Interview faite par mail par Rm.RCZ

Salut les Deficiency, toutes mes félicitations pour votre nouvel album ! Qu’on ne le cache pas, entre les chroniques et les interviews, vous commencez à être des habitués de nos colonnes. Finalement French Metal, c’est devenu un petit rendez-vous ?
Laurent (guitare / chant) : Salut ! C'est un plaisir que de voir de nos nouvelles régulièrement relayées sur French Metal ! Merci pour votre soutien !

Plus sérieusement, même si ce n’est quasiment plus nécessaire, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et retracer brièvement l’histoire et le parcours de Deficiency ?
DEFICIENCY a été créé en Lorraine en 2009. Nous avons publié 3 albums : "State Of Disillusion" en 2011, "The Prodigal Child" en 2013 et le petit dernier "The Dawn Of Consciousness" il y a quelques semaines. Cela fait un certain nombre d'années maintenant que nous tournons en France et à l'étranger, avec à notre actif scénique des premières parties de Machine Head, Testament, Napalm Death, Evile, une tournée avec Suicidal Angels et Angelus Apatrida, ou des festivals comme le Motocultor ou le Rock Your Brain Fest.

D’ailleurs concernant l’histoire de Deficiency, après plusieurs modifications, le line-up semble s’être stabilisé avec le second album, "The Prodigal Child". Deficiency a donc trouvé l’alchimie entre ses membres ?
Au niveau de l'équipe des "cordistes", nous sommes effectivement stabilisés depuis 2012. C'est derrière les fûts que les choses ont plus récemment bougées puisque Thomas Das Neves (ex-Heavenly, AkromA...) nous a rejoints il y a deux ans suite au départ de notre précédent batteur Antho.

Niveau musical, Deficiency distille un "melodic thrash metal". Mais quelle définition donne Deficiency au melodic thrash metal ?
Cette appelation de melodic thrash metal, bien que non exhaustive, nous semble la plus adéquate pour qualifier notre musique. Une solide base thrash, faisant la synthèse entre les aspects old school et modernes du genre, agrémentés de nombeuses autres influences, notamment le death mélodique. Notre musique reste marquée par les mélodies, qu'elles viennent des guitares ou des lignes de chant. Il nous paraît important de ne pas uniquement nous désigner comme un groupe de thrash car notre musique peut parler à beaucoup d'amateurs d'autres horizons que celui-ci !

Avant de passer à notre plat principal, à savoir "The Dawn Of Consciousness", rappelons que la discographie de Deficiency se compose actuellement de trois albums studios. De façon large, quels retours ont pu connaître, "The Prodigal Child" et "State Of Disillusion", les deux premiers albums du groupe ?
Concernant SOD, il s'agissait de notre tout premier album, réalisé en autoproduction totale. Nous avons fait les choses du mieux que nous pouvions avec notre budget de l'époque et les retours ont été plutôt positifs et encourageants. Il nous a permis de nous faire un nom sur la scène régionale. Mais c'est réellement avec la sortie de "The Prodigal Child", bénéficiant d'une production et d'un encadrement bien plus professionnels, que l'on a davantage parlé de DEFICIENCY en France. Cet album nous a ouvert de nombreuses opportunités, scéniques notamment. Nous n'aurions jamais imaginé pouvoir réaliser un tel parcours, certains de nos rêves de gamins fans de metal ont tout simplement été réalisés grâce à ce disque et au bon accueil qu'il a eu !

De même, avec du recul, comment ces deux albums sont-ils perçus par le groupe ? En êtes-vous toujours satisfaits ?
A titre personnel je vois notre premier album comme le projet qui a lancé le groupe. La production est propre, le style en cours d'affirmation. On y retrouve l'essence de DEFICIENCY, même si tout n'est pas encore complètement abouti. Concernant le second album "The Prodigal Child", il est bien plus affirmé et cohérent. Il a bénéficié d'un très bon accueil et nous a permis clairement de franchir un cap. Il restera un album majeur pour nous ! Encore aujourd'hui, nos concerts se composent de nombreux morceaux de ce disque qu'il nous semble impossible d'écarter des setlists !

Pour en revenir au sujet le plus brûlant, rappelons qu’en Mars dernier sortait votre nouvel album, "The Dawn Of Consciousness". Avant d’entrer dans plus de détails, que représente ce troisième album pour Deficiency ? Personnellement j’y vois l’affirmation d’une certaine maturité…
L'adage de la presse musicale dit que le troisième album est celui de la maturité. Nous ne l'avons pas vraiment appréhendé avec cette idée précise en tête. Cependant, après TPC ("The Prodigal Child"), il nous semblait compliqué de réaliser un album qui puisse le surpasser, voire simplement l'égaler en qualité. En ce sens, cela nous a mis une certaine pression. Au vu des nombreux retours que nous avons des médias et du public aujourd'hui, nous sommes rassurés ! Le disque semble plaire de manière quasi unanime. Nous essayons simplement de faire le meilleur album possible en fonction de nos possibilités du moment et l'essentiel est que nous soyons fiers et satisfaits du résultat, même si évidemment avec le recul que l'on a progressivement sur notre travail, il y a toujours quelques petits points que nous aurions pu encore améliorer.



