"Endtime Signals"
Note : 19/20
Un nouvel horizon se présente à Dark Tranquillity. Pionniers du death mélodique en
Suède, le groupe composé de Mikael Stanne (chant, Grand Cadaver, The Halo Effect,
Cemetery Skyline…), Martin Brändström (claviers), Johan Reinholdz (guitare,
Andromeda, Nonexist), Christian Jansson (basse, Grand Cadaver, Pagandom) et
Joakim Strandberg-Nilsson (batterie, Faithful Darkness, Nonexist, ex-In Mourning)
annoncent en 2024 la sortie de leur treizième album, "Endtime Signals", chez leur label depuis
25 ans, Century Media Records.
Bien que "Shivers And Voids" débute relativement calmement, le morceau va rapidement
prendre un aspect beaucoup plus lourd, conservant ses mélodies pour appuyer le contraste
sous les hurlements de Mikael Stanne. Le groupe laisse autant de place à la douceur qu’à
la quiétude, puis adopte une approche plus old school avec "Unforgivable", laissant le blast
mener la charge entre deux vagues de douceur pour nous confirmer sa fureur intarissable
tout en nous laissant un moment pour respirer. "Neuronal Fire" nous offre une introduction
plus lancinante, mais la rythmique solide ne tarde pas à intervenir de manière très saccadée
pour compléter les éléments aériens, alors que c’est avec du chant clair et des touches
vaporeuses que "Not Nothing" nous envoûte pour mieux nous écraser avec sa saturation. On
retrouve un soupçon de dissonance dans les leads, liant parfaitement les deux opposés du
morceau avant de repartir sur de la rage pure pour "Drowned Out Voices", à peine contenue
par des refrains majestueux, mais le final tend à proposer une approche plus complexe pour
finalement laisser place à la mélancolie avec "One of Us Is Gone", la composition la plus
planante de l’album qui laisse une large place aux claviers et au chant clair.
La lourdeur
revient sur "The Last Imagination", comme en témoigne le premier cri du vocaliste ainsi que
les patterns imposants, puis le groupe accélère lorsque "Enforced Perspective" ne débute,
revenant à ses racines sauvages que les leads embellissent naturellement. L’atmosphère
reste assez pesante tout comme sur "Our Disconnect" qui s’ancre dans des influences prog
intrigantes tout en conservant cette haute dose d’harmoniques entêtantes que l’on
retrouvera également dans "Wayward Eyes", où le death mélodique se montre très planant et
se repose sur sa dualité permanente. Le dernier refrain atteint un véritable pic d’intensité
avant de rejoindre "A Bleaker Sun" où les musiciens repartent sur un rythme plus soutenu et
pesant tout en réservant des passages où la beauté règne en maître avant de céder cette
splendeur à "False Reflection", la dernière composition qui permet de clore cet album avec
une touche d’apaisement bienvenue, comme une sorte d’ultime respiration.
Même si la réputation de Dark Tranquillity n’est plus à faire, je suis heureux de constater
que le groupe sait se renouveler au sein de sa propre recette. "Endtime Signals" est un album
au rythme parfait qui sait surprendre tout en piochant à la fois dans les racines du style ou
dans des approches plus modernes.
"Moment"
Note : 19/20
Pionnier du death mélodique suédois, Dark Tranquillity revient avec un douzième album,
intitulé "Moment". Depuis 1989 (sous le nom de Septic Broiler), Mikael Stanne (guitare de
1989 à 1993 puis chant, ex-HammerFall) et Anders Jivarp (batterie) mènent la danse. Ils
sont accompagnés de Martin Brändström (claviers), Anders Iwers (basse, Ceremonial
Oath, Tiamat, ex-In Flames), et ont titularisé cette année les guitaristes Christopher Amott
(ex-Arch Enemy, ex-Armageddon) et Johan Reinholdz (Andromeda, Nonexist), suite au
départ de Niklas Sundin, qui a tout de même réalisé l’artwork, comme à son habitude.
Les mélodies de "Phantom Days" nous capturent immédiatement dans l’univers du groupe.
On retrouve ces harmoniques perçantes, cette rythmique à la fois aérienne et solide, et le
timbre si particulier du vocaliste. Le titre passe trop vite, mais est suivi de "Transient", une
composition tout aussi épique qui pioche à la fois dans les racines du groupe, mais aussi
dans leurs sonorités plus récentes. Le son emporte notre esprit, puis nous projette sur
"Identical To None", un morceau à la fois tranchant et planant. La base a beau être plutôt
violente et brute, le groupe parvient à l’adoucir grâce aux autres éléments sans lui faire
perdre de sa puissance. Les claviers de "The Dark Unbroken" nous ouvrent les portes de ce
titre doux, et même lorsque la saturation nous rejoint la composition reste calme. Le chant
clair du frontman reste toujours aussi impressionnant. "Remain In The Unknown" offre une
touche mélancolique à cette base entraînante, que ce soit grâce à la voix ou aux leads, et
on conserve une certaine touche de tristesse ambiante sur "Standstill". Cette alchimie
instantanée nous saisit, et ces sonorités nous hanteront jusqu’à la dernière seconde.
