Interview faite par mail par Murderworks

Salut les gens, le nouveau S.U.P "Dyssymmetry" est sorti récemment et ça fait pas loin de 10 ans depuis "Hegemony". Depuis combien de temps travaillez-vous dessus ? Vous vous y êtes mis directement après la sortie de "Reveries" de Supuration?
Ludovic Loez (chant / guitare) : Tout s'est passé relativement vite point de vue composition, répétition et enregistrement. Je dirais environ 6 semaines. Pendant ces années passées nous avons travaillé avec Metaluna Productions sur quelques courts et longs métrages. Nous avons pris aussi un peu de temps pour nous séparer de quelques boulets que l'on traînait.
Fabrice Loez (guitare / chant) : Non, Nous avons d'abord réédité "Anomaly", "Room Seven" et "Chronophobia" en format vinyle, ainsi que "The Cube". Ensuite, nous nous y sommes mis doucement, et après, tout s'est accéléré. Il y a tout de même un morceau qui a été préconçu à la sortie de "Hegemony" en 2008, c'est un peu la base de l'album.

Je sais que rien n'est prévu chez vous mais est-ce que le fait d'avoir revisité votre passé et d'avoir bouclé la trilogie "Cube" avec Supuration a relancé l'envie d'activer S.U.P ?
Ludovic : S.U.P  était toujours présent pour nous.  Nous avons pris le temps nécessaire voilà tout.  
Fabrice : Oui, nous adorons jouer du Supuration, mais nous avions hâte de retrouver S.U.P. Beaucoup plus inspirant pour nous. Nous nous sentons un peu moins prisonniers d'un style dans S.U.P. Ca s'est ressenti aux premières répétitions ensemble.

D'ailleurs, le fait de revenir sur le passé de Supuration a-t-il pu avoir une influence musicale sur le nouveau S.U.P ? Parce que j'ai l'impression que cette fois vos morceaux sont encore plus froids et durs.
Ludovic : Je ne pense pas. Supuration est derrière pour moi maintenant même si je n'ai aucun regret.  
Fabrice : Plus froids, probablement, plus durs, je ne sais pas trop. S.U.P a toujours été très glacial. Nous essayons de mettre en musique des tragédies, des drames, de l'horreur et cette fois, nous y avons rajouté une pointe de gore. "Dissymetry" est une sorte de poésie gorifique comme se plaît à le qualifier mon frère.



D'ailleurs, en plus d'avoir réenregistré des anciens morceaux de Supuration, vous aviez aussi réenregistré "Anomaly" en 2000. Vous aviez dit si ma mémoire est bonne que les nouvelles versions correspondaient plus à ce que les morceaux étaient devenus au fil des concerts. Il y a d'autres morceaux qui ont beaucoup évolué en live depuis ?
Ludovic : Nous avons toujours changé un peu les versions de nos chansons en live. Au cours des répétitions nous faisons évoluer les titres afin de proposer quelque chose de différent sur scène.  
Fabrice : Tu sais, les ressentis évoluent sans cesse, maintenant, je trouve que "Anomaly" (1995) est beaucoup plus proche de ce que nous ressentons. ...But all has changed... Réenregistrer les morceaux de "Reveries" nous a permis de bien fermer la boucle de Supuration.

En parlant de live, des dates ou une tournée sont prévues ? Est-ce que l'on va pouvoir vous retrouver sur scène prochainement ?
Ludovic : Pour le moment non.  
Fabrice : Non, nous n'avons rien de prévu pour le moment, mais nous n'excluons pas le fait de refaire une tournée prochainement, ou quelques dates. Nous devons juste nous réorganiser dans ce sens. Notre tournée auprès de Gorod et Psykup nous a beaucoup apporté.

Une fois de plus vous développez un concept très glauque et malsain, qu'est-ce qui vous a inspirés cette fois ?  Même si je me doute que vous n'avez pas envie de trop en dire, on se demande quand même ce que fait le personnage avec toutes ces mutilations. Un hybride cyborg qui fusionne l'humain et la machine ? La recherche de l'extase par la douleur ?
Ludovic : Le thème de la schizophrénie n'a jamais fait partie de notre discographie. Sur "Dissymetry", il en est question sur un fond de science-fiction et un peu de torture porn.  
Fabrice : C'est une sorte de savant fou qui expérimente sur lui-même. C'est un schizophrène, il est poussé par des voix dans sa tête. La schizophrénie, on en parlait déjà avec "Back From The Garden" à l'époque mais nous ne  l'avions pas abordé de la même façon. Avec un peu de technologie en plus, des machines, une histoire intemporelle.

