Le groupe
Biographie :

Anthrax est un groupe de thrash metal et speed metal américain fondé par Scott Ian (le beau-fils de Meat Loaf), Dan Lilker et John Connelly en 1981 (les deux derniers cités se retrouvèrent ensuite dans Nuclear Assault) à New York, aux États-Unis. Il fut un des groupes les plus populaires de la scène thrash, au début des années 1980. À la différence de nombreux groupes pionniers de ce style (Metallica, Slayer, Megadeth, Exodus, Dark Angel…), Anthrax n'est pas originaire de Californie (la célèbre Bay Area), mais de New York. Ils sont reconnus comme l'un des quatre groupes de thrash metal les plus influents (Big Four) avec Megadeth, Metallica et Slayer. Ils ont vendu plus de 10 millions d'albums à travers le monde.

Discographie :

1984 : "Fistful Of Metal"
1985 : "Spreading The Disease"
1987 : "Among The Living"
1988 : "State Of Euphoria"
1990 : "Persistence Of Time"
1993 : "Sound Of White Noise"
1995 : "Stomp 442"
1998 : "Volume 8 - The Threat Is Real"
2003 : "We've Come For You All"
2011 : "Worship Music"
2014 : "Chile On Hell" (DVD)
2016 : "For All Kings"


Les chroniques


"For All Kings"
Note : 18,5/20

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on l'aura attendu, ce onzième album d'Anthrax. Quatre ans et demi après un "Worship Music" qui avait remis sur le devant de la scène le gang new-yorkais en perdition pendant quelques années, entre 2007 et 2010 (son actualité d'alors ressemblait aux derniers épisodes de la saison six de Lost, comprendre, un gros bordel migraineux), avec une patate incroyable. Le retour au bercail du chanteur Joey Belladona et un petit vent d'inspiration old school ont fait décoller cet album que beaucoup attendaient et dont peu de monde a trouvé à redire. Salué par la critique et les fans, "Worship Music" a fait du bien au groupe et cette santé retrouvée se confirme sur "For All Kings".

L'écriture de "For All Kings" aura été particulièrement laborieuse, les premières sessions datant de début 2013. Anthrax nous a fait patienter comme jamais, écrivant, réécrivant et re-réécrivant par derrière ce, disons-le d'emblée, phénoménal album. A son écoute, un mot nous vient à l'esprit : "perfection". Anthrax a réellement créé des compos parfaites. Chaque composition a été peaufinée à l'extrême, Scott Ian et ses sbires ayant poussé le potentiel de chaque titre à son paroxysme, forgeant, modelant, ciselant chaque note de musique dans des constructions sonores imparables, faisant de ceux-ci de véritables hits métalliques de heavy metal moderne ultra puissant et fédérateur.

Aux premières écoutes, certains seraient tentés de qualifier cet album de "pauvre en riff", de "pas assez metal", de "mou de la bite", de "popisant", de "vite écouté, vite oublié", etc, mais ce serait vraiment passé à côté d'un pur chef-d'œuvre. Plusieurs écoutes seront nécessaires aux fondus du style des années 80 d'Anthrax pour pleinement saisir tout ce "For All Kings" a de géant. Anthrax fait du Anthrax estampillé 2016, plus groovy, plus heavy, plus rouleau-compresseur, plus... mature, axant son travail autour d'une idée simple, celle de créer la meilleure composition possible.

D'un point de vue musical, "For All Kings" est la suite logique de "Worship Music", un petit frère dont la parenté ne peut être contestée. Mais ce petit frère-là a été carrément bourré d'hormones de croissance tellement il atomise son aîné. On retrouve donc ce groove metal thrashisant propre à l'ère John Bush mais doté de nombreuses réminiscences des 80's (certains riffs renvoient directement à "Among The Living" et "State Of Euphoria"), avec quelques morceaux particulièrement rapides et dévastateurs comme la titanesque ouverture "You Gotta Believe", tout en nuances et progressions réfléchies, le génial et percutant single "Evil Twin" ou le final "Zero Tolerance", sorte de nouveau "Gung-Ho", clôturant l'album comme à la grande époque avec une torgnole speed déflagratrice revigorante. Une mention spéciale doit être confiée au grandiose "Blood Eagle Wings", longue pièce aérienne de près de 8 minutes absolument divine.

