"Sceaduhelm"
Note : 17/20
Crippled Black Phoenix continue ses expériences. Toujours signé chez Season Of Mist, Justin Greaves accompagné par ses camarades Belinda Kordic (chant), Ryan Patterson (chant), Justin Storms (chant), Wes Wasley (basse), Lucy Marshall (claviers), Rene Misje (guitare), Andy Taylor (guitare), Iver Sandøy (batterie), Robin Tow (batterie), annonce la sortie du treizième album du groupe, "Sceaduhelm".
L’album s’ouvre sur le sample étrange de "One Man Wall Of Death", rapidement complété par les sonorités mystérieuses que l’on attendait d’entendre renaître, puis ce sont finalement des rires angoissants qui mettront le feu aux poudres, révélant une approche post-metal imposante et enivrante. Le mélange finit par s’éteindre puis par rejoindre l’intrigante ?"Ravenettes" où les musiciens laissent libre court à leur folie accrocheuse et communicative, la voix de Belinda apportant cette énergie apparente qui passe d’une douce légèreté à des moments bien plus intenses avant de passer à un son bien plus dépouillé pour l’introduction de "Things Start Falling Apart". C’est cette fois-ci Justin qui prend le micro, apportant sa touche entêtante et mélancolique à une instrumentale prenante axée post-rock qui atteindra son point culminant avant de passer la main à "No Epitaph - The Precipice" où la voix basse de Ryan nous envoûte pendant que l’instrumentale s’installe lentement. Le titre ressemblerait presque à une ballade d’abord désespérée puis qui reprend finalement du poil de la bête, changeant même totalement d’identité pour la dernière partie instrumentale qui rejoindra "The Void" où nous attend un moment de flottement bienvenu. Effets aériens et saturation se mêlent pour donner naissance à une voix samplée, puis à des claviers étranges qui précipiteront sa fin, puis l’arrivée d’"Hollows End" où l’on retrouve les sonorités imposantes bien que toujours imprévisibles couplées à cette voix enchanteresse et à ses échos moroses.
On enchaîne sur l’inquiétant début de "Dropout" qui nous conduit entre toutes ses sonorités plus inattendues et distendues les unes que les autres avec pour seul point de repère le chant qui serpente habilement jusqu’à "Vampire Grave" qui débute avec un nouveau sample, entre voix et bruits. Le titre emprunte son atmosphère au post-punk mais garde sa liberté créative et distille ça et là dissonance, parties travaillées, mais également cette excitation finale avant de céder sa place à "Colder And Colder", qui retrouve une certaine douceur éthérée par moments. Là encore, on retrouve quelques bruits peu rassurants, mais le titre est tout de même assez accessible, presque même accueillant, à l’inverse d’"Under The Eye" qui me paraît bien plus sombre, et qui ferait presque froid dans le dos malgré son apparente douceur. Le titre finira par nous envoûter tout en proposant des paroles assez cryptiques, puis "?Tired to the Bone" viendra nous apporter à son tour cette grisaille sonore réconfortante, à l’image d’une berceuse maudite qui nous hypnotise pour mieux nous relâcher sur "Beautiful Destroyer", dernière composition qui renoue avec une touche plus abrasive dans la saturation, et qui malgré sa longue durée reste toujours captivante, alternant les éléments froids et fédérateurs pour marquer les esprits.
Toujours aussi libre et créatif, Crippled Black Phoenix propose sur "Sceaduhelm" une heure d’expérimentations sonores, de toile aussi complexe que travaillée, passant d’un extrême à l’autre avec trois voix aussi différentes que complémentaires. L’album est une véritable réussite.

"The Wolf Changes Its Fur But Not Its Nature"/"Horrific Honorifics Number Two(2)"
Note : 17/20
Le perfectionnisme de Crippled Black Phoenix célèbre ses vingt ans. Mené comme
toujours par les infatigables Justin Greaves (guitare / batterie / basse) et Belinda Kordic
(chant), le groupe s’entoure de Andy Taylor, Helen Stanley, Matt Crawford, Georg Paco
Nitschke, Wesley J. Wasley, Ryan Patterson, Justin Storms, Kostas Panagiotou,
Robin Tow et Martin Hyde pour réenregistrer les sons présents sur "The Wolf Changes Its
Fur But Not Its Nature", ainsi que des reprises sur "Horrific Honorifics Number Two(2)", son
treizième album.
