu de tout ça, s'il y a une chose que l'on ne s'attendait pas à entendre chez Esoctrilihum c'est bien le groove ! Et ça lui va plutôt bien d'ailleurs, cela prouve qu'Asthâghul a bien une vision artistique et qu'il sait où mener son projet. Les expérimentations qu'il met en place ne sont pas là par hasard et tout s'imbrique parfaitement dans la patte déjà développée. Le fait que les ambiances prennent plus de place et que le projet s'oriente vers quelque chose de plus atmosphérique rend les multiples explosions de violence d'autant plus efficaces. A chaque fois que les blasts débarquent, c'est un coup derrière la nuque, d'autant que s'ils se font plus rares ils sont toujours aussi frénétiques. D'ailleurs, plus on avance vers la fin de l'album plus il se fait brutal, les blasts reviennent de plus en plus souvent et le matraquage redevient plus soutenu.

"Dy'th Requiem For The Serpent Telepath" constitue donc la suite logique de "Eternity Of Shaog" et poursuit sur la même lancée. Esoctrilihum se fait plus atmosphérique et mélodique mais garde une violence qui s'exprime par des explosions spontanées et tout aussi frénétiques qu'auparavant. Même si les ambiances prennent plus de place depuis le précédent album, la musique d'Asthâghul reste très intense, exigeante et ne s'adresse toujours pas à tout le monde.


Murderworks
Juillet 2021




"Eternity Of Shaog"
Note : 17/20

Esoctrilihum, vous commencez à connaître par ici normalement et cette fois il aura fallu un an pour que le one-man band nous revienne avec un nouvel album, à savoir "Eternity Of Shaog", qui a déjà le mérite d'avoir un titre plus simple à écrire. Musicalement, attendez-vous à quelques petites surprises et à un petit changement de ton.

"Orthal", qui ouvre l'album avec ses trois petites minutes, surprend par son visage bien plus mélodique que ce qu'Esoctrilihum propose d'habitude. On retrouve un black / death bien plus clair et aéré que précédemment avec des mélodies jouées sur je ne sais quel instrument aux airs de musique traditionnelle asiatique ou indienne et une production pour le coup moins étouffante et plus compréhensible. Une clarté qui va s'installer sur tout l'album et qui surprend après quatre albums suffocants mais qui permet à Asthâghul, le maître d'oeuvre, de se renouveler et de ne pas répéter les constamment même schémas. Ceux qui adoraient étouffer sous cette masse poisseuse seront peut-être un peu déçus mais je vous garantis que la musique d'Esoctrilihum n'a rien perdu de son aura pour autant et que son intérêt ne se limitait pas à ce côté chaotique. Cet aspect n'était pas un gimmick ou un artifice et servait un propos, ce même propos qui exige ici que sa musique se fasse plus contrôlée et plus contrastée. La violence cède un peu de place aussi et le matraquage quasiment incessant qui régnait sur les quatre précédents albums se voit ici coupé par plusieurs "respirations" (oui, c'est relatif chez Esoctrilihum la respiration). L'impression de musique hors du temps et de ce monde est par contre renforcée par ces arrangements et ces sonorités traditionnelles ou ethniques qui se font entendre plus d'une fois, créant des ambiances puissantes et évocatrices. "Eternity Of Shaog" montre une évolution que certains trouveront peut-être déconcertante mais est pourtant totalement cohérente et qui perpétue l'univers particulier du projet. On y retrouve toujours ce feeling malsain, sombre, occulte et ces mélodies qui ajoutent une ambiance irréelle et introspective à l'ensemble. De toute façon, l'optique très chaotique et brutale allait finir par montrer ses limites et il devenait nécessaire d'avancer, c'est ce qu'Esoctrilihum fait sur ce nouvel album et c'est plutôt réussi.