La pochette, une fois de plus réalisée par Mathieu Carton et très réussie là encore, est assez sobre et illustre parfaitement le titre de l'album. D'ailleurs quels sens peut on donner à cette "Dyssymmetry" ? Est-ce la différence entre la folie du personnage principal et son reste de lucidité qui lui permet de réaliser ce qu'il s'est infligé ? Ou peut-être un lien entre l'organique et la partie mécanique des prothèses qu'il se pose ?
Fabrice : Ai-je besoin d'argumenter après ta brillante description ?

  Si vous avez évidemment composé la musique et écrit l'histoire, j'ai vu dans le livret que les paroles étaient écrites par Siobhan Mc Carthy. Qui est-ce donc et qu'est-ce qui vous a convaincu de proposer à quelqu'un d'autre de mettre en forme les paroles de ce nouvel album ?
Ludovic : Nous travaillons avec Siobhan depuis 1997. Nous écrivons les textes, les histoires et Siobhan les transforme en paroles. Je m'occupe des découpages pour la mise en place et la finalisation des titres.  
Fabrice : Les textes sortent de la tête de Ludo, il écrit toute l'histoire, la découpe en morceaux et ensuite, il envoie tout ça à notre amie Siobahn qui les traduit et les réarrangent en lyrics. Ensuite s'opère la magie entre les textes et la musique. tout s'imbrique naturellement.



Peut-être que ça permettra aussi de briser cette tendance qu'on est apparemment nombreux à avoir, celle qui consiste à peut-être sur-interpréter ce que vous faites. C'est peut-être lié au fait que vous êtes longtemps restés assez discrets comparés à d'autres mais on a toujours l'impression qu'il y a plusieurs sens de lectures dans tout ce que vous faites. En discutant avec d'autres personnes, j'ai l'impression qu'on est nombreux à voir du symbolisme ou des sens cachés chez vous là où il n'y en a peut-être pas forcément. Vous le ressentez aussi de votre coté ?
Ludovic : Non. Tout est relatif. Chacun est libre d'avoir sa propre vision d'un album, c'est un peu le but de l'art en général que ce soit la musique, la peinture, la sculpture etc...
Fabrice : Il est vrai que ce que tout ce que nous faisons n'est pas totalement prémédité. Regarde l'interprétation que tu as faite de la pochette de Matthieu Carton par exemple. Je pense que c'est ce qui différencie l'Art du reste. Lorsque l'on arrive à se créer sa propre histoire, lorsqu'une peinture dirige notre imagination sans l'influencer, lorsqu'un morceau de musique nous berce et nous emmène sans nous emprisonner, à ce moment précis nous faisons face à une œuvre d'Art. C'est ça, pour moi la véritable définition de l'Art. L'artiste doit pouvoir parler à tout le monde de différentes manières sans trop le diriger, en laissant la personne qui s'y plonge se laisser bercer par ses propres fantasmes. Voilà, j'espère que cela répond à ta question. Il faut juste savoir comment amener les gens sans les brusquer ni trop les influencer.

Vous faites depuis quelques temps une série de vidéos sur YouTube nommée "We love it loud" et qui vous voit passer en revue des morceaux, des albums, des groupes qui vous ont marqués, influencés ou dont vous aimez la musique tout simplement. Le concept est sympa et c'est très intéressant de voir votre parcours musical, ça permet d'avoir une idée de la façon dont vous avez construit cette forte identité musicale avec S.U.P et Supuration. C'est le passage dans Metal Bunker de Jérémie Grima qui vous a convaincu de vous lancer ?
Fabrice : Je n'ai pas fait le rapprochement, cette idée de vidéo est très vieille mais nous n'osions pas franchir le cap de la caméra. Mais, oui, c'est probablement Jéremie qui nous a mis le pied à l'étrier.

  On avait déjà parlé de ces fameux lives bootleg que vous aviez sortis mais je me suis demandé d'où venaient tous ces lives, que ce soit les bootlegs ou celui de la clé USB "Anomaly" par exemple. Tout sort de vos archives personnelles ou on vous en envoie de temps en temps ?
Ludovic : Nous essayons depuis que cela nous est possible d'enregistrer nos concerts, il y a encore beaucoup d'archives dans nos tiroirs.
Fabrice : Nous avons enregistré tous nos lives (dès que c'était possible). L'idée de tout enregistrer nous est venue de notre tournée avec Suffocation, ils enregistraient systématiquement leurs lives et grace à Mr Eric Dochez (notre ingé son de l'époque et producteur de quelques albums de S.U.P et Supuration) qui est plutôt un archiviste dans l'âme qui nous a tout enregistré. Nous avons beaucoup de bootlegs. Nous continuons à tout enregisrter. Nous avons encore beaucoup de vidéos et d'enregistrement bien sûr. Ce sont donc nos archives personnelles.

Merci d'avoir encore une fois pris le temps de répondre à ces quelques questions, comme d'habitude vous avez la carte blanche de fin.
Ludovic : Merci beaucoup et bonne continuation à toi !  


Le site officiel : www.supuration.fr