Un riffing mêlant donc sonorités modernes , avec entre autres le phénoménal "Monster At The End" qui aurait pu figurer sur "We've Come For You All" ou sur "All Of Them Thieves" sur lequel Anthrax se prend pour Meshuggah avec son riff syncopé ; et saveurs old school ("Defend / Avenge", très bon titre très classique pour le gang), alliant ainsi le meilleur des périodes Bush et Belladona, le meilleur des deux mondes. Des poignées de metal, on s'en prend plein les dents avec des titres comme "You Gotta Believe" où les pieds puissants de Charlie Benante font des ravages, le rouleau-compresseur "Suzerain" ou encore l'incisif et malsain "Evil Twin". Certaines paroles collent avec une actualité qui nous a touché récemment : "Zero Tolerance" et "Evil Twin" traitant du fanatisme religieux, la dernière ayant été écrite en réaction aux attentats de Charlie Hebdo. Seule faiblesse de l'album, le morceau "This Battle Chose Us" n'apporte rien de bien intéressant à l'ensemble et se révèle être trop anecdotique bien qu'étant honnête. Cette petite ombre au tableau aurait pu nous voir attribuer un bon 19/20 à "For All Kings".

Mais à ce programme déjà bien copieux s'ajoute une autre facette du Furoncle. Au style mosh du quintette s'ajoute une dimension épique, voire lyrique, que l'on retrouve sur une bonne parties des chansons. Cette dimension se traduit par un travail colossal sur le chant et le travail d'arrangement global des lignes vocales. Les diverses interventions rugueuses de Scott Ian ("Evil Twin", "Defend / Avenge") ou les chœurs de Frank Bello ("Breathing Lightning") s'incrustent toujours avec justesse et harmonie au envolées de Joey Belladona, créant des mélodies absolument divines. Chaque refrain s'incruste dans l'esprit pour ne plus jamais le quitter ("Blood Eagle Wings", "Breathing Lightning", "Monster At The End" et la liste est longue), leur aspect fédérateur étant assez bluffant d'immédiateté et de naturel. Ecouter celui du titre éponyme où Joey se prend pour Bruce Dickinson et vous nous comprendrez. A ce propos, Joey est magistral tout au long du disque. Ne cherchant plus à atteindre des notes qu'il ne peut de toute façon plus atteindre, il transfigure les morceaux avec sa performance bluffante.

Le nouveau guitariste Jonathan Donais, par ailleurs guitariste fondateur de Shadows Fall actuellement en stand-by, accroît considérablement cet aspect épique avec ses solis flamboyants, sublimes, hyper mélodiques et très bien écrit (à l'image de son travail pour son groupe d'origine). Il éclabousse de son talent toutes les compos aves des leads et soli étudiés dans les moindres détails pour un résultat accrocheur et toujours original, privilégiant l'émotion et la pertinence à la technique et à la vitesse pures. Provenant d'un groupe assez différent, nous avons eu un peu peur que le style Shadows Fall n'empiète voire tâche celui d'Anthrax, mais Jon est totalement fondu dans le style Anthrax, avec en sus, sa touche personnelle. N'ayant pas participé à l'écriture des morceaux (ce qui pourrait changer à l'occasion du prochain album), on constate que cela aurait pu au final donner des sacrées bonnes choses. Rob Caggiano a bien fait de déménager chez Volbeat.

"For All Kings" est de loin le meilleur album d'Anthrax des années 2000, la perfection incarnée dans la pierre brute, à l'image de sa sublime pochette une nouvelle fois peinte par le génial dessinateur de comics Alex Ross. Massif, lumineux et royal.


Man Of Shadows
Mars 2016




"Chile On Hell"
Note : 18,5/20

Enregistré comme son nom l'indique au Chili le 10 Mai 2013, à Santiago pour être plus précis, sur la fin de la tournée promotionnelle de "Worship Music", ce DVD est le premier témoignage visuel live en support de l'album. Disponible en format Bluray (limité avec deux CDs audio ou normal) ou DVD et doté de systems 5.1 ou stéréo. Rien qu'en stéréo, le son craché par les enceintes est déjà surpuissant ! La qualité d'enregistrement de ce live est excellente et retranscrit parfaitement la puissance que le groupe dégage en concert. L'image est également de très bonne qualité, quoique qu'un peu sombre, filmé de façon ultra-pro par de nombreuses caméras disséminées dans toute la salle.

