"In Light, No Shape"
Note : 16/20
Cognizance ressort de l’ombre. Deux années seulement après leur dernier méfait, Alex Baillie (guitare / chant, Soulfracture, ex-XisForEyes), David Diepold (batterie, ex-Obscura), Chris Binns (basse, ex-XisForEyes) et Apostolis Karydis (guitare) reviennent en compagnie de Willowtip Records pour la sortie de leur quatrième album, "In Light, No Shape".
Bien que "Transient Fixations" débute doucement, ses sonorités inquiétantes ne tromperont personne : elles ne font qu’annoncer l’explosion de technicité et de violence qui nous tombe dessus sans prévenir, mêlant dissonance et puissance brute à très haut niveau. Les leads s’autorisent quelques envolées plus calmes avant de passer à "Inflection Chants" qui se montre d’emblée plus brumeuse, appelant rapidement une approche plus orientée prog étouffante, donnant à la complexité une autre saveur. Le rythme est également moins élevé, permettant des touches presque lancinantes à l’inverse d’"A Game Of Proliferation", qui propose une approche très saccadée et brutale axée deathcore, mais bien plus sombre, épaisse et mystérieuse. On continue avec "Chasm" qui crée une sorte d’entre-deux, mêlant à la fois les passages aériens et les touches de rage travaillée, reprenant ses tonalités chaotiques lors des harmoniques avant de repartir plus brusquement sur "Vertical Illusion", empruntant au death mélodique quelques influences old school agressives.
Le groove est un peu plus marqué sur "A Reconfiguration" qui nous tombe dessus par vagues, nous permettant d’apprécier chaque accélération tout comme les courts moments de flottement, mais le final va imposer son voile d’oppression avant de nous relâcher avec "Witness Marks" qui retrouve son contraste marqué entre violence et douceur. La section rythmique nous piétine sauvagement, laissant guitare et chant apporter un peu de diversité au rouleau compresseur, le break nous permettant à peine de souffler avant la reprise, puis c’est finalement avec "Subterranean Incantation" que nous pourrons contempler une touche majestueuse qui se marie parfaitement avec les secousses plus violentes. Là encore, les racines prog sont amplifiées et magnifiées avant de faire place à celles d’"Induced Contortions", bien plus explosives, qui n’hésitent jamais à survoler une base assez directe pour tisser leurs tonalités hypnotiques et parfois plus surprenantes. Dernière poussée de violence avec "The Zone" qui prend à peine le temps d’une introduction avant de nous tomber dessus avec ses riffs saccadés à l’extrême tout en renouant avec les racines Deathcore mais aussi avec des leads plus calmes pour refermer l’album en beauté.
Cognizance a trouvé sa voie avec des titres courts, très efficaces et qui s’orientent sans mal sur des racines identifiables. "In Light, No Shape" est aussi agressif qu’aérien, et chaque morceau possède une identité propre taillée entre death prog et deathcore.
"Phantazein"
Note : 18/20
Rien ne semble pouvoir arrêter Cognizance. Créé en 2012, le groupe anglais commencera
par sortir trois EPs indépendants avant de s’attaquer aux albums, avec le soutien de
Prosthetic Records. En 2024, Henry Pryce (chant), Alex Baillie (guitare / chant,
ex-XisForEyes), David Diepold (batterie, Obscura), Chris Binns (basse, ex-XisForEyes)
et Paul Yage (guitare) annoncent la sortie de "Phantazein", leur troisième album, chez
Willowtip Records.
"Ceremonial Vigour" débute en proposant des riffs déjà imposants, qui laissent à la fois
entrevoir la complexité et la mélodicité qui suit. L’ajout des parties vocales massives ne fait
que confirmer l’orientation musicale du groupe, qui allie maîtrise avec violence sur un rythme
effréné en nous menant sur la dissonance d’"A Brain Dead Memoir", titre qui propose
quelques patterns plus saccadés. Les leads s’intègrent sans mal à la base agressive, que ce
soit avec une touche de folie ou plus mélodieuse, puis le groupe enchaîne avec la lourdeur
sur "Chiselled In Stone", une composition qui couple blast et double pédale pour créer un
contraste important avec les passages les plus travaillés. Bien que toujours violents, ces
passages plus aériens sont vus comme des bouffées d’oxygène avant que les musiciens ne
nous piétinent à nouveau, tout comme sur la sombre "Introspection" qui développe des
sonorités plus pesantes, mais toujours mises au service de la rage. On notera toujours cette
attention portée à l’enchaînement naturel des parties, qui finiront par nous accorder un peu
de répit avec l’introduction inquiétante de "Futureless Horizon", rapidement suivie par la
déferlante habituelle qui couple fureur et riffs aussi précis que chaotiquement ciselés. Le
final s’éteint lentement pour laisser place à "The Towering Monument" qui reprend
immédiatement la voie de l’agressivité avec une rythmique rapide entrecoupée de parties
plus aériennes qui viennent parfois adoucir l’éruption qui sévit.
