Le groupe
Biographie :

Deathspell Omega est formé en 1998 à Poitiers. La première démo "Disciples Of The Ultimate Void" sort sur Drakkar Productions à 66 exemplaires en 1999. En 2000, le groupe sort son premier album "Infernal Battles" sur Northern Heritage. Il est suivi de trois splits entre 2001-2002, le premier avec Clandestine Blaze sur Northern Heritage, le second avec Moonblood, "Sob A Lua Do Bode / Demoniac Vengeance", sur End All Life / Sombre Records à 350 exemplaires, et le troisième avec Mütiilation sur End All Life Productions à 400 exemplaires. En 2002, ils enregistrent leur second album "Inquisitors Of Satan", toujours sur Northern Heritage. Puis deux ans plus tard, sort "Si Monumentum Requires, Circumspice" chez Norma Evangelium Diaboli. Cet album marque le début d'une trilogie qui sera complétée un an plus tard par l'EP "Kénôse" sorti sur Norma Evangelium Diaboli. Suivront en 2005 deux splits, "From The Entrails To The Dirt (Part III)", le second étant réalisé avec Stabat Mater : "Crushing The Holy Trinity (Father)",, sorti sur Northern Heritage. En 2007, l'album "Fas - Ite, Maledicti, In Ignem Aeternum" paraît chez Norma Evangelium Diaboli. Après un split et deux EPs, Deathspell Omega revient en 2010 avec "Paracletus". En 2012, le groupe publie l'EP "Drought". L'album "The Synarchy Of Molten Bones" sort en Novembre 2016 chez Norma Evangelium Diaboli. "The Furnaces Of Palingenesia" sort en Mai 2019.

Discographie :

1999 : "Disciples Of The Ultimate Void"
2000 : "Infernal Battles"
2002 : "Inquisitors Of Satan"
2004 : "Si Monumentum Requires, Circumspice"
2005 : "Kénôse"
2007 : "Fas - Ite, Maledicti, In Ignem Aeternum"
2008 : "Veritas Diaboli Manet In Aeternum : Chaining The Katechon" (EP)
2008 : "Mass Grave Aesthetics" (EP)
2010 : "Paracletus" 2011 : "Diabolus Absconditus" (EP)
2012 : "Drought" (EP)
2016 : "The Synarchy Of Molten Bones"
2019 : "The Furnaces Of Palingenesia"


Les chroniques


"The Furnaces Of Palingenesia"
Note : 17/20

Après "The Synarchy Of Molten Bones" en 2016 et sa courte durée de vingt-neuf minutes qui a dû en laisser quelques uns sur leur faim, Deathspell Omega revient avec "The Furnaces Of Palingenesia" qui, du coup, nous propose trois bons quarts d'heure et qui, pour le coup, n'a pas l'apparence d'un EP comme son grand frère.

Musicalement, le groupe poursuit son chemin sans grande surprise en évoluant tranquillement, ce qu'il peut se permettre puisqu'il est tout de même le seul à pratiquer ce genre de black très dissonant, relativement technique et jonglant de belle façon entre ambiances chaotiques et passages émotionnellement chargés. "Neither Meaning Nor Justice" ouvre l'album en posant une ambiance très froide, rampante et toujours aussi malsaine et dissonante. Une entrée en matière au goût d'apocalypse, de jugement, confirmée par le titre de l'album. L'occasion de faire un quart d'heure culture puisque le mot palingénésie a un sens proche du terme apocatastase que le groupe avait déjà utilisé sur "Paracletus" ("Apokatastasis Pantôn") et qui désigne donc un retour à l'état originel. Dans le cadre de la palingénésie, cela se fait après une purification du monde par le feu, d'où les fournaises de la palingénésie. Mais cette ambiance d'apocalypse laisse vite la place à "The Fires Of Frustration" qui renoue avec un Deathspell Omega que l'on connaît depuis quelques albums maintenant, à savoir du blast, des riffs complètement dissonants et décharnés, ce chant habité et cette impression de déconstruction totale et de chaos général. Si la mélodie s'est fait une place sur les dernières réalisations du groupe, il n'empêche que la violence trouve encore largement l'occasion de s'exprimer et ce morceau ne fait pas de prisonnier. Des cuivres viennent de temps en temps renforcer ce climat apocalyptique, guerrier, cette ambiance de champs de ruines comme sur le bien nommé "Ad Arma ! Ad Arma !". La production donne volontairement un aspect magma sonore à tout ça mais en laissant comme d'habitude suffisamment d'espace à tout le monde pour que l'on saisisse sans trop de difficultés ce qui se passe, un équilibre assez impressionnant entre précision et clarté d'un coté et chaos et confusion de l'autre.

