"In Somnolent Ruin"
Note : 18/20
Draconian, maîtres du désespoir, ont encore frappé. Célébrant le retour de leur vocaliste originelle, Lisa Johansson, Johan Ericson (guitare / choeurs, Doom:VS), Anders Jacobsson (chant) et Daniel Arvidsson (guitare, Mammoth Storm) ont également officialisé l’arrivée de Niklas Nord (guitare, DeathTrap) et Daniel Johansson (batterie, Antikvlt, ex-Wormwood) avec leur huitième album, "In Somnolent Ruin".
On retrouve également la participation de Simon Bibby (My Silent Wake, Thy Listless Heart) à la narration.
L’album s’ouvre de manière très sombre et solennelle avec "I Welcome Thy Arrow", première composition où l’on (re)découvre la voix de Lisa avant que la rythmique ne s’enflamme, proposant même un solo avant que les grognements d’Anders ne surgissent de l’ombre, recréant ce duo mythique qui nous enchante naturellement. Le contraste entre beauté et violence est parfaitement équilibré, les différents éléments soudés par les harmoniques qui nous mènent à "The Monochrome Blade", second morceau où les six musiciens s’allient à nouveau pour nous proposer un son planant, même lors des passages plus agressifs. Le duo vocal se répond et danse dans la mélancolie, progressant à son allure vers "Anima", titre où le groupe accueille à nouveau Daniel Änghede (Astroqueen, ex-Crippled Black Phoenix), bassiste de 2016 à 2019, au chant clair, proposant un duo d’une incroyable douceur avec Lisa, qui sera brisé par une partie lead et le retour du chant saturé. On passe ensuite à "The Face Of God" qui revient dans la noirceur sonore tout en laissant les deux vocalistes s’exprimer chacun à leur manière, habitant les riffs lents et lancinants qui n’hésiteront pas à se briser, proposant un moment de quiétude avant de s’embraser à nouveau pour nous mener à "I Gave You Wings", titre empli de tristesse qu’il tisse de manière extrêmement communicative grâce à des racines doom angoissantes.
Les parties les plus douces nous permettent d’apprécier encore plus pleinement le contraste avant de rejoindre "Asteria Beneath The Tranquil Sea" qui démarre avec un son apaisant mais très répétitif, et laisse Lisa poser sa voix pour un interlude très lumineux. La saturation revient sur "Cold Heavens", imposant son agressivité si contagieuse que même la chanteuse proposera des parties bien plus intenses qui rivalisent avec les rugissements d’Anders, et donnent un rythme plus soutenu à la rythmique avant que "Misanthrope River" ne nous berce à son tour, se servant de sa lenteur pour nous captiver. Les hurlements se perdent dans le néant avant que la guitare ne s’embrase, pavant la voie pour les deux vocalistes qui reprennent finalement le devant de la scène, nous conduisant à "Lethe", dernière composition qui démarre très doucement avec une simple mélodie et le chant clair, puis qui adopte les cris pour parfaire sa complémentarité avant le silence.
Bien que Draconian reste fidèle à ses racines, le retour de sa vocaliste permet au groupe de développer ses influences, proposant sur "In Somnolent Ruin" quelques passages très intenses inattendus. L’album sera parfait pour compléter la discographie.
"Under A Godless Veil"
Note : 19/20
La mélancolie reprend vie avec Draconian. Créé en 1994 sous le nom de Kerberos en
Suède, le style du groupe évolue et son nom change. Il faut attendre 2003 pour un premier
album (après cinq démos), et le groupe acquiert une réputation auprès de la scène
gothic / doom / death. Johan Ericson (guitare / choeurs, Doom:VS) et Anders Jacobsson
(chant), les deux fondateurs, ainsi que Jerry Torstensson (batterie), Daniel Arvidsson
(guitare, Mammoth Storm) et Heike Langhans (chant) nous présentent "Under A Godless Veil", leur sixième album, qu’ils ont enregistré avec l’aide de Daniel Änghede, ancien
bassiste live.
C’est avec "Sorrow Of Sophia" que l’album démarre. Un titre lent, lancinant et qui troque la
douceur du début pour une rythmique plus pesante. Mais cette mélancolie reviendra vite
nous hanter, alternant chant clair féminin et hurlements de peine de la part d’Anders . Les
claviers sont l’un des éléments principaux de ce morceau, alors que "The Sacrificial Flame"
nous cloue au sol avec des riffs imposants. Très lente, très lourde, mais également très
intense, la composition nous peint un tableau entre peine et éléments ésotériques qui colle à
la perfection à l’identité du groupe. "Lustrous Heart", un titre très mélodique et planant, prend
la suite, intégrant des parties plus dissonantes au morceau, alors que "Sleepwalker" renoue
avec ces harmoniques aériennes. Les riffs les lient à une rythmique lourde et intense, qui
nous plonge dans cette torpeur contemplative, puis nous secoue à nouveau à la fin. "Moon
Over Sabaoth", un titre plus noir, prend la suite. Il a été le premier extrait de cet album à être
révélé, et propose une mélodie entêtante qui suit avec assiduité cette progression dans les
ténèbres.
Petit moment de douceur avec "Burial Fields", un titre qui mêle la douce voix d’Heike avec un
duo composé de percussions lentes et de claviers envoûtants avant un final plus inquiétant.
