Lorsqu’on a l’impression que Rotting Christ a sorti un album au summum de son talent, il parvient malgré tout à démontrer qu’il n’a pas encore terminé d’en démordre avec une nouvelle sortie qui laisse le public tout simplement ébahi de surprise ! Février 2010 : sortie d’"AEALO", le onzième disque de sa discographie. "AEALO", le terme grec signifiant "Catastrophe", signalons-le. Représentatif de l’ensemble ? Grands dieux, non ! Trois fois non ! Et heureusement ! Mais "AEALO", une catastrophe pour les formations concurrentes ? Certainement ! Le Rotting Christ cuvée 2010 se montre imposant, théâtral, sans jamais devenir pour autant inutilement pompeux. Et les Grecs semblent toujours aussi profondément ancrés au plus profond de leurs racines helléniques. Ambitieux, Rotting Christ s’est entouré d’une pléthore de musiciens, venant de différents horizons, et tous plus talentueux les-uns que les-autres. Jugez plutôt : Alan A. Nemtheanga (Primordial), Magus (Necromencia), du groupe expérimental Dirty Granny Tales, de l’inimitable Diamanda Galàs, et d’autres personnalités encore, pour la plupart tout droit venues de Grèce. Le résultat a donné naissance à un disque inspiré d’une richesse absolue, où les rythmiques martiales et les lignes d’une mélodie parfois simple, mais entêtante, se croisent, se marient à merveille aux instruments traditionnels (comme il en est de mise sur "dub-sag-ta-ke") ou à des chœurs majestueux. De nombreuses écoutes seront nécessaires –pour ne pas dire directement obligatoires- afin de percevoir tous les moindres détails qui participent à cette atmosphère mystérieuse. "Orders From The Dead" clôture cet album en grandes pompes grâce à ses presque neuf minutes étourdissantes, portées par la voix hypnotique de l’extraordinaire Diamanda Galàs ! Cette musicienne et chanteuse américaine, pourtant peu habituée à un registre metal, nous apparaît imposante, et ô combien mystique sur ce dernier titre, dramatique, lyrique et inquiétant. Différent et incontournable à la fois. Une fois de plus –et pour combien de temps encore ?– le frontman Sakis à la voix éraillée nous immerge dans son univers ésotérique, énigmatique et ténébreux sans que quiconque ne soit capable de lui opposer de résistance, tant cet univers sibyllin attise la curiosité, pour ensuite devenir vital.
Le disque du mois, pour celle qui écrit ces lignes. Et de loin !
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