Le groupe
Biographie :

Blut aus Nord est un groupe de black metal avant-gardiste français, originaire de Mondeville, dans le Calvados. En 1993, Vindsval lance un projet solo appelé Vlad, nom inspiré de Vlad III l'Empaleur. Après deux démos, Vlad change de nom pour Blut Aus Nord. Alors que les labels commencent à s'intéresser à son travail, Vindsval décide de recruter d'autres musiciens. Vindsval endosse le rôle de chanteur et guitariste, GhÖst à la basse, et W.D. Feld à la batterie et au clavier. Le trio publie un premier album studio, "Ultima Thulée", en 1995, chez le label Impure Creation Records. Par la suite, le groupe publie son deuxième album studio intitulé "Memoria Vetusta I - Fathers Of The Icy Age" , en 1996, toujours chez ICR. L'année 2001 voit la publication du troisième album studio du groupe, "The Mystical Beast Of Rebellion" via Debemur Morti et Season Of Mist. Le projet le plus acclamé du groupe est le quatrième album studio, "The Work Which Transforms God", qui est un album concept publié en 2003. En 2006, le groupe publie l'album "MoRT", qui marque le changement de direction musicale du groupe vers le metal expérimental. Blut Aus Nord publie l'album "Odinist - The Destruction Of Reason By Illumination" le 10 Septembre 2007. La suite de "Memoria Vetusta I", intitulée "Dialogue With The Stars", sort en Février 2009. Le groupe se lance dans la publication d'EPs expérimentaux. Le premier "What Once Was...Liber I", est publié via Debemur Morti en 2010. Le concept de cette série d'EPs tourne autoiur de "777". En 2012, sort le deuxième EP "What Once Was...Liber II", il est suivi par "Cosmosophy", le dernier chapitre de cette série d'EPs, en Octobre 2012. "What Once Was...Liber III" sort ensuite en Novembre 2013. En Octobre 2014 sort "Vetusta III - Saturnian Poetry" via Debemur Morti. Toujours en 2014, Thorns rejoint le groupe à la batterie. Le neuvième album du groupe, "Deus Salutis Meae", sort le 27 Octobre 2017 via Debemur Morti Productions. Deux ans plus tard, "Hallucinogen" sort en Octobre 2019.

Discographie :

1995 : "Ultima Thulée"
1996 : "Memoria Vetusta I – Fathers Of The Icy Ages"
2001 : " The Mystical Beast Of Rebellion"
2003 : "The Work Which Transforms God"
2005 : "Thematic Emanation Of Archetypal Multiplicity" (EP)
2006 : "MoRT"
2007 : "Odinist - The Destruction Of Reason By Illumination"
2009 : "Memoria Vetusta II – Dialogue With The Stars"
2010 : "What Once Was… Liber I" (EP)
2011 : "The Mystical Beast Of Rebellion" (Réédition)
2011 : "777 - Sect(s)"
2011 : "777 - The Desanctification"
2012 : "What Once Was… Liber II" (EP)
2012 : "777 - Cosmosophy"
2013 : "What Once Was… Liber III" (EP)
2014 : "Memoria Vetusta III - Saturnian Poetry"
2018 : "Deus Salutis Meæ"
2019 : "Hallucinogen"


Les chroniques


"Hallucinogen"
Note : 17/20

Deux ans après "Deus Salutis Meae", Blut Aus Nord nous revient tel un coucou suisse avec "Hallucinogen" qui, comme son nom l'indique, marque une rupture au niveau des thématiques abordées. Musicalment, on retrouve ses marques même si une fois de plus cette entité énigmatique a changé de forme.

Rien de radical cependant puisque l'on retrouve bien vite la personnalité du groupe et plusieurs éléments datant de périodes différentes qui vont s'entrecroiser sur ce nouvel album. "Nomos Nebuleam" démarre l'album sans fioritures et amène déjà de belles mélodies qui nous renvoient à la période "Memoria Vetusta" mais dont le côté épique est remplacé par une ambiance presque spatiale. Ambiance prenante en tout cas, en quelques secondes, Blut Aus Nord a une fois de plus réussi à nous embarquer dans son monde et les quarante-neuf minutes de "Hallucinogen" ont tout du gouffre temporel dont on ressort en se demandant ce qui s'est passé pendant ce temps. Le chant est clair et nous vient de loin, en retrait et presque fantomatique comme la voix qui vous guide et cherche à vous ramener dans le monde réel pendant que vous vous égarez dans votre inconscient en plein état second. Les morceaux naviguent entre six et huit minutes et prennent le temps de développer leurs ambiances et de vous perdre dans le monde bizarre de Blut Aus Nord coincé entre la beauté et l'oppression. "Nebeleste" surprend par ce tempo presque rock dans l'esprit et ce chant passé entre je ne sais quel filtre et assez flippant, sans compter les mélodies tordues et dissonantes qui ne font rien pour être rassurantes. "Hallucinogen" provoque un sentiment étrange puisque l'on retrouve la patte Blut Aus Nord que l'on connaît bien mais en même temps, l'album est une magistrale retranscription musicale d'une plongée dans l'inconnu. Un voyage dans l'inconscient, une introspection chimique et narcotique. Ce groupe sera décidément toujours étonnant, même lorsqu'on pense avoir trouvé nos marques en se disant que le changement n'est pas trop brutal, il trouve quand même le moyen de nous déstabiliser et de se réinventer au moins en partie.

