Le groupe
Biographie :

Defect Designer est un groupe de death metal expérimental et progressif norvégien formé en 2005 et actuellement composé de : Martin Storm-Olsen (basse, chant / Hermit Dreams, ex-Coldflesh, ex-Trollfest), Dmitry "Mr. Scavenger" (chant, guitare / Diskord, ex-Wyverna, ex-Coldflesh) et Eugene Ryabchenko (batterie / Castrum, Fleshgod Apocalypse, Locracy, ex-Banisher, ex-Posthumous Blasphemer, ex-Waldschrat, ex-Crucify Me Gently, ex-Displease, ex-The Symbioz). Defect Designer sort son premier album, "Wax", en Septembre 2009 chez My Kingdom Music, suivi de "Ageing Accelerator" en Juillet 2015 chez Sleaszy Rider Records, d'un EP en Juillet 2022 chez Transcending Obscurity Records, de "Chitin" en Mars 2024, et de "Depressants" en Mai 2026.

Discographie :

2009 : "Wax"
2015 : "Ageing Accelerator"
2022 : "Neanderthal" (EP)
2024 : "Chitin"
2026 : "Depressants"


Les chroniques


"Depressants"
Note : 16/20

Qui pensait que Defect Designer reviendrait aussi vite ? Toujours allié à Transcending Obscurity Records, le groupe né en Russie (maintenant relocalisé en Norvège) mené par Dmitry "Mr. Scavenger" (guitare / chant, Diskord) et Martin Storm-Olsen (basse / chant, Hermit Dreams, ex-Trollfest), aidés par Eugene Ryabchenko (batterie, Fleshgod Apocalypse, ex-Banisher, live pour BabyMetal, Decapitated, Vital Remains…) sort son quatrième album, "Depressants".

On débute à toute allure avec "Daily Dose Of Gloom", premier titre aussi chaotique que l’était l’album précédent, frappant tous azimut entre death, grind et patterns plus expérimentaux qui feraient pâlir les fans de prog organisé tant il est imprévisible. Le final lent et pesant nous sert à reprendre notre souffle, mais "Butterfly Juice Straws" n’est pas loin derrière, apportant sans attendre sa dissonance avant de retourner à sa technicité aussi poussée qu’explosive, nous balançant vague après vague sans jamais prévenir de ce qui pourrait se passer par la suite, et surtout pas le chant clair ni les leads orientés hard rock. On retrouvera ces traces plus douces sur "Repeated Aversive Stimuli Inducer" avant que l’ouragan ne reprenne, toujours aussi féroce mais aussi déroutant, créant un petit côté accrocheur par moments en s’apaisant comme pour rejoindre "Carte Blanche", composition qui porte parfaitement son nom et qui semble tout autant le fruit d’une improvisation entre trois inconnus que l’une des pièces les plus structurées de l’album. L’aventure est différente avec "Expiration Deferral Request Denied" qui démarre plus lentement et s’oriente sur des tons post-metal presque aériens (toutes proportions gardées) avant de se montrer oppressant à nouveau et de soudainement passer le relai à "Scorching The Rival Pogonomyrmex Burrows" qui se montre immédiatement plus imposant et agressif, n’hésitant pas à rappeler tous ses éléments les plus violents.

On se sent presque dépassé par ce qui se passe, tout comme sur "Body Count Of My Cow Tail" où une voix féminine teinte le son de Blues, et aussi surprenant que cela puisse être; j’aime ce que j’entends, à l’inverse d’"I Heard Robespierre Screamed Like A Bitch" qui fait revenir cette migraine auditive quasi permanente et s’offre même des racines plus old school pour compléter le flot qui nous moleste. Petite pause avant d’enchaîner sur la rythmique haletante de "Peons Before My Drabbing Wings" qui va elle aussi broyer nos conduits auditifs avec ses vagues de sons tous plus dissonants les uns que les autres, usant même de claviers futuristes pour nous aider à parvenir à l’introduction épique d’"As The Terracotta Dust Settles". Même si je sais généralement à quoi m’attendre du groupe, ce titre est de très loin le plus inattendu de l’album, et étrangement aussi le plus accessible (encore une fois, toutes proportions gardées), proposant des passages presque théâtraux et intenses avant de retrouver sa folie sur "Awaiting The Return Of The Golden Age", liant frappes brutes et riffs tordus. Si le morceau tend à revenir sur les sonorités puissantes, il garde ses éclats d’énergie communicative pour mieux contraster avec "The Inevitable Mad Composite" et son introduction une fois de plus étrange, qui n’a absolument rien à voir avec la déferlante qui nous roule dessus par la suite. La pression retombe, et c’est finalement avec "Wrong Future Forecast" que l’album va s’achever, et là encore, la surprise est totale : on assiste à une véritable bande-son de péplum avec des patterns instrumentaux majestueux.

Defect Designer a bien évolué depuis sa dernière sortie, et si certains titres vont donner mal au crâne aux musiciens les plus aguerris, on trouve sur "Depressants" des morceaux bien plus surprenants et appréciables, ce qui est encore plus déroutant !


