Interview faite par mail par John P.

Salut et merci de nous accorder du temps ! D’abord bravo pour ce nouvel album "Black Nova" que j’ai écouté avec beaucoup de plaisir. Peut-on affirmer que c’est la concrétisation de 20 ans de carrière ?
Shawter (chant) : Merci beaucoup pour ces mots ! Je ne sais pas si c'est la concrétisation de 20 ans de carrière... Nous n'avons rien calculé en termes de timing ou de célébration. Chaque album a pour but de retranscrire au mieux une période de nos vies, en étant au plus proche de nos sentiments et de nos envies. Je parlerais donc plus simplement de notre septième album que de l'album de nos vingt ans de carrière. On voit passer sur les réseaux beaucoup de commentaires, de chroniques, disant que c'est notre meilleur album, mais je préfère rester fidèle à ma ligne de conduite et espérer que le meilleur sera le prochain !

Beaucoup parlent du départ de Franky Costanza et de Z. Alors autant vous poser la question inverse : comment s’est passée l’intégration de Nicolas Bastos et de Jean-Laurent Ducroiset au sein du groupe ? Sachant que vous étiez déjà proches du groupe Xplore Yesterday.
Voilà qui est bien plus intéressant en effet, et plus constructif surtout. Bastos et JL sont deux musiciens très talentueux et dotés d'un gros baguage technique. Ils aimaient tout deux depuis longtemps la musique du groupe, et on se connaissait tous avant qu'ils intègrent le groupe. Humainement, c'était cool entre nous. Avec ces trois facteurs réunis, l'intégration s'est effectuée en toute fluidité, très simplement. On a bossé pour trouver une cohésion de groupe sur scène et dans l'interprétation des morceaux, et voilà. Nous n'avons pas pris de "break" spécifiquement pour cette période, et deux mois après l'annonce de ce nouveau line-up, nous étions déjà au Wacken à 20h, devant 30.000 personnes. Notre confiance en nous n'a jamais été affectée et ce grâce à cette sérénité retrouvée entre nous quatre.

Il y a toujours des gens pour se plaindre, et cette fois certains ont visé les nappes electro qui n’étaient pas à leur goût. Selon moi lelectro était indispensable pour "Black Nova". De qui vient cette idée et dans quel but ? Est-ce qu’il s’agit d’une sorte de renaissance pour Dagoba ?
Comme tu dis il y a toujours des gens pour se plaindre, et notre but n'est pas de plaire à tout le monde de toute façon. On a toujours fait ce qu'on a voulu artistiquement, et d'ailleurs ces teintes d'electro ne sont pas une vraie nouveauté dans notre musique. Elles sont présentes depuis notre premier EP. Ce qui aurait pu être choquant c'est justement qu'on les supprime de notre son. Après, nous avons sorti en premier et deuxième singles "Inner Sun" puis "Stone Ocean", qui sont les chansons qui comprennent le plus de ces fameuses nappes electro. Les snipers habituels ont donc trouvé ce grain à moudre, mais l'ensemble de l'album n'est pas plus electro que les précédents. Et d'ailleurs, on a reçu beaucoup de messages d'auditeurs qui, au prime abord, avait eu du mal à intégrer l'electro mais qui finalement ne pouvait plus s'en passer ! Pour ce qui est de la composition, la formule n'a pas changé, je me suis occupé des musiques et des paroles de cet album. Le changement c'est surtout que cette fois j'étais sûr de ne pas voir quelqu'un faire la tronche à cause d'une trop grande ouverture d'esprit musicale. Pour ce qui est d'une renaissance, je dirais oui, mais pas au sens musical, plutôt au sens humain. Nous sommes débarrassés du sentiment que quelqu'un cherche à détruire le groupe de l'intérieur.



A partir de là, le son de Dagoba va-t-il continuer à se moderniser ou revenir à des bases plus "brutes" ?
Nous avons toujours voulu proposer des albums aux atmosphères différentes, donc il est encore impossible pour moi de te dire si nous continuerons dans cette voie, ou si nous changerons complètement de cap.

Les clips de "Inner Sun" et de "Stone Ocean" sont visuellement sublimes ! Mais ils semblent totalement contraires, le premier étant dans un paysage rouge / orange, le second dans un paysage bleu / blanc. Ce n’était pas trop difficile de tourner dans ces conditions qui semblent extrêmes ?
Haha, nous avons tourné les plans extérieurs à Marseille, chez nous, au chaud, en termes de pénibilité on a connu bien pire ! Ce furent au contraire des tournages très agréables, avec une super équipe (Brice Hincker et Damien Gans) on s'est bien marré avec les drones, et on est tombé sur un banc de dauphins énorme lors du tournage de "Stone Ocean". Un super moment.

