Le groupe
Biographie :

Après la démo "Apocalyptic Desires" (1996) et le MCD "By Fire Power Shall Be..." (1997), le premier album de Seth "Les Blessures De L'Âme" (paru en 1998 chez Season Of Mist) apparut rapidement comme une œuvre majeure de la scène metal extrême française, recevant de la presse des critiques prometteuses et commença à constituer une solide base de fans en constante expansion au niveau mondial. Offrant une attitude black metal beaucoup plus professionnelle que nombre de ses homologues de l'époque, le groupe signa un deal pour 2 albums avec Osmose Productions et enregistra un second album "The Excellence" (2000). Soutenu par de prestigieuses collaborations comme celles de Fenriz (Darkthrone) ou du célèbre groupe électronique Total Eclipse, Seth combina différentes influences sans s'imposer de réelles frontières. Peu de temps après le groupe reçut des offres pour apparaître dans des émissions musicales de la TV française et filma un vidéo clip pour la chaîne  MCM. Seth fut invité à prendre part à la légendaire compilation "Tribute To Mayhem" sur Avantgarde Music aux côtés de groupes tels que Immortal, Behemoth ou Dark Funeral. En 2002, le groupe enregistra un troisième album "Divine X" à l'Excess Studio de Rotterdam (Sinister, Elegy, After Forever, Epica) à nouveau chez Osmose Productions. Cet enregistrement prouva leur indéniable capacité à mélanger sombres atmosphères et brutalité. L'album fut acclamé par la critique, recevant d'excellentes chroniques dans des magazines comme Mindview ou Grindzone. En Décembre 2003 le groupe entra à nouveau à l'Excess Studio aux Pays Bas avec un line-up remanié, caractérisé par les arrivées de Cyriex et de Black Messiah, pour enregistrer leur plus mature, personnel et envoûtant album à ce jour : "Era Decay". Après le quatrième album, le groupe fit un break conséquent en 2005. Cependant, en Septembre 2011, ils firent une apparition surprise lors d'une date exclusive en Allemagne, se produisant en tête d'affiche aux côtés des légendaires Bethlehem. Ce concert récréa l'alchimie spéciale qui lie les membres du groupe entre eux, les fans répondirent présents au rendez-vous et une nouvelle mini tournée fut planifiée pour 2012. Après ces quelques dates live, Seth est de retour en studio et travaille actuellement sur son cinquième album. "The Howling Spirit" sort le 7 Juin 2013 chez Season Of Mist.

Discographie :

1996 : "Apocalyptic Desires" (Démo)
1997 : "By Fire, Power Shall Be..." (MCD)
1998 : "Les Blessures De L'Âme"
2000 : "War Vol. III – Cultus Sanguine Vs. Seth" (Split)
2000 : "The Excellence"
2002 : "Divine X"
2003 : "Nastivity" (Compilation)
2004 : "Era Decay"
2012 : "Les Blessures De L'Âme" (Réédition)
2013 : "The Howling Spirit"


Les chroniques


"The Howling Spirit"
Note : 18,5/20

Pour être honnête, je n'ai jamais réellement porté d'attention à Seth, quand bien même lorsque "Apocalypic Desires" (leur première démo) sortie en 96 puis le mini CD "By Fire, Power Shall Be" annonçaient un avenir prometteur sur la scène black nationale, je ne voyais en eux qu'une copie de Dimmu Borgir époque "For All Tid", "Stormblast". Je ne pouvais, en revanche, que m'incliner sur le talent des musiciens, en particulier Alsvid se révélant un batteur hors pair convoitant ni plus ni moins les terres d'un Hellhammer. C'est à l'écoute de "The Howling Spirit" que je considère tout simplement comme le meilleur album black de l'année (avec le Satyricon) que je me suis penché un peu plus sur la discographie et l'évolution des Bordelais en me posant la question : qu'est ce qui m'avait échappé de ce groupe auréolé d'un statut "culte" à présent ? Neuf ans après un "Era Decay" qui achevait une phase d'expérimentation débutée avec "Divine X", Seth, tel le serpent, revient sur le devant de la scène, régénéré, fort d'une nouvelle peau. Plus technique et complexe, on est bien loin du charme mélancolique des "Blessures De L'Âme" ou encore de l'aspect mélodique de "L'Excellence". Ne reste du groupe que l'essentiel : sa noirceur. Il est certain que ce long break aura été bénéfique, particulièrement à Heimoth toujours à la barre de la composition. Ayant fricoté avec le black metal avant-gardiste de Code, en qualité de guitariste live, ou encore Reverence, ces expériences ne pouvaient qu'enrichir le processus de création de "The Howling Spirit". Plus contrastés et progressifs, on est toujours surpris de l'ampleur de chaque titre. Ça démarre fort avec "In Aching Agony" qui rappellerait un certain " A Grand Declaration Of War" de Mayhem. Véritable machine de guerre, le tandem rythmique Alsvid / Eguil détonne tandis que les riffs affutés comme des lames de scalpel tranchent avec la rage de Black Messiah. Plus profonds également, les arrangements accordés à un "Dicing With Death" ou encore "One Ear To The Earth" (avec la participation de Kvhost) amplifient la menace constante qui pèse sur l'ensemble de l'album. A noter également une production énorme et un superbe artwork à l'image de cet album ultra soigné et ténébreux, Seth n'a décidément plus rien à envier à ses idoles d'antan.


