Le groupe
Biographie :

Au milieu des années 90, les anciens membres du projet Eclipse  ont décidé de créer un nouveau groupe, Dirty Shirt. La première démo "Alone" est réalisée en 1996, avec des influences provenant notamment de l'alternative et progressive metal. S'ensuivent trois années de concerts et festivals, en Roumanie entre autres, le groupe remporte plusieurs prix qui lui permettent d'enregistrer "Very Dirty". DS sort une démo en 2001 avant de faire une pause de trois ans. Le groupe revient alors avec deux démos intitulées "Revolution" et "Différent" en mettant davantage l'accent sur le côté industriel et expérimental. En 2007, le groupe enregistre "Povestea Lui Sandu Porcu" et reprend les festivités en Roumanie ainsi qu'en Hongrie, Belgique et France au côtés de Tripod, Eths ou encore Babylon Pression et Lofofora. En 2010, Dirty Shirt sort "Same Shirt Different Day", puis "Freak Show" en 2013, et deux ans plus tard les revoilà avec un nouvel album nommé "Dirtylicious". Dirty Shirt revient en 2018 avec "FolkCore DeTour", un album live enregistré au Arenele Romane, à Bucarest, le 1er Avril 2017. L'album suivant, "Letchology", sort en Février 2019.

Discographie :

1996 : "Alone" (Démo)
2000 : "Very Dirty"
2001 : "Contradictie" (Démo)
2004 : "Revolution" (Démo)
2005 : "Different" (Démo)
2007 : "Povestea Lui Sandu Porcu" (Démo)
2010 : "Same Shirt Different Day"
2013 : "Freak Show"
2015 : "Dirtylicious"
2018 : "FolkCore DeTour" (Live)
2019 : "Letchology"


Les chroniques


"Letchology"
Note : 18/20

Je vous avais parlé il y a quelques temps de Dirty Shirt qui avait sorti un superbe live chez Apathia, ils sont de retour avec leur nouvel album "Letchology". Une petite demi-heure au compteur seulement mais à n'en point douter blindé d'émotions et de mélodies festives qui devraient chauffer les cœurs et les oreilles.

"Latcho Drom" ouvre d'ailleurs en fanfare, c'est le cas de le dire, avec des sonorités traditionnelles enlevées sur un rythme bien speed pendant une petite minute en guise d'introduction. C'est "Palinca" qui débute vraiment ce nouvel album avec un metal puissant, groovy, mid-tempo et toujours ces sonorités traditionnelles qui forment un mélange détonnant, mélodique et terriblement accrocheur. Le son est une fois de plus énorme et les guitares vont vous déboîter la tronche tandis que la basse bien présente va vous faire vibrer les cages à miel. On retrouve un break en plein milieu dont le groupe a le secret, ces passages très dansants, joyeux qui ont le don de vous donner la patate en deux secondes. Bref, on retrouve un Dirty Shirt fidèle à lui même et en grande forme, mélangeant tout ce qui lui passe par la tête pour une mixture toujours aussi détonante et efficace mais toujours réservée à des esprits ouverts. Les puristes du metal risquent de bloquer sur ces ambiances très dansantes, pourtant quand le groupe veut appesantir l'ambiance et proposer quelque chose de plus sombre ou triste, croyez-moi, il sait vous prendre aux tripes ! Les sonorités metal utilisées par Dirty Shirt sont toujours ouvertement modernes et les riffs sont syncopés ou très puissants. "Put It On" reprend les airs de fanfare traditionnelle auxquels le groupe nous a depuis longtemps habitués, le tout mélangé à un metal très accrocheur et rentre dans le lard avec de bons gros riffs de bûcheron et des chœurs dans la plus grande tradition des groupes de hardcore. Une formule improbable au premier abord mais que le groupe (ou plutôt collectif vu le nombre d'intervenants) est capable de créer naturellement et de faire sonner de façon incroyablement efficace !

