"The Voyager Golden Banquet"
Note : 17/20
Deliverance rêve à nouveau. Suite à son troisième très sombre album paru en 2022, le groupe signé chez Les Acteurs De L’Ombre composé de Pierre Duneau (chant / clavier, Memories Of A Dead Man), Sacha Février (basse), Etienne Sarthou (guitare / chant, Freitot, Karras, ex-AqME) et Viken Poulain (batterie, Abrahama) dévoile "The Voyager Golden Banquet", sa quatrième oeuvre, sur un ton assez différent.
"Hellisual" nous ouvre très lentement les portes de l’album via des tonalités très lumineuses, presque même apaisantes, apportant très lentement sa dissonance qui s’embrase finalement d’un coup, affirmant ses racines sludge lentes et poisseuses avant de faire la part belle aux touches psychédéliques qui donnent un rythme particulier à leur lenteur lancinante. Le côté agressif du chant alimente le contraste, corrompant les sonorités oniriques pour appeler le black metal agressif et rendre le mélange chaotique, ralentissant pour dériver sur "Chasing The Dragon" qui propose une rythmique plus constante, adoptant des reflets épiques une fois de plus assombris par les grognements de Pierre. Le titre est cependant assez court, et le fait qu’il mette du temps à sombrer dans le silence nous permet de respirer avant d’enchaîner sur "Headspace Collapse", troisième composition qui s’ancre beaucoup plus dans le côté aérien et mystérieux, notamment grâce au chant clair et aux claviers, mais on sent que le son s’intensifie, se parant lentement de la distorsion tant attendue bien qu’elle reste mélancolique.
Le final est bien plus épais, contrastant avec "Turn On, Tune In, Drop Out" qui exploite le côté atmosphérique du black metal et qui le liera à des claviers majestueux pour développer un son imposant et hypnotique, bien que l’on note une touche groovy et saccadée sur le break basse/batterie où s’inviteront finalement des harmoniques dissonantes qui nous captivent jusqu’à "As Above, So Below", interlude calme et étrange d’une trentaine de secondes. L’oppression revient avec "Ground Zero", laissant le vocaliste afficher des tonalités plaintives bien qu’agressives, retrouvant une rythmique lente et obsédante qui n’hésite jamais à se briser pour reprendre plus fort derrière pendant que des grognements naissent ça et là avant de prendre brusquement fin, nous laissant avec "The Banquet - Part 1". Là encore, c’est le black metal qui est mis à l’honneur, adoptant un son bien plus froid, du moins lorsque les claviers ne viennent pas lui offrir cette touche presque guillerette avant de la laisser dériver sur "The Banquet - Part 2", composition plus minimaliste où une instrumentale assez douce accueille une voix robotique, puis l’ensemble s’enflamme de nouveau, et nous abandonne à son tour.
Bien qu’ayant changé d’identité, Deliverance reste toujours ancré dans un black / sludge poisseux aux influences plutôt inattendues, faisant du projet un véritable ovni musical. Si vous n’êtes pas surpris et impressionné par "The Voyager Golden Banquet", vous n’êtes probablement pas humain.
"Neon Chaos In A Junk-Sick Dawn"
Note : 16/20
Il est temps pour Deliverance d’ouvrir à nouveau les portes de son univers. Créé en 2012 à
Paris, le groupe réunissant Pierre Duneau (chant, Memories Of A Dead Man), Etienne
Sarthou (guitare, Freitot, Karras, ex-AqME), Fred Quota (batterie, ex-Abrahma) et Sacha
Février (basse) annonce sa signature avec Les Acteurs De L’Ombre Productions ainsi
que la sortie de "Neon Chaos In A Junk-Sick Dawn", leur troisième album, en 2022.
"Salvation Needs A Gun", le premier titre, nous fait immédiatement plonger dans un black
metal direct et rapide, accompagné par ce chant brut, mais également par des samples et
orchestrations plus lancinantes. Le groupe proposera également des sonorités modernes
mais entêtantes ainsi qu’un break épuré et pesant avant que les influences sludge ne
viennent nous écraser tout en nous menant à "Venereal", une composition aux racines old
school affirmées. Le son oppressant est parfaitement géré par ces riffs lents et crasseux,
mais également par les claviers saturés, qui contrastent énormément avec les premières
notes sombres mais apaisantes d’"Odyssey", un très long morceau. Mais la quiétude sera
rapidement rejointe par d’autres éléments aériens très progressifs, puis par un chant clair
doublé de choeurs féminins avant d’être remplacés par une voix saturée. L’avancée cesse
soudainement, avant de s’ancrer lentement dans une saturation abrasive et saccadée qui
devient de plus en plus lourde jusqu’à exploser, mourir et revenir pour nous conduire à
"Up-Tight" et ses patterns accrocheurs.
Les claviers expérimentaux viennent ajouter une
touche entêtante à cette rythmique simple et efficace, qui sait également accélérer pour
devenir plus sauvage tout en gardant sa folie bruitiste comme sur "Neon Chaos" qui recouvre
certaines parties vocales d’effets cybernétiques. La rythmique reste constante et pesante
mais nous offre également quelques éclats plus vifs recouverts de blast avant de s’ancrer
dans une quiétude apaisante et mélodieuse qui nous guide sur "Fragments Of A Diary From
Hell", la dernière composition, qui est également l’une des plus longues. L’ambiance
mystérieuse est rejointe par les effets modernes qui se montrent de plus en plus inquiétants,
puis par une voix samplée, et enfin par les riffs lents et lancinants. L’atmosphère devient
rapidement chaotique, mêlant hurlements, rythmique étouffante, voix samplées et de plus en
plus de leads dissonants jusqu’à la partie finale aussi brute qu’imposante.
