Le groupe
Biographie :

The Great Old Ones est né en 2009 comme étant le one-man band de Benjamin Guerry (guitare, chant). Il souhaitait créer un black metal atmosphérique retranscrivant au mieux les ambiances des écrits de Lovecraft, et son goût pour les musiques extrêmes. Sa rencontre avec Jeff Grimal (guitare, chant) lui a donné l’envie de donner plus d’ampleur au projet en recrutant d’autres membres. Rapidement sont arrivés Léo Isnard (batterie), Xavier Godart (guitare), et Sébastien Lalanne (basse), donnant ainsi vie à The Great Old Ones, et permettant au groupe d’enchainer les concerts avec entres autres Acephalix et The Phantom Carriage. Distillant une musique sombre, intense, et mélodique que l’ont pourrait rapprocher de Altar Of Plagues, Fen, Wolves In The Throne Room, c’est le Vendredi 27 Avril 2012 que sortira leur premier album enregistré et mixé par Cyrille Gachet à Bordeaux (France) (Year Of No Light...), et masterisé par Alan Douches à New York (Tombs, Dillinger Escape Plan...), sur Les Acteurs De L’Ombre Productions. Deux ans plus tard, après plusieurs concerts et festivals, The Great Old Ones revient avec un second album, "Tekeli-li", une fois de plus passé entre les mains de Cyrille Gachet et Alan Douches. Le troisième album, "EOD : A Tale Of Dark Legacy", sort en Janvier 2017.

Discographie :

2012 : "Al Azif"
2014 : "Tekeli-li"
2017 : "EOD : A Tale Of Dark Legacy"


Les chroniques


"EOD : A Tale Of Dark Legacy"
Note : 18/20

Les disciples de Lovecraft sont de retour après deux albums qui avaient fait très forte impression. Troisième album donc pour The Great Old Ones, celui dont on dit souvent qu'il doit marquer un cap pour chaque groupe. "EOD : A Tale Of Dark Legacy" est son petit nom et je préfère annoncer tout de suite qu'il tient toutes ses promesses et qu'il porte la musique du groupe encore plus haut.

Après une très courte intro d'un personnage qui nous annonce être enfin arrivé à Innsmouth, on se prend "The Shadow Over Innsmouth" dans la tronche justement. Un maelström d'émotions d'entrée de jeu, une fusion de la fureur du black metal et d'ambiances plus post quelque chose avec toujours ce sens de la mélodie qui tue. Un peu plus de neuf minutes au compteur et le groupe a déjà réussi à nous happer dans son univers noir et poisseux, la production étouffante d'El Mobo aidant à créer un climat claustrophobique. Faisons simple en disant que ce nouvel album est la suite directe des deux précédents, on y retrouve la même folie, la même mélancolie, la même fureur. Les riffs dégagent des ambiances aussi noires que grandioses, "The Ritual"rappelle d'ailleurs Emperor à ce niveau-là. The Great Old Ones nous plonge cette fois dans tous les sens du terme dans la ville d'Innsmouth, et si ses albums s'inspirent d'une oeuvre littéraire il est pourtant bien difficile d'écrire à leur sujet tant leur écoute se vit. Cette musique vous demande de vous investir, ce genre d'album ne peut pas s'écouter d'une oreille distraite. Il va falloir que vous y plongiez, que vous laissiez la musique de The Great Old Ones vous engloutir. Elle a une âme, elle est vivante, elle va vous parler et ce ne sont pas des mots doux qu'elle va vous glisser à l'oreille. Pour qui a déjà lu Lovecraft, l'effet est forcément décuplé tant on retrouve les ambiances de ses nouvelles, cette impression de pénétrer dans une autre réalité en même temps que les personnages.

Le chant est d'ailleurs légèrement en retrait comme si on l'entendait de l'autre côté, de là où vient l'indicible. On sent le travail énorme qu'à demander "EOD : A Tale Of Dark Legacy", que ce soit les riffs majestueux, les arrangements qui rajoutent à l'immersion, le jeu de batterie de Léo Isnard aussi inspiré qu'inventif, rien n'a été laissé au hasard et si l'album ne livre ses secrets qu'après plusieurs écoutes, la première suffit à percevoir ses qualités. Les morceaux sont tous assez longs, mention spéciale évidemment aux onze minutes de "Mare Infinitum" qui ferme l'album et qui nous laisse K.O. On se demande ce qui vient de nous arriver et la seule envie qui se manifeste est celle de relancer l'album pour comprendre ce qui nous est tombé dessus. Une fois de plus, The Great Old Ones fait du The Great Old Ones, sa musique est à part, difficile à décrire et loin de presque tout ce qui se fait à côté. Ce groupe est dans son monde, il le développe album après album et nous embarque dedans au passage. A noter que Jeff Grimal a une fois de plus réalisé une superbe pochette pour ce nouvel album, avec un Chthulu tout feu tout flamme brûlant la terre tout autant qu'il déchaîne la mer.