Loin d’être un tout nouvel album, "The Wolf Changes Its Fur But Not Its Nature" ne contient
que des morceaux déjà sortis, mais que le groupe a choisi de remettre au goût du jour. On
commence par exemple avec les rires sinistres de la longue "We Forgotten Who We Are" qui
deviendra rapidement entêtante et aérienne avant de finalement accueillir les parties
vocales lancinantes. Le morceau reste globalement ancré dans la quiétude, notamment
grâce à ses racines shoegaze brumeuses et progressives, rejoignant la glauque mais
festive "You Put The Devil In Me", composition guidée par les claviers où la vocaliste s’en
donne à coeur joie pour nous envoûter, laissant les guitares prendre le relai pour de longs
passages leads. "444" reste dans cette approche occulte avant de proposer un son
chaleureux mais assez imposant, profitant de quelques samples pour nous faire à moitié
sortir de notre torpeur, mais les différentes voix se répondent jusqu’à atteindre "Goodnight,
Europe (Pt2)". L’approche est sensiblement différente, laissant Belinda jouer avec des notes
vaporeuses qui flottent aisément dans l’air et forment une brume fascinante avant de
s’effacer pour laisser "(-)" nous autoriser un long moment de flottement grâce aux claviers et
bruits ambiants. On retrouve un duo vocal intéressant sur "Song For The Unloved" pour les
premiers instants assez calmes, mais l’atmosphère s’intensifie et nous dévoile une
saturation doublée de tonalités mystiques avant de s’apaiser à nouveau, puis de revenir à
des influences jazz grâce à un saxophone. Le reste du morceau conserve cet univers
futuriste surprenant avant de finalement revenir à une approche plus épurée avec
"Whissendine", nous permettant de respirer tout en laissant la chanteuse nous hypnotiser. La
voix samplée finale nous accompagne jusqu’à "Blizzard Of Horned Cats", une dernière
composition d’abord très douce puis plus lourde imposante, mais qui reste dans cette
dynamique d’effets aériens jusqu’à céder à la folie et disparaître dans un bruit blanc.
On reprend donc avec "Horrific Honorifics Number Two(2)" qui débute par "Vengeance" de New
Model Army, où on sent clairement la vibe post-punk et les touches gothiques qui
deviennent plus énergiques sous la patte du combo. Les tonalités vindicatives deviennent
planantes sur "Self Control" de Laura Branigan, laissant Belinda sublimer un nuage de
douceur inattendu avant de revenir à l’atmosphère post-hardcore teintée d’indus de
"Blueprint", composition de Fugazi où la rage rencontre l’apaisement. Le morceau reste assez
intense, mais le son redevient d’abord lancinant avec "And That's Sad", création hétéroclite de
NoMeansNo où les régulières éruptions de violence font rage entre les vagues de calme.
Retour à la véritable quiétude sur "Hammer Song" du Sensational Alex Harvey Band où les
touches rock des années 70 sont plus que présentes et sublimées par le groupe, en
particulier dans les leads, alors que "When A Blind Man Cries" de Deep Purple nous emporte
dans sa nostalgie. Les touches blues résonnent à la perfection avec l’approche aérienne,
mais "My Pal" de God viendra transformer la rythmique pour lui donner une énergie
communicative. La dernière reprise est "Goin' Against Your Mind", des Américains de Built To
Spill, dont le rock atmosphérique colle parfaitement à l’approche plus lourde de Crippled
Black Phoenix. Je ne connaissais pas le groupe d’origine, mais j’aurais pu jurer que la
composition était nouvelle !
