Le groupe
Biographie :

Sólstafir est un groupe Islandais formé à Reykjavik en 1994, qui a évolué d'un pagan / black metal vers un metal progressif, toujours centré cependant sur une thématique païenne et viking. En Mai 1995, Sólstafir sort une première démo-tape intitulée "Í Norðri". En Décembre de la même année, six nouvelles chansons sont enregistrées, ce qui lui vaut une offre du label View Beyond Records pour finaliser quatre d’entre elles sur un mini-CD intitulé "Til Valhallar", qui sortira en 1996. Cette sortie bénéficie de chroniques favorables et c’est ainsi que le groupe commence à se faire un nom dans l’underground. En 1999 le groupe est signé par le label Allemand Ars Metalli, et réalise l’album "Í Blóði og Anda" (également connu sous le titre anglais : "In Blood And Spirit") qui ne sera diffusé qu’en 2002. En Février 2002 Sólstafir enregistre la demo "Black Death". A la faveur d’une collaboration entre Ketzer Records et Neodawn Productions, cette démo sera produite à la fin de la même année sous forme d’un EP, limité à 500 exemplaires et numérotés à la main, qui sera sold-out  dès sa sortie. "Til Valhallar" et "Í Blóði og Anda" ont ensuite été réédités en 2003 et 2004 par Oskorei Productions en direction de la Russie. "Til Valhallar" a été remastérisé, intégrant deux titres qui avaient été exclus de la précédente production, à quoi s’ajoutèrent une pochette couleur, des commentaires aux chansons, et un meilleur son. En 2004, du nouveau matériel en vue d’un album est enregistré, et trois de ces titres serviront de promotion, ce qui aboutira à un contrat avec Spikefarm Records. Tous ces titres seront ensuite retravaillés, et l’album sera fin prêt à sortir en Décembre 2005 : il s’agit de "Masterpiece Of Bitterness". En Décembre 2007, le groupe annonce qu'il se rend à Gothenburg en Suède pour enregistrer un nouvel album, celui-ci sort finalement au tout début 2009, toujours sur Spikefarm Records, et s'intitule "Khöld". "Svartir Sandar" suit en Octobre 2011 chez Season Of Mist.

Discographie :

2002 “I Blodi Og Anda”
2005 “Masterpiece Of Bitterness”
2009 “Köld”
2011 : "Svartir Sandar"


Les chroniques


"Svartir Sandar"
Note : 15/20

Et voilà, 2 ans après la sortie du superbe "Köld", Sólstafir nous revient sous la bannière de Season Of Mist, et pour fêter cette signature, c'est un double album appelé "Svartir Sandar" que nous propose le combo Islandais... De quoi nous mettre l'eau à la bouche, même si de par chez eux, cette dernière est soit gelée, soit bouillante !!! Et d'ailleurs, Sólstafir, c'est un peu le mélange des deux, et leur musique, froide dans son ensemble, sait être chaude et réconfortante quand il le faut... Entre feu et glace, la pochette du petit dernier est en parfaite concordance avec ce sentiment, mais qu'en est-il vraiment de la musique ? Réponse dans ces lignes bien évidemment...

L'aventure commence donc avec un premier round de 39 minutes environs intitulé "Andvari"... Rapidement, on comprend que cette facette du nouvel album est la suite logique de "Köld", c'est-à-dire un rock / metal glacial empreint d'une profonde mélancolie, quelque part entre doom et stoner, mais pas que... On retrouve aussi un aspect assez psychédélique typique des années 70, ce qui fait de la musique du groupe une œuvre originale en tous points et reconnaissable entre mille. Le chant d'Adalbjörn Tryggvason y est bien sûr pour beaucoup dans cette identité musicale avec ce timbre unique, pas forcément d'une très grande justesse, mais bénéficiant d'un pouvoir évocateur extrêmement puissant qui sait vite faire oublier ses quelques défauts !!!

C'est une étrange sensation, mais à y repenser, j'ai l'impression que tout cela pourrait parfaitement faire l'objet d'une chronique de "Köld" justement... Ce n'est pas surprenant car avec ce nouveau "Svartir Sandar", Sólstafir ne révolutionne aucunement son style... Disons plutôt qu'il le peaufine, comme si chaque album était en quelque sorte une étape de la taille d'un diamant brut, travail qui le transformera au fil des sorties en un produit d'exception !!! Même si Sólstafir reste avec ce "Andvari" fidèle à son style et à son public, il le fait avec tellement d'intelligence et de maturité que personne ne saurait rester insensible à ses charmes...

La preuve en est le morceau "Fjara", véritable hymne de ce nouvel album qui vous restera en tête pendant des journées entières. Ici, la froideur du son s'allie à la chaleur des mélodies pour faire de ce morceau un véritable petit bijou qui saura toucher l'auditeur droit au cœur... Mais Sólstafir sait aussi varier les plaisirs, et le morceau suivant, avec des riffs plus rock, vous fera tout autant vibrer par sa rythmique que par les longues plaintes déchirantes du sieur Tryggvason. Bref, voilà une première partie parfaitement envoûtante composée de 6 chefs d'œuvre aussi géniaux qu'atypiques qui ne vous donneront qu'une envie : mettre très vite le deuxième disque dans votre platine !!!

