"Zerfall"
Note : 19/20
Ellende débute sa quinzième année avec un nouvel album. Pour L.G. (tous instruments / chant), 2026 débute avec la sortie de "Zerfall", son sixième album, chez AOP Records, immédiatement suivi par une tournée européenne.
La batterie est une fois de plus enregistrée par P.F. (batterie, Karg, live pour Harakiri For The Sky).
L’album débute avec l’aérienne "Nur", première composition mélancolique relativement courte où les instruments nous bercent doucement, accueillant une voix samplée avant que la rythmique ne s’intensifie puis adopte pleinement sa noirceur avant de nous relâcher sur "Wahrheit Teil I" où elle prend pleinement possession des riffs et invoque les hurlements saisissants. Le morceau progresse à un rythme assez pesant, nous offrant tout de même des moments de relâche et des leads enivrants ou quelques choeurs apaisants avant de laisser la violence nous submerger à nouveau tout en absorbant cette base de quiétude pour finalement l’intégrer à sa déferlante qui mène à "Wahrheit Teil II" où nous retrouvons un instant la paix. Elle reste cependant de courte durée, cédant naturellement à un nouvel embrasement progressif pour retrouver la douloureuse complainte qui, une fois terminée, laisse le titre devenir plus énergique et accrocheur pour mieux reprendre, filant vers le titre éponyme "Zerfall" où des claviers nous attendent. Le son nous envoûte calmement puis devient soudainement un peu plus imprévisible pour adopter ses ténèbres tant attendues et nous emporter dans son courant lancinant, libérant toute sa saveur et ses hurlements glaciaux avant de nous accorder un temps de flottement pour rejoindre "Übertritt" qui se montre immédiatement menaçant. Je reste personnellement sur mes gardes même lorsque les choeurs clairs emplissent l’atmosphère, mais cela n’empêche pas l’arrivée de la saturation de me surprendre et d’emporter mon esprit dans son flot fluctuant entre rage et apaisement temporaire qui surviennent avant qu’"Ode Ans Licht" ne dévoile des tonalités post-rock intrigantes.
Bien évidemment, la saturation n’est jamais loin, mais le morceau reste assez doux et accessible, que ce soit dans sa rythmique enchanteresse ou ses parties vocales avant d’atteindre "Zeitenwende Teil I" (où l’on retrouve le violon de Klara Bachmair de Firtan) et son introduction elle aussi assez planante qui se métamorphosera en tourbillon de fureur. Des touches old school plus brutes apparaissent également, alimentant le contraste omniprésent avant de laisser "Zeitenwende Teil II" nous souffler à son tour, profitant d’une accélération inattendue pour libérer toute son essence, puis c’est avec des tonalités oppressantes et saccadées que L.G. nous captive, laissant les solos majestueux à Peter Mairhofer (Norikum) avant de reprendre ses lamentations poétiques. Nous retrouvons un sample vocal féminin qui se mêle aux claviers pour débuter "Reise", comme une sorte de journal de bord avant d’embarquer au sein des harmoniques et qui nous laissent dériver entre les cris, puis c’est une voix masculine samplée qui annonce l’ignition du morceau, nous précipitant inlassablement vers un final une nouvelle fois saisissant, et sa tonalité d'occupation finale. L’album n’est pas pour autant terminé, puisqu’il continue avec "Secunda", une reprise au clavier de Jeremy Soule composée pour le jeu The Elder Scrolls V: Skyrim qui s’intègre parfaitement à l’atmosphère d’Ellende, puis avec "Verborgenes Inneres Leiden", titre bonus au piano encore plus maussade qui laisse à peine quelques murmures le rejoindre pour poser cette fois-ci le point final.
Dire qu’Ellende est à présent l’une des références de la sombre tristesse musicale est un euphémisme tant le groupe a su forger sa mélancolie au fil des albums, mais je sens avec "Zerfall" que l’intensification des lives des dernières années lui a donné une touche légèrement différente.
"Ellenbogengesellschaft"
Note : 19/20
Ellende ne s’arrête jamais. Créé en Autriche en 2011 par L.G. (tous instruments / chant), le
groupe est accompagné par P.F. (Norikum, Nekrodeus) à la batterie, mais également D. B.
(guitare), L. B. (guitare, Nokrium) et S.L. (basse, Black Yen, Nekrodeus) en live. En 2022,
AOP Records annonce la sortie d’"Ellenbogengesellschaft", leur quatrième album.
L’album débute par "Ich bin", une introduction mélancolique qui nous fait doucement replonger
dans cette atmosphère sombre et triste qu’Ellende manie à la perfection avant d’accueillir
un début de rythmique et quelques frappes qui nous mènent à la noirceur avec "Unsterblich",
un titre intense qui lie saturation abrasive et leads planants. Les hurlements bruts du maître
à penser se mêlent parfaitement à ses riffs intenses et saisissants, mais ils laissent
également place à des choeurs mystiques sous une rythmique douce. L’explosion de rage
suivra rapidement, nous menant à "Ruhelos" où le musicien accueille J.J. (Harakiri For The
Sky, Karg) pour faire croître l’intensité en mêlant les influences des autres projets du
vocaliste, couplée aux tonalités du groupe. Le duo vocal est tout simplement incroyable, et
l’arrivée imprévue des choeurs angéliques crée un contraste majestueux avant qu’"Hand Aufs
Herz" ne vienne nous saisir à la gorge avec ses harmoniques tranchantes et ses patterns old
school, qui collent parfaitement à leur son entêtant.
On observe une fois de plus une
intensité croissante jusqu’à ce break plus doux en son clair, mais quelques parties lead
refont surface avec un son plus puissant pour nous mener jusqu’à cette saturation
ravageuse qui alimente la rythmique lancinante. Le final plus calme nous mène lentement à
"Someday", un titre qui fait à nouveau vivre la mélancolie en proposant des tonalités claires
apaisantes ainsi que quelques choeurs avant que les cris et la saturation ne refassent
surface avant la fin, laissant "Freier Fall" enchaîner avec des sonorités similaires à cette
douce quiétude qui nous mène progressivement à la rage brute et au chant rocailleux. On
remarquera la facilité avec laquelle le groupe réussit à accélérer depuis une lenteur
majestueuse avant de laisser "Abschied" dévoiler des riffs effrénés surmontés de claviers
imposants. La rythmique sera parfois amenée à ralentir, mais elle ne décroîtra jamais,
laissant le vocaliste amener sa touche brute à des éléments plus calmes ou au contraire à
une rythmique agressive avant que "Verletzlich" ne vienne refermer l’album avec ses
sonorités aussi mélodieuses que dissonantes, ses choeurs pesants et ses envolées plus
sombres, comme le sample vocal, permettant au musicien de nous offrir un final pesant
mais planant.
Quiconque connaît Ellende sait de quoi son créateur est capable. Mélancolie, noirceur,
intensité, sonorités brutes et tonalités planantes, voilà de quoi "Ellenbogengesellschaft" est
fait, et tout se mélange admirablement bien du début à la fin.
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