"Nos Sombres Chapelles"
Note : 16/20
A force de vouloir donner son avis et tenter de produire une analyse un tant soi peu objective, je deviens de plus en plus exigeante. Je me rends compte également qu’être chroniqueur donne une certaine autorité, que je vais mettre à profit ici pour la première fois.
Du coup je vous l’annonce d’entrée de jeu, je retire un point à cet album car il est bien trop jouissif pour se cantonner à être interprété uniquement par ma chaîne hifi. Je veux entendre Suhnopfer en live, pouvoir ressentir les coups de caisses claires et une double pédale faire vibrer mes entrailles. Mais Ardraos est seul aux commandes et il sera difficile pour moi d’entendre un jour en live un morceau de son cru. Du coup pénalité arbitraire et infantile, je retire un point d’office à cet opus. Et vlan !
Mais fichtre ! Cet album déboîte et a de quoi retourner les tripes de plus d’un profane du genre. Mélodie, mélancolie et énergie je ne vois pas ce que l’on peut attendre de plus d’un album de black metal au jour d’aujourd’hui. Car non, Suhnopfer ne renouvèle en rien le genre. On a parfois même l’impression que l’ombre de Nödtveit plane au dessus de chacun des morceaux. Mais il ne s’agit que d’une ombre rassurez vous…
Face à "L’Aube Des Trépassés" le premier EP du Sir Ardraos, "Nos Sombres Chapelles" se veut plus sombre certes, mais aussi plus couilllu et plus rentre dedans. La mélancolie déjà présente sur le précédent opus se retrouve aussi sur cette nouvelle galette. "Errements D'un Pestiféré" en est un parfait exemple. Un titre où la dissonance et les changements de rythme se font maîtres de nos émotions.
Bien plus épique, ce nouvel album porte tous les stigmates d’un black metal racé aux influences patriotiques et médiévales affirmées. Break, rythmiques du tonnerre, boucle mélodique à vous faire chialer, il y a très peu de choses à jeter sur cet album. Les passages s’enchaînent parfaitement et Ardraos nous fait part de ses trouvailles plus inspirées les unes que les autres. Je pense au titre éponyme de l’album ou à "Reliques (Part 1)", des morceaux aux breaks saisissants et diablement efficaces.
Tout comme sur "A L’Aube Des Trépassés", Ardraos nous ravit d’une agréable interlude à la guitare sèche, cette fois ci bien plus travaillée. Une interlude qui s’achèvera dans le chaos des chants de bataille ensanglantés. Puis nous revoilà au cœur de la mêlée ou retentissent les cris perçants et déchirants de milliers de guerriers. "Espérance" est doté d’une énergie à vous couper le souffle, la batterie s’en donne à cœur joie et franchement ça fait du bien de l’entendre autant cette double pédale. Les rythmes martelés par la batterie possèdent cette fougue communicante qui laisse difficilement nos cervicales indifférentes.
Il est évident que l’écriture de cet album n’a pas été fait à la légère. "Nos Sombres Chapelles" est un l’album travaillé qui semble ne rien laisser au hasard pas même l’artwork et le livret qui accompagnent cette œuvre. On sent une progression sur chacun des morceaux. Des titres qui prennent le temps de nous expliquer les règles avant de nous lâcher dans leur univers sans pitié.
Que dire de plus si ce n’est de vous jeter sur cet album et d’essayer de convaincre sir Ardraos de trouver des musiciens pour nous livrer une interprétation digne de ce nom.
"L’Aube Des Trépassés"
Note : 16,5/20
Déjà le premier truc qui saute aux yeux en tenant ce CD dans mes mains c’est l’attachement que semble porter son auteur à l’époque médiévale mais aussi à la superbe région à l’héritage volcanique dont il est originaire, j’ai nommé l’Auvergne… A défaut de black nationaliste aurions-nous affaire à du black metal régionaliste ?
Et bien ma foi ce n’est pas impossible mais je dois aussi admettre que cela n’a ici rien de gênant tant on évite avec bon goût tout relent d’idéologie nauséabonde.
Je ne connaissais pas ce Mr mais celui-ci semble se réclamer de Burzum, Abigor ou encore Taake, j’avoue que l’influence peut quelquefois se faire ressentir, je pense notamment à la guitare rythmique mais Ardraos s’affranchit quand même de toutes ces influences et nous offre une œuvre très personnelle et habitée. Le son des guitares quant à lui est très froid et grésillant, ce son connoté "Norvégien" et si cher à notre scène "True", la batterie se veut omniprésente, le seul petit reproche que je ferais concerne la voix, pas assez intelligible à mon goût, ce qui est dommage car les textes sont de qualité, mais bon ce défaut n’est pas non plus majeur car après tout c’est à du black metal qu’on a affaire et pas à du slam !