Boris
Octobre 2013




"Les Blessures De L'Âme"
Note : 18/20

"J’ai rencontré Dieu. Il me ressemble…". C’est avec une certaine nostalgie que je me souviens la première fois où j’entendais ces phrases désormais cultes extraites du titre "Die Weihe"… Nous étions en 2000 et comme beaucoup de métalleux s’intéressant au black metal, j’étais devant France 2 pour regarder un des ces reportages (si involontairement comiques) traitant du satanisme dont la télévision française a le secret. Je me remémore encore la forte impression que m’avait fait Vicomte Vampyr Arkames (le chanteur de l’époque) tout encapuchonné dans sa cape, déclamant ces paroles à une heure de grande écoute sur le service public et d’avoir pensé "merde alors c’est donc vrai, le black metal en français existe bel et bien !". Encore mieux, c’est avec une émotion certaine que je me souviens de la date du 2 Mai 2003, j’avais en effet ce jour là, dans le défunt mais mythique excellent bar concert de Calais "l’Infernal", croisé la route du groupe pour un show qui restera gravé dans ma mémoire. Je doute quelque peu que l’intéressé s’en souvienne mais j’avais eu ce soir là l’occasion de passer les ¾ du temps à discuter et boire des bières en compagnie de leur nouveau vocaliste Black Messiah et par la même il faut l’avouer, rencontré un mec aussi charismatique qu’abordable. Autant vous dire qu’il me tenait quelque part à cœur de rédiger cette chronique, mais ne perdons pas plus un instant et rentrons dans le vif du sujet…

"Comme un soleil perdu dans l’univers, j’éclaire vos vies et brûle vos âmes…". C’est sur ces paroles ambitieuses que s’ouvraient en 1998 le premier véritable album des Bordelais de Seth qui se voit aujourd’hui offrir une seconde jeunesse par les bienveillants Marseillais de l’indispensable écurie Season Of Mist. Ah ça ne nous rajeunit pas tout ça effectivement, et pourtant quelle heureuse idée que de se rafraîchir la mémoire musicalement, surtout quand c’est fait d’une aussi agréable façon, nouvel artwork plus sobre à la clef… Une fois n’est pas coutume je ne me plierai pas à l’habituel exercice du track-by-track tant je considère qu’on a affaire ici à une œuvre vraiment homogène et cohérente (je doute cependant que le terme de concept album soit adapté) et qu’il m’est assez difficile d’isoler un titre plutôt qu’un autre, à part peut-être les deux dernières pistes de cette réédition mais nous aurons l’occasion d’y revenir plus tard. Pour les novices trop jeunes pour avoir découvert cette œuvre dans son contexte d’époque, ou tout simplement pour ceux qui seraient passés à côté (ben oui ça arrive !), je ne saurais que trop conseiller l’écoute de cet album qui fit date et marqua durablement les esprits lors de sa parution.