J'avais dit à l'époque de ma chronique d'"Al Azif" que ce groupe avait un gros potentiel et la suite ne m'a pas fait mentir. "EOD : A Tale Of Dark Legacy" se montre largement à la hauteur de nos espérances et confirme que The Great Old Ones tient quelque chose.


Murderworks
Mai 2017




"Tekeli-li"
Note : 18,5/20

Le premier album des Bordelais, “Al Azif", sorti il y a deux ans, en avait scotché plus d'un ! Entre black metal atmosphérique et progressif, "post-black", me souffle-t-on à l'oreillette. A croire que le fantôme de Lovecraft les aurait choisis pour répandre la prophétie de ses mondes invisibles, terrifiants, tentaculaires. Il est assez courant de voir des groupes faire référence à l'écrivain américain (Celtic Frost, Hypocrisy, Cradle Of Filth, Nile, Massacre etc...) et j'avoue avoir découvert l'auteur grâce à l'album "Altars Of Madness" de Morbid Angel. L'appropriation (entre autre) du mythe de Cthulhu par The Great Old Ones pourrait alors passer pour un "gimmick" de plus dans un univers musical déjà saturé des entités Azathoth, Yog-Sothoth, Bal Saggoth (???!!!). La pioche dans l'univers Lovecraftien pour un groupe de metal extrême n'est franchement pas originale. Et pourtant, la relecture qu'en fait TGOO est des plus passionnantes, car le groupe semble bien plus s'intéresser à la force créatrice de Lovecraft qu'il puisait de son inadaptation à la vie et de sa haine du monde.

"Tekeli-li" débute alors par "Je Ne Suis Pas Fou", parlé en français. L'ambiance est sourde, le message à la fois assuré et grave, l'auteur a vu quelque chose de "plus effrayant que la mort elle-même"... sûr que ce qui va se passer ensuite ne sera pas commun. Avec "Antartica", les Bordelais choisissent alors de nous mettre dans une ambiance très pesante dès le départ... Le riff est massif, soutenu, imposant ! Pas de doute, nous allons en faire l'expérience nous aussi de ses "montagnes hallucinées" et dissonantes. Assez flippant de se retrouver dans la tête de Lovecraft, lui-même pétrifié et mélancolique. C'est la promesse d'"Antartica" qui se dévoile au fur et à mesure comme une véritable odyssée tragique avec ses tempêtes et ses accalmies plutôt funestes. Entre black metal apocalyptique et post-rock fievreux, l'hallucination ne fait pourtant que commencer... "The Elder Thing" prolonge la transe. Tout aussi progressif et tourmenté que son prédécesseur, on retient toutefois la force des mélodies abstraites, noyé dans le chaos.

La force du texte en français sur "Awakening" reviendra sur le cauchemar et les visions de l'auteur. Rythmiques doom, voix d'écorché, claviers d'outre-tombe sous-mixés pour appuyer là ou ça fait mal. Le titre explose entre mid tempo rageur et mélodies dissonantes, pour une ambiance des plus sombres. Cinquième titre, "The Ascend" déboule comme une tornade, typé black metal 90's, entièrement instrumental sans pitié, il s'achève sur quelques très belles notes de guitares acoustiques. Le champ de la bile noire Lovecraftien atteindra son paroxysme sur le dantesque "Behind The Mountains" d'une durée de plus de 17 mn, ou le groupe expérimente une narration des plus réussies.

Enregistré et mixé par le fidèle Cyrille Gachet (Year Of No Light), masterisé par Alan Douches (Tombs, Cannibal Corpse, The Dillinger Escape Plan), "Tekeli-li" est un chef d'oeuvre de black metal sombre et atmosphérique. Atteignant des profondeurs insondables, plusieurs écoutes seront donc nécessaires pour qui veut véritablement pénétrer dans cet abysse, à l'image de la superbe pochette signée une fois de plus par Jeff Grimal (chant et guitare).


Boris
Avril 2014




"Al Azif"
Note : 18/20

Il y a des signes qui ne trompent pas, nous vivons des temps troublés et deux groupes sortent à quelques mois d'intervalles un album dédié aux Grands Anciens de Lovecraft. Après l'album de Dylath-Leen chroniqué récemment en ces pages, voici "Al Azif" le premier album d'un groupe français que l'on n'aura pas vu venir et qui porte un nom assez explicite : The Great Old Ones.

