Le groupe
Biographie :

Devin Townsend est un musicien multi-instrumentiste (entre autres chanteur / guitariste / claviériste) canadien né le 5 Mai 1972 à Vancouver. Il est découvert par Steve Vai à l'âge de 19 ans et enregistre l'album "Sex & Religion" avec ce dernier. Le célèbre groupe de heavy metal Anglais Judas Priest lui propose d'occuper la place vacante de chanteur en son sein après le départ de Rob Halford (une des idoles de Devin), mais celui-ci décline l'offre, préférant une indépendance artistique totale plutôt qu'une reconnaissance de masse. Ce personnage à la créativité débordante mène également une carrière en solo sous son propre nom d'abord, puis sous le nom de The Devin Townsend Project ensuite. En 2009, il commence donc un nouveau projet sous le nom Devin Townsend Project et qui se composera de quatre albums enregistrés à chaque fois avec des musiciens différents. Le premier, "Ki", est sorti en Mai 2009. "Addicted", le second, est sorti le 16 Novembre 2009. 2011 verra la sortie de "Deconstruction" et de "Ghost". Devin Townsend apparaît sur de nombreux albums en tant qu'invité (Front Line Assembly, Paradise Lost, Ayreon, Gojira...) et / ou producteur (Soilwork, Lamb Of God, Bleeding Through, Gwar, Zimmer's Hole...). Il a aussi enregistré quelques demos en compagnie de Jason Newsted (alors dans Metallica) à travers IR8 (en trio comprenant aussi Tom Hunting (Exodus)) et Tree Of The Sun (quatuor avec Scott Reeder (Kyuss) et Dale Crover (Melvins)). Le 18 Septembre 2012 sort "Epicloud", un nouvel album du Devin Townsend Project, sans rapport avec les quatre premiers. Il est de nouveau en collaboration avec Anneke Van Giersbergen. En 2012, Townsend sort un double album intitulé "Z²", qui comprend à la fois un album du Devin Townsend Project, "Sky Blue", et un album solo, "Dark Matters", qui est la suite de "Ziltoid The Omniscient" sorti en 2007. Le septième album du groupe, "Transcendence" sort en Septembre 2016. "Empath", le huitième album, sort sur le propre label de Devin Townsend, HevyDevy Records, le 29 Mars 2019.

Discographie :

2009 : "Ki"
2009 : "Addicted"
2011 : "Deconstruction"
2011 : "Ghost"
2012 : "Epicloud"
2013 : "The Retinal Circus" (DVD)
2014 : "Z²"
2016 : "Transcendence"
2019 : "Empath"


Les chroniques


"Empath"
Note : 18/20

Le Devin Townsend Project, qui devait durer le temps de quatre albums et qui s'est finalement étalé sur sept, est cette fois bel et bien terminé. Le maître d'œuvre revient seul (enfin avec pas mal d'invités mais seul compositeur) sous son nom et sort "Empath" dont il nous parlait depuis un bon moment.

Si Devin Townsend nous a habitués à ne pas se tenir à ses déclarations cette fois, il n'a pas menti en disant qu'"Empath" allait être un album totalement fou ! Près d'une heure et quart de musique et un spectre qui couvre quasiment tout ce qu'à pu faire ce grand malade jusqu'à maintenant avec quelques nouveautés en plus. Après une intro planante et une chorale qui nous renvoie à l'intro de "Epicloud", c'est "Genesis" qui prend le relais et débute vraiment l'album. Sachant que le morceau a été diffusé avant la sortie de l'album, tout le monde doit déjà le connaître et savoir qu'à lui tout seul c'est déjà un sacré bordel. La petite anecdote amusante, c'est que Devin a dit avoir pensé à sortir un album ouvertement commercial pour payer ses factures et que c'est une discussion avec Chad Kroeger de Nickelback qui l'en a dissuadé, l'ironie du sort étant que Nickelback est considéré par beaucoup comme un groupe commercial. Du coup, ce même Chad Kroeger fait partie des guests présents sur l'album dont le nombre reflète bien le caractère complètement foutraque de ce nouvel album. Ce qui est paradoxal, c'est que les morceaux d'"Empath" sont malgré tout très accrocheurs, "Genesis" le montre d'ailleurs bien, les mélodies trouvent toujours un moyen d'accrocher l'oreille ou de frapper en plein cœur malgré la multiplicité des sonorités. D'ailleurs, "Spirit Will Collide", "Sprite" et "Why ?" risquent de filer la chair de poule à pas mal de monde tant le Canadien fou nous frappe en plein cœur avec sa candeur habituelle sur ces trois morceaux. Pour l'album en général, en gros on y retrouve du "Epicloud", du "Deconstruction" dans les passages les plus brutaux et tordus, du "Ghost", voire même un peu de "Synchestra", bref c'est quasiment un condensé de ce que Devin peut faire. Ceux qui aiment certaines périodes du Canadien et en détestent d'autres risquent d'avoir du mal avec "Empath", je pense notamment aux délires très comédie musicale de "Why ?" qui vont en faire vomir pas mal. Et je ne parle même pas de tous les samples dont l'album est truffé, entre les bruits non identifiés et les multiples animaux, il y a de quoi provoquer pas mal d'allergies. "Borderlands" est d'ailleurs un sacré merdier de onze minutes qui contient tout ce dont je viens de parler. Si vous trouviez que "Deconstruction" allait trop loin et partait trop dans tous les sens, je ne suis pas certain que vous ressortiez de l'écoute de "Empath" avec une santé mentale correcte.

