Le groupe
Biographie :

Fondé en 1996 par les frères Schindl (Michael à la guitare / chant, David à la batterie) et Baetschiger (Thierry à la guitare, Didier à la basse), Impure Wilhelmina tire son nom de l’héroïne du conte classique de Bram Stoker. Le groupe tire ses influences de l’univers métallique, de la scène hardcore émotionnelle qui explose en Europe et en Amérique du Nord à l’époque et de d’une écriture illustrée par le mouvement grunge. Le groupe a d’abord a livré deux EPs et un premier album autoproduit. Ce premier opus, encensé par la critique, place la groupe suisse au premier plan de la scène post-hardcore. Après une tournée en France avec un nouveau bassiste, le groupe s’associe au producteur Serge Morattel (Knut, Brazen, Shora) pour enregistrer en sortir son deuxième album. En 2005, un nouveau pas de géant est effectué avec l’album "L'amour, La Mort, L'Enfance Perdue". En 2008, après un changement de line-up, le groupe revient avec "Prayers And Arsons". Six années plus tard, Impure Wilhelmina nous pond "Black Honey", à la fois plus personnel et accessible, sur les labels Hummus Records et Division Records. L'album suivant, "Radiation", sort en Juillet 2017 chez Season Of Mist.

Discographie :

1997 : "Impure Wilhelmina" (EP)
1997 : "Undressing Your Soul" (EP)
2000 : "Afraid"
2002 : "I Can't Believe I Was Born In July"
2004 : "L'amour, La Mort, L'Enfance Perdue"
2008 : "Prayers And Arsons"
2014 : "Black Honey"
2017 : "Radiation"


Les chroniques


"Existence"
Note : 17/20

Il y a de cela quelques semaines, un jeudi matin, nos lycéens de la filière ES avaient le choix de se pencher pendant quatre heures sur un sujet fort intéressant : “Une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle ?”. Si ce thème a souvent intéressé l’Education Nationale, qui le décline de diverses façons tous les trois ou quatre ans, il en va de même pour moi, et si j’avais dû passer mon Bac cette année, il ne fait aucun doute que c’est ce sujet que j’aurais choisi. J’aurais probablement lutté un peu pour savoir comment enchaîner les paragraphes et les parties, mais il y a une chose de sûre : ma copie aurait contenu au moins une référence à Impure Wilhelmina. Car quel autre groupe serait mieux placé pour faire le lien entre l’art et la beauté ?

En effet, depuis maintenant 18 ans et leur premier vrai album "Afraid", nos chers voisins suisses nous régalent régulièrement de disques tous plus excellents les uns que les autres, mais surtout uniques par essence, et chacun d’entre eux peut quasiment être considéré comme un “concept album”. Si "I Can’t Believe I Was Born in July" et "L’Amour, la Mort, l’Enfance Perdue" sont souvent cités comme des oeuvres de référence pour le groupe, comme des pierres angulaires de leur carrière, c’est à mon sens principalement avec un "Prayers And Arsons" en 2008 qu’Impure Wilhelmina a réellement montré tout son potentiel et s’est mis à explorer de nouveaux horizons musicaux, n’en faisant pas pour autant baisser la qualité de ses compositions.

Six longues années plus tard, ils ont accouché du très surprenant mais néanmoins génial "Black Honey", véritable tournant musical : moins agressif, plus rock, et davantage porté sur un chant plus clair. Impure Wilhelmina avait besoin d’exprimer autre chose, ou du moins de l’exprimer autrement, et cela se confirme avec l’album qui nous intéresse aujourd’hui : "Radiation". Et autant le dire tout de suite, cela faisait fort longtemps qu’un album ne m’avait pas fait ressentir autant de choses, variées et puissantes. Le rock 2017 de nos Suisses est un cru des plus délicieux, une invitation à un voyage dans les contrées encore sauvages et inexplorées de l’univers musical, mais aussi et surtout en nous-mêmes…