Pour qui connaît un peu l'oeuvre du Maître de Providence il n'y a pas que le nom du groupe qui annonce la couleur, "Al Azif" fait référence aux cris des jnouns (on a tendance à dire des djinns mais le pluriel de "djinn" est en fait "jnoun", fin de la petite parenthèse culturelle) et donc de toutes ces créatures de la nuit qui ne nous veulent pas que du bien. La pochette nous montre une mer déchaînée et arborant d'étranges formes, toutes prêtes à nous emmener tout au fond, là où repose R'lyeh la cité interdite. Plus concrètement on peux dire que le groupe officie dans ce qu'on appelle aujourd'hui le post-black, autrement dit un black metal plus mélodique et plus ambiancé que la version d'origine. Les blasts et les guitares tranchantes sont encore là, mais la musique de The Great Old Ones vogue sur les flots agités qui recouvrent la demeure de Cthulhu.

On est constamment secoué, passant de morceaux furieux ou inquiétants à des passages empreints de mélancolie. On décèle fort logiquement des influences post rock, une beauté lumineuse au milieu de toute cette fureur et de tout ce désespoir. C'est toute la force de cet album, il joue sur les contrastes et prend constamment l'auditeur à revers en faussant sans cesse les pistes. Dès qu'on croit avoir cerné un morceau, une vague vient nous retourner contre la falaise et déchaîne toute sa puissance sur nous. C'est flagrant entre autres dans le troisième morceau de l'album, "Jonas", qui joue beaucoup là dessus et qui nous décoche vers les 6 minutes une furie destructrice et oppressante après un passage presque aérien. C'est ce que n'ont jamais compris les groupes plus bourrins, tout est dans le contraste. Le calme précède toujours la tempête, et c'est ce qui rend cette dernière aussi devastatrice.

Et à force de subir ces assauts répétés on se laisse porter vers ces contrées hostiles, charmé par les mélodies et les quelques rayons de lumière qui arrivent à percer la carapace de cet "Al Azif". Les 52 minutes que dure l'album passent comme une lettre à la poste, le pouvoir des Anciens nous hypnotise du début à la fin et on se retrouve totalement assommé à la fin de ces 6 morceaux en se demandant où nous a emmené ce voyage particulièrement agité. The Great Old Ones multiplie les influences et sonorités différentes, on est par exemple surpris par des soli carrément connotés prog en plein milieu de "Rue d'Auseil" ! On peut penser à des groupes comme Altar Of Plagues dans la démarche, mais on se rend vite compte qu'ils ont simplement des influences en commun et que les ressemblances sont en fait lointaines. Le monstre a déjà un visage reconnaissable, il y a très peu de chances qu'il finisse noyé dans la masse.

"Al Azif" est le genre d'album qui s'apprécie sur la longueur, vous y reviendrez régulièrement. La musique y est assez dense et variée pour nous tenir en haleine, on a beau connaître l'album presque par coeur on trouve encore le moyen de tomber dans le piège à chaque fois. Il faut avouer que c'est un tour de force : réussir à faire quelque chose de personnel sur un premier album sorti de nulle part, en tapant dans le post black dont la scène est relativement chargée ces derniers temps, et réussir à captiver l'auditeur sur près d'une heure sans jamais relâcher la pression et sans connaître de passages à vide c'est quand même costaud !

Et pour rester plus ou moins dans la même sphère post quelque chose on retrouve Alan Douches au mastering et Cyrille Gachet au mix, qu'on pouvait retrouver aussi chez Year Of No Light. Une bonne façon d'être sûr d'avoir un son qui colle au style, et il faut dire que c'est particulièrement réussi. Au niveau du line-up on note une petite curiosité, outre les deux chanteurs qu'on retrouve encore assez souvent, on note la présence de trois guitaristes. Une configuration qui doit permettre au groupe de reproduire facilement sur scène les atmosphères et les lignes mélodiques présentes tout au long de l'album, et vu le style pratiqué ici nul doute qu'un concert de ces disciples de Cthlhu doit être particulièrement prenant.

The Great Old Ones affiche déjà une personnalité très marquée, ses influences ont été totalement digérées et pour un premier album le niveau est très élevé. Les Acteurs De L'Ombre viennent de dénicher un groupe qui a un énorme potentiel et qui risque de surprendre son petit monde avec cette première très bonne galette.


Murderworks
Avril 2012


Conclusion
L'interview : Benjamin Guerry

Le site officiel : www.thegreatoldonesband.com