Le gig n'a pas encore débuté que les fans chiliens chantent déjà l'intro de "Among The Living". La foule est surchauffée et chante les riffs des morceaux, se lance dans des moshpits, allume des fusées lumineuses... On comprend pourquoi tous les groupes tournent leurs DVD là-bas tant les fans sont déchaînés et passionnés, vivant ces concerts comme des finales de coupe du monde. Le groupe est en forme : Franck Bello est survolté, bouge dans tous les sens et assure les chœurs avec le patron Scott Ian, lui aussi à fond, multipliant les sauts de cabri et les postures méchantes. Joey Belladona est plutôt en voix, atteignant des notes hauts perchées, courant partout et faisant participé le public (qui n'a de toute façon pas besoin d'être motivé), fait le clown... Bref ce trio là assure un show hyper énergique et mémorable, aidé par la frappe de Charlie Benante qui cogne comme Mike Tyson. Pas mal pour des quinquas ! Seul le nouveau guitariste soliste, Jonathan Donais, membre fondateur de Shadows Fall, est plus en retrait, mais exécute ses parties avec brio. Il est dommage que les solos ne soient pas montrés dans leurs intégralités ou les parties de batterie les plus impressionnantes soient boudées, mais ce n'est qu'un détail au vu de la grande qualité de ce concert.

La setlist est très classique, malgré le fait que Anthrax soit sensé promouvoir un nouvel album. "Among The Living", "Caught In The Mosh" et "I Am The Law" sont dégainés tels des missiles. Puis vient bizarrement des séquences backstage (une minute tout au plus) qui viennent complètement casser la dynamique du live, l'ambiance et la fébrilité du visionneur. Qu'est-ce que ces séquences viennent foutre là franchement ? Ca gâche tout. Heureusement, "NFL" et le plus rare mais non moins remarquable "Skeletons In The Closet" rectifient le tir (vous l'aurez remarqué, le groupe a joué dans l'ordre les 5 premiers titres de l'album "Among The Living" et à part le fait bien frustrer, les personnes s'attendant à l'entendre joué dans son intégralité). Ce live est une véritable débauche d'énergie et puissance sonore, le groupe semblant galvanisé par la réponse incroyable du public, donnant tout ce qu'il a dans le sac. On a l'impression d'avoir affaire à des jeunots de vingt ans. Et une nouvelle coupure survient, des extraits de vie en tournée, qui frustre le spectateur. Mais qui a eu l'idée de proposer un truc pareil, putain ! De "Worship Music" sont interprétés ce soir "Fight'Em T'il You Can't", "In the End", dédié à Ronnie James Dio par Belladonna, et "I'm Alive", tous trois énormes ! C'est également l'adjectif qui convient aux autres morceaux comme, sans vous trop vous en dévoiler pour ne pas gâcher votre plaisir, "I'm The Man", titre antédiluvien, chanté par Bello qui se croit dans un squat punk / hardcore, ou encore les classiques "Indians", "Deathrider", ou "Medusa". Encore un fois, le contenu de ce live est époustouflant, nous aurions donner n'importe quoi pour y assister en personne, au milieu de cette foule compacte hyper enthousiaste voire carrément dingue.

Mais au-delà de la qualité intrinsèque de ce concert, nous pouvons nous poser quelques questions légitimes quant à la pertinence de la setlist du concert. Car, sur 17 titres, ne proposer que trois morceaux de "Worship Music", album censé être à l'honneur à cette occasion et qui est pourtant un bon cru, mais par-dessus tout, jouer 4 (!) reprises, soit un quart du set, il y a vraiment de quoi se foutre un peu de la gueule des fans. Ceux fréquentant le plus assidument les concerts du quintette le savent mieux que les autres, tous les concerts du groupe offrent toujours les mêmes classiques, un nouvel album à défendre aurait été une parfaite occasion de parer à cette immobilisme. Ce n'est pas comme si le gang new-yorkais disposait d'un large back-catalogue (10 albums studio au compteur sous son nom propre). On peut aussi se demander quelle confiance a le groupe en son dernier né. Mais bon, nous savons que l'entreprise Anthrax s'est muée en carnaval depuis quelques temps, un petit tour de manège supplémentaire ne nous dépaysera pas.