Comme je viens de le dire, ce nouveau album n'est pas totalement une révolution dans le sens où il garde des éléments du passé de Blut Aus Nord mais la musique a suffisamment changé pour que le groupe ajoute un nouveau visage à sa collection de polymorphe. Le thème n'est pas gadget et se ressent totalement sur ces sept nouveaux morceaux tout comme l'occulte et l'esotérisme se ressentaient sur la trilogie "777". N'allez pas croire que cette thématique rend la musique du groupe planante parce que Blut Aus Nord est toujours aussi inquiétant et ces hallucinations ont parfois tout du bad trip bien sale. Le chant est quasiment toujours malsain et provient des bas fonds du mixage pour ajouter encore à l'ambiance oppressante et glauque, chassez le naturel il revient au galop comme on dit. En tout cas, voilà encore une nouvelle étape franchie dans la discographie du groupe avec un nouvel opus qui, tout en empruntant à certains de ses grands frères, développe son propre univers et se démarque au milieu d'albums déjà bien singuliers. Les blasts n'ont pas disparu non plus et trouvent plus d'une occasion de s'exprimer et produisent au passage une violence d'autant plus percutante qu'elle survient en général après de longs moment psychés ou mélodiques pour écraser les tympans qui se seraient égarés dans ces hallucinations aux allures de cauchemars. Le black metal n'est pas au centre des débats cette fois mais l'ambiance poisseuse, inquiétante et malsaine trouve une autre façon de s'exprimer ici. Une forme différente mais toujours aussi personnelle et pernicieuse pour un album qui tient encore une fois plus de l'expérience que de la musique.

"Hallucinogen" montre encore un nouveau visage de Blut Aus Nord et qui, une fois de plus, frappe là où ça fait mal. Moins violent que certains de ses prédécesseurs évidemment mais assez inquiétant et oppressant, même si la thématique fait que cette oppresion s'exprime d'une façon plus sournoise et rampante. Bref, une orientation intéressante qui prouve si besoin en était que Blut Aus Nord n'a vraiment pas fini de nous surprendre !


Murderworks
Octobre 2019




"Deus Salutis Meæ"
Note : 17/20

Après avoir enchaîner les splits et les EPs, Blut Aus Nord revient enfin au format album avec "Deus Salutis Meæ", ce qui mine de rien n'était plus arrivé depuis 2014. Album court par contre puisque celui-ci ne dépasse pas les trente-quatre minutes, mais aller à l'essentiel c'est pas mal non plus.

La question que tout le monde se pose avec une nouvelle sortie de Blut Aus Nord c'est : à quelle sauce allons nous être mangés cette fois ? Le groupe est en effet plutôt versatile et on ne sait jamais quelle facette de sa personnalité va s'exprimer, cette fois le groupe a décidé de nous compliquer encore la tâche en mélangeant son black sale et malsain avec sa facette indus tout aussi malsaine. Après une intro indus ambiant dégueulasse et glauque, "Chorea Macchabeorum" balance un black pesant et très malsain avec un chant en retrait, comme un chuchotement de possédé qui vient vous chatouiller les tympans dans ses moments les plus agressifs et comme une réminiscence de chant sacré dans les parties claires. Des nappes de synthés bien glauques se font entendre discrètement et installent une ambiance bien dégueulasse, le tout laissant une impression de voyage mystique ou initiatique version bad trip. "Impius", quant à lui, nous rappelle l'époque "Mystical Beast Of Rebellion" ou "The Work Wich Transforms God" avec son côté dissonant à l'extrême qui donne le sentiment que tout part en vrille et que plus rien ne tient debout. "Apostasis" nous réduit les oreilles en bouillie par une violence surprenante après le rythme lancinant et écrasant des précédents morceaux, avec une boîte à rythmes surmontée d'effets histoire de rendre le tout plus bruyant et toujours des dissonances dans tous les sens. Il est toujours difficile de mettre des mots sur la musique de Blut Aus Nord tant celle-ci sort des sentiers battus et semble systématiquement habitée, mais je peux dire en tout cas que même en reconnaissant des éléments connus dans la musique du groupe et une personnalité reconnaissable, Blut Aus Nord a une fois de plus réussi à surprendre en se renouvelant encore un peu plus.

Une fois n'est pas coutume, "Deus Salutis Meae" est un album dans lequel vous allez devoir plonger, il est de ceux qui vous demandent de vous ouvrir à eux et de les laisser entrer. Aussi pompeux et prétentieux que cela puisse sonner, ce genre de musique se ressent plus qu'elle ne s'écoute, il faut la laisser vous submerger pour espérer sentir ce qu'elle cherche à faire passer. Blut Aus Nord a toujours été jusqu'au-boutiste, sa musique ne tolère pas la demi-mesure et vous demande par conséquent une implication totale lors de son écoute. Dans tous les cas, voilà une musique extrêmement torturée, malsaine et possédée. On retrouve une des pattes du groupe sans pour autant avoir une impression de déjà entendu, une habitude chez Blut Aus Nord vu sa propension à changer de visage à chaque sortie ou presque. Un tour de force vu sa discographie maintenant conséquente, d'autres tournent en rond plus vite que ça. Mais pas Blut Aus Nord. Malgré le fait qu'on reconnaisse sa musique dès les premières notes à chaque fois, il n'en continue pas moins à nous surprendre et nous prendre à contre-pied en déjouant nos attentes. Je ne sais pas ce qui habite Vindsval et sa bande, même si les paroles et les noms des albums et morceaux donnent une idée, mais ces gars-là ont clairement une vision et savent où ils vont.

