"Noregs Vaapen"
Note : 14/20
Je sais que dans le petit monde du black metal, les deux premiers albums de Taake sont considérés comme cultes par pas mal de monde. Je le dis tout de suite je n’en fais pas partie, je n’ai jamais réussi à véritablement accrocher à la musique du groupe et à trouver ce qui rend ces albums si vénérables. Et de façon somme toute logique, les adorateurs des deux premières galettes ont trouvé le précédent album beaucoup moins à leur goût. En effet, Hoest a opté depuis quelque temps pour un black débarassé de ses accents folk et réhaussé d’une influence rock 'n’ roll. Comme c’est justement la touche folk que j’ai souvent du mal à encadrer, ça se présente pas trop mal pour ce "Noregs Vaapen".
Malgré la disparition de cette touche folk donc, les mélodies sont encore bien présentes et Taake n’a pas sombré dans le black brutal et bourrin. On a droit à quelques accélérations, un peu de blast, des gros riffs bien méchants mais pas de bourrinage intensif genre débarquement de blindés sur la tronche. Par contre le virage black 'n’ roll peut éventuellement rappeler les Satyricon et toute la clique qui a suivi, du black qui fait headbanguer quoi. Bon c’est vrai que ça non plus je n’en suis pas fan en général, mais là le fait que ces passages soient alternés avec d’autre bien plus mélodiques ou nerveux rend le truc un peu plus intéressant pour ma pomme.
D’autant que le problème avec les autres groupes qui tapent dans le black 'n’ roll c’est que c’est souvent plus rock que black, d’où un côté assez "dansant" qui fait que j’ai du mal à cerner le truc. Pour cet album Hoest a bien pris soin de garder l’identité black metal, le côté dark est bien là et les riffs épiques n’ont pas totalement disparu non plus. Ce "Noregs Vaapen" est un hybride réussi, aucun aspect ne prend le pas sur l’autre. Niveau prod' c’est bien dans les codes du genre aussi, pas trop de basses, presque tout dans les médium et aigus, un peu de crasse pour la forme et ça roule comme il faut. On est quand même largement au dessus de la prod' très crade, donc très black traditionnel, des deux premiers albums. Le côté plus percutant nécessite de toute façon ce genre de traitement, quand on a une approche plus rythmique à gros riffs que portée sur les ambiances le son crade ça fout tout en l’air.
Comme d’habitude les morceaux ne tournent pas vraiment autour des durées réglementaires pour radios, ça tape allègrement dans les 6 minutes, la routine quoi. Mais le détail qui tue, et qui en a tué pas mal d’ailleurs, c’est la présence de ce fameux banjo sur le titre "Myr". Bon sur le coup c’est clair que ça surprend, on se demande qui a balancé un album de country en même temps que le dernier Taake. Mais bon finalement on s’y fait, et ça passe plutôt pas mal même si a dû faire hurler pas mal de trues blackeux. C’est vrai que ça donne un côté fun carrément décalé et donc inhabituel pour le genre, de quoi faire une bonne gross crise cardiaque en plein milieu du morceau. Le reste du titre est largement plus conventionnel, disons que ça fait un petit break rafraîchissant.
Je ne suis peut-être pas la meilleure personne pour comparer cet album au reste de la discographie, mais je peux quand même noter que c’est au dessus de la plupart des concurrents dans le genre. Je ne m’en relèverais pas la nuit, mais on a affaire à un album plutôt efficace. Partant du principe que je n’ai jamais été un dingue de Taake, vous devriez pouvoir à peu situer la chose.
“Taake”
Note : 15/20
Déjà Mea Culpa, je dois bien avouer que je connaissais davantage ce groupe pour sa réputation sulfureuse (pour pas dire nauséabonde) que véritablement pour sa musique…
Et déjà la bonne première surprise vient pour moi du son : effectivement ici la production est vraiment très bonne : puissante mais aussi très claire, pour ne pas dire limpide !
Pourtant étiquettée formation "Culte & Underground" depuis 10 ans déjà, je pensais avec Taake devoir subir les écueils d’un son "nécro" ou "true" (pour ne pas dire volontairement mauvais) et bien ce n’est pas le cas,
je dois dire que j’ai été assez bluffé !
Deuxième point positif, le côté mélodique, moi qui pensais avoir affaire à un groupe de black brutal, j’ai été plutôt positivement surpris, et j’ai plusieurs fois pensé que l’ombre du grand Dissection planait sur Taake, comme quoi les aprioris existent pour être défaits !
En effet, même si ça blaste souvent, on est pas non plus dans un grand bourrinage sonore qui relèverait du n’importe quoi, au contraire les morceaux sont très bien foutus puisque la variété semble être le maitre-mot grâce à la présence pertinente de nombreux breaks.
Entre accalmies, riffs tantôts lourds, tantôts très rapide, tantôts mid-tempos, je ne me suis pas ennuyé une seconde ! Maintenant il faut l’avouer on a affaire ici a du black metal on ne peut plus classique, cet album pourrait même servir d’étalon tant il respire la musique des pays nordiques : en effet, l’ombre des anciens n’est jamais loin et tour à tour, j’ai pensé à Mayhem pour le riff assassin qui déboule sans trop prévenir, à Burzum pour la voix douloureuse et la répétition à l’épuisement, quasi-hypnotique de certains riffs !
Les ambiances oppressantes et les parties de gratte sont purement blacks, elles sonnent très froides certes, mais se révèlent assez inspirées et des plus entraînantes sur les parties speed, elles accrochent l’oreille à votre insu et tournent de manière très efficace… De plus point positif, loin d’être noyée, on entend très distinctement la basse, ce qui n’est pas pour me déplaire…
La structure des morceaux sans être non plus trop complexe s’avère cependant loin d’être basique et nous offre de superbes accalmies entre deux tempêtes…
La pochette il faut l’avouer est splendide, graphiquement sobre et très explicite quant au contenu.