Crippled Black Phoenix a cette fois choisi de revisiter d’anciens morceaux pour leur
donner une seconde jeunesse, et c’est une excellente chose. En plus de réactualiser leur
son sur "The Wolf Changes Its Fur But Not Its Nature", ils nous dévoilent leurs influences sur
"Horrific Honorifics Number Two(2)", permettant aux fans les plus récents de les découvrir, ou
redécouvrir.
"Banefyre"
Note : 18/20
Crippled Black Phoenix ne sait pas rester inactif. Créé en 2004 en Angleterre par Justin
Greaves (guitare / batterie / basse), le groupe annonce en 2022 son douzième album,
Banefyre, chez Season Of Mist, accompagné par Belinda Kordic (chant / percussions),
Helen Stanley (claviers / monocorde / trompette), Andy Taylor (guitare) et Joel Segerstedt
(chant/guitare), ainsi que d’autres musiciens en live.
Pendant plus d’une heure et demie, le groupe va laisser ses influences infuser son mélange
de post-metal, rock progressif et dark rock avec des touches surprenantes. On pourra
noter cette introduction vocale effrayante sur "Incantation For The Different" qui délivrera par
la suite un message engagé pour l’être humain sur fond de tonalités minimalistes avant de
laisser "Wyches And Basterdz" nous envoûter avec des sonorités psychédéliques sombres et
inquiétantes. Le chant alimente cette noirceur incertaine avec des sonorités mystiques,
quelques hurlements en arrière-plan, puis "Ghostland" vient nous hanter avec des choeurs
pesants et oniriques. La régularité de la rythmique couplée à des sonorités électroniques
nous enveloppe dans une atmosphère lancinante, tout comme sur "The Reckoning" qui
semble faire appel à des tonalités primitives ou des racines folk pour développer son
mélange sombre et inquiétant. On notera l’alternance vocale entre douceur et intensité, alors
que "Bonefire" propose une lourdeur étouffante qui se traduit par des choeurs fantomatiques,
laissant la longue "Rose Of Jericho" proposer une progression dans ce chaos dissonant et
saisissant. Le titre est long, et il permet au groupe de dévoiler peu à peu toutes ses
influences, les faisant exploser ou se chevaucher selon le moment entre les choeurs
mystiques et la rythmique macabre.
"Blackout77" nous dévoile un son presque apaisant,
préférant laisser le mystère s’installer avant de dévoiler chant, saturation et même lourdeur
oppressante avant "Down The Rabbit Hole" et ses éléments aériens nous apaiser. La lenteur
du titre propose des sonorités imposantes qui conservent les tonalités aériennes, qu’elles
soient saturées ou non, mais l’ambiance changera sur la deuxième partie du morceau qui se
montre plus accrocheuse, laissant "Everything Is Beautiful But Us" nous dévoiler une
mélancolie entêtante empreinte de douceur. Pourtant, la saturation est présente, tout
comme les différentes voix qui nous mènent à "The Pilgrim" et son ambiance apaisante. On
retrouvera les explosions d’énergie onirique qui habite les compositions du groupe ainsi
qu’un groove inquiétant pour placer des parties vocales plus calmes, créant un véritable
fossé avec "I'm OK, Just Not Alright" qui plongera aux confins de la noirceur. La fausse
douceur s’installe lentement tout en nous piégeant avec ses sonorités aériennes et une
basse ronflante avant la tornade finale, puis "The Scene Is A False Prophet", le titre le plus
long, ne nous inonde avec sa mélancolie évidente tout en faisant écho à un titre bien connu
d’un duo américain. Le titre reste lent avant de proposer des influences groovy et une
intensité lancinante qui croît jusqu’à ce point d’orgue, qui laisse place à "No Regrets", un
dernier titre bien plus abrasif et pesant que les autres pour clore l’album dans la noirceur la
plus complète et les influences black metal.
Que "Banefyre" soit votre premier contact avec Crippled Black Phoenix ou non, vous ne
pouvez pas vous douter de ce qui vous attend. Pourquoi ? Car le groupe cultive le mystère,
les sonorités dissonantes et malsaines tout comme des parties plus imposantes et
majestueuses, qui alimentent une atmosphère unique.
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