On revient dans les tonalités plus énergiques avec "Ego Deception", tout en conservant une
part de violence et des riffs aériens. La dualité vocale de Mikael Stanne accompagne à la
perfection la rythmique, alors que des riffs sombres s’annoncent pour "A Drawn Out Exist". Le
morceau semble plus froid, plus majestueux, tout comme "Eyes Of The World" et sa lenteur
oppressante. Les deux titres ont beaucoup en commun, et nous permettent d’apprécier cette
part noire du groupe, qu’ils développent à merveille. On retrouve cette énergie empreinte de
sonorités aussi perçantes et mélodiques qu’entêtantes sur "Failstate", un titre sur lequel il est
aisé de se laisser aller au headbang. Lorsque les concerts reprendront, ce titre fera remuer
une fosse entière, alors que les harmoniques d’"Empire Lost In Time" accompagneront vos
mouvements de nuque. Les sonorités épiques font partie de l’identité du groupe depuis ses
débuts, et celles-ci lui vont à ravir avant le dernier morceau. "In Truth Divided" mélange les
sonorités pesantes et sombres, avec une voix claire mélancolique et emplie de peine, pour
une ballade finale qui nous laisse une seule envie. Recommencer l’aventure.
Dark Tranquillity a la capacité de surprendre encore et encore. Si "Moment" suit
parfaitement les codes du style, il ajoute la touche des Suédois, et on ne peut qu’adhérer à
tant d’intensité, de puissance et de créativité.
"Atoma"
Note : 16/20
Trois ans après le controversé "Construct", les maîtres du death mélodique suédois nous reviennent avec un onzième album. Un album réalisé après le départ du guitariste Martin Henriksson qui a été un des piliers du groupe pendant plus de vingt ans. Nous voilà ainsi repartis pour douze nouveaux morceaux, plus deux titres additionnels disponibles en édition spéciale.
Comme souvent chez Dark Tranquillity, les deux titres d'ouverture nous annoncent tout de suite la couleur de l'album. Le premier, "Encircled", nous rappelle les origines death / thrash du groupe avec un Anders Jivarp qui matraque copieusement sa caisse claire, alternant entre riffs incisifs et refrains plus posés. Le second, qui porte le nom de l'album, est beaucoup plus mid tempo avec des claviers electro très en avant et un chant clair sur les couplets qui donnent à l'ensemble un côté pop très accrocheur. Alternant ainsi entre agressivité et mélancolie le groupe nous livre douze titres aux ambiances variées qui transcendent toute l’œuvre du groupe depuis le virage opéré sur "Projector".
Encore une fois, le son de l'album est excellent et la prestation des musiciens toujours aussi impeccable. Le vocaliste Mikael Stanne n'a rien perdu de sa hargne et de son émotion avec, notamment, quelques parties de chant clair très bien maîtrisées. On relèvera aussi le bel effort qui a été fait sur l'utilisation des claviers et des samples ; tout en restant discrets, ceux-ci apportent de la profondeur ainsi qu'une ambiance bien spécifique à chaque morceau. Je pense, par exemple, aux pulsations de sonar sur "Forward Momentum" qui captent tout de suite l'oreille de l'auditeur en créant un univers bien particulier ou à la sublime intro de "Clearing Skies" qui nous envoûte en quelques secondes.
Dès la première écoute, on peut se dire que cet "Atoma" est une vrai réussite. Les morceaux sont très accrocheurs, au point que quasiment chacun d'entre eux s'avère être un hit en puissance qu'on a déjà hâte d'entendre en concert. Je pense, avant tout, à l'implacable "The Pitiless" qui devrait faire des ravages sur scène.
