Le groupe
Biographie :

Prognathe est un groupe de death-grind-sludge-noise-black-hardcore-teeth-metal composé de : Lundi Galilao (guitare, chant, rythmes, bruits) et Victor Bestiole (basse, contrebasse, clarinette, chant). Un premier album éponyme voit le jour à la fin de l'année 2012. Le second, "Revelation Flesh", sort en Décembre 2014 chez Peccata Mundi Records. "We're Sane" sort en Mai 2017.

Discographie :

2012 : "Prognathe"
2014 : "Revelation Flesh"
2017 : "We're Sane"


Les chroniques


"We're Sane"
Note : 18/20

Tu veux du bourrin bizarre ? Alors viens par ici mon petit. Aujourd’hui, direction le Paléolithique pour réveiller nos instincts les plus primaires, avec Prognathe, composé de Lundi Galilao (guitare, voix, programmation) et Victor Bestiole (basse, voix). Sorti chez Peccata Mundi Records, "We're Sane" est le troisième album de cette formation créée en 2012. Pourtant, loin d’être bâclé, ce nouveau bijou sonne clairement comme un putain d’aboutissement.

Vendu dans un pack regroupant également les deux premiers opus, "We're Sane" a réussi à se créer sa propre identité, avec un style tout à fait unique, rassemblant de nombreux univers et permettant d’obtenir un résultat vraiment sauvage, dans tous les sens du terme. Prognathe mélange des riffs qui vont du stoner au grind en passant par le death ou le black metal, en accompagnant ceux-ci de deux voix qui réussissent parfaitement à s’accorder. Elles m’ont un peu fait penser à celles de Black Bomb Ä mais en largement mieux : la voix grave est bien plus torturée que celle d’Arno et la plus aigue semble bien plus endurante et tranchante que celle de Poun. Sur ce point, le chant est donc une parfaite réussite, qui finalement se démarque certainement de tout ce que j’ai pu entendre jusqu’à présent (cela se ressent par exemple sur "Enter Caveman", qui pourtant offre aussi de longs passages purement instrumentaux).

Difficile de trouver des comparaisons avec tant d’originalité… J’ai lu Strapping Young Lad ou Morbid Angel, mais ça reste insuffisant. Et si j’ajoute Nasum avec une pointe de rock’n’roll extrême et surtout une bonne grosse dose de malsain, ça semble encore plus flou. Je pense aussi que, déjà à la simple vue du super artwork réalisé par Ivan Camilo Sierra, on aura une folle envie d’écouter Prognathe. Il ne s’agit pas simplement de bonne musique en fait, mais vraiment d’un voyage primitif, brut, dans un monde à la fois sombre et angoissant, mais qui pourtant est assez loin de ce qu’on pourrait entendre chez un groupe de black metal classico-classique.

On pourrait encore s’étaler longuement, mais je vais plutôt terminer sur une légère note d’émotion, qui a fini de me convaincre que cet album était une vraie tuerie. La dernière piste, "… And Thus Spake He", reprise de Richard Strauss dont j’ai vu l’originale en mode concert de classique, il y a quelques mois, et que vous avez peut-être découverte dans le film de Kubrick, 2001 : l’Odyssée de l’Espace. Bref, là encore, une idée originale qui vient ajouter sa pierre à l’édifice, et quel édifice !


Grouge
Juin 2017




"Revelation Flesh"
Note : 15/20

Les hommes de Cro-Magnon n'ont pas totalement disparu, il en reste quelques-uns et ils se sont regroupés à Toulouse sous le nom de Prognathe. Ils ont sorti il y a quelques temps "Revelation Flesh", deuxième album après un éponyme assez bigarré et allumé.

Je n'irais pas jusqu'à dire que le groupe s'est totalement calmé puisque sa musique reste tout de même très empreinte de folie furieuse, mais là où le premier album partait dans tous les sens, ce nouvel essai présente un visage un peu plus homogène. Et même si le groupe montre pas mal d'humour ("Grunt To The Hills"), on est loin du metal parodique, Prognathe aime la déconne mais prend sa musique au sérieux. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette bande de joyeux drilles, il ne va pas être facile de décrire leur musique, alors disons qu'elle pioche allègrement dans le death, le grind, le black, le sludge et autres joyeusetés légères et positives. Tout ce mélange donne un metal généralement écrasant et violent, les riffs lourds vous pilonnent la tronche sans répit et les accélérations et autres pétages de plombs en règle dévastent tout sur leur passage. Vous allez me dire que des groupes violents et brutaux il y en a plein, voire même de plus en plus ces dernières années et vous aurez raison. Mais là où Prognathe se distingue de la masse des autres bourrins, c'est que leur musique a une intensité peu commune. Ce ne sont pas des blasts à outrance ou des hurlements inhumains qui viendront vous détruire les tympans, c'est plutôt une intensité qui ne baisse jamais qui vous aura à l'usure. Malgré les variations de rythme et le fait que le groupe ne joue pas à 300 à l'heure constamment, on a quand même l'impression de se prendre une division de chars d'assaut sur la gueule du début à la fin.

