"Anthems"
Note : 18/20
Neuf années de silence ont pris fin pour Christ Agony. Toujours mené par Cezary "Cezar" Augustynowicz (guitare / basse / chant, Faustus), le groupe fait appel à Dariusz “Daray” Brzozowski (Black River, Hunter, Symbolical, ex-Vader, ex-Vesania, live pour Dimmu Borgir…) et Dominik “August” Augustyn (Genius Ultor, ex-Deception…) pour la batterie de son neuvième album, "Anthems", qui sort chez Deformeathing Production.
"Empire Of Twilight" est le premier titre qui nous est présenté, d’abord avec une introduction inquiétante, puis avec un son plus majestueux au sein duquel les rugissements prennent vie et renforcent le côté agressif pendant que la rythmique continue à alourdir l’atmosphère. On note quelques accélérations menées par une batterie ravageuse, mais aussi des refrains que l’on imagine déjà fédérateurs et qui finiront par nous mener à "Throne Of Eternal Silence" et son introduction au didgeridoo que l’on doit à Mateusz "V" Kujawa (BaarRa, Jarun). Les choeurs entrent en jeu et complètent des riffs massifs qui deviennent de plus en plus dissonants, nous faisant perdre nos repères et nous hypnotisant au fur et à mesure de leur progression vers cette marche martiale qui rejoint l’outro inquiétante, puis qui laisse "Sanctuary Of Death" prendre le relai.
Le morceau propose des harmoniques épiques qui ne laisseront pas indifférent les amateurs de riffs solides mais planants tout en proposant des passages plus bruts, notamment vers sa fin, puis c’est avec une approche un peu plus mystique que "Rites Of The Black Sun" débute et nous envoûte à son tour. On retrouve cette touche old school enivrante couplée à des mélodies plus lancinantes qui créent une froideur presque rassurante qui nous entoure et guide notre avancée, rejoignant après quelques bruits étranges "Dark Waters". Le titre reste dans une approche assez sombre mais s’autorise également quelques touches de douceur, comme les passages acoustiques qui contrebalancent les moments de fureur où le vocaliste se déchaîne accompagné par des choeurs sauvages jusqu’à atteindre un final aérien qui dure, mais qui prendra soudainement fin pour céder sa place à "Nocturnal Dominion" et son introduction apaisante. La douceur va finalement revêtir sa sombre saturation pour créer une rythmique constante sur laquelle on remue naturellement le crâne, et qui même lorsqu’elle redevient plus accueillante sait s’embraser à nouveau, comme sur le final où elle rendra son dernier souffle.
Pour ce retour, Christ Agony a choisi une approche occulte et mystique que le groupe cultive dans la noirceur, mais également parfois la brutalité. Loin d’être un simple énième album de black metal, "Anthems" va d’abord vous hypnotiser avant de frapper à pleine puissance.
"Legacy"
Note : 16/20
En matière de black metal et de blasphème, quel meilleur choix que de se tourner vers la pieuse Pologne ? Créé en 1990 par Cezar (guitare et chant, également dans Moon) pour distiller un black metal mélodique chargé de messages impies, le groupe est devenu Union de 2005 à 2007 avant de reprendre son ancien nom et de le garder. Aujourd'hui accompagné de Reyash (basse et chant, officiant aussi dans Supreme Lord, Witchmaster et Azarath) et Mlody (batterie, et également présent dans Amorphous, F.A.M. et Xaoz), le groupe sort Legacy le 18 Novembre 2016 (Cezar s'occupant de la majeure partie des enregistrements, laissant uniquement la batterie à Darek "Daray" Brozozowski, batteur de Hunter, Masachist, Nerve, Prônd, Symbolical, Vesania, Yliaster et ex-Vader). Bluffant et pourtant assez prévisible, il confirme les impressions que l'on pouvait avoir du groupe : ces mecs savent où ils vont.
"Conjuration" a la lourde tâche de nous faire rentrer dans l'univers singulier du groupe. Les quelques notes d'introduction résonnent comme un rituel qui sera interrompu par les premiers riffs qui enchaîneront sur un black metal basique mais teinté d'ambiances assez froides. Un premier morceau réussi ? Attendez "Sigillum Diaboli", la deuxième piste. Encore plus sombre et plus agressive, Cezar se démène derrière son micro, et les choeurs donnent un effet de profondeur d'une puissance sous-estimée par bon nombre de groupes de black metal. Retour sur un son aérien et acoustique avec l'introduction de "Seal Of The Black Flame", qui continuera sur des sonorités épiques au possible, qui m'évoque personnellement une chevauchée par une froide journée d'hiver. Cezar expérimente une nouvelle tonalité de voix, avec un rendu plus distant et gras, mais qui correspond parfaitement à l'ambiance glacée du son, en contradiction avec la chaleur presque fédératrice de "Black Blood Ov The Universe". Même si l'effet d'écho dans la voix donne l'impression d'être enfermé dans une caverne, le titre est étrangement entraînant. "Devil Worship" impose un début presque religieux avant de nous matraquer avec un blast beat martial et une voix hurlée sauvage qui contrastera avec le reste de l'album, et surtout avec "Coronation" qui repart dans les sonorités mélodiques et emplies des ambiances épiques du début. Le dernier titre, "Legacy Ov Sin & Blood", reprendra un à un tous ces éléments pour les compiler en neuf minutes d'une beauté brute. Alternant les passages planants et les phases de blast, c'est sur un final de riffs aériens pendant près de trois minutes que les Polonais nous laisseront.