On retrouvera le même
apaisement dans le solo, puis dans "Alferov", un interlude étrange qui nous mène à la toute
aussi efficace et réfléchie "Shock Heuristics" qui déverse ses riffs tourmentés tout en les
laissant s’entrechoquer dans des explosions brutes. Le groupe ne perd pas de temps et
continue avec "Broadcast Of The Gods", une nouvelle composition où les cinq gaillards
conjuguent leurs efforts pour nous offrir une vague de puissance qui ne s’arrêtera que pour
renaître dans la dissonance et finalement céder sa place à "In Verses Unspoken" et à ses riffs
spasmodiques desquels quelques harmoniques aériennes émergent par moments.
L’ambiance s’assombrira sur les derniers moments du titre, avant que "Shadowgraph" ne
vienne à son tour imposer sa touche mi-planante, mi-sauvage, mais toujours consciencieuse
à un rythme énergique pour clore l’album avec une extrême cohérence et même un soupçon
de mélancolie.
Cognizance n’a pas voulu choisir entre death mélodique et progressif, créant un son qui
allie à merveille les deux univers. "Phantazein" est un album massif et travaillé qui ravira
autant les amateurs de complexité musicale que de sonorités lourdes !
"Upheaval"
Note : 18/20
Deuxième album pour Cognizance! Créé en 2012 au Royaume-Uni, le groupe est
actuellement composé de Henry Pryce (chant), Alex Baillie (guitare / chant, X3N0X,
ex-XisForEyes), David Diepold (batterie, Amon Din, Obscura), Chris Binns (basse,
Krokodil, ex-XisForEyes) et Paul Yage (guitare, Con Artist). "Upheaval" suit son
prédécesseur, sorti en 2019, après trois EPs.
Après avoir longuement observé cette pochette si étrange et occulte signée Jason Barnett
(Ecocide, Noothgrush, Power Trip…), le groupe débute immédiatement avec "Hymns", un
titre au son assez old school qui oscille entre death mélodique, éléments de death
technique et quelques parties plus axées deathcore. Les influences se mélangent sur ce
très court titre, puis "Drifting (R)Evolution" prend la suite avec une dissonance entêtante,
quelques éléments plus aériens, mais également des parties propices au headbang. Le
groupe dévoile ensuite une intro majestueuse pour "Decaying Gods", un titre plus imposant
mais tout aussi axé sur ce mélange entre agressivité et efficacité brute où les blasts
rencontrent des riffs éthérés, puis c’est de mystère dont les riffs d'"Oneiric" se parent. Les
mélodies sont très répétitives et entêtantes, laissant tout de même les parties plus
énergiques apporter un groove sanglant, puis "The Mouth Which Cannot Speak" nous
propose une rythmique solide doublée de tonalités accrocheuses.
Le groupe retrouve ses
racines old school avec "Forbidden Alchemy", une composition aux patterns bruts et aux riffs
simples mais efficaces, puis "Syntheticus I: Atrophy" propose une tornade de technicité. Mais
le groupe est loin de la démonstration scolaire, et l’ensemble reste très cohérent, tout
comme sur "Syntheticus II: Refuge", le titre suivant. Assez similaire et complémentaire au
précédent, il met la technicité et l’efficacité au même niveau pour ne faire aucun compromis
entre les leads et la base puissante. Le final imposant donne naissance à "Fever Dream", un
titre très aérien qui sait tout de même garder cette base lourde et accrocheuse aux sonorités
brutes, puis l’album prend fin avec "Aeon Sickness", une composition au tempo plus élevé qui
ne perdra pas une seule seconde pour nous en mettre plein la vue avec des riffs complexes,
perçants et entraînants.
Cognizance ne fait pas de compromis entre efficacité et technicité. Avec "Upheaval", les
Anglais nous offrent de quoi headbanguer, analyser, planer, tout en appréciant le contraste
entre sonorités old school et pointes modernes.
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