Quels sont les concepts, les thèmes ou encore les sources d’inspiration de "The Dawn Of Consciousness" ? D’ailleurs, son artwork est à la fois énigmatique et très explicite.
Oui, nous avons encore une fois fait appel aux talents de Ludovic Cordelières (Rusalka Design) pour l'artwork. Nous avions quelque chose d'assez précis en tête et il a toujours été à l'écoute de nos idées tout en apportant sa touche personnelle reconnaissable au premier coup d'oeil. La pochette représente bien le concept album, à savoir une seconde chance accordée à l'humanité après la découverte de sa réelle origine, décrite sur le disque précédent TPC. Cette fois-ci, l'Homme découvre d'où il vient et pourquoi il a été créé. Chacun réagit donc différemment face à cette révélation, les six émotions primitives partagées par toutes les civilisations sont évoquées sur "The Dawn Of Consciousness". On peut donc voir sur cet artwork une entité créatrice (tout autant que destructrice d'ailleurs) et les Hommes subissant toutes ces émotions / réactions.

Du fait de tous ces changements et de l’évolution musicale du groupe, que pouvez-vous me dire sur l’orientation musicale du groupe pour les prochains albums ?
Jérôme : On en parle oui et non. On ne se dit pas que le prochain album va être comme ceci ou comme cela…
Vianney : Pour le moment c’est vrai qu’on ne s’en préoccupe pas vraiment. Il est certain que, chacun dans notre coin, on continue à composer des riffs mais on n’a pas assez de matériel pour envisager d’enregistrer un troisième album. On s’est énormément investi dans cet album, que ce soit artistiquement, humainement, financièrement, donc la priorité pour le moment c’est de défendre cet album le plus possible, d’essayer de tourner au maximum.

La composition fait preuve d’un sacré accomplissement, tout s’enchaîne de façon très fluide et l’écoute est très agréable. Mais comment s’est donc déroulée la composition ? Pour faire écho à votre précédente interview French-Metallienne, Laurent est il toujours le "Dave Mustaine perso" du groupe ?
Je plaide coupable ! Mais je me défends de tout totalitarisme au sein du groupe ! Une simple dictature me suffit amplement (sourire) Plus sérieusement, je suis effectivement à l'origine de la grande majorité des titres. Soit je propose un morceau achevé à 100%, soit un squelette auquel les autres membres du groupes ajoutent leurs idées de riffs ou d'arrangements. Cette fois-ci, Jérôme a pu participer davantage au processus de composition. Sur le précédent disque, il était arrivé au sein du groupe alors que les morceaux étaient déjà bien avancées. Il a pu proposer de nombreuses idées de riffs, de mélodies pour orner certains refrains ou parties mélodiques et il joue même 2 soli ! Je pense pouvoir bien plus partager les leads à l'avenir avec lui car il a beaucoup de talent. Il a simplement mis un peu de temps avant de les exploiter dans DEFICIENCY ! Cela me fait plaisir que tu parles de fluidité à l'écoute du disque. Il est très important pour nous que l'auditeur ne soit ni perdu ni lassé. Nous prêtons de l'attention au niveau de la composition mais aussi dans le choix du running order des titres de sorte à ce qu'aucun morceau ne ressemble trop à un autre au gré de l'écoute. Tu ne trouveras par exemple jamais deux titres successifs qui soient composés dans la même tonalité.

Quoi qu’il en soit, les titres ont vraiment été travaillés, notamment les parties claires. Etant directement impliqués par ce postulat, quel est votre point de vue là-dessus ?
Je suppose que tu fais allusion à la voix. Je n'ai jamais vraiment hésité à proposer des lignes vocales chantées. Pour moi elles sont essentielles pour varier les ambiances et apporter un aspect "catchy" aux morceaux, notamment sur les refrains. Pour la première fois, j'ai utilisé sur certains titres des voix uniquement claires, sans aucun grain. J'essaye d'utiliser une palette vocale la plus large possible pour apporter de la couleur et un intérêt supplémentaire aux parties de chant.

Avec ce "The Dawn Of Consciousness", Deficiency confirme son identité sonore, en particulier à travers une certaine technicité. Deficiency a donc trouvé sa recette définitive ?
Je pense qu'on est effectivement dans une continuité par rapport à l'album précédent, tout en ayant peut-être poussé davantage les aspects techniques, mélodiques et agressifs. En tout cas, cette base thrash nourrie de nombreux autres styles comme le death mélo, le prog, le hardcore voire le sympho est effectivement une recette qui nous convient tout-à-fait et peut nous différencier d'un goupe de thrash entre guillemets lambda.