En se basant sur les paroles et uniquement sur les paroles, est-ce que l’album raconte, décrit ou explique quelque chose de précis ?
Oui, il parle de sentiments humains confrontés à des métaphores d'ordre cosmique. Pour comparer une certaine gravité qui peut sembler relative à une échelle d'une immensité qui elle ne l'est pas (l'infini).

"Vantablack", le dernier titre de l’album, m’a particulièrement plu. Que raconte-il ?
Le Vantablack est la matière la plus noire de l'Univers. Capable d'absorber la lumière elle-même. Un monde sans lumière, c'est l'absorption même du concept de dimension. La mort.

La pochette de "Black Nova" est selon moi la plus réussie avec celle de "Post Mortem Nihil Est". Des détails à nous donner sur cet artwork ?
Nous avons refait appel à Seth Siro Anton, de Septicflesh. Il est très talentueux et proche du groupe, donc c'était facile de parler avec lui de la situation du groupe et de la direction artistique souhaitée. Une fois tout cela mis à plat, nous avons fait confiance en son talent, et il nous a proposé plusieurs artworks très forts, mais celui que nous avons choisi était plus proche de ce que l'album représente que les autres. Cette figure qui recrache quelque chose de noir, qui semble négatif, nocif, c'était parfait à ce point de notre carrière.

Penses-tu que Dagoba forme une œuvre complète depuis le début de sa carrière ou que chaque morceau, chaque album, est à prendre à part ?
Je pense que la vérité est quelque part entre les deux idées. Chacun de nos albums se veut différent des autres dans les atmosphères, et donc en même temps cela donc un sens à l'ensemble de notre discographie, à la vision que nous avons de la musique. Un concept sans frontière, sans barrières ni tabous, mais qui garde en son sein une brutalité et une martialité viscérale.

Parlons du metal en France. As-tu ressenti une évolution de ce côté ces derniers temps ? Que ce soit au niveau de la réception des Français face au metal ou au niveau du contenu proposé par les groupes.
Oui, j'ai vu beaucoup (trop) de groupes mettre fin à leur carrière. Dans le même temps nous voyons d'énormes festivals devenir de plus en plus gros, tout cela est assez paradoxal finalement. Certains groupes français se meurent de vieillesse ou d'épuisement financier, quand nous avons de plus en plus d'argent pour attirer les grosses têtes d'affiche internationales dans nos festivals... Peut-être que nous, la communauté metal française, devrions penser à ça plus profondément ? Après, certains groupes qui étaient déjà de gros poissons sont devenus encore plus gros, chez nous et à l'étranger aussi, espérons que ce mouvement tire tout le monde vers le haut.



Quand on me parle de metal et de France je pense systématiquement à Gojira bien entendu, mais également à Dagoba en deuxième position (des groupes comme Mass Hysteria, The Arrs ou Eths ne venant qu’après…). Vous sentez-vous comme un des piliers metal national voire international ?
Ta question fait échos à ma précédente réponse : Eths ont mis fin à leur aventure, et The Arrs arrêtent en Novembre de cette année il me semble. Tu vois, ça fait déjà pas mal de monde en moins dans ton classement... Pour ce qui est de positionnement, je ne préfère pas me dire que nous en sommes arrivé ici ou là. Je préfère rester focaliser sur deux choses :
- Ce qu’il nous reste à accomplir artistiquement
- Sommes-nous heureux ainsi ?
Bien sûr ça me fait plaisir quand je reçois tous ces messages du monde entier, qui nous parle du groupe, qui nous demande de venir, ou plus simplement quand nous jouons à l'étranger, que le metal français s'exporte. Mais jamais je ne nous vois comme "piliers". Nous avançons, proposons une musique qui nous est chère, et nous sommes très heureux de pouvoir vivre de celle-ci, c'est déjà merveilleux !

A propos de votre prochaine tournée avec Kreator et Decapitated, j’imagine que ça représente beaucoup pour vous de partager la scène avec ces deux géants du metal ? Qu’attendez-vous de cette tournée ? Et qu’est-ce que nous pouvons attendre de cette tournée en tant que fans ?
Oui, nous sommes très contents de participer à cette tournée. Ce sont comme tu dis deux géants du metal, et nous aurons donc des choses à apprendre d'eux, donc c'est cool ! Nous sommes conscients que le public sera légèrement différent du nôtre, et donc il nous faudra certainement adapter notre set-list à cette occasion. L'occasion de proposer un concert plus extrême que d'habitude peut-être ? Nous verrons bien, en tout cas nous sommes impatients, et nous serons prêts à temps.

On se voit très probablement à la Cartonnerie de Reims au mois de Janvier à l’occasion de la tournée "Gods Of Violence" ! Merci pour tes réponses, je te laisse le traditionnel mot de la fin !
Merci pour votre soutien !


Le site officiel : www.facebook.com/dagoba13