Loin de moi l’idée de vouloir sortir dans ces lignes les poncifs habituels de la musique qui se prétend “intellectuelle”, mais on ne peut nier que la musique de notre quatuor est complexe, recherchée, profonde. Pas forcément le truc qu’on écoute pour se motiver en faisant le ménage, ou qu’on met en fond sonore. Non, du Impure Wilhelmina ça s’écoute et ça s’apprécie. Mais comme j’en discutais récemment avec un ami et confrère que nous appellerons Rémi, ça tombe bien d’ailleurs car c’est son nom, il n’est jamais aisé de “parler” d’Impure Wilhelmina, d’écrire au sujet de leur musique. Un peu comme pour une copie de philosophie, on y revient. Et s’il en est ainsi pour tous leurs albums, "Radiation" ne fait pas exception. Vous me pardonnerez donc mes égarements et interprétations, ils sont purement subjectifs et ne reflètent que mon propre ressenti… parfois peut-être un peu surprenant.

Digne successeur de "Black Honey", "Radiation" tourne donc la page du chant “gueulé” pour un chant totalement clair, pur, à l’exception de la fin de "Murderers", morceau dans lequel Michael rappelle à notre bon souvenir le chant plus brutal avec lequel il nous régalait sur les premiers albums du groupe. Si ce choix au niveau du chant peut être déstabilisant pour certains, décevant pour d’autres, il marque à mon sens un véritable désir de sincérité de la part du groupe, dont le message doit être transmis différemment qu’avant. C’est facile de crier sa rage, sa peine, sa tristesse dans un micro, il l’est nettement moins de le faire de manière calme, posée, compréhensible, et pourtant le rendu est tout aussi puissant, si ce n’est même plus. Sincère, le groupe s’ouvre, prend le risque de le faire, et s’en sort parfaitement. Tout le monde ne réussirait pas aussi bien, mais tout le monde n’a pas la chance d’avoir un chant si prenant, si… beau. Et il n’y a qu’à écouter "Bones And Heart", ou "Sacred Fire" (probablement un de mes morceaux favoris de "Radiation"), ou tout le reste en fait, pour s’en rendre compte. La voix a été le transport principal de mes errances mentales à chacune de mes écoutes de l’album, et cela dès les premières paroles de "Great Falls Beyond Death", pleines de puissance, de justesse, de tristesse même, jusqu’aux derniers mots, en français et on ne peut plus sincères et poétiques, de "Race With You".

Si le chant joue un rôle prépondérant dans la qualité de "Radiation", la musique n’y est pas pour autant étrangère non plus, et les guitares nous offrent des mélodies toujours plus magnifiques d’un morceau à l’autre, qu’il s’agisse de riffs au groove indéniable comme sur "Sacred Fire" (je vous avais dit que j’avais adoré ce titre ?) ou "Meaningless Memories" (dont toute la première partie, exclusivement instrumentale, m’a étrangement rappelé ce que Metallica était à l’époque capable de faire sur "The Call Of Kutlu"), ou de parties plus douces, en arpèges, tel ce que l’on peut entendre dans "We Need A New Sun" et "By Ravens And Flies" (dont l’écoute du refrain me donne chaque fois la chair de poule). Quant à la rythmique, si la basse se fait assez discrète mais néanmoins indispensable à la profondeur et l’intensité de la musique, la batterie est, elle, absolument remarquable quel que soit son jeu, des toms entêtants de l’intro de "Child" à la caisse claire et au blast (oui, oui) de fin de "Torn".

Le tout se conjugue à la perfection pour nous offrir 56 minutes (quand même !) d’une musique intense, riche en émotions, en frissons. Il n’y a qu’à fermer les yeux et chaque titre nous raconte une histoire. Par exemple, sur "We Need A New Sun", j’avais l’impression de me trouver au beau milieu de l’explosion de notre astre, flottant dans le vide intersidéral, dans un mélange de calme, de quiétude, et de panique, comme si la musique me rassurait en me tenant la main alors que la fin était inéluctable. Eh oui, il n’y a pas que le groupe qui s’ouvre... Pour ma part, chaque écoute de ce "Radiation" a été ainsi, un moyen de voyager mentalement, de m’évader, de ressentir et de vivre de la musique, une chose qui ne m’était pas arrivé depuis un bon moment. Mais que pourrait-on attendre d’autre de ces compositions si magnifiques, si complètes, si riches en contrastes ?