"Fake" reprend lui aussi un rythme très dansant sur lequel vous allez avoir bien du mal à rester immobile dans ça groove dans tous les sens. On y entend une ambiance de cabaret mais surtout une accroche imparable, des mélodies qui ne vous ressortent plus du crâne et un refrain qui risque hanter votre douche pendant un moment. C'est festif, optimiste, fun, bref c'est du concentré de bonne humeur et de positivité dans une époque où la santé mentale général a tendance à partir en couilles. "Letchology" fait un bien fou par là où il passe et Dirty Shirt vous embarque dans la danse en un claquement de doigts, toute résistance est futile comme dirait l'autre. Comme d'habitude, tous les intervenants qui se partagent le micro, et ils sont nombreux, font des étincelles et la moindre voix qui s'exprime ici vous file des frissons et vous met sur le cul. Le niveau général de ses musiciens est impressionnant et ils n'ont pas besoin d'en faire des tonnes pour vous le prouver, les compositions toutes directes qu'elles sont montrent une maîtrise totale de la composition et les mélodies sont aussi belles et touchantes qu'énergiques et directes. Un équilibre difficile à obtenir mais que le collectif Dirty Shirt est capable de maintenir sans faiblir, que ce soit sur un album d'une demi-heure ou un live qui dure trois fois plus longtemps ! Honnêtement, que vos goûts soient variés ou non, allez jeter une oreille sur Dirty Shirt, je suis sûr qu'il y aura au moins quelques personnes qui arriveront à sentir à quel point ces gens-là s'impliquent dans ce qu'ils font et en seront secoués. La deuxième moitié de "Killing Spree" est d'ailleurs renversante dans le genre avec ces riffs très metal moderne et assez durs, surmontés d'orchestrations magnifiques qui vous retournent l'estomac !

Un album excellent, varié, percutant, fun et touchant une fois de plus. Dirty Shirt nous balance des pépites musicales dans la tronche avec une facilité déconcertante tout en bousculant allègrement les codes du metal comme ça, sans forcer. Je crois qu'on appelle ça le talent et apparemment il y en a beaucoup là-dedans !


Murderworks
Mai 2019




"Dirtylicious"
Note : 18/20

Avis aux oreilles frileuses, on va parler cette fois du live de Dirty Shirt, "FolkCore DeTour", et le mélange détonant qui est proposé ici risque de défriser quelques tympans. Pour rappel, le groupe mélange le metal et la musique folklorique roumaine pour faire simple (parce qu'en fait il y a encore plein d'autres trucs là-dedans) et a décidé cette fois d'enregistrer un live de près d'une heure et demie avec un orchestre traditionnel, autant dire que le metal pur et dur est loin !

Le projet est mastoc puisque plus d'une vingtaine de personnes se sont retrouvées sur scène et que, comme je le disais, le live dure bien quatre-vingt minutes et que par conséquent le CD est blindé ! Pour la setlist, c'est simple, à part "Balkanique", on trouve tous les morceaux de "Dirtylicious", cinq morceaux de "Freakshow", deux de "Same Shirt Different Day" et trois morceaux traditionnels et ou classique. Un live aux allures de best of comme la plupart des lives d'ailleurs, sauf que le nombre d'intervenants sur scène et la patate que l'ensemble dégage rendent le tout assez exceptionnel. Sur la durée d'un album, Dirty Shirt produit déjà une musique qui a tout des montagnes russes, passant du gros metal qui tâchent au rock, l'electro, la musique folklorique et ethnique, des passages bien funky, bref c'est déjà un beau bordel. Là, sur une heure vingt, c'est forcément un feu d'artifice sonore et j'espère que ceux qui laisseront traîner leurs oreilles par là auront l'esprit très ouvert ! Cette chronique étant faite avec du retard, je réécoute ce live en pleine chaleur, avec un gros soleil qui donne envie de se mettre quelque chose de festif et d'énergique, autant dire que "FolkCore DeTour" est tout désigné. Après une entame sur "Rapsodia Romania" d'Enescu, c'est "Ciocarlia" qui ouvre le bal metal et c'est la fête dans les enceintes ! En plus de la patate de la musique et celle que les musiciens mettent dans son interprétation, le live jouit d'un très gros son parfaitement clair qui laisse de la pace à tous les instruments, ce qui tient du tour de force vu le peuple qui se partage la scène ! On entend aussi clairement le public en feu, l'ambiance est ultra festive et les fans donnent de la voix. Au fur et à mesure que les morceaux déroulent, on passe d'une ambiance à l'autre, de moments festifs à d'autres bien plus chargés en émotion sur des titres comme "Balada" ou "Saraca Inima Me".