Un album possédé de plus pour Blut Aus Nord, dans une veine aussi black qu'indus et totalement malsain et habité comme d'habitude. Difficile d'écrire quoique ce soit de correct là-dessus comme toujours, alors écoutez et laissez "Deus Salutis Meæ" vous faire savoir ce qu'il a à vous dire.


Murderworks
Mai 2018




"Memoria Vetusta III - Saturnian Poetry"
Note : 15/20

Quand je disais que ce groupe ne s'arrêtait jamais ! Blut Aus Nord nous livre déjà le troisième volet des "Memoria Vetusta" avec "Saturnian Poetry" mais loin de moi l'idée de m'en plaindre, la dernière fois on avait dû attendre 13 ans pour avoir la suite.

On retrouve vite nos marques puisqu'on reconnaît le black metal atmosphérique propre aux "Memoria Vetusta", les mélodies à la fois épiques et mélancoliques, les passages rageurs et guerriers surmontés de blasts, bref on est en terrain connu. Certains préfèreront toujours le premier volume "Fathers Of The Icy Age" mais bon, la suite n'a pas à rougir, d'autant que le premier volet avait mis la barre très haut. On retrouve tous les éléments qui nous avaient accrochés dans les deux premiers "Memoria Vetusta", les chœurs en chant clair, les ambiances païennes, bref on ferme les yeux en écoutant ça et on se retrouve paumé en pleine forêt ! Pour ceux qui n'auraient jamais jeté une oreille sur le Blut Aus Nord période black atmosphérique c'est l'occasion de s'y mettre, quand on ne connaît que la période dissonante du groupe ça peut être assez surprenant d'entendre une musique si mélodique et où les nappes de claviers occupent autant de place. Certes les blasts sont très présents mais la violence n'a jamais été l'aspect primordial des "Memoria Vetusta", ce sont les ambiances et les mélodies épiques qui en constituent la substantifique moelle. Malgré cette relative vélocité et le chant totalement écorché de Vindsval, la musique de Blut Aus Nord sur ces albums est terriblement belle, tranchant radicalement avec les albums bien plus dissonants et indus. Peut-être même moins froide que les deux premiers, sur lesquels on pouvait presque voir d'énormes étendues enneigées avec un peu d'imagination.

C'est là qu'on voit vraiment le talent de ce groupe, passer d'un extrême à l'autre avec une déconcertante facilité, proposant des albums à la fois beaux et épiques d'un côté, et des expérimentations violentes, froides et déshumanisées de l'autre sans jamais se planter. Ce n'est certes pas le premier groupe à faire cette démarche, mais là où la plupart délaissent une des deux voies pour emprunter l'autre, Blut Aus Nord parcourt les deux à la fois. A noter cette fois une superbe pochette signée Necrolord qui sort de temps en temps des tons bleutés qu'il affectionne en général, pochette qui en plus d'être belle a le mérite d'annoncer la couleur. Premier album longue durée avec un véritable batteur aussi, puisqu'il n'avait jusqu'à maintenant joué que sur quelques morceaux. Surprenant aussi au début d'entendre un "Memoria Vetusta" sans ce son de boîte à rythmes particulier, mais on s'y fait sans problème et un rendu plus organique convient très bien à ce visage de Blut Aus Nord (là où la boite à rythmes peut se justifier sur les réalisations les plus indus du groupe). Si je devais vraiment le situer, je dirais que je trouve que c'est le moins bons des trois "Memoria Vetusta", mais encore une fois même en dessous de ses deux illustres prédécesseurs, cet album écrase largement la concurrence. Mais c'est comme ça avec les groupes qui nous habituent à d'excellents albums, quand ils ne sont que très bons on ne peut s'empêcher de ressentir une légère déception.

Ce nouveau volet n'en reste donc pas moins un très bon album dans le genre, et comme le bon black atmosphérique se fait très rare ces temps-ci, nous ne cracherons pas dessus.


Murderworks
Décembre 2014




"What Once Was… Liber III"
Note : 15/20

Décidément, Blut Aus Nord ne s'arrête plus ces derniers temps, après la trilogie "777" le voilà qui nous amène le troisième volet des "What Once Was... Liber" ! Sauf que pour cette série de EPs, on s'éloigne des expérimentations atmosphériques et parfois planantes des 2 derniers "777" pour retourner dans le passé plus raw du groupe.

Ces 28 minutes sont en effet bien plus proches de ce que le groupe pouvait faire à l'époque de "Mystical Beast Of Rebellion" et "The Work Which Transforms God" sans pour autant en être des copies, disons que les "What Once Was" en sont les transpositions dans le présent (ouais je me sens d'humeur Marty Mc Fly aujourd'hui). Que ce soit les claviers présents sur le deuxième morceau, ou certains tempos plus lourds qui amènent des respirations au milieu des avalanches de blasts qu'on n'avait quasiment pas sur les albums précités, tout montre une sorte de fusion entre le Blut Aus Nord passé et celui d'aujourd'hui. Par contre, on retrouve souvent les intros et outros sur chaque morceau, comme sur "The Mystical Beast Of Rebellion" justement, un petit clin d'œil aux premiers pas du groupe dans ce black metal brutal et très dissonant. Sur ce troisième volume, on sent une sorte de mélange entre le côté black tordu hérité de cette époque, et l'aspect dissonant et plus lourd de "777 - Desanctification". Le dernier titre se rapproche encore plus de cette trilogie, il est constitué de près de 5 minutes très ambiantes et surmontées d'un texte parlé en français, étant du coup presque une réminiscence de "Epitome XV" sur "777 - Cosmosophy".