Matthieu
Mai 2026




"Chitin"
Note : 15/20

Percez la carapace de Defect Designer. Après son dernier EP paru en 2022 chez Transcending Obscurity Records, le groupe composé de Dmitry Sukhinin (guitare / chant, Diskord, Coldflesh) et Martin Storm-Olsen (chant / basse, ex-Coldflesh, ex-Trollfest) fait appel à Eugene Ryabchenko (batterie, Banisher, Fleshgod Apocalypse, live pour Belphegor, Vital Remains, Decapitated…) pour la sortie de "Chitin", son troisième album.

J’avais découvert Defect Designer avec son précédent EP, où les riffs saccadés nous avaient frappés pendant une petite vingtaine de minutes sur un rythme ultra saccadé, témoignant à la fois d’un chaos sans nom et d’une maîtrise redoutable. Avec "Chitin", le groupe continue d’explorer le death metal avec sa complexité chaotique, créant un véritable condensé de sonorités brutes, de guitares criardes, de parties vocales sauvages et de riffs dissonants. Tout dans les titres est mis au service des patterns explosifs et imprévisibles, laissant parfois le tempo ralentir considérablement pour nous étouffer sans mettre de côté leur technique impénétrable, piochant dans des racines old school et des pointes d’inattendu.

L’un des exemples les plus représentatifs de cet album est "To Ziggurat", qui contient tous les éléments évoqués et qui les aligne de manière plus ou moins ordonnée (pour ceux qui découvrent, du moins) mais créant un résultat aussi surprenant que cohérent, et qui prouve bien qu’il y a une véritable recherche sous l’amas enchevêtré que les musiciens déploient dans nos oreilles. On notera également la présence de la voix claire de Björn "Speed" Strid (Soilwork, Act Of Denial, The Night Flight Orchestra) sur "Shine Shine", une composition étrangement calme et mélodieuse où les claviers apportent une touche apaisante et entêtante, ainsi que la joie de vivre communicative de la très courte "Nu, Pogodi!", avant-dernière composition de l’album, où les musiciens vont encore nous surprendre.

En écoutant "Chitin", prenez le temps d’observer sa pochette, mais n’essayez pas d’en comprendre le chaos : seuls les membres de Defect Designer sont capables d’en comprendre ses arcanes. Contentez-vous de savourer l’imbroglio de death metal.


Matthieu
Mars 2024




"Neanderthal"
Note : 14/20

Defect Designer est un groupe norvégien qui semble ne pas aimer les étiquettes puisque si son premier album "Wax" nous faisait entendre un death metal puissant, moderne et groovy, son successeur "Ageing Accelerator" donnait plutôt dans un death / grind moderne lui aussi aux structures tordues et doté de velléités expérimentales. Comme s'il n'avait pas assez brouillé les pistes, il revient cette fois avec un EP nommé "Neanderthal" et le style musical a encore bougé !

On trouve deux membres de Diskord dont on en avait déjà parlé par ici et dont l'écoute est vivement recommandée aux oreilles endurcies. Cette précision faite, vous vous doutez bien que l'on n'a pas affaire à de jeunes premiers qui viennent de débarquer dans le metal extrême. Le niveau technique est élevé et Defect Designer sait comment faire saigner les tympans, même si ce nouvel EP ne dure que dix-huit minutes. Le morceau-titre ouvre les hostilités avec à peine une minute au compteur et balance un death metal dissonant et bizarre aux accents parfois presque teintés de Voivod. Une froideur qui contraste avec le groove de "Wrinkles" qui suit juste derrière et a tout de l'incitation au headbanging. On retrouve ces fameuses sonorités expérimentales avec un break complètement barré en fin de morceau avant de partir sur de bons gros blasts. Bref, cette fois encore, Defect Designer a décidé d'être inclassable et si le base est vaguement orientée sur le death / grind, il se passe pas mal de choses sur ces dix-huit petites minutes ! "Trolls" nous prend d'ailleurs encore à contre-pied en se faisant bien plus brutal et intense et en faisant entendre une urgence héritée du punk. "Luddites" part lui aussi en bon vieux grind qui tache avec là encore ces bonnes vieilles influences punk qui refont surface. "Vlad" nous place lui aussi un break presque free jazz en plein milieu d'un morceau bien grind et brutal. En gros, c'est le bordel sur ce "Neanderthal" et si vous pouvez être sûrs de vous faire rouler dessus, vous ne savez jamais ce qui vous attend. Defect Designer adore débarquer de là où personne ne l'attend et ne se fixe aucune limite. "Pigsty" nous balance carrément un break en chant clair avec une basse fretless bien mise en avant avant de repartir dans un bordel sans nom. En à peine plus d'une minute, ce morceau envoie une quantité de breaks folle dans tous les sens, casse le rythme toutes les dix secondes et nous fait une fois de plus nous demander où on est tombés. "Neanderthal" ne pourra clairement pas plaire à tout le monde tant sa bizarrerie est assumée. "Time, Forward" qui clôt cet EP nous refait entendre des sonorités proches d'un Voivod avec des riffs et accords très froids et dissonants. Quelques mélodies se font une place au milieu de tout ça et donnent un côté d'autant plus surréaliste à la chose.

Au final, Defect Designer nous prend encore par surprise et nous envoie un EP totalement barré et violent qui confirme que ce groupe n'a pas fini de surprendre. Dix-huit minutes suffisent à rendre perplexe et à tout défoncer donc si vous vous sentez suffisamment aventureux, tentez le coup.


Murderworks
Septembre 2022


Conclusion
Le site officiel : www.defect-designer.com