Le groupe
Biographie :

Les membres fondateurs de Kalisia (Brett - guitare et chant ; Laurent P. - claviers ; Loïc - guitare) se rencontrent en Mai 1994 en rejoignant le batteur d'un groupe local (Insanity). Mais constatant rapidement des divergences musicales, ils décident de le quitter et de former leur propre groupe. Ils sont rejoints par Laurent B. (batterie - ex Randomize Timer) en Août, puis 2 mois plus tard par Thibaut (basse - ex-Bloody Ritual) scellant ainsi le line-up de Kalisia. Le groupe, à présent complet, commence alors à officier dans une sorte de death metal à la fois mélodique et progressif (expliquant sans mal la longueur de certains morceaux), souvent décrit comme une combinaison de Dream Theater et de Cynic, et où les paroles ont une place primordiale. Kalisia entre alors en studio pour enregistrer leur première démo, "Skies", en Septembre 1995, après une année d’existence. Les 500 copies de cette démo K7 sont rapidement épuisées, grâce au gros travail de promotion réalisé par le groupe. Tant et si bien qu'Adipocere leur propose de represser "Skies" en demo CD limité à 1500 exemplaires (aujourd'hui bien évidemment épuisé), et c’est en Novembre de l’année suivante que le MCD est enfin disponible (un titre sera d'ailleurs sur la compilation du magazine Metallian "Metal Explosion Vol.2"). L'album "Cybion" sort finalement au mois de Février 2009 dans les bacs Français, avec une distribution Season Of Mist.

Discographie :

1995 : "Skies"
2009 : "Cybion"


Les chroniques


"Cybion"
Note : 19/20

Plus de 10 ans qu'il est attendu celui-là, l'arlésienne du metal Français. Une décennie ça a dû être long pour ceux qui ont connu le groupe à la sortie de leur démo "Skies" en 1995. Démo qui avait d'ailleurs déjà fait pas mal de bruit à l'époque, et à coté de laquelle je suis honteusement passé. Séance de rattrapage donc avec ce premier album, et quel cours mes aïeux !!

Il y avait de quoi avoir peur pourtant en voyant les ambition affichées par les membres du groupe, à savoir pondre un pavé de 71 minutes constitué d'un seul morceau divisé en 4 parties, histoire de ne pas trop effrayer l'éventuel auditeur frileux. Les sueurs froides étaient inutiles, le sujet est ici maitrisé de bout en bout et rien n'a été laissé au hasard. Tout est impressionnant sur cette galette, la composition, les arrangements, la prod, le nombre de participants et surtout le nombre de styles visités. Et là vous vous dites : "Houlà ça sent le truc bancal qui part dans tous les sens ça !". Effectivement ça part dans tous les sens et c'est là que c'est fort, parce que tout s'enchaine parfaitement, sans interruption. C'est fluide, ça coule de source et on est sans cesse estomaqué par cette facilité à passer du coq à l'âne.

Bon à la base le tout est construit sur des fondations death et des vélléités progressives assez marquées, mais à coté de ça c'est un vrai festival. Du growl, du chant clair, du chant féminin, des claviers, des passages acoustiques, des passages death, des choeurs partout, du saxo... Et malgré la complexité évidente des compositions, on se retrouve totalement happé dans leur univers avec une déconcertante facilité. C'est paradoxal et c'est donc là aussi très fort, ça aurait facilement pu devenir indigeste. Mais le travail a été tellement bien fait qu'on se laisse embarquer sans aucune résistance, quitte à revenir fouiller l'album indéfiniment dans ses moindres recoins pour y dénicher des détails qui nous auraient échappé. Et croyez moi aux premières écoutes ils seront nombreux, il y a tellement d'informations qu'il est impossible de tout assimiler d'un seul coup. D'ailleurs le niveau technique des musiciens est lui aussi assez affolant, des plans de fous furieux, des contre-temps en veux tu en voilà et des soli à pleurer.

Pour vous donner une idée de l'ensemble on pense immédiatement à la bande originale metal d'un (éventuel futur ?) film. Le sujet s'y prête bien d'ailleurs, un concept-album fortement teinté science-fiction, pour lequel un langage a entièrement été créé, le "Kal". Alors bien sûr les puristes pour qui le metal doit être vierge de toute influence extérieure risquent fort de rester sur le pas de la porte. Les autres se feront un malin plaisir d'aller visiter le monde de Kalisia et de profiter de ces quelques heures de voyage dans d'autres sphères.