Autant sur le premier EP de cette série on pouvait encore entendre des restes des "Memoria Vetusta", autant celui-ci se rapproche comme je le disais de l'époque "The Work Which Transforms God", comme si Blut Aus Nord avec ces 3 EPs avait voulu faire une sorte de rétrospective des sonorités utilisées pendant cette longue période. Un résumé de tout ça qui nous amène progressivement sur cet EP vers les derniers albums de la formation, même si le côté raw est majoritaire. Je me répète mais j'ai vraiment l'impression qu'ils ont parcouru les différentes facettes de leur discographie en les fondant toutes progressivement avec les influences plus ambiantes des deux derniers albums, je me trompe peut-être mais je me dis que ça annonce une rupture pour le futur. Cette impression est bien entendu renforcée par le fait que cette série de sorties se nomme "What Once Was", ce qui sous-entend forcément que ce ne sera plus et qui encore une fois nous renvoie à "Epitome XV" ("ce qui fut n'est plus, ce qui sera n'est pas, et le chaos se tût"). Bon, entre temps, le groupe a fait encore deux autres morceaux et une reprise de Pitchshifter, mais je ne les inclus pas dans la possible évolution de leur musique puisqu'ils ont été faitd dans le cadre de la 100ème sortie de Debemur Morti. Ils sont par conséquent relativement proches de ce qu'on peut entendre sur ce "What Once Was… Liber III".

Ce retour en arrière sur une série d'EPs marque t-il la fin d'une époque et le début d'une nouvelle, une façon de clore définitivement un chapitre pour pouvoir aller de l'avant et continuer à expérimenter ? On le saura bien assez tôt. Personnellement je leur fais confiance, jusqu'à maintenant Blut Aus Nord a toujours réussi à me surprendre positivement et je ne me fais pas de souci pour la qualité des futures réalisations.


Murderworks
Mars 2014




"777 - Cosmosophy"
Note : 18/20

Voilà enfin le dernier volet de la trilogie initiée par Blut Aus Nord avec "777 - Sect(s)", celui se nomme "777 - Cosmosophy" et débarque avec un artwork qui annonce qui se démarque des deux premiers et qui annonce la couleur. Là où son prédécesseur commençait à tâter un territoire un peu plus incantatoire et porté par des ambiances presque rituelles, celui-ci a décidé de mettre carrément les pieds dans le plat !

Comme la pochette le montre, l'univers créé par Blut Aus Nord est cette fois plus lumineux. Les influences black ont totalement disparu sur cet album, les voix sont exclusivement claires et les poussées d'agressivité qu'on pouvait entendre sur "Sect(s)" ne sont pas revenues non plus et les mélodies sont globalement magnifiques. Que les plus bourrins se rassurent, tout ça n'indique en rien la direction que prendra le groupe dans le futur, c'est simplement par souci de cohérence envers le concept de cette trilogie. Sur ce dernier volet, l'Homme trouve la voie vers l'unicité, son élévation spirituelle est terminée et les ambiances sont par conséquent un peu plus apaisantes et planantes. On ne tombe pas non plus dans la sucrerie new age non plus, Blut Aus Nord reste globalement assez glauque et dissonant mais disons que la musique est généralement moins oppressante que par le passé. Finalement quand on réécoute cette trilogie on se rend compte qu'elle constitue en quelque sorte une synthèse de toute la discographie du groupe, toutes ses différentes facettes sont réunies ici avec quelques nouveautés.

Les sonorités indus de "777 - The Desanctification" nous étaient déjà familières, on pouvait déjà les entendre sur "Thematic Emanations Of Archetypal Multiplicity" par exemple. Par contre sur "Epitome XV", Blut Aus Nord se lance dans ce qu'on pourrait qualifier de spoken words en français, sur un fond musical très glauque pour le coup. Voilà un titre qui risque de plonger les plus puristes dans une certaine confusion ! Mais après tout on ne devrait même pas être étonnés, ce groupe n'a jamais stagné et nous a toujours habitués à aller de l'avant et à tenter continuellement de nouvelles choses. C'est simplement une nouvelle expérimentation, et pour peu que ça en choque certains je ne peux que leur conseiller d'écouter attentivement l'album. Ils finiront par se rendre compte que ce morceau et ce passage ont parfaitement leur place à la fois au niveau de la musique que du concept. Et après tout si vous ne voulez pas de surprises je serais tenté de dire que vous vous êtes trompés de groupe, sans compter que l'identité typique de Blut Aus Nord est toujours présente. La forme a changé sur certains points, mais le fond est bel et bien le même.