En tout cas, sur ces soixante-quinze minutes; Devin Townsend arrive encore à nous pondre des mélodies magnifiques au milieu de tout ce bordel. Pas de doute, il s'est fait plaisir et s'est lâché en abandonnant totalement cette idée d'album compromis et commercial. Point de compromis ici, ce qui fait d'ailleurs d'"Empath" un très bon album mais clairement pas la meilleure porte d'entrée pour les néophytes. Il avait dit qu'il allait se lâcher pour ce nouvel album et il ne l'a pas fait à moitié, les morceaux partent dans tous les sens, les parties complètement what the fuck sont légion et les mélodies magnifiques côtoient sans complexes les accélérations les plus brutales. Parce que j'ai oublié de le préciser mais comme c'était le cas sur "Deconstruction", on trouve ici plusieurs passages assez brutaux même si moins frontaux qu'à l'époque de Strapping Young Lad évidemment. Il n'empêche que quand les blasts débarquent, ils ne font pas semblant ! En bref, si vous voulez découvrir la musique de ce grand malade, ne commencez pas par ici parce que je pense que vous allez fuir à toutes jambes ! On peut affirmer que ce nouvel album renoue avec une folie que l'on n'entendait plus beaucoup chez Devin Townsend ces derniers temps, ce qui rend par conséquent sa musique plus touffue, complexe et imprévisible. Une bonne nouvelle quand on adore et qu'on connaît ce que fait le bonhomme d'habitude mais de quoi rendre fous tous les autres. Quant à ceux qui se demandaient ce que devenait sa fameuse symphonie, elle est là, et c'est le dernier morceau, "Singularity", découpé en six parties mais qui ne constitue en fait qu'un seul et unique pavé de vingt trois minutes. Les maniaques comme moi seront ravis d'apprendre qu'il y a une fois de plus une édition limitée de l'album qui nous donne un deuxième CD d'inédits et donc une cinquantaine de minutes de musique supplémentaire ! Comme pour "Epicloud", "Transcendence" et "Casualties Of Cool", ce sont de vrais morceaux inédits et vous n'y trouverez ni reprises, ni démos, ni lives, autant dire qu'on ne se moque pas de vous !

Un nouvel album dont l'honnêteté ne fait aucun doute et qui voit Devin Townsend plonger plus profondément dans sa folie pour en ressortir son album le plus bordélique depuis bien longtemps. Très bon cependant puisque le tout reste accrocheur et que les mélodies sont toujours touchantes mais attention à ceux qui ne seraient pas encore familiarisés avec sa musique, "Empath" n'est vraiment pas la meilleure porte d'entrée.


Murderworks
Mai 2019




"Transcendence"
Note : 19/20

Non, Devin Townsend ne chôme toujours pas et débarque déjà avec un nouvel album, "Transcendence" de son petit nom. Petite révolution tout de même cette fois puisque contrairement à ses habitudes, l'hyperactif n'a pas tout fait tout seul et a bien voulu déléguer un peu que ce soit au niveau de la composition ou de la production. Alors pas d'inquiétudes, c'est bel et bien du Devin Townsend mais ça devrait rassurer ceux qui avaient peur que l'inspiration se perde et que ce grand malade commence à tourner en rond.

Bon, ces derniers risquent de saisir l'opportunité offerte par le premier morceau de l'album pour nous dire qu'ils ont raison puisque c'est "Truth" qui ouvre l'album et que ce morceau vient de "Infinity". Devin Townsend est apparemment dans une phase "je réenregistre tout ce que j'ai fait" qui ne m'intéresse pas vraiment à vrai dire. Cette version est extrêmement proche de celle d'origine et en dehors de quelques arrangements, c'est la production qui change le plus, donc personnellement je resterai sur la version d'origine. Alors évidemment Devin Townsend a une explication pour justifier ce réenregistrement, il est d'ailleurs fourni dans le livret de l'album (en tout cas dans celui de l'édition double, je ne sais pas si c'est aussi le cas dans la version simple). C'est d'ailleurs un détail que je trouve très sympa, le fait d'avoir expliqué les textes et le sens de chaque morceau dans le livret de l'album (même pour les morceaux bonus du deuxième CD), sachant que les paroles de Devin Townsend sont parfois assez cryptiques. Le véritable nouvel album commence donc à partir de "Stormbending" et si on y retrouve des riffs et des mélodies typiques du bonhomme, on y trouve aussi un côté vraiment poignant et émotionnellement assez fort, une constante sur ce nouvel album d'ailleurs. Une facette poignante qui ne s'estompe pas avec "Failure", bien au contraire même, puisque le refrain de ce morceau frappe en plein cœur.

Si on ressent encore des restes des précédents albums, on trouve aussi quelques sonorités que Devin n'avait pas l'habitude d'utiliser, des soli de guitares à la fois mélodiques et techniques qui rappellent forcément ce que fait Steve Vai, quelques orchestrations là aussi utilisées différemment, bref c'est du Devin Townsend mais avec quelques éléments supplémentaires qui font que "Transcendence" ne fait pas autant de renvois au passé que les deux précédents opus malgré la réutilisation d'un ancien morceau encore une fois. En fait, ce qui frappe peut-être le plus avec ce nouvel album, c'est qu'il est plus sérieux, là ou "Deconstruction" avait ses délires, "Z²" en était un à lui tout seul, "Epicloud" avait "Lucky Animals" en guise de morceau bien fun etc... "Transcendence", au contraire, ne donne jamais envie de rire, et si on ne tombe pas non plus dans la dépression, on sent une envie de faire quelque chose de plus profond que le fun ("Casualties Of Cool" n'avait rien de particulièrement fun non plus, mais c'était un projet à part). Comme je viens de le dire, il n'y a pas de quoi se trancher les veines, un morceau comme "Secret Sciences" a un refrain qui, sans être joyeux, est tout de même lumineux et positif. Niveau production, il y a une petite différence mais pas non plus flagrante, ça reste gros, puissant mais avec peut être un peu moins de couches superposées.

Ce qui est sûr, c'est que ce nouvel album est varié, riche en ambiances et sonorités différentes et qu'il faut du temps pour l'apprivoiser. Devin Townsend ne s'est pas reposé sur ses lauriers et nous a balancé un album plus complexe que "Sky Blue" ou "Epicloud" et plus intense aussi. Les émotions sont exacerbées sur ce nouvel album, sachant qu'elles ne sont déjà pas mises en retrait sur les précédents travaux du Canadien vous savez que vous pouvez vous attendre à des frissons avec "Transcendence". Devin a présenté ce nouvel essai comme une tentative de se dépasser et en même temps de proposer une façon positive d'envoyer chier le monde dégueulasse dans lequel on vit en ce moment, pas étonnant donc que les émotions prennent encore plus le dessus et que l'impression de remise en question et d'introspection soit encore plus prégnante. Même un morceau comme "Offer Your Light", qui est pourtant énergique à première vue, se permet de vous choper aux tripes et vous fait dresser les poils sans prévenir. L'album se termine sur une reprise de Ween avec "Transdermal Celebration", ce qui au départ m'a un peu chagriné puisqu'en voyant le tracklisting je me suis dit qu'il y avait un réenregistrement et une reprise. Au final, cette reprise s'intègre parfaitement au reste de l'album et propose une conclusion bien pensée à cette "Transcendence" musicale. Et comme je le disais plus haut, ce nouvel album est tellement riche et intense qu'on en a largement pour notre argent.