D'autant que la violence n'a pas disparu pour autant et que le chaos trouve encore des occasions de s'exprimer, les blasts se font encore entendre plus d'une fois et le début de "Thritônh (2nd Passage – The Colour Of Death)" est assez ravageur dans le genre ! Et le chaos se fait lui aussi ressentir avec cette couche d'instruments superposés et ce violon possédé qui pète les plombs entre les rafales de blasts. Le côté extrêmement épais et brutal a laissé la place à quelque chose de plus expérimental et la musique d'Esoctrilihum se fait encore plus personnelle cette fois. Asthâghul se libère des rares influences que l'on pouvait encore sentir dans sa musique et prend définitivement son envol avec "Eternity Of Shaog" sur lequel il crée réellement un univers sur mesure. "Aylowenn Aela (3rd Passage – The Undying Citadel)" est impressionnant par le mélange parfait qu'il fait entre le chaos des premiers albums et les mélodies sombres et torturées avec en plus ce violon qui apporte clairement une dimension supplémentaire à une musique déjà bien possédée et tarée. Esoctrilihum réussit l'exploit de produire ici une musique moins violente, moins chaotique et plus aérée que par le passé mais de la rendre en même temps encore plus insaisissable ! Ces mélodies hors du temps, ce sonorités ethniques ou traditionnelles, cette mélancolie, ce feeling occulte qui colle à tous les morceaux, tout concourt à faire de "Eternity Of Shaog" un album totalement à part sur la scène metal actuelle. "Shayr-Thàs (6th Passage – Walk The Oracular Way)" ou "Namhera (7th Passage – Blashpemy Of Ephereàs)" ramènent au moins en partie l'ancien Esoctrilihum qui se vautrait dans le chaos total et les blasts dévastateurs ou les gros coups de double grosse caisse avec de grosses couches de sons imposantes et poisseuses. Bref, la musique du projet n'a pas opéré un revirement total et sa personnalité est non seulement toujours présente mais même carrément amplifiée et développée.

Esoctrilihum met un peu d'eau dans son vin mais ne devient pas plus accessible pour autant et développe des ambiances encore plus puissantes tout en ne reniant pas son passé chaotique qui ne manque pas de refaire surface plus d'une fois. Une évolution plus mélodique et aérée certes mais encore plus personnelle et qui fait de "Eternity Of Shaog" le meilleur album d'Esoctrilihum !


Murderworks
Juillet 2020




"The Telluric Ashes Of The Ö Vrth Immemorial Gods"
Note : 16/20

Je vous ai déjà dit qu'Esoctrilihum était un projet très prolifique et j'en ai une preuve supplémentaire puisque voici son nouvel album, "The Telluric Ashes Of The Ö Vrth Immemorial Gods", et le pavé fait soixante-quinze minutes. Prêts pour une nouvelle plongée dans les abysses ? Allez, sortez vos tubas on va allez faire un tour là-dessous.

"Khalbas Mha" nous accueille et nous fait comprendre de suite que Asthâghul (seul maître des lieux) ne s'est pas calmé et que sa santé mentale ne va pas mieux. On se retrouve une fois de plus plongé dans un magma sonore qui prend sur ce premier morceau des airs de rituel occulte et malsain visant à faire renaître je ne sais quelle entité gluante et dégueulasse. Une impression renforcée par cette production volontairement étouffée et garnie de réverbe qui vous laisse la sensation d'écouter un live enregistré dans les catacombes. Ce n'est pas un reproche puisque ce son participe totalement à renforcer les ambiances poisseuses et malsaines que distille Esoctrilihum et à amplifier la folie qui règne en ces lieux impies. Pas de doute, la musique de ce projet a une vraie personnalité et je ne sais pas quel monde Asthâghul essaie de nous dépeindre mais je peux vous garantir qu'il n'a pas l'air accueillant et que vous n'avez clairement pas envie de vous y perdre. Comme pour les deux précédents essais, je vous dirais que si vous avez aimé les premiers Portal et Aevangelist, il y a des chances que l'univers d'Esoctrilihum vous plaise sans pour autant vous en fournir une copie conforme, loin de là. Quelques mélodies ressemblant fortement à de la musique traditionnelle indienne font leur apparition sur "Kros Ö Vrth" et ce détail mélangé à la folie dur este donne vraiment un caractère irréel, hors du temps à ce nouvel album. Entre la durée totale et la densité de l'ensemble, nul doute que ce nouveau méfait va vous tenir en haleine longtemps et qu'il va falloir le travailler au corps pour comprendre pleinement de quoi il en retourne. C'est comme ça avec Esoctrilihum, si vous aimez votre metal lisse, propre et facile à écouter vous allez vite déchanter. La musique de ce projet est folle, sale, malsaine, occulte, brutale, extrême dans tous les sens du terme et il va falloir accepter de vous abandonner à elle et à plonger dans les méandres de cette folie sonore pour apprécier ces onze morceaux à leur juste valeur.