Car oui, c’est en grande partie ces contrastes qui font de "Radiation" un album d’une telle qualité. Les onze pistes qui le composent ne cessent de nous égarer, de nous faire vivre un long ascenseur émotionnel d’un morceau à l’autre, voire même au sein de certains morceaux. Impure Wilhelmina nous perd en étant tantôt un groupe heureux qui chante des choses tristes, tantôt un groupe peiné qui nous parle de sujets joyeux, toujours avec la même intensité et la même puissance. Cette mélancolie, racontée de manière froide, juste et réaliste, sème en nous comme un sentiment de spleen, qui nous décroche ici un sourire nostalgique, là une moue plus attristée, que chacun sera libre de ressentir quand bon lui semble sur cette heure de musique. Mais s’il y a bien une chose de certaine, c’est qu’Impure Wilhelmina ne laissera personne indifférent avec ce "Radiation", tant le groupe aura sorti, en cette année 2017, un album d’une qualité remarquable, et d’une beauté qui m’en ferait presque parler avec une voix vibrante d’émotions.


Nico
Août 2017




"Black Honey"
Note : 17/20

Habitués aux sorties régulières, les aficionados de Impure Wilhelmina ont dû se ronger les ongles jusqu’au coude avec un trou de six années entre "Prayers And Arsons" et "Black Honey". Ouais et alors ? Alors ? Eh bien c’est comme le retour de Burger King en France, on n'y croyait plus !

Bon pour l’artwork on repassera. Soit le groupe avait déjà mis toute son inspiration dans la musique, soit le mec a voulu faire un truc incompréhensible pour faire croire qu’il est un artiste. L’album s’ouvre sur "The Enemy". Le titre nous plonge doucement dans le registre de ce nouvel opus à savoir un post-hardcore lancinant plus proche du ciel gris et duveteux que de la tempête (du post-rock en fait ?). Musicalement, nous sommes face à quelque chose de très complexe et de très changeant, représentation réussie d’un état instable mais toujours mélancolique. Malgré tout, l’inconstance de son humeur provoque quelques temps forts, timidement groovy, un peu plus massif ("Joseph") et à l’inverse des passages extrêmement calmes, à l’image de "For The Man That I Love" et poétiques ("Grand Gendarme"). Certains riffs de l’album ressortent plus que d’autres, comme celui de "Chest" qui prend tout son sens lorsqu’intervient cette séduisante mélodie vocale ou de "Uncomfortable Life" en plein milieu qui dynamite l’ensemble. On assiste aussi avec des morceaux comme "Grand Gendarme" ou "Courageous" à une superposition des ambiances. Est-ce dur ? Est-ce mélancolique ? Est-ce poétique ? Finalement on a un peu de tout ça à ne plus savoir quoi ressentir. "Black Honey" s’achève sur une longue piste de onze minutes qui donne le sentiment de déconstruire l’album fraîchement écouté en en reprenant les différentes composantes pour en extraire à force de sonorités lourdes, un miellat savoureux. La clé de voûte de cet album reste le chant, devenu presque exclusivement clair. Notons que la voix de Michael est particulière, jouant parfois des coudes avec la justesse et particulièrement fragile. Elle est aussi très (presque trop) présente, même si "Mute", parmi les onze titres permet de laisser les oreilles souffler pendant deux minutes trente.

Oublions Burger King, Impure Wilhelmina se rapproche davantage d’un bon vin. Saveur incompréhensible quand on a quinze ans, plaisir incommensurable quand on est deux fois plus vieux, mais les similitudes ne s’arrêtent pas là où un bon vin est encore meilleur quand il a eu le temps de décanter, "Black Honey" se fera davantage apprécier après plusieurs passages dans vos oreilles. Je laisserai une définition du "Miel Noir" conclure à ma place puisqu’elle me paraît appropriée à cet opus : "Ce Miel à la couleur sombre caractéristique, vous délectera par son goût puissant et ses arômes complexes".


Kévin
Septembre 2014


Conclusion
Le site officiel : www.impurenet.com