Comme d'habitude, l'édition limitée de "Transcendence" se voit ajouter un deuxième CD avec des morceaux totalement inédits, donc pas de reprises, pas de live et pas de versions démo non plus. Ce sont de vrais morceaux enregistrés pour la peine avec une production équivalente à l'album, et la seule "reprise" est en fait un réenregistrement de "Victim" originellement paru sur "Physicist". Certes ce deuxième CD est à réserver aux gros fans du bonhomme mais il y a de très bonnes choses dessus, comme par exemple le très joli et poignant "Celestial Signals" ou le tube en puissance "Into The Sun" dont vous n'avez pas fini de chanter le refrain. Même si tous les morceaux ne sont pas indispensables, on notera quand même l'effort de fournir presque systématiquement un deuxième CD complet de morceaux bonus inédits ou non (puisque c'était déjà le cas pour "Epicloud" et "Casualties Of Cool"), c'est toujours sympa et plutôt généreux.

Pour faire simple, il l'a encore fait ce con ! Un nouvel album et un très bon, avec une inspiration plus présente que sur les précédents opus (même si je les trouve toujours aussi bons, ils pouvaient effectivement faire pas mal de rappels aux anciens travaux de Townsend). Peut-être est-ce dû à la façon dont l'album a été préparé, en tout cas "Transcendence" est une réussite et prouve que oui, le Canadien fou a encore quelque chose à dire.


Murderworks
Novembre 2016




"Z²"
Note : 18/20

Devin Townsend ne s'arrête jamais, à peine deux ans après "Epicloud", il revient déjà et cette fois avec double album ! Concept un peu particulier cette fois puisque ce "Z²" n'est pas seulement la suite du premier Ziltoid, il voit en fait s'opposer dans une sorte de versus l'album "Sky Blue" du Devin Townsend Project et "Dark Matters" qui constitue la fameuse suite de Ziltoid. Un format qui a déjà suscité quelques incompréhensions et déceptions, certains s'attendant à voir débarquer un double Ziltoid ou ne comprenant pas ce qu'un album du DTP vient faire là. Prenez comme un concept, l'opposition des deux facettes de Devin (rien qu'avec les noms des albums, "Sky Blue" / "Dark Matters") ou une sorte d'affrontement entre la marionnette et son créateur (rappelez-vous la fin du premier Ziltoid et le dialogue entre les deux). Le nom de l'album Ziltoid est d'ailleurs sûrement un jeu de mot, "Dark Matters" à la fois pour "matière noire" et donc le côté spatial et aussi comme on peut le voir sur la pochette "Dark Matters" comme une façon de dire que notre part la plus sombre n'est pas à éradiquer, qu'il y a quelque chose à en tirer et que c'est la cohabitation plus ou moins heureuse de ces deux facettes qui fait de nous ce que nous sommes. Quand on connaît les troubles mentaux par lesquels Devin est passé il y a quelques années et la place qu'ils ont pris dans sa musique a une certaine époque le jeu de mots devient évident.

Mais tout ça doit représenter de la branlette de fans pour certaines personnes et je peux le comprendre, alors parlons maintenant musique et commençons par "Sky Blue" qui constitue le nouvel album du Devin Townsend Project et qui par conséquent se situe plus ou moins dans la lignée de son prédécesseur, "Epicloud". Plus ou moins parce que même si la musique de Devin reste ici très ancrée dans un esprit très pop il n'empêche qu'on sent que l'album est un peu moins lumineux, jamais réellement sombre mais un peu résigné ou fataliste. On sent aussi comme d'habitude quelques clins d'œil à la carrière passé de Devin, "Warrior", qui peut justement rappeler certains moments du premier Ziltoid, ou "Midnight Sun" qui fait penser à "Back Where We Belong". En tout cas le côté niais ou un peu trop joyeux qu'on pouvait trouver sur "Epicloud" est estompé ici, comme je le disais c'est toujours relativement positif mais jamais aussi festif même si ça reste accrocheur voire même énergique ("Silent Militia"). Un morceau comme "New Reign" montre bien la cohabitation de ces deux aspects, ayant à la fois des lignes de chant belles, pures, mais aussi un passage bien plus torturé en plein milieu avec un Devin qui se remet presque à gueuler ("I never wanted to be in this place, where you had to leave me cold, I never wanted to be in this place, did you have to leave me cold"), le genre de choses qu'"Epicloud" ne laissait jamais entendre. Le DTP continue son petit bonhomme de chemin et affine de plus en plus sa formule, les morceaux restent tous percutants et s'incrustent dans le crâne très vite tout en appuyant encore plus sur les émotions que par le passé.

"Dark Matters" a déjà provoqué beaucoup de déceptions puisque pas mal de monde en attendait une copie carbone du premier Ziltoid, or il n'en est rien et même si l'affiliation est évidente ce nouvel album explore d'autres territoires. C'est d'ailleurs marrant de voir des gens reprocher à Devin de ne plus se réinventer et en même temps d'avoir dénaturé l'esprit du premier Ziltoid en faisant une suite qui ne lui ressemble pas comme deux gouttes d'eau musicalement ! Ce qui fait le lien ce sont bien évidemment à la fois la folie inhérente au personnage et à son univers d'un côté et de l'autre la narration qui cette fois prend bien plus de place. D'ailleurs pour ceux qui ça ennuie, Devin a pensé à tout, il existe une version triple CD sur laquelle on trouve ce "Dark Matters" dénué de toute trace de narration, mais honnêtement et même si j'avoue l'écouter quand je ne veux que la musique, je vous invite à écouter la version d'origine ne serait-ce que parce que la plupart des dialogues sont vraiment drôles. Pour ce qui est de l'aspect strictement musical, on a beaucoup moins de passages violents que sur le premier volet des aventures du caféinomane intergalactique, mais on retrouve par contre des morceaux magnifiques à ranger aux côtés de "The Greys". Je pense notamment à "From Sleep Awake" qui est juste à se taper le cul par terre, sur lequel Anneke fait des miracles une fois de plus. A préciser qu'on trouve sur ce "Dark Matters" quelques guests, à savoir le catcheru Chris Jeircho dans le rôle de Captain Spectacular et Dominique Lenore Persi de Stolen Babies dans celui de la maîtresse des Poozers, la Princesse de la guerre. Globalement cette suite est plus complexe et plus riche que le premier volet, on peut même sentir par moments que "Deconstruction" est passé par là, sans pour autant pousser le bouchon aussi loin. Je ne saurais dire lequel est le meilleur, les deux se complètent et empruntent des voies différentes, par conséquent il est très difficile de les séparer.