Pas de grosses révolutions évidemment depuis les deux précédents albums mais Esoctrilihum n'en a pas besoin, sa musique est déjà tellement singulière qu'il y a déjà largement de quoi faire comme ça. Sans compter que s'il n'y a pas de révolution, il y a bien une évolution, Asthâghul ne se contente pas de répéter la même formule à chaque album et amène systématiquement de nouveaux éléments pour enrichir son univers et se démarquer encore plus de la concurrence. Il y a un feeling clairement occulte dans tout ce bordel et le caractère malsain et totalement taré de la bête ne s'estompe pas du tout au fil des sorties. J'ai même l'impression que même si quelques mélodies font leur apparition plus souvent depuis le précédent album et que la musique d'Esoctrilihum est un peu plus aérée, elle en devient quand même de plus en plus atypique et déconnectée du monde réel. Une écoute de "The Telluric Ashes Of The Ö Vrth Immemorial Gods" vous donne l'impression d'être tombé dans une faille spatio-temporelle et au bout des soixante-quinze minutes vous vous demandez ce qui vient de se passer. Apparemment, les univers parallèles existent et Asthâghul en a trouvé la porte d'entrée. Vu avec quoi nous accueille l'office du tourisme du coin, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée d'aller y faire un tour, le maître d'oeuvre d'Esoctrilihum n'en est visiblement pas revenu avec toute sa santé mentale. En tout cas, plus le temps passe, plus ce projet étoffe son univers et prouve qu'il a clairement une vision.

Un nouvel album dans la lignée de ses prédécesseurs avec quelques petites choses en plus. En tout cas toujours très extrême et toujours une expérience particulière. La musique d'Esoctrilihum est de celles qui vous marquent au fer rouge et vous balance le temps d'un album dans un univers parallèle, alors entrez-y à vos risques et périls !


Murderworks
Janvier 2019




"Inhüma"
Note : 16/20

Quand je vous avais dit qu'Esoctrilihum allait bientôt revenir, je ne plaisantais pas et le nouvel album est bien là, "Inhüma" c'est son petit nom et ne vous inquiétez pas, vous avez bien signé pour un retour dans un black / death très sale et éprouvant.

Esoctrilihum est prolifique en tout cas, un album en Juillet 2017, un deuxième en Février 2018 et celui-ci en Octobre dernier, ça na chôme pas et on a droit à chaque fois à un bon pavé d'une heure à peu près. C'est encore le cas avec "Inhüma" et si on craint parfois un manque d'inspiration en voyant des sorties aussi rapprochées, celle-ci va vite être balayée d'un revers de la main (ou du tentacule vu l'ambiance qu'il y a dans le coin...). "Incursus Into Daeth Hausth" nous accueille sans fioriture et on se reprend d'entrée de jeu un metal extrême qui donne l'impression d'être un rejeton né de l'union de Portal et d'Aevangelist pour faire simple. Un black metal aux relents death extrêmement brutal, glauque, malsain et dont les moments les plus imprégnés de folie ne sont pas sans rappeler les délires d'un certain Leviathan. D'ailleurs, c'est Wrest qui a réalisé la pochette donc on reste entre personnes saines d'esprit. Les morceaux sont une fois de plus assez longs et tapent fréquemment dans les six ou sept minutes et la production est toujours à la fois caverneuse et volontairement brouillonne. Il s'en dégage une impression de magma sonore et de folie totale, l'illustration parfaite d'un pétage de plomb. Malgré les noms cités plus haut, Esoctrilihum fait sa tambouille et exprime une folie toute personnelle, on sent évidemment les influences mais rien de flagrant qui pourrait venir gâcher l'écoute de l'album. Ce nouvel album est dans la lignée de "Pandaemorthium" avec peut-être un côté plus froid et encore plus brutal avec une intensité encore élevée d'un cran. Autant dire que si vous aviez déjà souffert avec le précédent méfait, vous allez encore ramasser vos dents cette fois.