Je vais faire un petit commentaire vite fait sur l'artwork général qui est encore une fois très classe, un joli digipack qui tranche avec les deux autres mais qui est tout aussi beau. Et là aussi pour peu qu'on s'y attarde un peu on trouvera pas mal de détails qui peuvent aiguiller l'auditeur sur le concept de la trilogie, même si la simple présence du "777" en dit déjà beaucoup depuis le début. Cet ensemble d'albums est par conséquent la preuve incontestable que ces gars-là ont une vision, malgré les multiples visages qu'a pu prendre l'entité Blut Aus Nord son oeuvre reste cohérente. On est toujours pris à contre-pied tout en reconnaissant systématiquement l'identité forte du groupe, et c'est là un tour de force assez conséquent. Je sais que certains ont été perdus en cours de route, que d'autres considèrent avoir fait le tour de la question, mais je vois mal comment on pourrait reprocher un quelconque immobilisme au groupe.

Bref encore un très bon album de la part de Blut Aus Nord et une trilogie bouclée de bien belle manière, reste à savoir maintenant à quelle sauce on sera mangés la prochaine fois. Pas mal de directions ont déjà été prises et je vois mal le groupe faire un banal retour aux sources, mais bon on n'en est pas encore là et il y a déjà de quoi faire dans cette discographie assez fournie. Si vous n'avez pas été refroidis par "777 - The Desanctification" je vous conseille vivement de vous jeter sur ce nouveau rituel sonore.


Murderworks
Octobre 2012




"777 - The Desanctification"
Note : 18/20

Le moins qu’on puisse dire c’est que Vindsval est productif en ce moment, après la réédition il y a quelques mois de l’album "The Mystical Beast Of Rebellion" agrémentée d’un CD d’inédits, puis l’album "777 – Sect(s)" il y a quelques mois voici déjà la suite sortie en Novembre : "777 - The Desanctification". Et ce n’est pas tout, il y a un troisième volet qui doit sortir d’ici peu et qui viendra clore cette série d’albums sous l’égide du 777. Et comme toujours avec Blut Aus Nord, on ne sait pas sur quoi on va tomber avant d’écouter attentivement l’album.

Et le pied de nez est toujours au rendez vous, puisque là où son prédécesseur avait retissé des liens avec la période "Mystical Beast – Work Which Transforms God" ce dernier rejeton flirte avec l’ambiant. Les envolées véloces et agressives de la secte d’il y a quelque mois ont disparu, elles ont laissé leur place à des ambiances beaucoup plus pesantes et inquiétantes. La beauté à laquelle Blut Aus Nord nous avait habitué sur ses premiers albums est encore présente de temps en temps, dans de brefs aperçus, avant de nous faire retomber dans un puit sans fond.

Pas de soucis l’identité du groupe n’a pas changé, les dissonances sont toujours bien présentes et comme je le disais l’ambiance est majoritairement poisseuse à souhait. C’est la forme qui a une fois de plus changée, Blut Aus Nord est un caméléon musical qui adapte sa musique et sa forme au propos qu’il a prévu d’exposer. Et à vue de nez ça n’a pas l’air très accueillant, on est aplati tout du long sous une sorte de poids qui vous broie les épaules et vous écrase les vertèbres, pendant que vous vous demandez si les rares voix rauques qui vous viennent aux oreilles sont réelles ou non. D’une façon ou d’une autre cet opus a décidé que vous alliez faire une chute dans la pénombre absolue, et je vous dis tout de suite qu’il réussit son coup à chaque écoute.

Tout est tellement pesant, oppressant, glauque et malsain qu’on a souvent l’impression d’écouter un vinyl au ralenti. Les quelques éclairs de mélodies qui viennent apporter un mince rayon de lumière n’en sont que plus beaux et déstabilisants, ils apportent une touche d’humanité à ce monde qui à première vue en était totalement dépourvu. La troublante impression de ressentir une certaine sérénité au milieu du chaos, une folie camouflée sous les calmants. Le retour à la réalité est brutal, ce n’est pas au paradis que va vous emmener cet album, il a des projets un peu plus hostiles à votre égard. Tout au long de cette joyeuse croisière vous aurez plusieurs fois l’occasion de sentir la délicate odeur du souffre.

Blut Aus Nord on aime ou on déteste, certains ont hurlé à la fumisterie à la sortie de "MoRT" par exemple, mais ce "777 - The Desanctification" nous présente bel et bien une musique habitée, le genre de groupes qui arrive à créer un monde à chaque album. Et ce genre de groupes se fait de plus en plus rare aujourd’hui, où tout doit être formé dans le même moule, uniformisé, et contrôlé de toutes parts pour que rien ne dépasse. Cet album a une personnalité propre, Blut Aus Nord en général a une personnalité propre, et chacune de ses sorties nous hurlent dans les oreilles qu’elles ne rentreront dans aucune de nos cases.

Je ne pourrais même pas vous dire que cet album vous plaira si vous avez aimé tel ou tel autre album de Blut Aus Nord, je ne peux que vous conseiller de vous y plonger et de vous fier à ce que vous pourrez y ressentir. C’est une impression qui ne trompe pas, et c’est pour moi la seule façon valable de juger un album. Au delà de toutes considérations purement techniques il faut que le compositeur réussisse à faire passer les émotions à l’auditeur, quand c’est le cas le voyage est immédiat et on n’en revient jamais indemne. Alors attachez vos ceintures et préparez vous à subir quelques turbulences, apparemment cette partie du monde ne fait pas partie des plus accueillantes.


