"Des Deux L’une Est L’autre"
Note : 18/20
Autant l’avouer d’entrée, "Des Deux L’une Est L’autre" a été un coup de foudre.
L’éventail d’émotions et d’ambiances développées laisse admiratif.
Les cris viscéraux s’allient tantôt à un chant clair (et juste !), tantôt à des voix cristallines, mariage parfait pour des montées en puissance à vous donner la chair de poule ("Maintained Relevance Of Destruction Part II", "Daybreak At Slaughter-House").
On passe en un instant du calme, de la douceur de notes lentement égrenées à un déchainement de guitares, salve de batterie et déchirements de voix ("The Hole", "Tutuguri").
Aérienne ("Maintained Relevance Of Destruction Part II", "Naked Lunch II"), susurrée ("Daybreak At Slaughter-House"), un peu sorcière ("Tutuguri") ou conteuse ("H492053") : la voix (toujours elle !) change au gré de la fantaisie du groupe.
Le vocabulaire est incisif. Chaque extrait sonore devient une leçon de Français, de réflexion et de beauté. "L’appétit de merveilleux" ("Tutuguri")… Qui se soucie encore de cet idéal de nos jours ?
Extraits de poèmes, de discours, de conversations… Où donc Hypno5e est-il allé chercher ces références ?
André Breton, Antonin Artaud, Jean Cocteau, William Burroughs, Jean-Luc Godard pour n’en citer que quelques un. Des écrivains, poètes, dramaturges, romanciers, surréalistes, acteur et metteur en scène.
Plus inattendu, la lecture d’un extrait de "La vie est un songe", pièce de théâtre métaphysique Espagnole écrite en 1635 par Pedro Calderon De La Barca.
On constate que, non contents d’être de bons musiciens, les quatre garçons ont une solide culture.
Etonnement final : après un album énergique, remuant, voici que surgit l’énigmatique "Remords Posthumes" et sa mélancolie. Enfin, telle une boucle que l’on finit de boucler, nous voici renvoyés à la citation d’ouverture de l’album.
En à peine un peu plus d’une heure de temps, Hypno5e nous démontre que les bons groupes ne sont pas forcément étrangers en nous livrant un album d’une belle intensité, à la réalisation impeccable et riche.
Des deux l’une est l’autre est à mon sens un de ces albums qu’il est dommage d’écouter sur n’importe quel appareil à sortie sonore unique. Ce CD se vit, l’émotion n’en est que plus forte lorsque l’on se laisse "entourer" par le son, qui prend alors presque corps.
Vivement le prochain !
"Manuscrit Côté ms408"
Note : 18/20
C’est avec un maxi de 6 titres comportant des morceaux entre 7 et 12 minutes que je découvre enfin le monde totalement schizophrène et sublime du groupe Hypno5e. En effet, "Manuscrit Côté ms408" s’avère être une toute nouvelle boite à musique remplie d’émotions, de magie et de profondeur.
De la profondeur, en veux-tu, en voilà ! Le premier morceau, "H492053", commence donc par une voix sortie de nulle part, afin de préparer la musique du groupe à se propulser par une ambiance lancinante afin… d’exploser ! Des riffs de guitares se font entendre, une voix irrésistible chante au loin… Je ne sais plus trop où je suis. Et toujours cette voix qui va et vient. Mais où suis-je ?
Daybreak At Slaughter's House", le second titre, ne tarde pas à raviver mes esprits à coup de gros blast dès le début, le tout avec un chant aigu, alterné soudain par un chant clair. Rien à faire, ça me rappelle indéniablement le duo Mathieu / Julien du groupe Psykup. La mélodie est fluide, douce et se montre agressive dès que possible pour une coordination impeccable. Rien à faire, des références musicales se forment à mes oreilles ; certains passages me rappelant "The Wall" de Pink Floyd ou encore le monde fou de Venetian Snare dans le bruitage électronique à la fin du morceau.
S’en suit "Scarlet Fever", où de la pression se fait ressentir pendant presque 2min avant qu’une explosion de cris s’échappe. Telle la marque de fabrique, les passages lourds et clairs sont alternés, les samplers d’un film faisant parfois surfacent. Le chant vers les 8min est tout simplement sublime, hypnotisant. Et ce n’est pas moindre ; ce morceau est structuré et déstructuré à la fois. J’hallucine.
"Tutuguri", la quatrième piste, est encore plus folle. Entre poésie et violence, mon cœur balance. Je pense que c’est la piste se rapprochant le plus du monde de Psykup, c’est vraiment fou. Et toujours ce petit passage calme au milieu de la composition, et toujours ce petit sampler de film, et toujours cette voix… Cette voix… Ce morceau est magique.
Je n’ai d’ailleurs pas le temps de m’en remettre que surgit un bruit, non, le début de "Naked Lunch I", un bruit d’une infime lourdeur, comme si tout était oppressé. Mais cela ne dure pas, ce n’est qu’un avant goût, avant une longue montée post-rockéenne. Je suis en appétit, je m’imbibe, j’attends. Des voix sorties de nulle part apparaissent, c’est lancinant au possible, limite sensuel. J’aime… Et finie par me retrouver dans une autre dimension mélangeant ambiant et électronique.
En parlant d’électronique, je suis en teuf. C’est le début drum’n’bass du dernier morceau, la concubine "Naked Lunch II". Où suis-je ? Le monde complexe des Montpelliérains m’apparaît enfin, l’éclectisme est un mot sacré chez eux. Et j’adhère dans ces émotions psychédéliques, comme un mélange d’"Orange Mécanique" et de "Las Vegas" Parano.
Que dire de plus ? Une autoproduction étonnante par le professionnalisme et la qualité qui s’en dégage, ainsi que par ses musiciens surprenants. Hein, comment ? J’ai dit musiciens ? Je voulais dire Artistes.
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