D’ailleurs, certaines influences se font ressentir dans les compositions, quelles sont les plus importantes d’entres elles ?
Si tu me demandes des noms de groupes, je dirais Machine Head, Soilwork, Darkane ou Metallica. Mais on peut trouver des ambiances provenant d'autres genres, comme pourquoi pas Symphony X, Meshuggah, et bien d'autres !

La production de "The Dawn Of Consciousness" est, elle aussi, impeccable. D’ailleurs, comme pour le précédent album, celle-ci est signée David Potvin du Dome Studio (T.A.N.K, Kronos etc...). On ne change pas un producteur qui gagne ?
C'est un peu ça oui ! On connaissait à la fois les lieux, la personne (David) avec qui on s'entend très bien, le matériel, la manière de faire et nous étions satisfaits de la production de notre précédent disque. Nous ne voyions pas vraiment de raison de changer la recette !



Déjà des visions, des envies ou des rêves de l’"après" "The Dawn Of Consciousness" ?
Pour le moment, on se concentre sur ce nouvel album. Les choses viendront petit à petit et nous n'avons pas encore commencé à réfléchir à ce que sera le futur album. L'objectif premier est de continuer à se faire plaisir et de pouvoir sortir un album dans de bonnes conditions d'ici 2 ou 3 ans. Pour ce faire, il s'agit de bien défendre "The Dawn Of Consciousness" ! Pour les envies et les rêves, on en a toujours qui restent fous et qu'on sait irréalisables, même si des trucs énormes nous arrivent encore! Je pense par exemple à une double page d'interview dans le magazine Rock Hard très récemment, c'est juste énorme pour nous! Nous avons atteint un moment de nos vies et de notre "carrière" où nous ne nous faisons plus vraiment d'illusion. On est ancré dans la réalité de ce qu'est le metal et son milieu en France et en Europe.

15. Pour sortir un peu du Deficiency "studio", en 2017, où pourra-t-on croiser le Deficiency "live" ? Et surtout que réserve Deficiency à son public pour le reste de l’année ?
Nous avons lancé le nouvel album sur scène début Avril dernier lors d'un release show qu'on a organisé nous-mêmes de A à Z. C'était vraiment énorme de jouer un gros set avec une grosse production devant notre public. Nous avons déjà pu nous produire en Alsace, en PACA et près de Lyon pour le Lions Metal Fest avec Darkane et Onslaught en headline. Pour les concerts futurs, nous sillonnerons la France (région parisienne, grand Est, Bretagne, PACA) sur de nombreuses dates à partir de la rentrée prochaine, notamment pour le Hexagon Thrash Alliance #2, tournée que nous relançons cette année avec Heart Attack et Malkavian. Nous allons être bien occupés ! Toutes ces dates vont être confirmées bientôt.

Pour amorcer doucement la fin des questions-réponses, quel regard porte Deficiency sur la scène actuelle, en particulier la scène hexagonale ?
Il y a énormément d'excellents groupes en France ! Nous avons une scène très productive et talentueuse dans de nombreux styles de metal. Je ne parle pas uniquement des groupes reconnus à l'échelle nationale voire internationale pour certains, mais aussi des "petits" groupes émergents ou non qui font des trucs de malade dans leur coin et ne demandent qu'à montrer au monde leur talent. Je pense sincèrement qu'un amateur de metal peut y trouver son compte, qu'il soit fan de death, black, prog, hardcore, thrash, ou autres, uniquement au sein de l'hexagone. Par contre la scène est tellement prolifique qu'il est difficile de réussir à trouver son public à l'échelle nationale. Se démarquer et émerger reste une épreuve, réussir à se pérenniser en est une autre. En tant que groupe, on est très souvent livrés à nous-mêmes et l'investissement doit être total pour maintenir un groupe à flots. C'est un peu le parcours du combattant à chaque instant, il faut faire de nombreuses concessions, mais la passion de la musique réussit toujours à nous motiver !

Que peut-on donc souhaiter à Deficiency au sein de cette scène ?
Tout simplement de continuer à prendre du plaisir ! Qu'on parle de nous, que les retours soient positifs et qu'on puisse continuer à se produire sur scène et partir à la rencontre des passionnés de metal comme nous !

Le bout de l’interview se laisse définitivement entrevoir, alors comme le veut la tradition, le mot de la fin est pour vous !
Merci encore à toi pour cette interview fleuve, j'espère ne pas avoir été trop bavard ! On se donne rdv dans les salles françaises très bientôt pour découvrir, redécouvrir, et apprécier on l'espère nos titres avec l'énergie du live !


Le site officiel : www.deficiency.fr