Il y a des albums comme ça, en tant que chroniqueurs, qu’on attend avec impatience. Qu’on reçoit avec joie. Qu’on déballe avec frénésie et puis qu’on glisse dans le lecteur sans pouvoir attendre plus longtemps. C’est à ce moment fatidique que le doute nous assaille. C’est peut-être le dernier opus du plus grand groupe de metal de tous les temps, celui qui nous a imposé la claque décisive à 16 ans et nous a définitivement mis sur la voie ; c’est peut-être, plus simplement, la première œuvre de quelques vagues potes lointains, mais dont on espère qu’ils iront loin. Quoiqu’il en soit, quand la musique démarre, notre cœur tremble à l’idée de rencontrer la fausse note, la voix pâteuse, le son brouillon…
J’étais dans cette situation avant l’écoute du "Peuple Du Vide", le premier album (je ne peux me résoudre à accoler le terme d’"EP" à un 8 titres) des Toulousains d’Heresic synopsis. Et si j’avais placé trop d’appétit dans cet album ?! Allais-je rester lamentablement sur ma faim ? Au final, quelle importance, qu’est-ce que cela impliquait pour moi ? J’ai trouvé la réponse à la fin de ma première écoute : rien. Mais j’ai eu instantanément encore plus envie que du "Peuple Du Vide" découle beaucoup pour Manu, Yoan, Brice, Nicolas, et Sébastien.
Parce que c’est un bel album. Je redoutais… je redoutais beaucoup de bruit, du vacarme, de l’agressivité inutile et mal exploitée, du désordre… Et puis non, rien de cela. "Juste" des guitare très musicales, des riffs de fous et agréablement complexes. "Juste" une grosse batterie qui a magistralement progressé (ou du moins plus présente par rapport à ce qu’avait pu composer L’Antre), qui blast à fond mais sait se faire plus douce. Et surtout une prestation vocale très intéressante (malheureusement légèrement sous-mixée sur le titre éponyme) : du deathgrowl quasi continu frôlant parfois le grind, qui imprime vraiment son propre rythme, avec des textes en Français (pessimistes, de qualité et qu’on comprend, tout qu’est-ce que j’aime), et un Manu qu’on sent… à fond dans le truc. Au final, seule la basse semble sous-estimée, et puis "Le fer, L’écorce Et La Chaîne" arrive, et rééquilibre un peu ça.
Evidemment c’est du son qui envoie du bois, à la Cephalic Carnage un peu, Morbid Angel surtout, du death technique, massif, rapide, peu aéré. Les compos sont difficiles, prenantes mais déstructurées, elles nécessiteront donc pas mal d’écoutes.
Mais on le fera bien volontiers, parce "Le Peuple Du Vide", sous ses airs de bourrin, n’est pas qu’un bulldozer. Non, en fait il n’est jamais trop étouffant, saupoudrant ses envolées ravageuses de passages plus atmosphériques vraiment bien sentis (par exemple l’"Interlude Lucide" de la cinquième piste, la douce fin de "Transastral", un petit bijou), à l’image d’un Gojira. Sans aller jusqu’au chant clair, quelques moments calmes sous le déluge, et c’est assez plaisant. Là où beaucoup m’emmerdent dès le cinquième titre (je suis une adepte du "quick one"), "Le Peuple Du Vide" s’achève donc sur un bon goût de "reviens-y".
L’essentiel à retenir, c’est que ça sent le travail bien sérieux de la part d’un groupe qui a un gros potentiel et semble en passe de le réaliser. Un épanouissement, une maturation, un accouchement de soi-même, qui ne se fait pas dans la douleur, et dont on souhaite qu’il dure…
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