Et c'est justement là qu'on sent les influences grindcore, les blasts supersoniques ne sont pas franchement présents mais l'intensité du genre encore une fois est bien là. Rajoutez à ça un son gros, puissant, mais assez sale et des hurlements souvent saturés (Anaal Nathrakh n'est pas loin) et vous obtenez 42 minutes assez éprouvantes. Toujours est-il que ces mecs-là ne se contentent pas de faire le mélange le plus méchant qui soit, ils se permettent aussi de balancer des ambiances bien glauques comme sur la fin de "Twinkle, Twinkle Burning Mammoth". Et apparemment les hommes préhistoriques aiment aussi les dissonances à la Blut Aus Nord, "Revelation Flesh" qui suit juste derrière nous en balance des palettes entières d'entrée de jeu. Et la suite nous réserve d'autres surprises ! C'est finalement le gros point fort de ce deuxième album par rapport à son prédécesseur, le groupe a réussi à garder une large palette d'ambiances, d'influences et de sonorités tout en ayant plus de cohérence que par le passé.

Le premier album partait en vrille constamment là où ce nouvel essai, malgré sa grande richesse, donne quand même l'impression d'être un tout qui se tient. Par contre, même si on n'est pas non plus dans le domaine de l'expérimentation, il faudra quand même un minimum d'ouverture d'esprit pour apprécier ce "Revelation Flesh" à sa juste valeur tant les différentes influences se croisent. Un nouvel album qui confirme donc que Prognathe a bien une personnalité très particulière. De gros progrès au niveau de la cohésion de l'ensemble qui donnent un résultat moins foutraque mais toujours aussi riche et intense. Si vous n'avez pas froid aux yeux (ou plutôt aux oreilles ) et que vous cherchez un album qui fait mal sans vous lasser au bout de 10 minutes, je crois que vous venez de trouver un client solide.


Murderworks
Juillet 2015




"Prognathe"
Note : 15,25/20

Haha, en voici de l'article de vente :
"Ils sentent pas bon, il ne se rasent pas, ils mordent
Ils ne font pas de concert, ils ne cherchent pas de label, ils ne sont pas intelligents
Leur premier album est disponible, ils l'ont fait eux-mêmes, ils veulent que vous l'écoutiez, que vous l'aimiez, que vous le mastiquiez et que vous l'ingériez !!!!"


C'est marrant car ça donne envie de découvrir qui est derrière Prognathe, et donc je suis allé voir ça. Il s'agit du troisième projet de Lundi Galilao qui officie dans un groupe de stoner / sludge / metal / core appelé A Very Old Ghost Behind The Farm (très bon projet soit dit en passant, intéressant en tous points) et un autre toujours stoner / sludge mais un peu plus black par moments Dead Mountain Mouth. Bref, des Toulousains de surcroît. C'est marrant aussi parce qu'on peut lire un peu partout "Ouais, avec Lundi... un projet plus violent que les autres... bla bla bla bla bla....", mais je ne connaissais même pas les deux autres !!! C'est tant mieux, cela permet ainsi de n'avoir qu'une idée vierge et objective de la chose.

C'est clair que c'est un projet plus violent que les autres, on a là un album composé d'une espèce de grind / death core, avec des riffs hyper groovy, synthétiques et avec un soupçon d'indus... Un genre de rencontre entre Napalm Death époque "Fear Emptiness Despair" ( à cause de la voix gutturale death qui y fait pour beaucoup il faut le dire), basé sur une rythmique batterie de boîte à rythmes bien programmée et qui fait ce qu'on lui demande à savoir blaster pas mal et faire quelques changements, tout en restant primaire, et un mélange punko (pour des voix parfois un peu Murderdolls ) death indus core. Aux contours black indus comme Mysticum savait le faire. Il y a d'ailleurs quelques riffs proches d'un black metal à la Dark Funeral / Mysticum sur "Scrutinize", c'est bien mis en avant. Prognathe est un véritable concentré de violence industrielle, qui offre de la sauvagerie bien rangée avec une production parfaite, maison, mais parfaite.

On a la sensation d'écouter une musique vraiment hybride entre les Napalm Death cités plus haut, un grind / crust un peu Nasumien par moments, du black metal à la Mysticum, et une facette indus core à la Treponem Pal / Neurosis. C'est troublant d'efficacité, les morceaux sont aussi très death mais l'ensemble reste toujours aéré. Sur "Aprognalypse Now", le chant se libère dans une couleur plus claire et les guitares reviennent un peu sur la lourdeur stoner / sludge et groovy qui prédomine habituellement sur les deux autres projets de Lundi (pour être allé à leur découverte tout de même !!).

Cet album autoproduit est une grosse bombe artisanale, de la maîtrise core à souhait. Core dans le sens de celui des années 80 comme Saw Throat sur l'album "Indestroy", une lenteur doomesque et oppressante vient nous faire souffrir sur quelques morceaux comme "Homo Nuclearis", mais à côté de ça, on assiste à des accélérations hypnotiques intenses et brutales tels que celles du même morceau ou sur le dernier "Sitting In A Dream".

Prognathe se place comme fer de lance d'un grind / death / doom / core/ indus assez old school qui prend ses racines loin dans les vingt dernières années. C'est un pur plaisir. Il y a quelques passages très fun qui auraient pu figurer chez Carnival In Coal, "Saturday Night Rabies", et quelque samples d'introduction ou d'interludes très amusants voire même certains assez anecdotiques avec la voix de l'orateur au début de "Incipit" à 1'30...

Prognathe a tenté l'originalité mais ne s'y est pas cassé les dents (jeu de mots moyen en relation avec le nom du groupe) : huit chansons, trente trois minutes d'agressivité sonore bien achalandée, un concentré de violence calibrée pour un album tout simplement très bon. Adhésion au club immédiate.


Arch Gros Barbare
Mai 2013


Conclusion
Le site officiel : www.prognathe.bandcamp.com