"The Reign"
Note : 14/20
Abyssus entre dans une nouvelle ère. Mené par ses fondateurs Kostas Analytis (chant, ex-Carnal Garden, ex-Cryptic Realms, ex-Soulskinner) et Panos Gkourmpaliotis (guitare, ex-Cross Denied), le groupe grec recrute Manolis Skoularakos (basse, Blasteroid, Venus) et Constantine Jajas (batterie, Blasteroid, Venus), signe chez Fireflash Records, et annonce la sortie de son troisième album, "The Reign".
L’enregistrement a également été assuré par Konstantinos Foukarakis (guitare, Exarsis, live pour Rotting Christ), Fotis Benardo (batterie, Nightfall, Nightrage, ex-Septicflesh…) et Chris Zoukas (basse, Sacral Rage, ex-Violent Definition).
"The Meaning Of Pain" démarre sur les chapeaux de roues, nous offrant un death metal épais et qui ne cache ni ses influences thrash, ni ses racines old school pour nous faire immédiatement remuer le crâne et s’assurer un public conquis en un rien de temps pendant que le vocaliste rugit, ne s’arrêtant que lorsqu’"Out Of Reach" place à son tour ses riffs saccadés. Là encore, les parties vocales apportent un sursaut de rage bienvenue à une base déjà puissante mais qui se laisse facilement assombrir lors du solo avant un final pessimiste qui mène à "Asphyxiation", nouvelle composition au groove accrocheur qui nous offre ses vagues d’agressivité. On se laisse facilement prendre au jeu, mais le titre passe très vite à8 Destined To Die" où l’on repart à toute allure avec une pointe de black / death pour se briser la nuque, mais le groupe ne se prive pas pour se déchaîner avec une approche convulsive et ravageuse avant que le solo n’adoucisse le mélange, tout comme l’introduction d’"At Any Cost" qui nous laissera un temps de répit avant de frapper.
Le morceau est d’abord assez calme mais lourd, puis la rythmique s’embrase et restera assez constante, profitant d’une batterie survoltée avant de faire place au solo final, puis à "The Path I Chose" et son introduction chaotique, mais qui mène elle aussi à une bonne déferlante de violence. Même constat pour "The Prophecy", le morceau prend le temps d’une courte intro avant de charger à bonne allure, continuant d’exploiter des harmoniques criardes pour renforcer rythmique vive et hurlements vindicatifs, tout comme sur "Killing Tendency" qui reste dans la même veine et profite d’une base déjà efficace avec une touche plus mystérieuse vers le centre. Le titre reste cependant assez court, et il en sera de même pour "Await The Final Call" qui adopte plus ou moins la même approche avec un break majestueux avant de faire place à "Trapped In Purgatory" qui va surprendre avec ses sept minutes, mais aussi son introduction malsaine qui conduit à des influences doom / death pesantes sur une bonne moitié du morceau, mais qui n’hésite tout de même pas à accélérer au centre du titre avant de revenir à un son plus oppressant.
Il ne fait aucun doute qu’Abyssus aime son death metal rapide et assez brut, mais "The Reign" nous surprendra un peu sur le final avec un très long titre bien plus diversifié, prouvant que le groupe sait tout de même se renouveler un peu.
"Death Revival"
Note : 16,5/20
- "Tiens, mais que fait Aby ?"
- "Eh bien, Aby suce…"
Pardon, je mourrais d’envie de la faire celle-là. Après cette intro choc de début d’année 2023, intéressons-nous au nouveau méfait d’Abyssus, le bien nommé "Death Revival". Déjà ce nom est tout à fait adéquat tant le groupe sonne comme un mix détonnant entre Death (le groupe) et Autopsy, Master et consort pour le côté linéaire et thrashy. Sorti il y a pile un an, "Death Revival" est un concentré de thrash / speed / death metal qui file tout droit, avec tout ce qu’il faut en clichés du genre pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise.
En effet, dès les premières notes, "Death Revival" apparaît comme un rejeton sincère de Grave, Obituary, Autopsy, Possessed, Death Strike etc. Les 7 titres qui constituent cette galette, véritables concentrés de véhémence, possèdent cette touche old school incisive colportée jusqu’à nos jours grâce à l’héritage des anciens. La chose qui dénote par rapport à l’art ancestral du death old school, c’est la production qui, elle, est actuelle. Attention, j’ai bien précisé qu’elle est actuelle, pas moderne. En effet, le traitement du mix et les sons employés respectent les arcanes du passé, mais le fait que tout soit limpide, que les guitares soient bien détachées dans le mix, le chant compressé bien au centre avec pile la bonne petite dose de réverbe, la batterie légèrement en retrait mais bien distincte, avec un son de caisse claire claquant à souhait, c’est de la prod conventionnelle, sans expérimentation. Le chant entretient ce côté possédé et hystérique, ce petit charme issu d’une approche vocale instinctive et naturelle, loin de toute cette hype actuelle autour de la maîtrise des différents timbres, guttural, growl, grunt, scream, bree, etc. Non, là ça beugle, point. Abyssus propage la sainte parole au travers de titres parfois très funéraires : "Where Wolves Are Out To Hunt", ou vindicatifs : "The Ten Commandments", si ce n’est pas un hommage à peine dissimulé à Slayer : "The Beast Within" et l’intro de "The Witch".
Peu importe la masse sonore qui s’extrait de nos enceintes à l’écoute de cet album sérieux dans son art de modeler et structurer le death metal, on perçoit cette vibration macabre qui donne envie d’headbanguer comme un connard. Les quelques solos, à la fois anarchiques et techniques, possèdent eux aussi une résonnance passéiste délicieusement assumée. L’interprétation globale, autant dans le chant que dans les autres instruments, est très crue. L’album, dans son entièreté, délivre une expérience d’écoute très plaisante, pourtant, on ne peut pas dire qu’il s’y passe grand-chose. Il faut dire qu’en misant sur le côté impactant, autant dans le son que l’interprétation, tout en faisant fi des éventuelles critiques dont pourrait souffrir une formation de la trempe d’Abyssus, à savoir qu’ils ressassent le passé sans rien amener de bien novateur, les membres de ce quintette optent pour une direction qu’ils respectent à la lettre. Cette sincérité qui se ressent au travers d’une musique roots et sans fioritures est un modèle d’intégrité, être intègre avec ses convictions, c’est souvent ce qu’il manque à certaines formations qui jouent du metal pour montrer qu’ils jouent du metal. Abyssus défend sa démarche avec une honnêteté naïve et sincère.
Transcending Obscurity ne s’est pas trompé en ajoutant Abyssus à son écurie, le label, qui propose toujours des sorties de qualité, en nombreuses versions (vinyles colorés, coffret en bois limité, shirts, long sleeves et j’en passe), creuse un sillon toujours plus épais dans les vastes plaines métalliques, faisant surgir à la surface des hordes de formations au service des anciens. Ainsi, "Death Revival", par sa simplicité et son approche sans compromis, fait office de conservateur, préservant un art de faire qui est peu défendu aujourd’hui, peu, ou très mal défendu, car des groupes qui jouent du OSDM il y en a, mais Abyssus propose une relecture très précise de cet art de démonter les oreilles. On remonte au début des années 90, voire même encore avant, on enfile notre bonne vieille battle jacket sur le perfecto et direction le Monop’ du coin pour se dégoter un pack de kros tièdes.
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