"Moneyocracy" suit et reste décidément toujours aussi étonnant avec son alternance de parties folkloriques et de gros riffs de bûcheron bien metal suivi d'un refrain ultra accrocheur et mélodique. "Freak Show" va en hérisser plus d'un aussi avec ses passages limite reggae saupoudrés de grosses guitares, il y a de quoi rendre plus d'un puriste malade chez Dirty Shirt. Globalement et en plus du son énorme; on remarque que l'interprétation est sans faille, c'est ultra carré techniquement de tous les côtés, c'est impressionnant ! On en prend plein les oreilles et que ce soit au niveau des styles abordés ou des différentes types de chant utilisés, le spectre est tellement large qu'il serait difficile d'en faire l'inventaire. Sachez en tout cas que le tout tient debout sans problème et que malgré l'aspect melting pot musical et des transitions qui laissent sur le cul, il y a une cohérence incontestable dans tout ce bordel. Le mélange des genres n'est pas là pour faire beau ou simplement pour sortir du lot, on sent que c'est tout bêtement la façon naturelle de s'exprimer de ces gars-là. Aucune limite, aucune barrière et une implication totale dans tout ce qu'ils font. Ce live en est la preuve vu l'énergie déployée, même sans l'image on les imagine bien complètement rincés et trempés de sueur à la fin du concert tant personne ne se ménage pendant ces quatre-vingt minutes, ni le groupe, ni l'orchestre, ni même le public dans la salle. Certains trouvent les lives inutiles mais au-delà du côté best of bien pratique pour découvrir certains groupes, il y en a qui amènent tellement d'énergie que les morceaux s'en trouvent boostés et presque plus intéressants que leurs versions studio. "FolkCore DeTour" pourrait être rangé dans cette catégorie, en tout cas il donne la banane et vous retourne l'estomac en même temps, un ride certes éprouvant mais dans lequel on a envie de retourner à peine descendu.

Un live impressionnant, jouissif, d'un groupe qui se donne tout entier à son public et qui arrive à la fois à provoquer l'euphorie et à donner des frissons dans certains morceaux ou passages de toute beauté. Bref, si vous aimez Dirty Shirt ou si vous cherchez simplement une musique authentique qui sort des sentiers battus, "FolkCore DeTour" est indispensable.


Murderworks
Août 2018




"Dirtylicious"
Note : 18/20

Troisième galette de Dirty Shirt qu’on me cale entre les doigts pour écrite un papelard. C’est le moment fatidique où on peut avoir l’impression de manquer de mots pour dépeindre le nouvel opus tout frais, de peur de réécrire la même chronique que sur les précédents efforts. Dès la première écoute complète de "Dirtylicious", je réalise qu’il n’y aura point de copier-coller, explications.

Souvenez-vous, Dirty Shirt, du metal indus et du folklore roumain. D’album en album, les mecs se perfectionnent dans la fusion des deux univers, tantôt très réussie, tantôt un peu plus bancale. Eh bien, là, les gars ils viennent de nous pondre un truc très abouti en allant jusqu’au bout de leur délire musical. Ca commence d’entrée de jeu avec "Clocarlia", un titre complètement barré qui, si tu n’es pas réveillé, risque de te faire friser les poils sous les bras. L’album entier est une délicate fusion des deux facettes de Dirty Shirt, l’un dominant parfois l’autre, parfois à l’équilibre, mais putain comment ils font pour rester aussi cohérents sur l’ensemble ? Hallucinant ! Au final, on se délecte davantage du côté folklore que du côté metal même si l’association retranscrit une énergie et un enthousiasme proches de la fusion du ska et du punk. Un album tellement bon que j’ai bien du mal à extirper les titres qui sortent du lot. Après de multiples écoutes, je dirais "Moneyocracy", "Mental Csardas", "Cobzar"; et tout au sommet vous avez "Hotii".

Cet excellent album se ferme sur le déjanté "Calusarii", la dernière couche qui confirme le tout. Je pourrais utiliser beaucoup de superlatifs tellement cet opus est un ou deux crans au dessus des efforts précédents mais je n’en ferais rien, vous avez déjà compris le message. En plus de ça, le tout est servi avec un très bel artwork. Putain que c’est bon !


Kévin
Avril 2016




"Freak Show"
Note : 16,5/20

Allez savoir pourquoi, l’artwork de ce "Freak Show" me rappelle les pochettes d’album qui me faisait craquer et acheter le CD sans rien connaître de son contenu quand j’étais ado, même pas l’artiste… en somme je le trouve fort sympathique ! L’album se lance avec "Ride" sur des percus et une guitare sèche. Le son se dévoile petit à petit, et on découvre un son de très très bonne facture, très propre, très en accord avec le groupe et sa musique.

Dirty Shirt a conservé, voire même renforcé, ce folklore qui parsème leurs morceaux comme sur "Bad Apples". Gardons bien à l’esprit que les Roumains ne se contentent pas d’alterner metal indus hardcoro-progressif alternatif à leur musique nationale, mais font aussi fusionner les deux, et avec un certain doigté qui plus est, il suffit d’écouter "Rocks Off" qui ferme la galette pour être convaincu. La musique de ce groupe atypique est pleine de vie, énergisante, "Freak Show" en est un morceau exemplaire tout comme "The Business Of Life". De petits arrangements ont aussi leur part de responsabilité dans l’originalité de ce skeud, comme ce son de laser sur "Trust Me" ou le rythme de guitare un peu fou sur le court morceau qu’est "Extreme Funky Disco". La voix de Rini, très claire, insuffle de la fraîcheur et une certaine énergie il faut le dire, face à celle de Robi, très agréable en clair mais un peu classique et plate une fois le mode "cris" enclenché ("This Is The Day", "Saraca Inima Me"). Notons aussi, au milieu de cette musique plutôt déjantée, que l’on trouve de belles mélodies, de tendres morceaux qui nous apaisent, nous rendent léger à l’image de "Away", ou un groove appréciable que l’on trouve par exemple sur "Never Say Never".