Murderworks
Janvier 2012




"777 - Sect(s)"
Note : 18/20

Si vous ne vivez pas dans une grotte vous avez forcément entendu parler de Blut Aus Nord ces dernier mois, son actualité est en effet débordante. Entre la réédition de "Mystical Beast Of Rebellion", la sortie de "What Once Was... Liber I" et l'annonce d'une trilogie "777" il y a de quoi faire. C'est d'ailleurs le premier volet de cette trilogie qui nous occupe aujourd'hui, "777 - Sect(s)". Vu la variété dont a déjà pu faire preuve le groupe avec ses anciens albums on est en droit de se demander ce que Vindsval va nous servir ici.

Comme annoncé il y a quelques temps, l'album reprend quasiment là où "The Work Which Transforms God" s'était arrêté. A savoir un black rapide à la fois virulent, rapide et totalement dissonant. C'est d'ailleurs cet aspect de la musique de Blut Aus Nord qui produit ces fameuses ambiances complètement malsaines et dégueulasses propres au groupe. Et ce "777 - Sect(s)" ne fait pas exception à la règle, on est pris de force dans un maelström de violence mêlée de folie furieuse et on se demande dans quel état on va ressortir de tout ça. Sauf que cette fois Vindsval a décidé d'y rajouter la touche indus / ambiant qu'on a déjà pu entendre sur d'autres réalisations, qui se cantonnaient en général à cet aspect de la musique. Sur ce nouvel album les côtés sont constamment mélangés et cohabitent parfaitement au sein de ces 6 morceaux (tous nommée "Epitome" de 1 à 6 donc).

Et mine de rien on tient sûrement là l’œuvre la plus aboutie de Blut Aus Nord, en tout cas j'ai le sentiment que jamais le groupe n'avait réussi à produire une galette aussi variée et dont les ambiances étaient aussi cauchemardesques. Quand ils décident de lever le pied, comme sur "Epitome 2" par exemple, on est partagé entre une sorte de chute libre dépressive et un côté plus horrifique bien malsain. C'est comme si la dissonance et le côté malsain habituels de Blut Aus Nord s'étaient mélangés avec le dernier morceau de "The Work Which Transforms God", "Procession Of The Dead Clowns" (cette impression est perceptible sur tout l'album en fait). Il n'y a bien que les mélodies qui terminent le titre pour nous rassurer, en nous apportant un côté plus conventionnellement mélancolique. Le chant se d'ailleurs très discret sur celui-ci, voir même absent à l'exception de quelques voix et murmures.

La transition est d'ailleurs assez violente puisque "Epitome 3" aurait carrément pu atterrir sur "The Mystical Beast Of Rebellion", et ce sera comme ça tout le long de l'album. Blut Aus Nord nous balance constamment d'un côté à l'autre, de moments mélancoliques à d'autres plus tordus et malsains voire totalement violents et furieux. Pour autant malgré une certaine volonté d'expérimenter encore et toujours et une plus grande variété par rapport à ses prédécesseurs, on reconnaît toujours la patte Blut Aus Nord. Impossible de vous tromper quand vous écouterez l'album, ce groupe est le seul à être capable de pondre une musique pareille.

Par contre au niveau du son j'ai noté un côté un poil plus chaud et plus organique, même si la boîte à rythmes est encore là, je trouve que le rendu synthétique est plus atténué qu'avant. En tout cas ça colle une fois de plus parfaitement à la chose, laissant l'opportunité à l'auditeur de se prendre toutes ces immondices en pleine face parce que comme dirait l'autre : toute résistance est inutile. Et si la musique ne suffit pas à vous emporter dans le gouffre, le chant totalement possédé s'en occupera lui même. D'autant plus que les morceaux sont majoritairement longs, mention spéciale à "Epitome 4" et ses 12 minutes.

On se rend compte une fois de plus que Blut Aus Nord a sa personnalité, une vision propre et que le groupe sait où aller depuis ses débuts ou presque. Et les groupes de cette trempe ont tendance à se faire rares en ce moment, on cherche constamment à rester dans les clous, à ne pas dépasser les barrières. Blut Aus Nord les explose allègrement en envoyant chier toutes formes de conventions et ne compte pas dorloter son auditeur. Il est éternellement bousculé, chaque album est une gifle qui vous poussera à vous faire violence pour pénétrer son monde. Et pour ne pas perdre les bonnes vieilles habitudes, cet album est encore une fois une tuerie absolue.

Les habitués des albums "The Mystical Beast Of Rebellion" et "The Work Which Transforms God" devraient s'y retrouver assez rapidement, quand à ceux qui n'auraient pas encore eu l'occasion d'écouter la musique de Blut Aus Nord il va falloir quand vous appreniez à défoncer les portes de chacune de leurs galettes. Parce que le groupe n'a jamais eu l'intention de vous laisser y entrer comme un touriste, ce genre d'album se révèle sur la durée. Une fois que ce sera fait vous allez comprendre votre douleur, mais en bons masochistes que vous êtes vous en redemanderez. De toute façon la suite devrait arriver en Septembre avec "777 - The Desanctification" et en Novembre avec la troisième partie "777 - Cosmosophy".


