Si je vous vante les louanges de "ma" scène Lilloise, je risque fort de me faire taxer de chauvinisme, et pourtant, et pourtant, j’en aurais des choses à dire… Et c’est aujourd’hui les membres de DunkelNacht qui vont m’en donner l’occasion, car pour une belle surprise ma foi je dois avouer qu’elle est de taille. J’avais en effet déjà pu une fois assister à une de leurs convaincantes prestations live mais je dois avouer que l’excès de bière (proximité de la Belgique oblige) m’avait quelque peu embrumé les souvenirs !
Voici donc qu’ils déboulent aujourd’hui (après diverses collaborations, split-cds et remaniements de personnel) avec leur premier véritable album sous le bras, tout du moins sous la forme actuelle.
Il n’y a pas à tourner autour du pot, de qualités cet opus regorge ! Déjà il faut l’avouer la production est bonne, très bonne même et sied à merveille au type de black metal proposé ici, un son bien froid mais pas trop, suffisamment puissant pour renforcer l’impact mur de son/rouleau compresseur "infligé" à l’auditeur.
Cela est sans doute du en partie à la présence de la boite à rythme, elle qui d’habitude à bien du mal à remplacer une vraie batterie, ce n’est pas le cas ici, au contraire, elle ne fait que renforcer le côté implacable et déterminé des compositions. On en vient toutefois à regretter le départ de Yamael (de Nirnaeth) du poste de batteur tant il m’est facile d’imaginer son jeu si caractéristique mis au profit de cette musique. Reste plus qu’à trouver un challenger digne de lui succéder pour le live. Bref vous l’aurez peut-être compris, ça joue vite et bien !
Les parties de guitares filent majoritairement à toute allure même si nos nordistes savent aussi lever intelligemment le pied afin d’aérer leurs compos, renforçant au passage l’atmosphère chargée et "chirurgicalement" malsaine, évitant aussi par la même le piége de la lassitude à l écoute de cette galette.
Pour vous donner une idée, essayez un peu d’imaginer le black Suédois (Dark Funeral ou Marduk par exemple) auquel on aurait su ajouter un côté "technologiquement" froid. J’entends par là que le groupe n’hésite pas à utiliser ici et là d’assez discrets bidouillages électroniques ou samples du meilleur effet, ce qui leur confère au final une identité, une "signature DunkelNacht", un rendu assez personnel, ce qui fait malheureusement trop souvent défaut à beaucoup de groupes.
Le résultat final en dépit de sa brutalité n’en demeure pas moins mélodique et on apprécie à leurs justes valeurs les quelques "jouissifs" solos de guitare qui ponctuent le tout comme par exemple sur les pistes 2 ou 3, des solos où j’ai pour ma part senti planer l’ombre des dieux US du thrash Slayer quand ils ne sonnaient pas carrément heavy.
Je retiendrai en particulier de cette écoute le titre 4 "Etau Chrétien" évoquant un "paradis perdu" et son imparable refrain "Agenouillez-vous pauvres pécheurs, l’heure de la rédemption a sonné !", pour moi sans conteste l’un des morceaux les plus réussis de cet album, notamment par son "étonnante" intervention féminine, très atypique de ce qui est proposé habituellement dans le style. En effet, pas de chant lyrique à l’horizon mais plutôt quelques lignes récitées, en décalage de la musique, révélatrices pour ma part d’un sens aigu de l’ironie chez ce groupe, original mais très réussi. Cette "intervention" joue à nouveau un rôle non négligeable sur la piste 6 "How To Build A New Burning Head Messiah". Un titre au tempo effréné, où la boite à rythme tabasse sévère et se marie à merveille avec les vocaux hystériques du hurleur de service, effet garanti ! Si l’on devait parler de la voix, elle est définitivement black (même si elle s’autorise quelques incartades gutturales) et même plutôt intelligible pour peu qu’on fasse un peu attention. Le groupe ne s’impose pas de limites pour véhiculer son discours, s’exprimant aussi bien dans la langue de Molière que dans celle de Shakespeare. La teneur des textes semblent comme c’est souvent le cas dans le black assez hostile aux religions mais là ou on relèvera une particularité c’est qu’au lieu de prôner un satanisme revanchard à l’instar d’Osirion par exemple (j’ai d’ailleurs pour ma part relevé une certaine ressemblance dans la prose des deux groupes), DunkelNacht met plutôt en exergue un profond athéisme revendiqué et blasphématoires dans des textes plutôt bien écrits, il convient de le souligner. Mais clairement et indéniablement le point fort de ce groupe réside dans l’écriture et l’exécution des lignes de guitare car cette galette regorge de bons riffs bien efficaces et assez facilement mémorisables Je terminerai en soulignant le caractère pro de cet album car même si il ne m’a pas été donné de tenir dans les mains l’artwork final, même le logo du groupe à l’instar de la production est très soigné.
Reste maintenant au groupe de trouver des musiciens à la hauteur pour compléter le line-up, je pense notamment au poste de batteur car longue est la route vers la reconnaissance…
Néanmoins ce "Atheist Dezekration" se veut une "putain de belle" carte de visite et gageons que si le bataillon DunkelNacht continue sur cette lancée, il ne devrait pas tarder à s’offrir une place (méritée) dans le club fermé des groupes de black Français qui comptent, à bon entendeur… Un groupe à soutenir !
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