Ce nouvel album et Deathspell Omega en général continuent de mettre un gros coup de pied dans la fourmilière black metal, ce genre qui a toujours prétendu tacler les dogmes religieux et qui en a quitté un pour s'enfermer dans un autre, musical celui-ci, dès que l'occasion s'est présentée. Ce style qui vante la force d'esprit, qui moque les "faibles" qui s'embrigadent dans des religions mais dont pas mal de représentants font preuve de paresse intellectuelle et artistique en répétant sans cesse la formule norvégienne du début des années 90 et en dégommant tous les groupes qui ont l'outrecuidance de s'écarter de la tradition. Si j'apprécie le black pur et dur musicalement, ce genre de démarche me paraît toujours hypocrite ou idiote. On chie sur les dogmes et sur les tables de loi mais on sort un code du black metal en établissant ce qui est permis d'y faire et ce qui ne l'est pas, vous avouerez que c'est paradoxal pour des groupes qui disent penser par eux-mêmes et être libres de tout dogme. Deathspell Omega est là pour mettre un gros coup de latte là-dedans, pour annoncer qu'ils font, ce qu'ils ont envie de faire, et qu'ils n'appartiennent à aucune scène. Ces gars expérimentent, cherchent, progressent et plantent les racines du black metal dans une terre plus fertile pour en faire... autre chose. D'ailleurs, toute la scène orthodoxe leur doit tout ou presque, c'est à ça que l'on reconnaît ceux qui défrichent le terrain. Les influences post-quelque chose que l'on pouvait commencer à discerner à partir de "Paracletus" s'estompent sans disparaître pour autant, la violence qui se remet aux premiers rangs lui vole de la place et remet le black au centre du débat. La patte Deathspell Omega est toujours là, bien reconnaissable, l'équilibre entre les différentes sonorités bougent d'un album à l'autre. La musique se plie visiblement au concept et vu le thème abordé la violence et la folie déstructurée reprennent forcément le dessus.

Un nouvel album qui prouve que Deathspell Omega ne fera jamais rien comme les autres et qui installe une ambiance apocalyptique et furieuse. Les éléments habituels sont là, de petites surprises sont venues s'y greffer et le groupe redistribue une nouvelle baffe à tout le monde au passage.


Murderworks
Juillet 2019




"Drought"
Note : 17/20

Aaah Deathspell... Voici donc la cuvée 2012. Pas de changement à l’horizon. Les Deathspell nous livrent toujours un black avant-gardiste bien torturé. Ce côté bien dégueulasse que DsO a l’habitude de nous proposer est encore présent, tout aussi noir.

Au vu de la longueur de la galette, on pourrait dire que nous sommes en face d’un EP, à peine aussi long que "Diabolus Asconditus" au final. Les pistes durent 4 minutes en moyenne. Un méfait bref, pour le coup. Ceci dit, les pistes 2 à 5 auraient tout aussi bien pu être contenues en une seule, tellement leurs liens semblent logiques. L’intégralité de l’opus se tient en conséquence bien. Les ambiances torturées tout du long donnent une bonne idée de ce à quoi peut ressembler l’Enfer pour certains. C’est froid et intellectuel, élitiste et plutôt vicieux. L’Enfer.