Quelques respirations sont encore placées ci et là pour relâcher la pression de temps en temps, le rythme ralentit un peu et les riffs deviennent un peu plus froid. Mais globalement, Esoctrilihum appuie cette fois un peu plus sur le côté mur de son impénétrable et nous noie sous une avalanche de blasts, le côté black metal reprend globalement encore un peu plus de place aussi. Les sonorités death sont toujours présentes mais "Inhüma" présente un visage plus froid et tranchant que son prédécesseur. Même quand les morceaux lèvent un peu le pied, le côté très étouffant de la production rend le tout éprouvant et même les claviers qui viennent apporter un peu de mélodie à l'ensemble ne suffisent pas à diminuer la force de l'agression et des coups que nous porte Esoctrilihum. Je ne serais pas étonné que certains n'arrivent pas à encaisser ça pendant près d'une heure tant cette musique ne fait preuve d'aucune pitié et cherche à vous écraser et à vous submerger par tous les moyens possibles et imaginables. "Inhüma" vous veut du mal, comme son prédécesseur, et va vous le faire comprendre très vite. Si vous vouliez de l'extrême, vous allez être servis, les différents sous-genres se mélangent joyeusement dans un bordel aux allures de magma sonore poisseux, violent, bruyant, malsain et même quand des instruments à cordes font leur apparition sur "Lörth Volth Lynhnzael (Lost In The Storm Of Itshka Blood)", ils semblent totalement désarticulés et ne font qu'appuyer le côté malsain de la bête.

Un troisième album aussi éprouvant, malsain et intense que ses grands frères, qui va une fois plus vous martyriser les tympans et vous laisser pantois. Résolument extrême et par conséquent à ne pas mettre entre les oreilles les plus sensibles.


Murderworks
Janvier 2019




"Pandaemorthium (Forbidden Formulas To Awaken The Blind Sovereigns Of Nothingness)"
Note : 16/20

Petit retour dans l'extrême avec le deuxième album du one-man band français Esoctrilihum qui, même en étant étiqueté black metal, pratique un black loin de la tradition norvégienne puisque imprégné de death mais tout aussi sale, malsain et violent. "Pandaemorthium (Forbidden Formulas To Awaken The Blind Sovereigns Of Nothingness)" est son petit nom et comme vous vous en doutez, on ne va pas parler de petites fleurs qui poussent au printemps.

Près de soixante neuf-minutes de musique, des morceaux qui flirtent souvent avec les sept, huit ou neuf minutes, et des ambiances qui se taillent la part du lion. Vous aurez compris que le black metal d'Esoctrilihum n'a que faire des blasts à outrance et du son de guitare façon lame de rasoir rouillée, ce qui l'intéresse c'est d'installer une ambiance poisseuse, malsaine et possédée. Le son très étouffé, sourd, donne l'impression d'entendre un magma sonore et rappelle un certain Aevangelist dans l'esprit. La musique d'Esoctrilihum est un peu plus aérée et ne cherche pas à produire un mur de son impénétrable mais ses morceaux pataugent dans le même genre de mélasse non identifiée. Les explosions de violence sont bien là et surviennent souvent après des passages très glauques et pesants, elles sont donc par conséquent d'autant plus traumatisantes. En tout cas, ce deuxième album est totalement possédé et les morceaux créent un climat malsain, en équilibre entre le désespoir et la folie. On y trouve aussi un gros feeling occulte, certains passages ou morceaux sonnant de façon presque incantatoire. Si le projet a sa propre patte, je situerais quand même son black metal entre Aevangelist donc et le Blut Aus Nord le plus malsain et dissonant histoire de donner une vague idée de ce qui vous attend ici. On retrouve aussi pas mal de samples en arrière-plan, des sons de cloches, des voix déformées et autres bruits inconnus mais flippants, histoire d'amplifier encore le climat possédé et malsain de l'ensemble. Le death se sent dans certaines sonorités, dans les riffs les plus pesants, dans le chant souvent growlé et dans les passages les plus gras.

Finalement, Esoctrilihum a surtout hérité de la froideur du black, qui se sent dans les passages blastés avec ces rifs tranchants et ces mélodies glaciales typiques du genre. Mais le tout baigne dans une crasse venue du death, celle qui fait des grumeaux et qui vous colle aux pattes. Les guitares sont d'ailleurs bien grasses et vous bourdonnent dans les enceintes malgré les couches de sons qui sont parfois superposées. Dans les passages les plus touffus, on sent cet attrait du chaos que peuvent avoir des cinglés comme Portal et tous les autres groupes de cette même scène qui mélangent le death au black dans un joyeux bordel bruyant, bourdonnant et crasseux. "The Holocaust Of Fire In The Temple Of The Red Oracle" sent d'ailleurs le death pur et dur à plein nez, du death à tendance old school et bien gras là aussi. Pareil pour "The Last Judgement" d'ailleurs qui nous renvoie presque aux grands classiques du death brutal des années 90, le son caverneux et crade et le chant possédé et bardé d'effets en plus. Vous l'aurez deviné, la musique d'Esoctrilihum est réservée à ceux qui cherchent de l'extrême sans compromis, les amateurs de belles mélodies et d'ambiances posées ne risquent pas de trouver leur bonheur avec ce "Pandaemorthium (Forbidden Formulas To Awaken The Blind Sovereigns Of Nothingness)". Et vu la longueur des titres et donc de l'album, je pense que même les plus aguerris se retrouveront sur les rotules à la fin de ces soixante-neuf minutes.