Bref, encore une fois Devin Townsend n'est pas radin et nous balance 2 heures de musique dans la tronche, de quoi faire puisque même si "Sky Blue" est plus immédiat que "Dark Matters", il nécessite quand même plusieurs écoutes pour être totalement digéré. D'où le fait que j'invite même les déçus à réécouter ces deux albums attentivement, on y découvre encore des détails qui nous avaient échappé au bout d'une paire d'écoutes. Après ceux qui attendent désespérément un nouveau Strapping ou un nouveau "Ocean Machine" seront une fois de plus dégoûtés et devraient lâcher l'affaire au lieu de se faire du mal.


Murderworks
Décembre 2014




"The Retinal Circus"
Note : 19/20

Devin Townsend a toujours été du genre à avoir des tonnes de projets en tête, et il en est un qu'il avait envie de concrétiser depuis un petit moment. Il appelait ça le "Retinal Circus", une sorte d'énorme show à mi-chemin entre le live et la comédie musicale. C'est exactement ce qu'on retrouve sur ce DVD, entre autres choses bien sûr, à savoir un concert de 2h40 ! Et vous connaissez le bonhomme aussi bien que moi, il n'est pas du genre à faire dans la demie mesure et c'est encore le cas sur ce live.

Ce projet "Retinal Circus" regroupe plusieurs choses à la fois, c'est en même temps une façon pour Devin de retracer une grande partie de sa carrière dans un énorme best of live. C'est aussi comme je le disais plus haut un moyen de faire une sorte de comédie musicale, projet auquel il pensait depuis un certain nombre d'années déjà. Et c'est aussi au travers du personnage principal que l'on va suivre au cours de ce gros concert, Harold, une façon de faire le point sur sa propre évolution personnelle le tout saupoudrée d'une poignée de questions existentielles. Mais au delà de tout ça, c'était surtout une excellente manière de réunir de vieux potes dont il avait croisé le chemin dans le monde de la musique, et un bon prétexte à une énorme fiesta. Parce que rétrospective oblige on retrouve du beau monde là dedans, à commencer par celui qui l'a lancé, Steve Vai qui fait ici office de narrateur relayé sur écran géant. Au fil de la setlist, et malgré ses propos réitérés à ce sujet, Devin ne peut s'empêcher de faire un petit détour par deux fois chez Strapping Yound Lad en invitant pour l'occasion Jed Simon sur scène (le temps d'un "Detox" dévastateur et d'un "Love" toujours aussi efficace). Comme si ça ne suffisait pas ces 2h40 de live sont illuminées par la superbe voix d'Anneke Van Giersbergen, présente sur la presque totalité du live. Autant dire dès maintenant que si vous accrochez à la musique de Devin Townsend toutes périodes confondues et que vous n'êtes pas encore en possession de ce live vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Mais bon c'est bien beau tout ça mais concrètement ça donne quoi ? Ben ça donne un joyeux bordel sur scène, le groupe étant accompagné par une troupe et différents performers sur scène. On retrouve donc des costumes tous plus improbables les uns que les autres, dont un Ziltoid qui se promène pendant ses morceaux après avoir appris via une communication Skype que sa femme est enceinte (je vous l'ai dit, c'est un joyeux bordel !). Mais le principal étant la musique, on va s'y pencher un peu, et là c'est une fois de plus une grosse baffe dans la tronche ! La setlist est énorme, même si on pourra toujours râler sur l'absence de tel ou tel morceau. On note quand même une étrange absence de "Terria", qui est quand même un des albums majeurs de Townsend en solo. Il n'empêche malgré ça que ce DVD propose largement de quoi se faire plaisir, le concert regorge de moments riches en émotions musicales. D'ailleurs la fin du premier set sur la petite doublette "Color Your World" - "The Greys" me donnera toujours des frissons, mais je peux aussi citer le passage de "Soul Driven Cadillac" chanté par Anneke qui arrive à nous envoûter une fois de plus, ou encore la version acoustique de "Hyperdrive". Je ne peux pas faire la liste de tous les morceaux joués ce soir-là, mais sachez que ces 2h40 sont un concentré de pur bonheur pour tout fan de Devin Townsend. Il y règne en plus une bonne humeur qui fait du bien en ces temps difficiles, à se demander si ce genre de DVD ne devrait pas être remboursé par la sécu !

On a même droit en fin de concert à un des inédits présents sur le CD bonus de "Epicloud", à savoir "Little Pig" dans une version magnifique et dans un joyeux bordel scénique, une fois de plus. Comme je le disais plus haut on pourra toujours regretter qu'il ait fait l'impasse sur certains morceaux, mais quand on se prend des "Life", "Colonial Boy" ou encore "Grace" on ne fait pas la fine bouche ! Ne cherchez pas la petite bête vous ne la trouverez pas, ce live est un concentré de bonheur en barre malgré sa longue durée il passe tout seul et on est limite tentés de se le remettre à peine fini. Bon c'est vrai qu'on pourrait me reprocher de ne pas être très objectif tant j'apprécie la musique du canadien fou, mais honnêtement ça vaut vraiment le coup d'œil (et d'oreilles surtout). Sinon l'interprétation générale est bien entendu sans faille, même si des overdubs sont sûrement passés par là, le sieur Devin ne s'en étant jamais caché (voir à ce sujet le livret du live "No Sleep Til Bedtime" de Strapping), mais pour l'avoir vu en live depuis je peux vous assurer qu'ils assurent tous sans problème en conditions réelles. Si retouche il y a eu c'est simplement pour polir le tout en vue de la commercialisation comme le font finalement tous les groupes, rien qui ne serve à cacher une quelconque lacune technique. A noter d'ailleurs, tant qu'on est dans la technique, que ce live en plus de la sortie DVD et CD est bien entendu disponible en blu-ray histoire d'en profiter à fond.