"Salowe Vision" résonne comme une introduction calme et représentative. Pour la suite, l’ensemble est brutal, pour ne pas dire bordélique à certains moments, dignes du chaos, avec un répit de 1min36 au milieu. Pour une piste finale lente, pesante et plus ambiante, qui nous laisse sur des sentiments bien pessimistes. L’artwork à présent. Travaillé et représentatif, j’ai toutefois du mal à en saisir le sens exact. Il est très bien finalisé, uniquement en noir et blanc, mais exprime clairement des notions de souffrance et de violence, ce qui concorde parfaitement avec l’opus et avec l’identité du groupe d’ailleurs.

Pour synthétiser, "Drought" étant une œuvre malfaisante plutôt courte, aucune place n’est laissée à l’ennui. Aucune place pour l’accessibilité au grand public non plus d’ailleurs, et c’est tant mieux. Deathspell Omega, tout en restant fidèle à ses anciennes compositions, va droit au but, sans rajouter des "enluminures" qui se seraient contentées de combler les trous. Nul besoin de plus. Après tout, à quoi bon faire un album longuet si c’est pour s’emmerder, surtout en matière de black metal.


Lukos
Octobre 2012




"Paracletus"
Note : 18,5/20

Deathspell Omega... depuis la sortie de "Si Monumentum Requires, Circumspice", ce groupe trône sur la scène black metal hexagonale et est respecté dans les sphères internationales du genre. Un background occulte et une musique complexe, magnifique et d’une noirceur terrifiante, le tout agrémenté d’une personnalité unique. Deathspell Omega est sans aucun doute entré au panthéon des groupes de black qui ont le plus marqués, au côté d’Emperor et Darkthrone.

Dés le début de "Paracletus", on retrouve ce son, ces riffs et ce sens de la mélodie qui sont propres à Deathspell Omega. On n’est donc ni dans le  "raw", ni dans le moderne ultra propre, la production se rapprocherait même d’un certain Blut Aus Nord (ou, dans une moindre mesure, à certains groupes de black Suédois tels que Ondskapt et Funeral Mist ou aux Norvégiens de 1349) avec une production audible et organique mais pourtant malsaine et sauvage. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un son bien peu courant dans le metal, ceux qui connaissent déjà Deathspell Omega doivent savoir de quoi je parle. Mais cette fois, ce son a été encore plus travaillé pour obtenir un résultat vraiment unique !

On peut diviser cet album en deux parties, les cinq premières pistes constituent un ensemble relativement accessible et épique où tout respire qui se conclut par un "Phosphène" transitoire. La seconde partie, bien plus dure, émotionnellement parlant, est violente sous tous ses aspects. L’album est construit intelligemment pour que la lassitude ne fleurisse jamais, il présente le Deathspell Omega sous ses aspects comme nous allons le voir. Après "Epiklesis I" une sombre intro, aussi lente qu’agressive, "Wings Of Predation" nous explose à la face dans un chaos de dissonance et de rythmes cassés. On découvre des passages qui, sur ce chaos, contiennent un certain calme porté par des échos, des passages qui nous obligeront à revenir à "Paracletus" par la suite. 3 minutes 41, c’est qu’il a fallu pour nous convaincre. "Abcission", bien plus long, est sans aucun doute l’une des pièces qui pousseront l’auditeur à revenir sur "Paracletus" pour découvrir les mystères qu’il recèle. "Abcission" est ce serpent que l’on voit sur la pochette, le tentateur qui te fait découvrir les vertus du mal et à qui il est difficile de résister. Chargé d’ambiance, ce morceau est une véritable tragédie qui fait défiler une quantité d’images dans notre tête, à la manière d’un album de musique d’ambiance... sauf que la pièce se veut extrême dans sa construction. "Dearth" est un court poème récité en Français sur une musique mid-tempo relativement dépressive mais qui prend une autre tournure lors de la seconde moitié du morceau, une tournure qui l’amène à se confondre avec "Phosphène". Le dernier morceau de cette première partie se veut progressif et chaotique, violent et noir. Il fait partie de ces passages auquel on n’accroche pas du premier coup. Les changements de rythmes y sont nombreux et la tension ne tombe jamais. Certains passages peuvent faire (un peu) penser à du Meshuggah ou d’autres tombent tout simplement dans un calme excessif. On retrouve aussi des parties plus épiques. Bref, une autre pièce grandiose, mais cette fois très complexe, de "Paracletus".