"The Sethian" prend la suite, renouant avec cette mélancolie angoissante. Et c’est à nouveau
la lourdeur qui nous explose en plein visage, avec ces riffs écrasants. L’alternance de ces
deux ambiances est particulièrement réussie, et le groupe parvient même à les combiner
pour un final magistral. "Claw Marks On The Throne" nous offre des leads perçants, épiques
et surtout prenants, qui se lient à merveille avec cette sublime rythmique, sur laquelle les
deux vocalistes nous prouvent une fois de plus leur talent. On reste dans la beauté musicale
avec "Night Visitor", un morceau qui s’axe sur des sonorités douces pour accompagner la voix
de la chanteuse. L’intensité grandit peu à peu, puis se libère sur le final avant "Ascend Into
Darkness", le dernier titre. Le groupe nous fait ressentir cette progression, cette apparition
des influences black, cette langueur et cette oppression, mais également une certaine
quiétude sombre. Puis les ténèbres deviennent totales.
En une heure, Draconian nous a transportés. "Under A Godless Veil" nous enveloppe dans
un univers parfois doux, parfois violent, mais toujours empreint d’une mélancolie sans âge,
d’une peine insondable et d’une lourdeur écrasante. Un coup de maître.
"Sovran"
Note moyenne : 17,25/20
Il nous aura fallu attendre tout de même quatre ans pour découvrir ce que donne le nouveau Draconian.
Eh oui, "nouveau", car depuis le départ de Lisa Johansson en 2012, c’est Heike Langhans qui est la chanteuse du groupe.
C’est donc le premier opus avec la belle et il s’intitule "Sovran".
Pour ce sixième album plein de promesses, toujours chez Napalm Records, ils nous font découvrir 9 titres de plus de 6 minutes chacun, de quoi en avoir pour notre argent !
On les avait laissés avec "A Rose For The Apocalypse" en 2011, et avec "Sovran" on se rend compte qu’il y a eu un tournant dans leur musique bien que cela reste du Draconian.
On s’éloigne du doom / death assez rythmé et moderne du précédent album pour quelque chose de plus intime et un poil plus posé.
Cette évolution était bénéfique pour ne pas stagner.
Le seul morceau qui nous rappelle un peu la période de "A Rose For The Apocalypse" est le splendide "Stellar Bombs",
il est énergique avec des passages plus calmes et de l’originalité en plus, ce qui en fait le meilleur titre de l’album !
Les vocalises évanescentes de Heike nous donnent même des frissons,
c’est une belle pépite pleine d’émotion !
Il y a un autre titre lancinant et mélancolique qui nous fait aussi penser à un autre album du groupe, "Turning Season Within", c’est "The Marriage Of Attaris".
D’autre morceaux se révèlent largement à la hauteur comme l’excellent et entraînant "Dishearten" ou encore "The Wretched Tide" avec ses parties de violon qui donnent du relief et qui rajoutent de l’émotion.
C’est un titre qui souligne à merveille le contraste entre lumière et obscurité présent durant tout l’album, dû surtout aux deux chants opposés.
Heike assure comme une reine et nous offre sa voix douce et pleine d’émotion (qui est d’ailleurs très proche de celle de Sharon de Within Temptation) alors que son partenaire, Anders, nous donne de la rage et de la force dans ses growls.
Une alliance parfaite.
"Heavy Lies The Crown" est sans doute le morceau le plus accrocheur avec ses riffs lourds qui rentrent dès le début en tête.
On ne voit pas le temps passer, et le titre est déjà fini... ce qui prouve qu'il est réussi.
Ensuite, il y a des morceaux moins intéressants mais qui ont tout de même leur place comme le posé et assez simple "Pale Tortured Blue" qui passe bien, "Dusk Mariner", plus mélancolique, ou "Rivers Between Us", le duo avec Daniel Anghede (Crippled Black Phoenix) ; c’est une ballade tout en douceur bien sympa mais sans plus.
Voila c’est fait, Heike mérite amplement sa place dans le groupe et nous le prouve largement avec qui passe bien où elle apparaît tout simplement lumineuse !
Meme si certains titres sont moins prenants et que ce n’est pas leur meilleur album, il vaut vraiment le détour et est de qualité.
L’album tellement attendu est enfin là ! Draconian a ressurgi des ténèbres en nous apportant une œuvre gothique et doomeuse innovante, surtout au niveau des voix féminines. En effet, après le départ de Lisa Johansson en 2011 qui a chanté pour la dernière fois avec Draconian sur l’album "A Rose for the Apocalypse" (2011), le groupe a mis du temps pour se remettre à la création artistique. En 2012, la très charismatique Heike Langhans croise leur chemin et la quête de la nuit profonde et éternelle à travers la plus touchante des musiques recommence.
Ce travail a enfin abouti au dernier album qui est sorti le 30 Octobre 2015, restant très fidèle au style original de Draconiana, les rois du gothic / doom. La voix de Heike ajoute une certaine douceur planante par rapport à la puissance angélique de Lisa ; une influence certaine de Chelsea Wolfe (artiste de gothic folk très dark) s’entend très clairement mais en gardant un style qui lui est propre. Rares sont les groupes de "female fronted gothic metal" qui ont réussi à se remettre de la perte des vocaux féminins d’origine et à les remplacer, mais Draconian a prouvé qu'il était à la hauteur et au-delà même.
L’album est définitivement fidèle à l’authenticité du style déjà développé dans "Where Lovers Mourn", "Arcane Rain Fell" et "Turning Season Within". "A Rose For The Apocalypse" avait dénaturé un peu cette originalité en introduisant une certaine monotonie. Les growls d'Anders Jacobsson sont toujours si puissants et profonds, ils s’accordent en harmonie parfaite avec les cris de désespoir chaleureux et mélodieux de Heike. On retrouve aussi toujours la puissance des guitares et de la basse du doom Draconianesque.
Draconian est un groupe unique et précieux qui prend son temps pour produire des albums, mais à chaque fois chacun est encore plus unique que le précédent. Il n’y a jamais eu et il n’y aura pas à l’avenir de déception pour nos oreilles de leur part. La suite avec Heike s’annonce très intéressante et captivante. A suivre…
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