Après nous avoir gâtés avec le coffret "By A Thread" et ses 4 DVDs et 5 CDs, voilà que Devin Townsend se prend une nouvelle fois pour le père Noël et nous amenant cet excellent live best of blindé ras la gueule ! Certains y verront une façon de prendre ses fans pour des vaches à lait, vu les prix pratiqués je parlerais plutôt de générosité. Et ce n'est pas fini puisque le bonhomme a annoncé un nouvel album du Devin Townsend Project pour le premier semestre 2014, et entre le fait que ce soit annoncé comme étant hanté par Johnny Cash et qu'il signe en plus le retour de Ché qui chantait sur "Ki", il y a de quoi trépigner d'impatience !


Murderworks
Février 2014




"Epicloud"
Note : 18/20

C'est officiel, Devin Townsend est un malade ! Après nous avoir livré 4 albums en l'espace de 2 ans, et un méga coffret live rempli ras la gueule au mois de Juin ("By A Thread", sautez dessus si ce n'est pas encore fait) le voilà déjà de retour avec un nouvel album nommé "Epicloud" ! Et comme si ça ne suffisait pas, l'édition limitée est agrémentée d'un deuxième CD "Epiclouder" qui donne en termes de durée un album supplémentaire. Le danger dans tout ça c'est qu'à force d'être si productif l'inspiration finisse par diminuer, ça lui est déjà arrivé par le passé ("Accelerated Evolution" et "Synchestra" pour moi, qui bien que bons reviennent moins souvent que les autres). Mais en général même un Devin moyen reste quand même largement au dessus de la mêlée, c'est comme ça quand on a du talent.

Et effectivement disons le d'entrée "Epicloud" risque une fois de plus d'en décevoir quelques uns, et ceux qui préfèrent leur Devin Townsend avec un peu de folie et d'agressivité peuvent d'ores et déjà arrêter de rêver, ou à la limite ne s'intéresser qu'au CD bonus de l'édition limitée. Mais ne partez pas tout de suite, parce que même s'il ne deviendra pas ZE chef d'oeuvre ultime de Devin il n'en reste pas moins un très bon album dans l'absolu, c'est seulement sur une échelle Townsendienne qu'il risque d'être détrôné par d'autres tueries. Il avait été annoncé comme étant une sorte de "Addicted" mais en plus "epic" et en plus "loud" donc. On peut confirmer que c'est à peu près ça, avec en plus quelques petites choses qui pourront rappeler "Infinity" au niveau de tous les chœurs qui parsèment l'album, voire un peu de "Accelerated Evolution" pour le côté très accessible et accrocheur et forcément "Addicted" pour le format finalement très "pop" et la présence cette fois aussi d'Anneke Van Giersbergen au chant.

Je disais que cet album ne s'inscrirait peut-être pas dans les meilleurs de Devin Townsend, mais rien que la présence d'Anneke suffirait à anéantir la concurrence. Et puis objectivement pour peu que le côté très soft et pas vraiment metal ne bloque pas on trouve l'album vraiment bon, des morceaux comme "Grace" ou "Angel" sont vraiment magnifiques. Pour ce qui est des références aux anciens travaux on peut aussi citer "Physicist", puisque après "Hyperdrive" (qui vient de "Ziltoid") revisitée sur "Addicted", cette fois c'est "Kingdom" qui est réenregistrée. Pas de grosses différences au final, à part la présence aux chœurs d'Anneke et le fait que Devin s'est encore amélioré au chant depuis cette époque. Pour vous donner une idée c'est d'ailleurs le morceau le plus couillu de tous l'album, autant dire que si "Addicted" vous avait fait fuir ça ne devrait pas s'arranger avec "Epicloud".

Ayant fait tourner "Addicted" en boucle je dois dire que ce nouveau rejeton passe très bien, malgré c'est vrai une légère déception à la première écoute. Je lui trouvais un manque de substance, je le trouvais un peu plat, et puis finalement en le réécoutant les morceaux me sont rentrés dans le crâne et certaines mélodies ne voulaient plus me lâcher. Sa musique est devenue encore plus directe et plus pop dans l'esprit, plus joyeuse aussi. En fait après plusieurs écoutes on se retrouve de plus en plus accroché et on finit très vite par s'éclater en l'écoutant. Le morceau idéal pour illustrer ce que je dis est le morceau "Liberation", plus direct que ça tu meurs, du moins en apparence. Eh oui, l'impression est trompeuse puisque sur ce nouvel album Devin renoue un peu avec son ancienne manie de superposer les couches de sons, c'est aussi ça qui fait qu'on y revient car même si tout semble simple on découvre des éléments qu'on n'avait pas entendus aux premières écoutes.

Et puis il y a quand même des passages magnifiques sur cet album, citons par exemple "Where We Belong" que les purs metalleux taxeront sûrement de niais ou mou mais dont le refrain est de toute beauté. C'est ce qui ressort de tout l'album finalement, c'est juste beau, ça respire la sérénité et ça fait un drôle d'effet de placer ce nouvel album aux côtés des anciens opus plus torturés du Canadien fou. D'ailleurs dans le genre morceau qui respire la joie de vivre, je sens que "Save Our Now" va en faire hurler plus d'un. Quand je vois que beaucoup ont détesté "Ih Ah" sur "Addicted"... la crise d'urticaire ne sera pas loin cette fois. C'est sûrement le titre le plus "poppy" de l'album, les mauvaises langues le qualifieront d'eurovision metal mais le fait est que ce morceau est un tube ! Devin avait annoncé que ses nouveaux albums seraient beaucoup plus lumineux et plus apaisés, et "Epicloud" enfonce le clou après l'aperçu donné par "Addicted" et "Ghost".

A la limite c'est "Divine" qui est pour moi le morceau le plus faible de l'album, pas une daube loin de là mais disons le plus évident et le moins inspiré. Mais pas de quoi me gâcher l'écoute de l'album en tout cas, qui comme je le disais après une première impression un peu décevante a fini par squatter lui aussi le lecteur CD. Mais bon je crois que je ne pourrai jamais être totalement objectif avec sa musique, quoiqu'il fasse j'y trouve toujours assez de très bonnes choses pour m'accrocher les tympans. Pour moi le constat est simple, c'est encore une fois un album de qualité, peut-être un poil en dessous de ce à quoi il nous avait habitués mais tellement bon quand même qu'on lui pardonne. C'est simplement que ceux qui préfèrent l'ancien Devin Townsend, avec une musique agressive, tordue, sombre et complexe risquent de lâcher définitivement sa musique.