Majestueuse, la musique de Seth l’est à n’en point douter… Sachant allier à la fois un sens inné de la mélodie (entendons-nous bien : sans jamais donner la guimauve) et cette brutalité inhérente au genre black metal, l’écriture est brillante. Il émane une certaine mélancolie de l’œuvre en général, sensation exacerbée par le ton parfois très déclamatoire et dramatique employé par le chanteur. Notons au passage que le groupe avait dès 1998 pris la courageuse décision de s’exprimer dans la langue de Molière, là ou l’emploi de l'anglais ou du norvégien (pour le côté true ?) était largement plus communément répandu. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce choix fut des plus judicieux tant on sent encore aujourd’hui un réel effort au niveau de l’écriture des textes. Ceux-ci font preuve d’une réelle et personnelle poésie sombre, démarche on ne peut plus respectable et preuve s’il en est qu’en France on peut être fier de ses racines et opter pour l’exercice périlleux de s’exprimer dans sa langue natale sans tomber dans le ridicule, et avouez que ce serait plutôt dommage de s’en priver au regard de notre patrimoine littéraire qu’on nous envie mondialement !

Les thèmes abordés quant à eux ne dérogent toutefois pas à la règle du black metal et flirtent entre vampirisme et luciférianisme. J’y ai même pour ma part trouvé un certain romantisme sombre… Je trouve qu’il émane en effet de cette galette une certaine emphase pour ne pas dire noblesse, qui n’est pas sans m’évoquer Forbidden Site, autre remarquable et sous-estimée formation française des années 90… Sensation renforcée par la présence à l’arrière-plan de subtiles mélodies au piano… Sans qu’ils ne soient non plus omniprésents, il est important de signaler le rôle conséquent joué par les claviers sur cet album. Ils apportent en effet un plus indéniable et contribuent à l’ambiance classieuse ce cet album… et quand je dis classieuse je pèse mes mots, car à contrario de nombreuses formations de black symphonique ou mélodique de l’époque qui s’évertuaient à tartiner leur musique de couches de synthés censées apporter une caution "grandiose" et "ambitieuse" pour au final se vautrer 9 fois sur 10 dans du gothique sirupeux à bon marché, rien ici ne sonne kitsch ou hors propos car Seth a bien compris que trop de clavier tue le clavier, aussi la formation en use t’elle avec une pertinente parcimonie.

Le jeu de batterie de l’excellent Alsvid (ayant également œuvré chez Enthroned, excusez du peu !) n’est pas sans me rappeler celui du légendaire Hellhammer (de Mayhem) par cette manière frénétique de marteler les fûts dans les assauts les plus rapides… Je pense que le début de la première piste "La Quintessence Du Mal" se voudra un exemple assez révélateur de ce que j’entends par là. On remarquera en piste 6 la présence d’un morceau purement instrumental nommé "Dans Les Yeux Du Serpent" où de superbes guitares trouveront loisir à s’exprimer… En effet, s’il s’avérait besoin de le préciser, l’un des points forts de la formation française réside dans la qualité d’écriture et d’exécution du sieur Heimoth, seul maître guitaristique à bord et force est de constater qu’il en abat du boulot le bougre ! Le moins que l’on puisse dire c’est que l’espace est bien rempli : les grattent fusent à toute allure, de concert avec la batterie, nous offrant occasionnellement quelques salvateurs breaks mid-tempo, nous gratifiant même par moments de superbes parties acoustiques de toute beauté.

On trouvera enfin en bonus sur cette réédition 2012, deux morceaux initialement parus sur le split avec Cultus Sanguine datant de 2000, devenu aujourd’hui quasiment introuvable : tout d’abord en piste 8, le très réussi et atmosphérique "Les Sévices De La Peste" (l’un de mes titres préférés) et enfin en conclusion à cet album le furieusement schizophrénique "Corpus Et Anima", histoire de bien enfoncer le clou une fois pour toutes ! A l’issue de cette jouissive écoute, fatalement, indubitablement, un constat s’impose… le chanceux auditeur, à l’image de votre serviteur, tient entre ses mains privilégiées une œuvre (originellement sortie en 1998 rappelons le !) qui mérite sa place de choix dans le paysage musical extrême hexagonal… une jolie démonstration de talent, d’écriture et de composition de la part d’une des plus méritantes formations françaises… Il paraît que tout se paie un jour, et quand bien même j’aurais trouvé pour ma part la suite de la carrière des Bordelais un peu moins inspirée, ce brillant album aura suffi pour inscrire les 4 lettres de Seth au panthéon du black metal français, un classique à découvrir ou redécouvrir, ni plus ni moins… et même par pur plaisir qu’on se le dise !


Ihsahn62
Août 2012


Conclusion
L'interview : Cyriex & Heimoth

Le site officiel : www.innomineseth.fr