"Lazarus"
Note : 18/20
Ah, quelle excitation à la réception du nouvel Hacride… conquise par leur précédent album "Amoeba", j’espérais beaucoup de "Lazarus". Bien souvent, à trop attendre quelque chose au tournant, on est déçu... High hopes and expectations, comme on dit. Alors fut-ce le cas ici ? Sus au suspense, disons-le tout de go : que nenni ! Ce nouvel opus relève du grand art !
Sur le texte de présentation en Anglais du CD promotionnel, Hacride fait le constat qu’un nombre croissant de groupes en font toujours plus simplement pour en faire plus : plus bourrin, plus technique, plus ceci, plus cela… Evidemment, avec ce propos, le groupe ne peut pas se permettre de taper dans la surenchère gratuite et doit prouver sa différence dès les premières notes… et une seule écoute suffit à savoir qu’Hacride peut bien fustiger qui bon lui semble, "Lazarus" est en béton armé ! Chaque note, chaque riff, chaque break semble justifié, à sa place, partie intégrante d’un tout où chaque détail a sa raison d’être.
Hacride pousse encore plus loin son propre son qui dépotait déjà dans ses deux LP précédents, s’éloignant toujours plus de ses aînés pour se forger une identité toujours plus personnelle.
Outre les influences présentes depuis les débuts du groupe comme Meshuggah, la recherche de mélanges de sonorités peut rappeler le style et le talent d’Opeth ou de Katatonia (sur "Awakening", notamment). Par moments, le clavier apporte une sonorité proche d’un black symphonique à la Dimmu Borgir. On trouve quelques intrusions électro, principalement dans "My Enemy", morceau de clôture de l’album où la voix lancinante évoque Peter Steele (Type O Negative). Dans plusieurs morceaux se retrouvent enfin des passages à la limite de l’expérimental façon Buckethead.
L’émulation et le brassage des genres permettent à Hacride de nous proposer son style unique et puissant, à la musique tour à tour ample et oppressante.
Le CD débute par "To Walk Among Them", impressionnant morceau d’ouverture de 15 minutes. Au fil du morceau, la rythmique est très variée, on trouve du chant clair, des passages prog, des passages littéralement planants, des breaks, une pointe doom-death par moments… une richesse et une variété qui font de ce morceau une œuvre en soi.
Ces éléments se retrouveront tout au long de l’album et dans aucun titre la recherche, la musicalité, la profondeur et l’imposante technique ne sont en reste.
Tout comme dans "Amoeba", la plupart des intros sont très harmonieuses, acoustiques ou semi-acoustiques, et le rouleau compresseur s’ensuit, inexorable, après quelques mesures, dans un enchaînement qui passe somme toute comme une lettre à la poste.
Le surprenant "Phenomenon" voit même son intro s’étendre sur la moitié de la chanson avant de donner dans un son très doom, sans paroles, nous offrant ainsi une pause plus calme avant de repartir de plus belle dans le death avec "A World Of Lies".
Un frisson parcourt l’auditeur tout au long de l’album et ne le quitte qu’une fois la dernière note éteinte. Ayant trouvé la parfaite alchimie entre musicalité et violence, Hacride semble déployer ses ailes noires mais ô combien gracieuses dans un ciel torturé, et nous ne sommes pas près de quitter des yeux (et des oreilles) le vol du papillon…
"Amoeba"
Note : 19/20
Incroyable… c’est peut-être le mot résumant le plus facilement "Amoeba", sans pour autant dévoiler ce qui en fait l’essence. N’y allons pas par quatre chemins, le second opus d’Hacride est tout simplement une tuerie et les superlatifs pour le qualifier ne manqueraient pas. D’autant qu’une chronique extrêmement détaillée et plusieurs dizaines d’écoutes ne seraient pas de trop pour rendre honneur au travail fourni par le groupe.
Premier constat après écoute : "Amoeba" nous ferait presque oublier "Deviant Current Signal", le premier transcendant le potentiel exprimé sur le second. Certes nous avons toujours affaire à du Hacride, mais la bête a su évoluer de manière intelligente, exploitant le coté progressif de sa musique, au détriment du death technique. L’époque où elle évoluait dans l’ombre de Meshuggah et Gojira semble révolue, finie la comparaison, les influences sont belles et bien là, mais elles ont parfaitement été captées et digérées par le groupe qui a su y apporter son style, une certaine originalité et une justesse de traitement remarquable. C’est simple, les pistes musicales sont tortueuses, innombrables et fouillées, de sorte que l’auditeur ne peut s’empecher de les explorer mais ne ressent jamais une impression de déjà vue ou de copier coller… Qu’elles soient influencées par des groupes tels qu’Opeth, Strapping Young Lad, Textures ou même de genres musicaux tels que le flamenco ou le jazz, elles sont toutes au service de la musique, musique qui, finalement, ne se retrouve dans aucune étiquette metal habituelle…
Première écoute, le morceau "Perturbed" lance la machine, quelques notes à la consonance "latino" se font entendre, ces 20 premières secondes de calme envoûtent et… s’évanouissent brutalement. Un long cri écorché se fait entendre, la batterie et la basse prennent place dans un chaos que laisse s’exprimer la voix qui, elle, se tait. A écouter plus attentivement on entend encore quelques notes de mélodie dans le fond, une ambiance fort discrète, mais perpétuellement présente qui sert la brutalité apparente du morceau. Changement de rythme, le batteur enchaîne les parties monstrueuses de précision et celles plus groovy avec une aisance et un feeling remarquable, tandis que la voix s’envole sur les riffs tranchants servis par la guitare. S’ensuivent d’autres variations pour se retrouver avec une partie mélodique qui finira par enchaîner ni vu ni connu sur le second titre de l’album. Et dire que pendant ces 5 minutes que dure la première compo on ne fait qu’entr’apercevoir le potentiel de l’album sans jamais atteindre la richesse qu’il nous sert dans son intégralité. Le tout de manière parfaitement homogène que se soit techniquement, musicalement ou vocalement. Arrive la quatrième composition du groupe : "Zambra" est sans aucun doute LE titre qui marquera les esprits, bien qu’ayant eu du mal lors de sa première écoute, j’ai fini par être totalement séduit par l’efficacité de ce morceau mélangeant metal et flamenco. Une fois de plus le groupe a parfaitement saisi l’essence de ces deux genres musicaux pour parfaitement retranscrire leur force, ce qui donne un cachet unique et particulier à cette compo.