Quoique avec lui on ne sait jamais à quoi s'attendre, il avait annoncé qu'il n'y aurait que 4 albums sous le nom Devin Townsend Project et "Epicloud" est déjà le cinquième. Ce n'est finalement pas plus mal de ne pas savoir de quel côté il arrivera la prochaine fois, les groupes qui arrivent à nous surprendre régulièrement se font rares. Quand en plus ils fournissent une musique de cette qualité il n'y a vraiment aucune raison de les bouder, quant à moi j'attends avec impatience la tournée d'Octobre pour pouvoir enfin entendre tout ça en live ! Et dire que je me suis dit que cette fois je l'avais piégé, et que j'allais trouver de quoi rabaisser la note d'un de ses albums, ce fourbe m'a eu par surprise et l'album revient trop souvent dans la platine pour justifier une note plus faible.


Murderworks
Octobre 2012




"Ghost"
Note : 19/20

Tout le monde sait que Devin Townsend ne fait pas les choses à moitié, voilà donc le deuxième nouvel album "Ghost" sorti le même jour que son frère "Deconstruction". Deux albums sortant la même journée, ça a sûrement déjà été fait mais c’est tout de même assez rare pour être signalé. Et ça montre bien la créativité débordante de ce fou chantant.

L’album "Deconstruction" est comme un message envoyé aux fans de Townsend, au monde de la musique en général et à Devin Townsend lui même. Un message qui dit "Je me suis senti prisonnier d’un style pendant des années, et je me suis forcé à le faire parce que je croyais que c’était tout ce dont j’étais capable". Il l’a assez répété dans ses dernières interviews, il avait peur, peur de lui même, peur de la réaction des gens, peur de l’incapacité de se renouveler, peur de ne pas détenir la vérité. Et en cela les paroles de "Deconstruction" mettaient les points sur les "i" : "There's nothing but reality!", "I am free how about you ?". Cet album était une façon pour Devin Townsend de prendre conscience et de faire prendre conscience aux gens qu’il était encore capable de faire une musique violente et complexe, mais que tout ça n’avait aucune importance et que ce n’était plus ce qu’il voulait.

Et tout ça nous mène à ce deuxième album, totalement différent de son frère jumeau. Ce "Ghost" n’a rien à voir avec le metal, il n’y aucune trace de violence ni de malaise ici, pas de hurlements, pas de blast, pas de murs de guitares surpuissants. Non ici il n’y a qu’une impression de sérénité, de plénitude, c’est la beauté qui règne sur cet album. Townsend se sent mieux et il veut nous le faire savoir, et il a confirmé que c’est vers ce genre de musique qu’il voulait tendre à partir de maintenant. Donc si vous écoutez "Ghost" et que vous détestez, attendez vous à de futures déceptions. Il y a un détail tout con d’ailleurs qui permet de comprendre qu’il ose enfin faire ce qu’il veut vraiment, il y a déjà des années qu’il dit adorer la musique à base de flûtes et qu’il aimerait se poser pour faire un album dans le genre. Et quand tout le monde pensait que ça ne se ferait jamais, l’album a débarqué !

L’amateur forcené de metal risque évidemment d’être totalement désarçonné par cet album, tous les éléments et les ambiances auxquels il est habitué sont totalement absents. "Ghost" n’est rien d’autre qu’un voyage, c’est à vous de voir si la destination vous branche ou non. Personnellement j’ai pris le risque de partir et je n’en suis toujours pas revenu, comme il le dit lui même c’est de la musique de hippies. C’est la version musicale d’une île déserte ou d’un nuage sur lequel on dormirait peinard, ça n’est pas joyeux ou festif et ça respire pourtant le bonheur et le bien être. Et bordel on a beau se la jouer comme on veut ça fait un bien fou d’écouter ça, d’entendre un artiste se laisser aller à faire ce qu’il refoulait depuis des années.

Au delà de toutes catégorisations musicales il faut reconnaître que l’album regorge de passages purement magnifiques, le talent d’écriture et de composition est carrément flagrant ici. Il a voulu faire le contraire de "Deconstruction" à tous les niveaux : musique déconstruite et textes interminables d’un côté et musique très simple et paroles réduites au minimums de mots de l’autre. Il y a même un titre sur lequel il se frotte à la country, ce style de musique ne me touche pas d’habitude alors que là j’en ai presque des frissons (le titre éponyme pour les curieux) ! C’est typiquement le genre d’albums à écouter au grand air, isolé de tout et de tout le monde, même si ça fait vieux cliché new age ça collerait parfaitement à cette musique. Vous allez de toutes façons partir très loin même en l’écoutant vautré dans le canapé, laissez vous porter et quand vous reposerez les pieds sur terre au bout d’une heure vous vous demanderez où vous étiez partis.

Je sais que comme je le disais dans la chronique de "Deconstruction" je dois passer pour ze groupie de Townsend, je vais en rajouter une couche avec celle-ci ça ne me fait pas peur. Cet album est tout simplement "beau", mais vraiment, il n’est pas juste doté de jolies mélodies avec de belles lignes de chant. Non, c’est l’incarnation musicale de la beauté, de la sérénité, et même si certains risquent de vomir dessus en qualifiant ça de musique de gay je sais qu’il va tourner encore longtemps chez moi. Devin Townsend vient tout simplement de sortir deux chefs d’œuvre en même temps dans des genres totalement opposés, et ça me donne presque envie de le remercier !