Place donc à "Gola", composé des 6 morceaux a priori les plus rock de ce nouvel album. En effet, sur ces nouveaux morceaux, Sólstafir oublie quelque peu les passages planants qui font en partie le charme d'"Andvari" et base sa musique sur des rythmiques plus accrocheuses, en tendant donc plus vers le côté rock que psychédélique des années 70. Mais malgré tout, les deux aspects restent intimement liés, et finalement, à la réécoute, on s'aperçoit qu'on les retrouvait déjà sur la première partie de ce nouvel album, mais leur alternance ou leur complémentarité était utilisée pour donner plus de relief aux morceaux... Ici, étrangement, l'ensemble paraît plus plat, plus insipide !!!

Les ingrédients sont ainsi sensiblement les mêmes, mais les dosages de "Gola" doivent malheureusement être assez différents pour que le produit final soit moins savoureux que sur "Andvari"... Il manque un petit quelque chose qui aurait d'un côté relevé un peu le goût de l'ensemble, et de l'autre qui aurait rendu le tout plus homogène. Ces 6 morceaux ont finalement l'air moins travaillés, plus brouillons et ont ainsi un intérêt bien moindre, à l'instar de l'instrumental "Draumfari"... Étrange choix que d'enregistrer un morceau sans chant alors que celui-ci est essentiel et joue un rôle prépondérant dans l'identité musicale du groupe !!! Et que dire du morceau suivant qui commence par une femme qui parle comme s'il s'agissait d'un reportage du JT... Un petit peu irritant, surtout quand on ne comprend pas l'Islandais !!! Dommage aussi de trouver ici le morceau donnant son nom à l'album, car sa qualité aurait été mieux mise en valeur avec les morceaux d'"Andvir"...

Bref, ce double album aurait pu être parfait si la première partie avait été plus longue, ou en tout cas, si le meilleur de "Gola" avait rejoint "Andvari" sur un seul et même disque intitulé "Svartir Sandar". Terminer l'écoute sur le deuxième disque donne ainsi une mauvaise image d'un album qui reste malgré tout très bon car tout le génie des Islandais a su se diffuser tout au long des 6 morceaux qui composent "Andvari". Là où Season pensait nous vendre du rêve, on se retrouve finalement face à un choix de packaging un peu douteux, et ce qui aurait pu devenir un album cultissime se retrouve reléguer au rang, très honorable malgré tout, de très bon album dont on n'écoutera que la première partie... Dommage !!!


Carcharoth
Janvier 2012




“Köld”
Note : 19/20

J’avoue que la première écoute de cette œuvre m’a vraiment décontenancé mais pas forcément négativement… Une explication s’impose, on m’avait "vendu" Sólstafir comme un groupe de black très ouvert musicalement certes, mais pour ce qui est des éléments black metal, je cherche encore ? Au contraire, post-rock me semble le terme le plus adéquat pour essayer de vous décrire cette galette, mais plus que jamais le mieux sera d’écouter pour vous faire une idée ! (Et je vous parle de l’album car les 2 extraits présents sur le MySpace ne sont pas forcément les plus représentatifs !) Imaginez Cult Of Luna et Neurosis qui copuleraient avec The Cure ou Pink Floyd…

Bon je vous l’accorde, il y a de grandes chances que le bébé fasse peur à voir, et bien Sólstafir c’est un peu ça, la laideur en moins, et le gothique metal en plus ! Une musique à la fois atmosphérique et planante, habitée par une mélancolie très prononcée… Une musique parfois subtile, parfois chargée sans jamais être brouillon, mais au contraire toujours efficace et qui nous offre une intensité de tous les instants… La lourdeur des ambiances, la présence de l’orgue, les boucles de guitare, la voix souvent hurlée, tout contribue a faire voyager l’auditeur de la plus belle des façons ! On sent un véritable travail d’orfèvre en matière d’orchestration, d’harmonie, chaque élément est à sa place et cela permet à l’auditeur de se focaliser sur l’élément de son choix sans jamais être noyer par la masse que forme la musique ! Ce genre d’exercice n’est possible que si la production est excellente, ce qui vous vous en doutez est ici effectivement le cas… Asseyez vous confortablement, le voyage commence…

Premier titre, et première tuerie, tout en groove et en classe, avec ces nappes de gratte qui se superposent, un long morceau instrumental très épique, qui pose les bases de l’art Sólstafir, à savoir celles d’une musique mélancolique et progressive, bref une superbe entrée en matière ! Et la suite va s’avérer tout aussi bonne pour mon plus grand plaisir ! "Köld" en deuxiéme piste se veut un titre terrible qui sonne bien doom, avec un chant très expressif question douleur et mélancolie…

J’ai envie de dire que le morceau 3 "Pale Rider" justifie à lui seul l’acquisition de cette galette, car en effet c’est ici je pense que transparaît tout le talent de Sólstafir… Ces quelques notes en son clair égrenées au début, une "jolie" mélodie triste qui ne sonne aucunement "kitsch" comme c’est trop souvent le cas dans le gothic metal, ce chant plaintif et colérique, ces couches de guitare qui se superposent pour un rendu chargé jusqu’à la gueule mais fait avec suffisamment de classe pour que cela ne soit jamais écoeurant, bref une tuerie !!!