Murderworks
Avril 2011




"The Mystical Beast Of Rebellion"
Note : 14/20

On m’en avait parlé, on me l’avait recommandé. Blut Aus Nord est un groupe de black metal au nom obscur, un groupe français qui plus est, je me devais donc de jeter une oreille sur ce qu’ils font ou plutôt sur ce qu’il fait car Vindsval est seul aux commandes de ce projet. Je vais sûrement paraître pour une newbie pour bon nombre d’entre vous car oui avant cet album je connaissais très mal l’œuvre de ce monsieur mystérieux. J’ai tout de même tenté de traîner sur YouTube pour écouter quelques morceaux… c’est vrai, je suis tombée sous le charme du titre "Odinist"… Quelques mois plus tard, c’est une réédition de " The Mystical Beast Of Rebellion" sorti à l’origine en 2001 qui arrive dans ma boîte aux lettres. Moi qui en avais marre d’en être réduite à squatter sur YouTube, voilà qui tombe à pic !

Quel plaisir donc, de voir une galette comme celle-ci. Dans notre ère qui est celle du gratuit et de la dématérialisation, ce beau digipack double CD ne peut que faire plaisir. On regrettera tout de même l’absence de livret pour un si bel objet. Je me demande si la version de 2001 en avait un d’ailleurs ?... Quoiqu’il en soit, sur ce beau coffret, Vindsval et Debemur Morti ont décidé de refaire complètement la pochette, la représentation de la bête est ici bien plus explicite. La grosse surprise est certainement ce deuxième CD qui nous offre la suite "The Mystical Beast Of Rebellion" via trois nouveaux morceaux. Du coup, 40 minutes de Blut Aus Nord supplémentaires !! Voilà une réédition qui apporte un véritable plus à leur discographie.

Mais suffit ces éloges pour tout ce papier plastique, passons maintenant au véritable cœur du sujet, à cette bête mystique, à ce grondement gênant qu’on a envie de comprendre inlassablement. Je pense que tout profane du genre, ne comprendrait même pas un quart de cette œuvre. "The Mystical Beast Of Rebellion" s’apparente comme un album ultra répétitif, les guitares me font penser au râle d’une bête agonisante et sont très présentes sur les 4 premiers titres de cet album. Mais comme bon nombre d’albums inoubliables, "The Mystical Beast Of Rebellion" s’écoute dans son intégralité. Il ne s’agit pas de faire ressortir un titre plutôt qu’un autre, de dire que celui ci est plus accrocheur qu’un autre… non je pense qu’ici nous avons affaire à une véritable œuvre, à un véritable concept ayant un début, une fin, un réveil et une chute. Le cinquième titre de cet album marque un véritable tournant, le tempo général se ralentit, les riffs sont de plus en plus lourds, la bête se renfermerait-elle enfin sur elle même ? Les 3 titres qui composent le chapitre 7, pourraient bien nous donner quelques pistes de réflexion. Le tempo des morceaux se fait bien plus lent, il n’y a plus tout ce blast oppressant, la bête se serait-elle calmée avec le temps ?

En écoutant les 6 premiers chapitres de cette édition, j’ai cette impression d’être face à une plainte douloureuse. Les premiers titres plongent l’auditeur dans un véritable chaos d’émotions. La bête pleine de colère, de rage et de souffrance nous entraîne dans ce monde sans repère à travers une production très primitive, crade et grésillante. Les guitares sont en retrait, la batterie nous assène de ses blast incessants, l’ambiance se fait définitivement lourde et oppressante, comment donc remonter à la surface ? Je ne crois pas qu’il y ait de moyen de remonter à la surface, il faut juste accepter les choses comme elles sont et réussir à voir la beauté là où on ne s’y attend pas.

J’ai bien envie de comparer ce "The Mystical Beast Of Rebellion" aux albums de Drudkh (hormis le tout dernier "Handful Of Stars"). J’y ai senti une ambiance similaire, une volonté de faire réfléchir l’homme sur sa propre condition. Mais là où Drudkh nous mène dans les profondeurs de l’âme humaine pour mieux s’en évader (le clavier et l’ambiance atmosphérique n’y sont pas pour rien), "The Mystical Beast Of Rebellion" nous fait prendre conscience du mal être lié à notre condition humaine et nous emmène explorer les plus vils émotions de la nature humaine. Rage, haine, colère et sauvagerie, l’âme n’est au fond qu’un amas de pulsions instinctives. Il n’y a pas d’échappatoire sur ce " The Mystical Beast Of Rebellion". Mais je vous embarrasse avec toutes ces théories… le meilleur moyen de vous faire un avis est encore de vous procurer cet galette.