La noirceur est le principal atout de Deliverance. Avec "Neon Chaos In A Junk-Sick Dawn", le
groupe manie aussi bien les influences black metal acérées que les racines sludge
oppressantes et lourdes, faisant de l’album un condensé aussi apocalyptique qu’agressif.
"Holocaust 26:1-46"
Note : 18,5/20
En ces temps troubles, où le meilleur moyen de sauver ta mère c’est de rester chez toi avec ton chat, écouter un album qui s’appelle "Holocaust 26:1-46" d’un groupe nommé Deliverance, clairement, ça a un petit goût amer. Je me console en me disant que le film du même nom de 1972, est à priori un excellent film au vu des critiques, et que je vais avoir le temps de le regarder.
Je tiens à m’attarder quelques lignes sur l’enveloppe de cet album, un somptueux digipack en finition mat arborant un artwork à la fois simple et sombre où on retrouve même les paroles à l’intérieur. Un plaisir de l’avoir entre les mains. Rapidement, le son qui sort de mes enceintes me confirme le soin qui a été donné à la réalisation de ce disque. Quel son mes enfants ! On ne peut qu’utiliser des adjectifs élogieux pour le qualifier, lourd, précis, parfaitement équilibré et en adéquation avec l’univers. A ce niveau -à c’est un sans-faute.
Clairement, la musique est sombre, noire. On est carrément sur du Vantablack-metal nuancé de sludge et de doom. Au final, on se retrouve avec des morceaux parfois lancinants, tortueux, est-ce encore du black ? On s’en fout. Certains diront que je me suis fait influencer par le titre mais l’album me procure la même sensation de mal-être que le jour où j’ai regardé Cannibal Holocaust, c’est à dire un sentiment à la fois de malaise et de fascination, d’horreur et de poésie qui correspond à ce qu’il y a d’enfoui au plus profond de nous, l’animal endormi, la naturelle cruauté bridée par des années de civilisation, de religions moralisantes. Pour autant, cet opus n’est pas dénué de subtilité et c’est bien là ce qui en fait tout son charme, tout son intérêt. Comme l’homme, capable du pire, comme du plus beau.
C’est en tapant "26:1-46" que vous tomberez sur le Lévitique correspondant, cet ouvrage dont le "but est d’enseigner les préceptes moraux et les rituels religieux de la loi de Moïse" (Wikipédia). Sauf que si vous lisez le passage correspondant, vous découvrirez les menaces abominables, le monde dévasté qui sera servi à ceux qui ne respectent pas ses commandements, ces prescriptions. Deliverance nous en fournit ici son interprétation.
"Letters To Myself"
Note : 17,5/20
Ce matin, après être quelque peu sorti de ma torpeur nocturne, je me plonge dans une production que j’ai reçue il y a quelques temps mais que, dû à un planning professionnel un peu chamboulé ces derniers mois, j’avais mis de côté. Mais ce matin je vais réparer cette erreur.
Les amis, j’ai donc le plaisir de vous présenter "Chrst", premier album de Deliverance, formation où l’on retrouve Pierre Duneau (des géants Memories Of A Dead Man) au chant, Etienne Sarthou, batteur d’AqME, mais ici à la guitare, Sacha Février (Mystery Tatoo Club) à la basse, Julien Hekking (AqME, Grymt) à la guitare et enfin Fred Quota (Ahbrama) à la batterie. Cet album voit le jour sous la bannière de Deadlight Entertainment qui nous offre encore une fois une production de qualité.
Pour ma part, je dois vous avouer que je découvre le travail de Deliverance avec cet album, bien entendu je connais pour la plupart les projets principaux des protagonistes (je suis un gros fan de MOADM) mais je dois dire qu’avec Deliverance les quatre musiciens nous démontrent que l’on peut être très éloignés parfois de son monde et son univers habituels, effectivement, Deliverance se situe plus dans la mouvance et le style sludge black post-metal, et ce n’est point pour me déplaire.
Encore une fois je constate que la scène française est décidément très belle, elle a ses défauts certes (un peu comme tout le monde vous me direz), mais on a quand même de sacrés groupes et ça, ça fait plaisir, et je trouve que Deadlight Entertainment par le biais de "Chrst" reste dans sa politique de sorties aussi diverses que variées mais surtout surprenantes.
"Chrst" compte donc 6 titres pour un peu plus de 46 minutes d’ambiances lourdes, pesantes, on peut dire que l’on ne rit pas pendant l’écoute de cet album, on est littéralement plongé dans des ambiances dark. Pas très habitué à ce style habituellement, je trouve néanmoins que les frenchies en sont passés maîtres et je suis bien content de vous présenter une telle sortie aujourd’hui.
Si vous ne connaissez pas, allez vous faire secouer les tripes sur le Bandcamp de Deadlight et si vous en avez encore le courage, allez faire un petit tour sur le site du label, il y a de quoi vous faire bien plaisir, j’en suis certain car aimer la musique c’est la soutenir.
En résumé, je dirais que Deliverance nous démontre toute l’étendue de son savoir faire musical avec cet album, ça prend à la gorge et ça ne vous lâche pas. Un super moment de musique, c’est une certitude, à s’envoyer dans une ambiance plutôt feutrée.
Grosse claque.
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