Je ne vous fais pas de dessin, j’ai oublié mes crayons de couleurs. En tout cas il y a une chose qui ne manque pas d’être haut en couleur c’est bien cette galette de Dirty Shirt. La sensation d’album "fourre tout" tout qu’on pouvait avoir sur le précédent effort s’est estompée et on est ici en présence d’un album plus mûr et plus cohérent bien qu’autant varié. Si tu en as marre des groupes qui balancent 50 minutes d’une musique linéaire, achète "Freak Show".


Kévin
Mai 2013




"Same Shirt Different Day"
Note : 15/20

Mort, mort, mort, mort, mort, mort pourrait très bien résumer la pochette de ce nouvel album de Dirty Shirt intitulé "Same Shirt Different Day". Je n'ai pas encore entendu le moindre son que déjà ce que je lis me fait dresser le zizi : enregistré au Kallaghan Studio, masterisé par Allan Douches qu'on ne présente plus et un featuring de taille dont on parlera plus tard ! Toujours est-il que ça faisait longtemps que le premier morceau d'une galette m'avait autant séduit. Vous savez ce premier morceau qui sent bon la liberté et où les groupes sortent un peu des codes pour se lâcher et offrir autre chose. "Tell Me Why" fait partie de ces titres là. Metal indus à souhait, le ton est donné, et le son aussi. On sent parfaitement tout le travail qui a été fourni sur cet opus et c'est fort encourageant.

Des titres comme "Luna" et "Gone" sont aussi à mettre du côté industriel du groupe avec chacun des spécificités comme la langue, davantage d'éléctro. Ambiance piano classique pour "Pitbull" qui nous fait découvrir l'apport de la combinaison des deux voix dans un tel registre à savoir, un allègement des morceaux permettant de casser la monotonie mais aussi un apport mélodique. Dans une veine un peu plus néo-metal on trouve "Feel It", entraînant et un brin entêtant un titre fort agréable, sans prise de tête, tout comme "Sandu Porcu" où je n'ai pas pu m'empêcher à la BO que Clint Mansell avait concocté pour le film Requiem For A Dream. On arrive au moment tant attendu où K.Lee et Daniel de Tripod, Mat de Babylon Pression, Kallaghan de Sikh et enfin la charmante Candice de Eths viennent prêter voix forte au titre "East West". J'avais un peu peur de trouver un foutoir auditif mais ces craintes sont vite estompées avec ce titre pas commun où cette poignée d'artistes que l'on aime tous s'en donne à cœur joie. Mister Kallaghan repose d'ailleurs sa voix sur "UB" dont certains samples sont tirés du titre folk "Cine Iubeste Si Lasa". Plutôt engagé, on rencontre également "Manifest" dont est tiré un des clips (probablement le plus intéressant des trois) et dont "New Millenum" n'est autre que sa longue introduction. La piste est bien menée et la voix claire du groupe donne tout son sens à la rythmique choisi. Il existe aussi des morceaux possédant un petit charme inexplicable, et "Burning" en est un bon exemple. L'album se ferme sur "Bolnav" qui, au delà de son petit goût de terroir local, est un titre qui fonctionne très bien.

Petit regret tout de même à l'égard de ce "Same Shirt Different Day" provenant des guitares. Les distorsions sont tellement poussées que l'écoute prolongée du skeud à un volume élevé peut devenir usant pour nos fragiles organes auditifs. Pour le reste, cet opus qui a une fesse sur la chaise néo-metal et l'autre sur une chaise metal-indus tire son épingle du jeu avec brio et le folklore qui le saupoudre permet même d'affirmer qu'il en tire deux ! Un soupçon de maturité en plus et le groupe devrait casser la baraque (oui je sais cette expression est totalement has been). Dirty Shirt, avec cet album réussi, devrait conquérir les écoutilles du public hexagonal et balayer une bonne fois pour toute de nos esprits ces trois couillons qui chantaient sur une aile d'avion.


Kévin
Décembre 2011


Conclusion
Le site officiel : www.dirty-shirt.com