"Alt Som Finnes"
Note : 19/20
Bizarrekult nous montre son évolution. Désormais mené par Roman V. (chant, ex-Dryados), Ignat P. (guitare / basse, Adliga) et Alexander P. (batterie, ex-Dryados, ex-Theosophy), le groupe relocalisé en Norvège et signé chez Season Of Mist dévoile en 2026 son troisième album, "Alt Som Finnes".
L’album débute avec "Hun", première composition qui dévoile d’abord une certaine mélancolie avant de laisser la saturation apparaître, ternissant irrémédiablement l’atmosphère avant de finalement s’embraser et devenir violente, offrant une base parfaite pour les premières vociférations. Le titre est assez court, et est suivi par "Blikket Hennes" où les musiciens accueillent Yusaf "Vicotnik" Parvez (Dødheimsgard, Ved Buens Ende…) pour compléter la section vocale de sa folie communicative qui rejoint très naturellement les changements de rythme du morceau tout en amplifiant ce sentiment d’angoisse quasi-permanent qui émane des riffs. On retrouvera également quelques touches de chant clair qui contrastent avec les habituels rugissements avant un final plus épuré mais pas moins sombre, puis "Avmakt" renoue immédiatement avec la rage, que ce soit via Roman ou la rythmique vive mais entêtante de ses camarades qui ne lésinent pas sur les harmoniques hypnotiques. L’aspect pesant est plutôt mis en avant dans les parties lancinantes où naît la dissonance, qui finira par se mêler aux vagues de violence qui mènent à "Håp" et à sa lenteur apaisante renforcée par le chant brumeux en arrière-plan, mais tous les éléments vont entrer en éruption en même temps, nous emportant dans leur déferlante qui comprend toutefois quelques moments de quiétude progressive.
Le son reste imprévisible, comme le prouve ce final explosif, puis prend une dynamique bien plus vindicative sur "Drøm" où le groupe recevra Lina (Predatory Void, Cross Bringer) pour épauler le vocaliste et ainsi proposer une touche post-metal planante pour mener à "Verdens Verste" où l’on renoue avec l’agressivité et l’oppression permanente. Le titre est assez court, mais aussi très direct, nous mettant face à sa fureur de manière très explicite avant de rejoindre "Aversjon" qui, à l’inverse, va d’abord nous envelopper dans son voile de douceur glacial avant de placer ses hurlements et ainsi donner une toute autre saveur à cette toile désolée, laissant la rythmique s’imposer par vagues plus ou moins ordonnées. L’album touche déjà à sa fin avec "Tomhet", huitième composition où les effluves de blackgaze sont encore plus palpables avec l’arrivée de Kim Song Sternkopf (Møl) au chant, accompagnant à merveille la rythmique ou laissant volontiers sa place aux harmoniques enivrantes.
L’art de Bizarrekult a toujours été aussi sombre qu’entêtant, et ce n’est pas "Alt Som Finnes" qui me fera mentir. J’en attendais beaucoup de ce nouvel album, mais je suis forcé de constater avec bonheur que le groupe a encore progressé tant l’album m’a captivé du début à la fin.
"Den Tapte Krigen"
Note : 18/20
Bizarrekult continue son ascension. Les premiers signes d’existence du groupe remontent à
2005 en Russie, et malgré plusieurs pauses le groupe se développe lentement. En 2023, le
groupe composé de Roman V (chant / paroles / composition), Dina V (chant féminin), Ignat P
(guitare / basse) et Alexander P (batterie) sortent "Den Tapte Krigen", le deuxième album du
groupe, chez Season Of Mist.
"Du Lovet Meg" démarre l’album avec un blast énergique ainsi que des riffs sombres mais
étranges auxquels s’ajoute une voix torturée, puis le son s’apaise soudainement en
accueillant une voix claire. La rythmique s’enflamme de nouveau, laissant la dualité faire son
oeuvre au sein du morceau, l’une brisant l’autre ou la chevauchant pour créer un contraste
intense qui nous mène à "Kongen", un titre plus lent et mystérieux qui laisse des leads
dissonants nous montrer la voie jusqu’aux cris ainsi qu’à cette lourdeur oppressante. Les
riffs pesants finiront par s’éteindre pour que "Den Tapte Krigen" ne laisse libre cours à sa
dissonance contrastée, donnant autant la parole à la douceur qu’à la noirceur. Le son se
couvre de mélancolie lancinante tout en restant saturé et écrasant avant que "Hvis Jeg Bare
Kunne…" ne dévoile des tonalités plus vives couplées à une batterie sauvage et à des
hurlements oppressants.
La voix brute donne une saveur apocalyptique au morceau tout
comme sur "Midt I Stormen" qui pioche également dans des racines old school plus
énergiques, avant de s’apaiser pour devenir une triste berceuse qui accueille la voix
féminine. Le duo se reformera peu avant la fin pour alimenter cet intense contraste, puis
"Kjære Barn" renoue avec la lenteur écrasante et étouffante constellée de parties lead
aériennes ainsi que de hurlements viscéraux. Le break enflammera la rythmique avant de
rappeler la voix féminine pour un final apaisant avant que "Løslatt" ne mette la basse à
l’honneur pour créer des riffs pesants inspirés directement des racines du black metal, en
particulier lorsque les autres instruments et le chant se mêleront à la charge. Le titre ralentit
à nouveau avant qu’"Himmelen Er Utilgjengelig", le dernier morceau, qui mêlera de manière
extrêmement cohérente et entêtante les parties les plus douces aux influences post-metal
avec le black metal brut tout en plaçant quelques samples vocaux inquiétants avant que le
son ne s’étouffe progressivement dans un râle final.
Le son de Bizarrekult est unique. Aussi dérangé que fascinant, "Den Tapte Krigen" est un
album brut mais riche, travaillé mais viscéral, mais surtout intense et minimaliste. Il est la
quintessence de ce mélange torturé, violent et entêtant.
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