Murderworks
Août 2011




"Deconstruction"
Note : 19/20

De tous les styles de musique que j'apprécie, de tous les groupes ou artistes dont j'aime le travail, Devin Townsend est un des seuls que je suis dans tous ses projets et un des seuls qui ne m'a jamais déçu. Oui certains de ses albums sont plus faibles que d'autres, mais même ceux là sont largement au dessus de la concurrence. Alors bien sûr le fou chantant est talentueux, que ce soit en tant que guitariste, producteur, chanteur ou compositeur, mais ça ne fait pas tout. Si même ses albums les plus faibles restent meilleurs que le reste c'est que ce type se met à nu à chaque album (parfois même au sens propre, cf la pochette d'"Infinity"). Devin Townsend fait de la musique pour lui, selon ses humeurs, sans se demander si ce qu'il fait sera un suicide commercial ou si les gens vont comprendre où il voulait en venir. Sa démarche est à la base purement égoïste, et pourtant le bonhomme donne tout ce qu'il a et a toujours été généreux avec son public.

Alors je sais bien que cette introduction donne l'impression de lire l'avis d'un fan aveugle qui a du mal à lâcher son idole, mais il n'en est rien. C'est simplement que ce gars là est un des derniers de tout le business musical à encore être profondément honnête, et ça se sent fort logiquement dans sa musique. Et si ça ne vous saute pas aux yeux (ou plutôt aux oreilles) il vous suffit de lire les textes de ses albums ou plus simplement les différentes interviews qui se trouvent un peu partout. On peut penser ce que l'on veut de son propos, mais toujours est-il qu'au moins il y en a un et qu'en général ça reste très pertinent et lucide. Le concept de catharsis et d'introspection au travers de la musique n'a jamais été aussi juste qu'avec lui, la musique n'est pas son hobby. Elle l'obsède et ne le quittera pas tant qu'elle n'aura pas été transposée sur un support, Devin Townsend comme quelques autres fait de la musique parce qu'il en a vraiment besoin.

Et quelque fois ce besoin nécessite des méthodes démesurées, la preuve avec l'objet du délit qui nous occupe aujourd'hui, à savoir le troisième album d'une sorte de tétralogie commencée avec "Ki" et poursuivie avec "Addicted" sous le nom de Devin Townsend Project. Quatre albums qui sont sensés être liés les uns aux autres, musicalement et thématiquement. Le premier nous montrait Devin Townsend sous un autre jour, avec un album très intimiste et où la distorsion se faisait remarquer pas son absence quasi totale. "Addicted" l'avait pris à contre pied en nous offrant une galette plus "catchy" et plus directe dont certains morceaux sont des tubes en puissance. Alors la question qui se posait était de savoir ce que ce "Deconstruction" allait nous réserver, on sait que Devin l'avait annoncé comme un album le réconciliant en partie avec Strapping Young Lad et la brutalité qui caractérisait ce groupe mais version plus tarée et grandiloquente (on savait par exemple qu'il avait travaillé avec une chorale et un orchestre symphonique). Le problème avec lui c'est que malgré ses déclarations on ne sait jamais à quoi s'attendre et on pouvait légitimement se demander si on allait vraiment entendre ce qu'il nous avait décrit.

Je vais casser le suspense, "Deconstruction" représente bien ce qu'il avait décrit mais je crois que personne n'imaginait que ça allait être un tel défouloir. Si vous considérez ses autres albums comme déjantés vous risquez de littéralement tomber de votre chaise avec celui-ci, Devin s'est totalement lâché et plus on avance dans l'album plus on hallucine. Les deux premiers titres sont en fait assez classiques quand on connaît bien les deux premiers albums de sa tétralogie, "Praise The Lowered" donne d'ailleurs l'impression qu'on est en train d'écouter "Ghost" tant le titre est calme et posé. Suit "Stand" qui tout en étant plus metal, introduit le fameux orchestre et la chorale et nous rappelle par ses ambiances et ses mélodies l'album "Ki", même si le morceau se révèle plus agressif que cet album. Là où l'album prend vraiment son envol, d'après moi en tout cas, c'est à partir du troisième titre "Juular".

On a l'impression de se retrouver sur une B.O de Tim Burton version metal, le tout agrémenté d'un Devin absolument irréprochable au chant, c'en est d'ailleurs affolant d'entendre à quel point il repousse ses limites et s'améliore à chaque album. Autre point intéressant, en dehors de la présence de Dirk Verbeuren à la batterie sur tout l'album c'est le premier titre à introduire un invité qu'on entend franchement (faut le deviner qu'il y a Paul Kuhr et Mikael Akerfeldt sur les deux premiers morceaux). Et pas n'importe lequel puisque c'est Ihsahn (ex-chanteur-guitariste d'Emperor pour les deux du fond) qui vient pousser la chansonnette sur le refrain. Je parlais de Dirk à l'instant, et c'est aussi le premier morceau sur lequel il peut lui aussi vraiment se lâcher. Et entre ses blasts supersoniques, ses roulements de malades et autres trucs de fous sa prestation sur tout l'album nous prouve définitivement que cet homme est un extra-terrestre.

Les morceaux se suivent, ne se ressemblent pas mais évoquent à certains moments d'autres albums de Devin avec quelques passages qui rappellent "Ziltoid" par exemple (pas forcément innocent puisqu'il y a des allusions à lui dans certains passages des paroles). Ce qui fait que tout en proposant quelque chose de nouveau "Deconstruction" fait presque une synthèse des albums passés, tout y passe sans pour autant que ça ressemble une seule seconde à un pot pourri d'anciennes idées. Mais en fait cette impression est surtout flagrante lors des premières écoutes, puisqu'une fois que l'on commence à se familiariser avec l'album ces ressemblances s'effacent et révèlent le vrai caractère de "Deconstruction". Autre précision qui a son importance pour certains, si vous attendiez un "City 2" suite aux déclarations de Devin qui disait qu'il renouerait avec de la musique heavy, vous pouvez lâcher l'affaire tout de suite.

Je vais en profiter aussi pour mettre un autre point au clair tout de suite, je sais que certains ont entendu dire qu'on entendrait des pets et des rots sur l'album et ont tout de suite crié à la supercherie en sous entendant qu'il fallait vraiment être con pour aimer une musique pareille. On pourrait d'ailleurs répondre qu'ils écoutent sûrement des groupes qui font de la merde sur des albums d'une heure et que ça ne leur pose aucun problème, alors venir pleurer pour un pauvre pet furtif... Ces délires scato ne durent en effet qu'une poignée de secondes sur un album de près de 70 minutes, et résumer l'album à ça serait totalement idiot. Et même si certains vont encore bâcher là dessus, ces délires ne sont pas là pour rien et servent à illustrer les paroles du morceau "Deconstruction" (puisque c'est là qu'on les entend), et je vous invite à jeter un œil sur l'interview "Devin Townsend à l'Ouest de l'infini" qui traîne sur le net, il vous expliquera tout ça mieux que moi. On est très loin d'un Nattefrost qui s'enregistre pisser et vomir à longueur d'albums en espérant choquer quelques vierges effarouchées.