Hormis ses quelques défauts de fond (setlist, séquences backstage imbriquées en plein milieu du set) et de forme (la réalisation est à certains moments, et en particulier au début, beaucoup trop épileptique à notre goût, nous privant d'apprécier pleinement les plans proposés ; et est de plus parfois incohérente, on passe de plans filmés depuis la foule, à d'autres pris depuis la caméra accrochée à la gratte de Scott Ian, suivi d'une vue de dos du groupe, bref le montage est foiré et ne donne aucune direction de réalisation, sinon une impression de bordel, qui peut renvoyer à l'idée que l'on se fait du vécu d'un fan d'Anthrax dans le pit), ce "Chile On Hell" est un très bon live que tout les fans d'Anthrax et les thrashers en général pourront apprécier. Il y en a pour son argent. MOOOSH !!!


Man Of Shadows
Février 2015




"Worship Music"
Note : 15/20

Des fois, on n'attend plus rien d'un groupe, on se lamente sur son passée glorieux, on réecoute avec une nostalgie amère leur discographie qui nous avait rendu fanatique jadis sans ne plus en espérer quoi que ce soit. Si l'arlésienne s'est longtemps fait sentir, le nouveau Anthrax nous arrive enfin après moult péripéties. Ce n'est pas que j'attendais cet opus avec une excitation démesurée mais la plupart d'entre nous auront suivi, via les médias, l'accouchement en douleur de ce dixième opus qui aura duré presque 8 ans. Entre frasque presque ridicule du choix du chanteur, le "je t'aime moi non plus" aura été, à défaut d'humilier Dan Nelson et d'éjecter ce pauvre John Bush au dernier moment (effet Big 4 ?), salvateur pour monsieur Belladonna, qui fait ici un comeback remarqué au sein du combo.

En effet on peut dire que celui n'a jamais aussi bien chanté que sur ce "Worship Music", la faute certainement à... John Bush. Car toi vieux thrasheur qui a usé tes shorts sur "Among The Living" ou "State Of Euphoria", ne t'attend pas à un retour aux sources de la part des New Yorkais. Anthrax reprend les choses là où il les avait laissées avec "We’ve Come For You All", les lignes de voix ayant déjà été composées et posées par Bush avant le retour de Belladonna. Celui-ci se contentant alors de ré-enregistrer les parties vocales, s'inspirant certainement du travail de son prédécesseur, tout en y mettant sa personnalité. Si la doublette Scott Ian / Benante continue donc sur sa lancée, il est à noter que le groupe s'aventure dans des sphères nouvelles, qui continueront à déconcerter les intégristes du groupe et raviront les amateurs de la période Bush. Après une intro très aérienne (tiens donc...) tout démarre sous le meilleur des auspices par le dynamique "Earth On Hell" qui nous raméne au bon vieux temps de "Persistence Of Time". On retrouve un combo la bave aux lévres, une rythmique puissante faisant parler la poudre et un refrain des plus accrocheurs. On repart avec le groovy "The Devil You Know" avec ses backups typiques aux New Yorkais et encore un refrain qui fait mouche, contrastant ingénieusement le chant "core" de Scott Ian à la voix clair de Belladonna.

C'est d'ailleurs assez étonnant (et rafraichissant) de retrouver ce dernier dans un excercice à l'esprit beaucoup moins fun que dans ses glorieuses des 90' passées dans le groupe . "Fight 'Em Til You Can't" confirme allégrement cette impression, le combo reliant les différentes époques dans un titre ô combien efficace, reprenant certe des brides de son passée moshisant aux ères plus modernes de l'époque Bush. On part ensuite sur "Alive" avec son intro tout en arpèges, et son impression de balancement irrésistible très bien mis en avant par une production impeccable. S'en suivent l'interlude "Hymn 1" sur fond de violoncelles bien noirs, le "un peu trop mignon" "In The End" qui arrive quand même à décoller sur sa fin quand charlie Benante décide de s'y mettre et "Giant" qui pousse bien avec un joli travail sur les vocaux du refrain. le prévisible second interlude "Hymn 2" intervient alors avant d'enchaîner sur les 4 derniers morceaux, "Judas Priest", "Crawl" aux accents presque pop, "The Constant" qui sonne musicalement un peu comme ce que fait Metallica de nos jours et "Revolution Screams".

Un album gavé jusqu’à à la gueule de 13 titres donc, qui, malgré quelques longueurs (2 ou 3 titres sont dispensables à mon avis) montre un groupe en pleine forme, le poids des âges et des années dans le circuit ne semblant pas avoir de prise sur eux.


Lole
Février 2012


Conclusion
L'interview : Joey Belladonna

Le site officiel : www.anthrax.com