S’ensuit "Liquid", le seul morceau calme et totalement instrumental de l’album, une pause envoutante. Et l’on n’est pas au bout de nos surprises puisque le morceau "Cycle" va jusqu'à nous proposer des parties un peu plus jazz, durant lesquelles la basse se révèle être particulièrement intéressante… Bref, Hacride ne ménage pas l’auditeur et lui donnera de quoi s’occuper jusqu’à la dernière seconde.
Bien entendu la prod est aux petits oignons, ne parlons même pas du mixage qui a du nécessiter un travail énorme. Chaque sample, chaque nuance, chaque ambiance se fait ressentir. La galette transpire le produit fini et peaufiné dans le moindre détail. Il en ressort une profondeur et une lourdeur faisant ressortir l’energie des morceaux de manière stupéfiante.
Revers de la médaille, "Amoeba" n’est pas un album des plus accessibles, qui se livre à notre oreille facilement : à l’écouter de manière discrète, en surface, on risque de passer à coté de beaucoup et de ne retenir que le coté brut du groupe, car malgré ces ruptures de tempo, ces passages mélodiques et sa richesse avouons que l’ensemble ne plaira pas à certains.
Réfléchit, pointu, deroutant, abouti, remarquablement exécuté, inspiré, original, puissant, maîtrisé, riche, impressionnant à la fois onirique, violent et moderne, Hacride signe la un album remarquable de maîtrise. Arriver à un tel résultat pour un second album, chapeau…
"Deviant Current Signal"
Note : 17/20
En voila un groupe qu'il est beau, Hacride et non Hagrid, que les fans d'Harry Potter ne s'y méprennent pas. En effet, Hacride a un aussi gros son que la carrure impressionnante et poilue de ce géant mais petite exception qui déroge à la règle, nos Poitevins n'ont pas de pitié ni de compassion pour les petits marmots à lunettes. Ironie du sort ou double hommage appuyé à ce géant fantastique, le premier morceau de cet album s'intitule "Human Monster". Et là où la tradition veut une introduction pour la mise mise en bouche Hacride ne perd pas de temps et déverse sa haine avec pertes et fracas. Aussi fou ou presque que Devin Townsend dont on ressent la présence sur ce "Deviant Current Signal", nos 4 musiciens nous livrent une galette dans laquelle il sera dur de rentrer. En effet, il m'a fallu plusieurs écoutes pour vraiment me rendre compte des petites subtilités et initiatives dont ils ont fait preuve. Mais c'est ce qui fait justement la force de ce groupe, s'écartant des clichés actuels pour nous pondre un metal à mi-chemin entre les délires farfelus de Mike Patton et du sieur Townsend (cité deux fois, il doit en avoir les oreilles qui sifflent) et autres arrangements Meshuggiens, sans pour autant oublier la touche thrash qui cimente le tout. Et justement c'est ce qui pourra être reproché à nos amis Poitevins, de ne pas s'approprier leurs diverses influences pour nous restituer un style plus personnel, mais n'ayez aucune crainte je ne crie pas au plagiat mais regrette juste ce petit point négatif. Mais heureusement nous ne nous arrêterons pas à ce détail, fort d'un bonne production, cette galette est de bonne augure pour "Amoeba", leur prochain album qui s'annonce être une petite bombe ou une bombinette, à vous de voir. Il sera aussi de mon devoir de faire remarquer le travail de composition effectué sur cette album, autant sur la complexité et la mise en place des morceaux que sur le travail mélodique qui enchentera ou a déjà enchanté vos oreilles. Sans oublier la présence inattendue d'un saxophone sur "Protect", accentuant le côté envoutant et mélodique de ce morceau. C'est donc une chronique un peu tardive, mais chronique quand même de ce groupe dont on est fier de dire à nos voisins Européens qu'il est francais. Et comme on dit pourvu qu'ça dure !
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