Mais de toute façon il est clair que cet album va diviser, il est tellement fou, tellement démesuré, tellement en dehors de ce qui se fait en ce moment et du côté musique fast food digérée en 5 minutes qu'il risque de dérouter pas mal de monde. En gros, et là à mon avis je vais vous faire peur, dites vous que Devin Townsend expérimente ici... (on me dit dans l'oreillette que le nouveau Morbid Angel aussi, très bonne ta blague mec, si t'en as d'autres comme ça je prends hein !) et là vous vous demandez si c'est pas ce qu'il a toujours fait. C'est bon, vous voyez à quel point ce truc va vous secouer si vous aimez le bonhomme ? Et là où ça devient vraiment marrant, c'est qu'après avoir écouté les 5 premiers morceaux on est déjà complètement abasourdis par la folie de l'album. Sauf que le pire est à venir, le fameux "The Mighty Masturbator" qui fait péter les 16 minutes au compteur et qui part totalement en vrille au fur et à mesure qu'il avance. On va dire que les 2 premières minutes risquent de mettre tout le monde d'accord, Devin chante merveilleusement bien, l'ambiance est solennelle, l'orchestre et la chorale sont magistraux et le tout est purement magnifique. C'est après ce début relativement conventionnel qu'on va perdre du monde, la musique devient aussi tordue techniquement que dans les différentes sonorités à priori incompatibles qui se mélangent sur le reste du titre. Je ne vais pas vous en faire un descriptif détaillé pour laisser la surprise aux rares qui n'ont pas voulu en écouter une note avant d'avoir les CDs, (d'autant que ça me prendrait deux pages de plus) mais je pense que vous allez méchamment halluciner.

Et si vous croyez que le reste va vous ménager vous vous plantez carrément, puisque le morceau titre en plus d'en faire gueuler plus d'un à cause des délires cités plus haut, dure près de 10 minutes et ne vous ménagera pas non plus. Loin de là même, on peut dire qu'il porte très bien son nom tant c'est un véritable bordel organisé, peut-être le morceau le plus cinglé de l'album et ce n'était pas évident à faire vu la concurrence qu'il y a en face (Fredrik Thordendal se lâche lui aussi sur ce morceau, comme d'habitude quoi) ! Je pense de toute façon que même certains habitués vont devenir fous à la première écoute de l'album tant Devin explose définitivement toutes les limites, il ne s'imposait déjà aucune restriction avant mais je crois que cette fois il a pris un malin plaisir à péter les plombs à tous les niveaux. Les informations vous tombent dessus à un rythme effréné, comme l'évoque le titre de l'album la structure de la plupart des morceaux est totalement et volontairement explosée, et les invités sont légion au point qu'il y en a quasiment un par titre (de tête Floor Jansen, Ihsahn, Paul Masvidal, Joe Duplantier, Tommy Rogers aka Thomas Giles dont je vous recommande chaudement l'album "Pulse", Mikael Akerfeldt, Paul Kuhr, Fredrik Thordendal, Greg Puciato, Oderus Urungus et bien entendu Dirk Verbeuren à la batterie sur la totalité de l'album).

Ce "Deconstruction" va faire à n'en pas douter de grosses vagues et sera une pierre angulaire de la carrière de Devin Townsend, au point que je pense qu'il ne fera plus jamais aussi cinglé. Il a de toute façon précisé qu'il avait fait cet album en partie pour faire un dernier tour de piste en terme de musique heavy. Mais le passé nous a montré qu'il ne faut pas prendre toutes les décisions de Devin comme étant inéluctables, même si sa santé mentale a l'air plus stable il n'en reste pas moins imprévisible. Le résultat au niveau de l'opinion générale sera du même acabit que pour les autres albums, sa musique est tellement particulière qu'elle ne laisse jamais indifférente. Et une fois de plus on aura ceux qui aiment d'un côté et ceux qui détestent de l'autre dans une pseudo bataille rangée que la magie d'Internet nous a appris à connaître.

En tout cas que l'on aime ou pas, ce type est un compositeur et un musicien hors pair, je sais comme je le disais plus haut que certains considéreront cet album comme une escroquerie. J'ai un léger espoir, sans forcément aimer pour autant, qu'ils arriveront à ranger leur mauvaise foi 2 minutes et peut être se rendre compte de l'énorme travail qu'a demandé cet album et de la folie qu'il représente sur un plan purement technique, des supercheries comme ça j'en veux bien tous les jours. C'est quand même autre chose que des glandus qui viennent glisser 4 accords mal joués, sur un album mal produit, composé avec les pieds et qui vous disent que vous ne pouvez pas comprendre parce que c'est de l'art avec un grand A. Maintenant c'est clair que ceux qui n'ont jamais réussi à pénétrer son univers auront très peu de chances d'y arriver cette fois, "Deconstruction" est un album purement génial mais ce n'est clairement pas la façon la plus simple d'aborder la musique de Devin Townsend. Il est trop dense, trop fou, trop varié et paradoxalement presque trop expressif ou excentrique pour faire comprendre où il veut en venir à des gens qui ne connaissent pas sa discographie. Mais si vous voulez essayer ça ne vous coûtera au pire qu'une perte de temps, si vous aimez vous allez vous prendre une claque monumentale en découvrant son œuvre foisonnante.

Pour ce qui est de cet album en particulier et de la tétralogie à laquelle il appartient je peux d'ores et déjà vous dire que "Ghost" et lui sont parfaitement complémentaires. Mais ça ce sera dans le prochain épisode qui arrivera d'ici quelques jours, alors si vous n'avez pas encore téléchargé "Deconstruction" comme des sagouins, profitez encore des autres albums de Devin en attendant celui-ci. Parce qu'une fois de plus j'insiste sur le fait qu'il va vous occuper un bon moment avant de vous livrer tout ce qu'il veut vous dire, mais c'est pour ça qu'on accroche non ?


Murderworks
Juin 2011


Conclusion
Le site officiel : www.devintownsend.com