Célin
Mars 2011




"Memoria Vetusta II – Dialogue With The Stars"
Note : 18,5/20

Enigmatique, mystérieuse, envoûtante, voici une liste d’adjectifs qui revient de manière récurrente quand il s’agit d’évoquer la musique de Blut Aus Nord, ou l’histoire d’un des secrets les mieux gardés de la scène française, un groupe à ranger aux côtés de Deathspell Omega, fiers étendards d’un renaissance musicale qualifiée de post black-metal (?) Une formation Normande, atypique et classieuse menée de main de maître par un certain Vindsval, véritable figure de l’underground au sens le plus strict du terme. En effet depuis une dizaine d’années déjà le Monsieur se montre plutôt avare en communication, qu’il s’agisse d’interviews comme de sessions photos, et je ne vous parle même pas de son hallucinant site internet ni du nombre de concert puisqu’il n’en donne tout simplement pas ! A l’écoute de cette galette un constat s’impose, décidemment Blut Aus Nord (BAN pour les intimes) possède vraiment le don de frapper là où on ne l’attend pas ! Et pourtant, et pourtant, en étant plus attentif un indice semblait prévenir de ce retour aux sources, le très bel artwork très typé black représentant un écrin de nature. Et oui vous l’aurez compris il s’agit bel et bien d’un retour aux sources auquel on a droit car en effet sans vraiment les avoir complètement oubliées, qu’elles semblent loin les expérimentations sonores des deux derniers opus en date "Mort" et "Odinist" ! Deux étranges albums qui avaient fortement décontenancés les auditeurs, toujours est il que c’est une œuvre plus épurée que nous trouvons ici, comme si on reprenait les choses là ou les avaient laissées, 13 ans après le "Memoria Vetusta" premier du nom. Musicalement parlant, même si les tempos sont majoritairement élevés, BAN nous offre une grande variété de rythmes, se jouant ainsi de la linéarité avec une certaine aisance. On notera la présence de chœurs guerriers (pour ne pas dire "pagan") qui habillent ici et là les compos et leur confèrent une dimension encore plus magistrale (comme si elles en avaient besoin !).

Les riffs sont très typés BAN, j’entends par là qu’ils combinent à merveille dissonances dérangeantes et passages de pure mélodie. Alors que généralement black metal rime davantage avec laideur et noirceur, les Normands nous offrent en piste 2 un morceau de toute beauté. Doit on y voir une volonté de ne rien faire comme tout le monde ? Non je pense plutôt que BAN assume sa suprématie sur la scène française en se permettant d’agir et de sonner comme bon lui semble. Il faut dire qu’en terme d’expérimentations sonores ils ont déjà fait fort par le passé et n’ont clairement plus rien à prouver, affranchi de tout et clairement libre, voici le nouveau "Blut Aus Nord" Difficile toutefois de ne pas voir l’ombre des grands noms du black metal (Emperor ou Secrets Of The Moon pour ne citer qu’eux) planer sur la piste 3 tant ce titre aurait pu figurer sans conteste sur l’un des albums de la défunte formation Norvégienne. Ce qui est le plus frappant c’est le mimétisme des guitares, l’ambiance froide et belle qui se dégage de cette composition. Mais globalement ce qui ressort c’est que BAN ne fait rien comme tout le monde ! Là où les vocaux occupent en général une place de premier choix dans la majorités des formations "black" (quand ils ne sont pas d’ailleurs surmixés !), les intéressés se payent le luxe d’aller à l’encontre de leurs contemporains ! Non pas que les vocaux soient inaudibles non, c’est juste qu’ils sont volontairement placés en retrait, laissant la part belle aux guitares. Un fait d’arme que Vindsval n’a jamais écarté de son processus de composition tant il s’agit ici d’affirmer la suprématie de la "musique" sur les éléments individuels composant les morceaux, la "musique" au sens noble du terme tant on sent un énorme travail de composition, d’harmonie. Vindsval nous livre en effet, au détour de riffs sauvages plus convenus, des solos de guitare planants, magnifiques de technique, de mélodie et qui transportent réellement l’auditeur ainsi que des parties quasi-acoustiques faites d’arpéges égrenés, bouleversantes de tristesse et de splendeur. Ajoutez à cela des nappes de synthés atmosphériques, qui d’une manière absolument subtile et géniale, viennent aérer l’écoute de cette galette (pourtant au combien riche en contenu et chargé musicalement parlant !) et vous conviendrez que le résultat se veut davantage dark ou progressif que purement black…

On pourrait d’ailleurs voir deux manières d’écouter cette galette, tout d’abord je dirais au premier degré en se contentant d’apprécier cette galette pour son subtil mélange d’agressivité et de moments plus calmes ou au contraire faire le choix d’une écoute plus approfondie en s’attardant sur la richesse des arrangements, faire le choix de se perdre dans la beauté complexe de ses harmonies multiples… Blut Aus Nord possède une maîtrise de la musicalité tout bonnement bluffante, se jouant du rythme, enchaînant passages sauvages et plages d’accalmie avec une aisance de tous les instants. Le résultat prévisible qui en résulte est qu’à aucun moment on ne s’ennuie et qu’au contraire on se laisse entraîner par ce voyage musical en dépit de sa relative longueur (60 minutes), l’écoute s’en retrouve d’autant plus captivante que chacune d’elles révèle à l’auditeur des petites finesses, des subtilités qui avaient pu lui échapper les fois précédentes… Il ne s’agit peut être pas ici du chef d’œuvre ultime de Blut Aus Nord mais toujours est il que cette oeuvre vaut largement mieux que nombre de sorties actuelles et qu’elle s’inscrit dans la continuité d’une discographie exemplaire d’une des plus talentueuses formations du paysage hexagonal que beaucoup nous envient et qui demeure a ce jour l’une de plus grandes fiertés de la scène black metal française. A mi chemin entre tradition et modernité, BAN envoie valser la concurrence et confirme tout le bien que l’on pensait d’eux, juste un groupe incontournable ! Et rien que pour ça, que le respect lui soit rendu…


Ihsahn62
Octobre 2009


Conclusion
Le site officiel : www.facebook.com/blutausnord.official