Les fans du groupe savent pourtant que de nombreuses écoutes sont souvent nécessaires pour apprécier pleinement un album de Dark Tranquillity. Or, avec ce "Atoma", j'ai l'impression que c'est plutôt l'inverse ; plus on se penche attentivement sur les morceaux, plus en se rend compte qu'ils manquent de subtilités dans leur construction. En effet, chaque titre de l'album est construit uniquement à partir de trois riffs qui s'enchaînent bien et qui sont répétés en boucle, quasiment à l'identique. Sur certains morceaux, on a quand même droit à un classique petit intermède après le deuxième ou le troisième refrain mais qui n'est généralement pas assez développé pour présenter un véritable intérêt. Je pense notamment aux intermèdes de "Atoma" et "Clearing Skies" qui amènent un vrai basculement dans la chanson avec un changement intéressant de tonalité... pour revenir bêtement sur le refrain de base au bout de quelques secondes seulement. D'ailleurs, il s'agit du seul album du groupe à n'avoir aucun morceau qui dépasse les cinq minutes. Les deux titres les plus longs durent, en effet, quatre minute trente chacun.
En parlant de la construction des morceaux, je dois aussi souligner à quelle point les conclusions sont bâclées. En effet, chaque titre se termine de façon extrêmement abrupte, pour ne pas dire en queue de poisson. Tout ceci nous donne l'impression que le groupe semble s'être contenté du service minimum pour ce qui est de la construction des chansons. Il leur a suffi, au final, de suivre la recette suivante : prendre trois riffs bien cool et accrocheurs, les assaisonner de claviers et de samples bien classes puis les répéter en boucle en rajoutant, si nécessaire, un petit intermède pour donner l'impression de développer un peu... et emballez, c'est pesé !
Le seul morceau qui sort un peu de ce carcan simpliste est "Neutrality" dont les sonorités nous rappelleront l'époque "Character". Je n'ai pas non plus parlé des deux morceaux additionnels qui n'ont rien à voir avec le reste de l'album. Ces deux pistes supplémentaires - "The Absolute" et "Time Out Of Space" - nous proposent deux morceaux sombres et ambiants qui mettent en avant le chant clair de Stanne pour un résultat plus proches de l'electro que du death mélodique. Si le premier s'avère être assez classe et envoûtant, le second est, quant à lui, beaucoup plus mièvre et décevant.
Au final, on pourrait dire qu'avec "Atoma", Dark Tranquillity prend le contre-pied de "Construct" en proposant un album beaucoup plus facile d'accès, quitte à simplifier leur musique à l'extrême. Ceux qui, comme moi, raffolent des morceaux à rallonge avec des structures recherchées resteront un peu sur leur faim. On reconnaîtra, cependant, que les Suédois nous offrent malgré tout un album bien produit, aux ambiances variées, et très agréable à écouter. On espère juste que la suite sera peut être un peu plus surprenante et, surtout, plus ambitieuse en termes de construction musicale.
"Construct"
Note : 18/20
En 2013, la réputation des Suédois de Dark Tranquillity n’est plus à faire. A leurs presque 25 ans d’existence, leur dixième album "Construct" est enfin disponible dans les bacs. Un dixième opus est une étape considérable dans toute carrière musicale, et dire que le combo est attendu au tournant serait un euphémisme. En effet, les puristes s’en sont donnés à cœur joie à chacune de leur sortie, regrettant la "belle époque" des premiers albums et déplorant la tournure trop mélodique des dernières sorties…
Ce qui est dommage pour eux, car ce n’est pas "Construct" qui leur apportera ce retour aux sources, qu’au final personne d’autre ne réclame et dont la finalité est tout bonnement dispensable. Dès l’artwork, le ton de l’album est donné : de la simplicité certes, mais doublée d’une efficacité imparable. Composé de dix titres pour une durée totale dépassant de peu les 40 minutes, le disque passe à une très grande vitesse. Jusqu’à présent, Dark Tranquillity avait pour habitude de proposer des albums très différents les uns des autres, et n’y manque pas une fois de plus. Certes loin d’être rapides, complexes et brutales, les compositions de "Construct" vont à l’essentiel des choses et se concentrent autour des ambiances et surtout des émotions transmises. Car si l’ensemble du disque garde tout de même une certaine forme de linéarité au niveau des tempos (comme toutes les autres galettes auparavant, à leur manière), les lignes de guitares et de claviers particulièrement mises en avant cette fois-ci créent une atmosphère poignante, emplie de nostalgie et de mélancolie (sur "Uniformity", "State Of Trust" ou "None Becoming" notamment). A cela contribue bien évidemment le chant de Mikael Stanne, plus varié et partagé entre les hurlements déchirés ("For Broken Words") et le chant clair beaucoup plus présent ("What Only You Know").
Avec ce dixième album, Dark Tranquillity réussit le pari de proposer de la musique taillée pour le live, différente et aboutie tout en restant fidèle à sa ligne de conduite. Si "Construct" ne ravivera pas la flamme des puristes, le flot d’émotions transmis au fil des chansons arrachera bien des larmes aux amateurs du groupe les plus sensibles. Bien joué !