La seconde partie commence avec un "Epiklesis II" d’une malveillance prononcée, un mid-tempo qui nous ouvre enfin la porte aux enfers, je parle bien entendu du véritable enfer car quel mot, sinon "enfer" pourrait décrire les trois morceaux qui suivent. A l’image de "Phosphène", on subit une attaque faite de chaos et de ténèbres, mais cette fois avec une violence accrue. Difficile donc de ressortir indemne de cette trilogie si l’on s’investit pleinement dans l’album. Le dernier morceau "Apokatastasis Panton", reprend les premières notes de "Epiklesis II" mais se lance dans une sorte de mélodie symbolisant le final d’une grande tragédie mythologique, même si ce n’est sans doute pas la symbolique recherchée. Quoi qu’il soit, nous sortons enfin de ce déluge infernal qui nous foudroyait, pour notre plus grand bonheur.

Dans son ensemble, vous l’avez compris, "Paracletus" pousse à leur paroxysme tous ces sentiments que nous sommes censés ressentir à l’écoute d’un bon album de black metal. Mais "Paracletus" n’est pas un bon album de black metal, car Deathspell Omega, d’un point de vue qualitatif évolue sur un pallier supérieur (et de loin) à celui des "soi-disants" légendes du black. On reprochera (encore une fois !) la durée de l’album. 43 minutes pour une telle œuvre, c’est un apéritif : 1h 15 serait le strict minimum ! De plus, sur ce court laps de temps, le groupe ne peut pas développer une plus grande variété d’ambiances grâce à des chants gregoriens par exemple (qui m’avaient marqué à l’époque, sur "Si Monumentum Requires, Circumspice"). Mais ce dernier point reste toutefois relativement personnel car "Paracletus" détrône carrément les précédentes réalisations et il semble évidemment que le groupe a réussi ce qu’il a entrepris. Deathspell Omega est grand et voici son ultime preuve : "Paracletus".


Robin
Décembre 2010




"Fas - Ite, Maledicti, In Ignem Aeternum"
Note : 19/20

Ecrire sur cet obscur combo me semble bien difficile tant ces messieurs cultivent le goût de l’ombre, distillant les informations les concernant au compte-goutte, comme un mystérieux secret précieusement gardé… Une stratégie qui, à l’instar de Blut Aus Nord (auxquels ils sont souvent comparés pour leur goût de l’expérimentation) semble leur conférer un statut d’alchimistes, d’orfèvres raffinant davantage si cela été nécessaire le côté ésotérique de leur ART, oui le mot est soigneusement pesé car peu sont ceux (Emperor, Blut Aus Nord), à pouvoir se revendiquer comme pratiquant de l’art black metal… Après une intro ne faisant que confirmer le côté relativement obscur (antiste ?) de cette œuvre, l’office peut commencer… Et quelle claque ! Les musiciens expérimentés se jouent de la musique, faisant ce qu’ils veulent des tempos, enchaînant blasts furieux et passages pesants presque doom, plaquant ici et là des accords de guitares dissonants du meilleur effet. Le chant black est plutôt grave, plus proche d’un Atilla Csihar que d’un Dani Filth. Quelques effets electro voire même des passages semi acoustiques débouchent parfois sur quelques salvatrices secondes de silence atmosphérique. Bref vous l’aurez compris, l’écoute de cet album n’est pas vraiment de tout repos mais on n’en vient à penser que pousser les portes de leur temple et pénétrer leur univers, et bien ça se mérite ! Chapeaux bas Messieurs, avec de tels représentants, on peut dire que le black Français de porte bien et continuera à faire des envieux au niveau international ! Certains riffs hypnotiques, entêtants ont continué de me hanter longtemps après l’écoute, et je ne peux m’empêcher pour conclure de citer le groupe lui-même : "Le vent de la vérité à répondu comme une gifle à la joue tendue de la piété". Excellent, tout simplement…


Ihsahn62
Décembre 2007


Conclusion
Le site officiel : www.myspace.com/deathspellomega