Prévisible donc, mais non moins agréable à l'oreille, c'est une belle réussite que nous offre aujourd'hui Christ Agony. Axé sur la diversité des ambiances et de voix du chanteur, cet album est à la fois mature et bien ancré sur l'univers musical du groupe qu'il faut écouter d'urgence.
"NocturN"
Note : 14/20
Christ Agony, ça faisait une éternité que je n’avais pas recroisé ce nom. J’ai vaguement connu le groupe il y a une paire d’années avec les samplers Metallian, le groupe ayant signé à l’époque pour un album chez Adipocere. Ils sont de retour avec un nouvel album qui répond au nom de "NocturN", sur lequel on retrouve à la batterie le mercenaire Inferno. Le groupe officiait à l’époque dans une sorte de mixture dark / black death assez mélancolique et mélodique.
Et en fait ils n’ont pas vraiment changé depuis, même si la prod' surprend dès le départ. Le groupe nous avait habitué à un son assez pauvre et manquant singulièrement de puissance, et là c’est quand même de suite plus couillu et de meilleure qualité. Mais le style lui est toujours le même, toujours ce mélange de black et de death basé sur du mid tempo et agrémenté de quelques touches mélodiques. La voix de Cezar est aussi arrachée et possédée que sur les anciens albums, ça rajoute une petite touche evil à la chose. Et niveau ambiances, ben les Christ Agony n’ont pas trouvé de Prozac depuis leur dernier album et c’est par conséquent toujours hanté par ce côté tristoune qui traverse tous les morceaux.
Et justement on peut sentir une pointe de frustration de temps en temps, sur certains riffs ou passages on sent que la tension monte un peu et qu’une accélération serait la bienvenue. On attend cet accès de furie qui viendra appuyer l’ambiance, mais ce coup de sang n’arrive jamais. C’est dommage parce que ça aurait pu varier un peu la formule, d’autant que ça donne vraiment l’impression qu’on vient de nous faire une feinte et qu’on est tombé dans le panneau. Alors c’est une bonne chose de ne pas réutiliser ad vitam les même ficelles, mais j’aurais bien aimé un petit coup de blast bien méchant une ou deux fois. Sur certains passages ça aurait vraiment pu le faire, sans tomber dans le bourrinage systématique ça aurait pu apporter un peu plus de piquant à ce "NocturN".
Bon c’est peut-être justement l’habitude d’entendre des groupes en foutre partout qui déstabilise un peu au début, parce que l’album est loin d’être mauvais. Une fois entré dans l’ambiance ça passe vraiment bien, et c’est vrai que le propos du groupe depuis ses débuts n’a jamais été le bourrin, ça doit être mon petit côté barbare sanguinaire qui s’exprime. C’est même plutôt un atout de jouer sur ce côté mid tempo et sur les ambiances, ça permet de se démarquer un peu du reste de la scène extrême qui base tout sur la surenchère justement en ce moment. Christ Agony reste positionné sur son optique "occulte", avec un côté dark qu’on ne retrouve plus beaucoup et qui était plus fréquent dans les 90’s.
Une fois acclimaté on trouve des qualités indéniables à cet album, et un don de Cezar pour placer de très jolies mélodies. Je pense en particulier au passage qui débarque vers la fin du morceau "The Stigma Of Hell" presque poignant, en tout cas très mélancolique. En fait comme je le disais tout à l’heure, c’est le genre de compos qu’on retrouvait beaucoup dans le metal extrême des 90’s. Pas de blasts à outrance, la surenchère dans la brutalité et les prod' énormes n’étaient pas encore passés par là. C’était une autre façon de composer, qui devrait plaire aux vieux de la vieille du metal extrême.
Reste à savoir si un tel album va encore pouvoir trouver son public aujourd’hui, en dehors des nostalgiques je ne suis pas sûr que ça attire encore beaucoup de monde. Bon en même temps Christ Agony n’a jamais réellement percé, même si le nom est assez connu dans l’under. Mais bon ils ont réussi à s’adapter aux moyens techniques d’aujourd’hui sans renier leur identité, ça donne un album quelque peu atypique au milieu des productions actuelles et ça lui donne un certain charme. Et si vous aimiez l’ancien Christ Agony il y a peu de chances que celui-ci vous déçoive, la recette est resté plus ou moins la même et vous retrouverez vite vos marques.