Le premier morceau est très rapide, exception faite d’une accalmie de courte durée au milieu de celui-ci.
J’ai particulièrement apprécié les très bonnes parties de basse bien audibles, en particulier au début de la chanson. Le chant quant à lui est hurlé, douloureux, très expressif…
Les riffs sont excellents et apportent notamment un côté épique à ce titre où la batterie roule sans s’arrêter, oui car si il est nécessaire de le rappeler avant d’être multi instrumentiste l’artiste qui se cache derrière Suhnopfer est avant tout batteur, et cela s’entend ! Le bougre, c’est qu’il s’y connaît en blast-beats et il n’hésite d’ailleurs pas à mitrailler ses fûts pour notre plus grand plaisir ! Attention on n’est pas non plus en présence d’un bourrin, car il sait à point nommé varier son jeu et s’exprimer de manière plus subtile et mid-tempo, ce qui contribue grandement à l’atmosphère des morceaux…
D’ailleurs un point d’honneur est accordé à créer une ambiance, une histoire, tel un concept album les divers titres qui composent cette œuvre sont comme mixés, illustrés par de petites transitions, par exemple ici des sons de flammes crépitantes dans le vent servent à enchaîner avec le titre suivant…
Le deuxiéme titre quant à lui nous offre davantage de raffinement et débute sur une guitare acoustique qui égrène sa triste mélodie avant que des chœurs médiévaux du plus bel effet (pour ne pas dire Pagan ?) ne fassent leur apparition et contribuent à créer une atmosphère de froide nostalgie qui n’est pas sans m’évoquer Belenos…
Une gratte black au son bien "Fuzz" prend ensuite le relais sur fond de hurlements torturés avant de nous faire revenir sur la délicatesse de la guitare du début qui n’avait finalement pas vraiment disparue et dont la complainte tournait encore dans ma tête…
Le coté médiéval qui colle à la peau de ce concept se fait plus que jamais ressentir dans le petit break transitoire par la présence d’épées qui s’entrechoquent, ou par les cris d’agonie des victimes tombées sous les lames tranchantes…
Le troisiéme titre ravira les fans de Shining, Xasthur et autres joyeusetés funeral black du genre…
Un riff bien épique, des hurlements de douleur qui déchirent l’espace et m’évoque je ne sais pourquoi un sentiment d’isolement, de mélancolie profonde mélangée à de la rage, comme des regrets intemporels et éternels… Ce titre vous l’aurez aisément deviné est plus mid-tempo même si au milieu de celui-ci de sérieuses accélérations se font entendre…
Quel dommage ! Point de transition avec le dernier titre, c’est qu’on s’habitue vite à ce genre de petits plaisirs !
Y a pas à chercher, on a affaire ici au morceau le plus férocement typé black metal de ce MCD, des blasts à gogo, des riffs qui tourbillonnent et qui achèvent l’auditeur pour clore cette galette de manière très agressive !
Paradoxalement pour moi c’est peut-être le titre que j’ai le moins apprécié même si il faut l’admettre la dernière minute est particulièrement terrassante !
Là ou certains albums n’ayons pas peur des mots nous "cassent les couilles" en nous donnant l’impression d’entendre quinze fois le même morceau, Suhnopfer réussit l’exploit de nous offrir en un simple 4 titres un éventail de toutes les variantes et styles possibles du black metal, mais ce n’est pas là son talent car non seulement il le fait mais il s’en sort très très bien en plus !
Que vous soyez d’orientation médiévale, true, ou encore funeral black, ne passez pas à côté de cette galette car vous risqueriez de rater un sacré truc car pour moi, avec cette poignée de titres, Sunhopfer se paie une place au panthéon du black metal Français aux cotés de Nehemah par exemple… Ardraos nous offre là un éventail de son talent et le moins que l’on puisse dire c’est qu’on n’est pas volé, un artiste à surveiller de très près !
En effet, une problématique m’interpelle dont je ne suis d’ailleurs pas le dernier concerné : à quoi bon aller chercher sans cesse à l’Etranger (Norvège, Ukraine, etc…) ce que l’on peut en creusant un peu trouver assez facilement chez nous ? J’entends par là des œuvres habitées, aux concepts historiques et culturels très marqués… Et bien ne cherchez pas plus loin chers lecteurs, ne soyez pas avares non plus car ce MCD est disponible pour 8€ auprès d’Eisiger Mond Productions, et si je peux me permettre un dernier conseil, n’hésitez pas trop longtemps car ce nom commence à bien circuler dans l’underground, et si le suite est d’aussi bonne facture ce CD, limité à 500 exemplaires, pourrait bien devenir "culte" !
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