Je me rends compte que j’ai oublié de vous parler de la batterie, et pourtant elle est toujours présente, appuyant avec classe le reste, se noyant dans la masse de la musique très chargée, ce qui n’empêche pas au batteur de se faire remarquer de temps en temps par des coups de cymbales subtilement placés… Une batterie presque discrète tant elle trouve sa place à merveille dans le mur de son qu’on reçoit en pleine figure… "She Destroys Again" en piste 4 confirme ce que je pensais… c’est qu’ils ont l’art du riff simple et efficace nos Islandais ! Le chant se fait plus suave et doux (tout du moins au début), mais attention je n’ai pas pour autant dit "mièvre" !!! (Un conseil : cet album mérite vraiment d’être écouté au casque si on veut en saisir toutes les subtilités et autres effets stéréos au meilleur de leur rendu.) Aux environs de 5 minutes apparaissent plus flagrantes que jamais les influences gothic metal dont je vous parlais, par la présence de cette partie presque dansante… mais l’accalmie sera de courte durée et le batteur achèvera ensuite de nous terrasser…

Un très beau moment d’émotion nous est offert en plage 5, "Necrologue" est en effet une superbe ballade triste, un titre un peu plus dépouillé musicalement et paradoxalement l’un des meilleurs. Voici le retour de cette voix si délicieusement mélancolique et une nouvelle démonstration de l’art d’écrire une mélodie touchante et génialement si simple pourtant ! Je me répète mais putain ce chant ! Si magnifiquement déchirant et poignant, ah je suis jaloux, nul doute qu’il doit "emballer" le Monsieur ! Si vous ne me croyez pas, écoutez la voix grave qui ponctue ce titre… rien à redire, la classe dans tous les registres vocaux abordés, putain c’est qu’il m’énerve lui !

Vient ensuite pour enchaîner l’étrange piste 6, comme un prolongement, comme une conclusion au titre précédent tant ils semblent faire partie d’une seule et même composition. "World Void Of Souls" , un titre qui nous parle d’âmes, peuplé de jolies voix spectrales, de sons étranges (bruits de chaînes ?), une musique fantomatique comme distante avec ces notes égrenées, cette voix grave narrative, qui m’a fait songer au Nick Cave des grands jours… Et bien, ils savent y faire quand il s’agit de poser une ambiance chez Sólstafir ! Petite remarque perso, je ne sais pas vous mais moi ça m’a vachement fait penser à l’alliance maudite Trent Reznor / Johnny Cash, les amateurs apprécieront… Un long morceau d’ambient plutôt minimaliste mais juste superbe encore une fois, du nectar pour les oreilles ! Et qui surprise, après vous avoir quasiment "endormi" façon de parler par une boucle fantomatique et hypnotique, s’énerve vers 8’30 quand on ne s’y attendait plus pour marquer l’aboutissement de cette très longue fresque sonore et épique de 12 minutes qui vous laisse bluffé !

"Love Is The Devil (And I Am In Love)", propose des guitares très rock’n’roll, un gros son, comme pour marquer la cassure avec le titre précédent, un peu comme si Sólstafir voulait nous montrer les différentes facettes de son art ? Nul doute que la richesse est présente chez les Islandais, c’est juste que ce titre sonne plus classique à mon goût et qu’en dépit de ses bons solos je préfère pour ma part le coté "planant" de leur musique… "Goddess Of The Ages" est le titre du morceau final, et tiens ! On dirait qu’ils m’ont entendu car on effectue ici un retour aux rythmes lents et tristes des débuts. On retiendra en particulier la présence de ce riff répétitif et quasi-hypnotique, même si je un je ne sais quoi le situe qualitativement pour moi un peu en dessous des autres titres de l’album… En tout cas voici un titre long, ambitieux, épique pour clore cet album d’une superbe façon.

Ce que je retiendrai : une empreinte musicale forte, un groupe atypique, un régal pour mes oreilles…. Alors un grand Merci à Sólstafir, à French Metal, à Spikefarm et Innovative Management de m’avoir fait découvrir cet OSNI qu’est Sólstafir ! A l’heure de la sensibilité exacerbée à deux balles et des émotions feintes (qui a dit émo ?), voici une galette qui a réussi l’exploit de me toucher profondément tout en me faisant voyager, alors OK on est qu’en Mars me direz vous mais je tiens là ce qui s’avère être pour l’instant LA surprise / révélation de cette année 2009, rien à rajouter !


Ihsahn62
Mars 2009


Conclusion
Le site officiel : www.solstafir.net