Le livret nous indique "True Norwegian Black Metal" et bien, pas d’erreur sur la marchandise, ne cherchez pas le moindre clavier ici, nous n’en trouverez pas ! Idem pour les voix féminines, tout au mieux pourrait vous entendre des hurlements de douleurs de jeunes filles mais leur expression s’en tiendra à ça !
Et pourtant à l’écoute de la dernière piste de cette galette, on peut cerner un petit coté "dramatique", presque "ambitieux" à cette musique, et tout ça uniquement du aux superbes riffs de guitare qui se superposent !
Dés les premières secondes, le ton est donné, une voix autoritaire éructe quelques phrases en norvégien avant qu’un riff déboule… Ca m’a vaguement évoqué l’intro de l’album "Nemesis Divina",
l’un des chefs d’œuvre de Satyricon, des Norvégiens encore !
Ce titre nous offre un joli échantillon de ce que seront les points forts de cet album au niveau du son, à savoir de très bonnes parties de basse, des guitares très froides, quant à la voix, elle est tout simplement glaciale ! De plus de nombreux breaks viennent parcourir ce titre…
Hommage ou petit clin d’œil au passé ? On notera la présence de vieux "Uh !" des familles qui n’auraient pas dépareillés sur un album de Celtic Frost…
Voici donc un morceau très épique pour ouvrir cet album, auquel est quasi-mixé la seconde piste, l’enchaînement est donc parfait… L’intérêt pour ma part est d’installer une ambiance sombre, de poser un riff d’ouverture hyper-entrainant (un modèle d’efficacité !) et de s’achever d’une très belle façon avec ce riff simple.
Troisième titre très typé Norvégien, épique à souhait mais très mélodique également surtout sur les solos. Les changements de tempos se font plus marqué, l’occasion pour Taake de nous prouver que le groupe excelle tout autant des les parties plus lentes que dans la sauvagerie !
Baptisé "Doedjarl", le quatrième titre nous fait repartir cash sur les chapeaux de roue…
"Motpol" en cinquième piste est quant à lui un morceau plus lent et atmosphérique… encore une fois une très bonne ambiance se dégage de cette complainte macabre. La folie est proche, je pense notamment à ce cri strident et quasi-inhumain à 3’00, et ce ne sont pas les divers hurlements d’horreur qui me donneront tort, à noter aussi un très bon solo mélodique.
La sixème piste m’a parue un peu plus anecdotique, même si l’influence de Darkthrone se fait sentir, j’en veux pour preuve la fin du morceau très typée rock 'n' roll (pour pas dire punk), si simple et pourtant au combien efficace, une meilleur son en plus, cela va sans dire !
"Velg Bort Livet", septième et dernière piste, et c’est parti pour 10’30 de bonheur...
Dix longues minutes certes mais au combien riches en rebondissement, c’est bien simple si il ne fallait écouter qu’une seule piste ce serait celle-ci !
Le passage à 2’25 est tout bonnement génial d’efficacité, ceci cumulé aux nombreux breaks et changements multiples, comme le long riff sauvage qui s’éternise pendant 1’30 à compter de la quatrième minute, suivi d’une courte accalmie de 30’ avant que ne déboule un nouveau riff à la sixième minute, un riff qui évolue, se transforme lentement en une superbe partie épique avant de clore cette chanson de la plus majestueuse des façons…
J’avoue que l’écoute de cette galette m’a interpellée par le talent de son seul maître à bord, Hoest ! C’est particulièrement admirable et rare d’entendre toutes les lignes musicales se révéler inspirées, qu’il s’agisse des guitares, de la basse, du chant et enfin de la batterie.
On a en effet l’impression que chacun des instruments justifie sa place et qu’aucuns d’entre eux n’est traité au rabais ou noyé dans le mix ! Quand on repense au fait qu’il n’y a qu’un seul compositeur / exécuteur, on ne peut que s’incliner ! Ca donne à réfléchir à l’intérêt de certains groupes aux nombreux membres sur scène qui nous livrent un rendu parfois stérile…
Toutefois, et c’est la seul point négatif à mon humble avis, un truc un peu gênant apparaît au bout de plusieurs écoutes attentives : une formule type semble revenir de manière récurrente sur plusieurs morceaux : à savoir – démarrer sur un riff black très rapide – ralentir sur le même riff joué plus lentement et de manière plus appuyée, plus écrasante – retour du riff typé black / thrash très rapide du début – solo mélodique jusqu’au crescendo final…
Bon alors après il est vrai qu’à de rares exceptions prés, le black metal n’est pas par essence le style le plus propre aux fantaisies ou libertés musicales, qu’il est de bon ton de répondre à une espèce de cahier des charges d’obédience Norvégienne ou Suédoise, mais quand même je ne sais pas je reste un peu sur ma faim…
Rien à redire au niveau de l’interprétation, encore une fois on ne peut que saluer la multi performance d’Hoest, rien de dramatique non plus au niveau de la composition et pourtant… Et pourtant un petit truc me gêne et m’empêche d’accorder une note supérieure à cet album, sans doute ce trop grand classicisme qui fait sans doute que j’ai du mal à être surpris, définitivement rien de mauvais la dedans mais peut être m’attendais-je à être davantage "étonné", je ne sais comment dire ?
En définitive, un bon, un très bon album même mais pas assez pour me transcender, quoiqu’il en soit, aucun doute possible, les fans apprécieront, quant aux autres la grande qualité de cet album mérite largement qu’ils y jettent une oreille curieuse !
A bon entendeur… Salut !
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