Et que ceux ci ne s'inquiètent pas, l'attente en valait largement la peine et je pense que vu l'ampleur pharaonique du projet et sa qualité, on en parlera encore dans 10 ans. Je tiens aussi à préciser que l'album paraitra sous la forme d'un double cd qui comporte en plus de l'album, la démo "Skies" remasterisée ainsi que 4 reprises de Cynic, Emperor, Loudblast et Dream Theater sur lesquelles nous pouvons apprécier la présence d'invités de marques. Citons entre autres Angela Gossow, Arjen Lucassen, Paul Masvidal ou encore Ludovic Loez. Ces 4 groupes constituent d'ailleurs certaines des grosses influences de Kalisia et peuvent donner une idée de la complexité de la chose. Les illustrations du livret sont magnifiques et toutes les paroles sont bien entendu incluses, du très beau boulot.

Je ne vais pas détailler le contenu de "Skies", la chronique a déjà été faite sur ce même site, mais je dois dire que cette version remixée et remasterisée a bénéficié d'un énorme traitement. Le son est beaucoup plus puissant et clair que sur la version d'origine. Rien n'a été ré-enregistré, on peut même encore entendre quelques pains d'origine qui étaient un peu plus discrets sur l'ancienne version, mais vraiment pas de quoi gâcher l'écoute. D'ailleurs en enchainant "Skies" et "Cybion" on se rend compte que la personnalité de Kalisia était déjà bien marquée dès le début et qu'elle s'est affirmée et définitivement imposée sur le petit dernier.

En tout cas il est clair qu'on ne fait pas les choses à moitié chez Kalisia, entre le packaging, la musique et le concept on en a pour notre argent. Et c'est d'autant plus respectable quand on sait que tout ça est autoproduit et donc financé par le groupe, si ça c'est pas de la foi je ne sais pas ce que c'est. Pour finir je ne rajouterai qu'une petite chose, il est fortement conseillé d'écouter "Cybion" d'une traite. C'est comme cela qu'il a été conçu et c'est comme cela que vous pourrez en profiter pleinement.


Murderworks
Janvier 2009




"Skies"
Note : 18/20

Tu veux du culte, je crois que je t’ai trouvé ce qu’il te fallait… Ce 4 titres (pour une trentaine de minutes de zic !) se pose là comme l’une des pierres blanches du metal Français, de l’époque, mais aussi… De toute son histoire ! Qui a dit "C’est la même chose !" ?? Non, le metal hexagonal ne se limite pas aux années 90 (Gojira ou The A.R.R.S., ça dit quelque chose à quelqu’un ?) mais force est de constater que bon nombre d’ovnis franchouillards sont nés en cette auguste période ("Cross The Threshold" de Loudblast, "Anomaly" de S.U.P., "Hell On Earth" de Carcariass, "Sick" de Massacra…) Toujours est-il que ce "Skies" de Kalisia vient nous pétrifier les oreilles de ses envolées guitaristiques, de ses structures aériennes, épiques, inspirées d’un death alambiqué et technique comme savaient nous pondre un Atheist ou un Cynic. Tout au long de cette superbe demi-heure, le groupe nous démontre tout son savoir-faire, sa connaissance du sujet ainsi que sa maturité : ayant réussi à ingurgiter puis à savamment digérer l’œuvre d’éminents représentants de diverses sphères du metal, il nous propose alors sa vision de ce que peut (doit ?) être le metal extrême à l’époque... "Peut" parce que ses membres savent que les moments éthérés et progressifs ne pourront plaire à l’ensemble de la frange métallique d’alors, "doit" parce que la technicité du combo relègue au second plan 99 % de ses homologues. Ces 4 titres ne sont pas toujours agressifs, pas sans cesse joués à fond de cale ni sans arrêt braillés de manière à terroriser le quidam, mais leur cohérence suscite l’admiration de même que leur beauté mérite d’attirer l’attention, si ce n’est l’adhésion de tous, impitoyables méchants ou âmes métalliques plus portés vers l’éclectisme. Les riffs sont innombrables, impressionnants, destinés à asseoir la légitimité du groupe et à définir son style, en se mettant au service d’un collectif réuni pour proposer de l’innovant, du brut de décoffrage (death, thrash) mêlé à de la fine dentelle cousue main (chants féminins, longues plages instrumentales). Résonnent encore dans ma tête, plus d’une douzaine d’années plus tard, les magnifiques sept minutes de "Lost Soul" avec leur lot de rebondissements, de changements de tempo, d’attaques estampillées metal de la mort ou de ravissements oniriques. Du grand art. Avis aux vrais amateurs, qu’ils n’hésitent pas à revisiter à leur manière un "Retour vers le Futur" pour ce skeud pas piqué des hannetons, ils risquent d’être très surpris… Et pour ceux qui ne jurent que par l’actualité, le groupe a apparemment repris du service, après un très long silence radio (mais des apparitions de ses membres dans des groupes tels que les excellents Fairlight, Hegemon ou Malmonde), pour vous proposer un travail de toute évidence extrêmement abouti, nommé "Cybion". A vous de jouer !


Sacha
Mai 2008


Conclusion
A écouter : Cybion (Extrait) (2009)

L'interview : Brett & Laurent

Le site officiel : www.kalisia.com