Un deuxième album poisseux, violent et sale à souhait qui devrait hanter vos enceintes et vos esprits sans la moindre difficulté. Et si vous n'en avez pas eu assez, sachez que je suis tellement en retard dans mes chroniques que le nouvel album arrive le 19 Octobre !


Murderworks
Septembre 2018




"Never Wanna Die"
Note : 16/20

Esoctrilihum est un groupe français de black metal mystique qui nous propose ici son premier album. C’est déjà tout un programme en soi. Pour moi, c’est la promesse de compositions riches et peut-être un peu perchées, et ce genre de mélange fait souvent mon bonheur. Un mot sur l’artwork de l’album que je trouve tout simplement magnifique et qui illustre bien l’ambition du groupe de proposer un voyage à travers de silencieux paysages nocturnes éclairés par les simples lueurs blâfardes d’une lune paresseuse. Le concept sur le papier me plaît, à voir ce que ça donne musicalement.

Et c’est là que je dois être honnête : j’ai été conquise dès le premier titre. Esoctrilihum joue une musique qui me parle, et c’est typiquement le genre de groupe que je cherche à écouter en ce moment. Une grande place est laissée à l’installation d’une ambiance mystérieuse et pesante, avec des moments très atmosphériques qui me font penser à du ColdWorld. Citons ainsi ce moment de flottement au beau milieu du titre d’ouverture "Ancient Ceremony From Astral Land". La scène représentée sur l’artwork prend ici tout sens. On retrouve d’ailleurs, à ma plus grande joie, un passage similaire sur "Following The Mystical Light Of The Shadow". Toutefois, il y a aussi des passages un peu moins convaincants. A titre personnel, je citerai le très spécial "Infernus Spiritas" avec ses vocaux presque soufflés, qui se rapproche davantage du black metal pur et qui, ironiquement, m’a un peu sortie de mon expérience. Mais ce serait cracher dans la soupe que de prétendre que le résultat final n’est pas bon. Bien au contraire. Esoctrilihum réussit ici son pari de développer une véritable identité, une véritable empreinte musicale et amène l’auditeur à réfléchir sur son écoute. Au-delà du côté mystique, le côté black metal est aussi fièrement représenté. Avec "Shtalosoth", on retrouve ainsi un rythme plus pressant, s’approchant davantage de celui d’un prédateur poursuivant sa proie que de celui d’une innocente balade au clair de lune au beau milieu des bois. La conclusion du titre est d’ailleurs assez étonnante, presque hypnotique. Mais à titre personnel, c’est bel et bien le dernier morceau, "Mighty Darkness", qui retiendra définitivement mon attention. Il y a une intensité dans ce titre qui est tout simplement remarquable, et je trouve que le mélange entre l’ambiant et le black est parfaitement maîtrisé. C’est une proposition musicale riche et travaillée.

Pour un premier album, c’est une belle réussite. Esochtrilihum nous propose un voyage d’environ une heure entre violence et introspection et réussit à convaincre. Il y a des moments de bravoure sur cet album, et des moments très inspirants qui donnent envie de les réécouter en boucle. On sent très clairement les influences du black traditionnel, mais Esochtrilihum arrive à établir les contours de sa propre silhouette musicale et à se détacher d’une composition trop attendue. Personnellement, j’ai été largement convaincue car je suis sensible à ce genre de propositions musicales. J’attends donc avec impatience d’écouter ce qui suivra, car je suis persuadée qu’il y a un grand potentiel dans ce projet.


Velgbortlivet
Décembre 2017


Conclusion
Le site officiel : www.facebook.com/esoctrilihum-305266723253656