Délirant, burlesque, excellent. C’est sur ce modeste constat que je me lance pour vous décrire le nouvel ovni de Diablo Swing Orchestra.
En effet, il y a des coups de pieds dans la fourmilière qui font du bien. Vous pensiez que le metal à chant féminin c’est du "vu et re-vu" ? Vous êtes blasés quand vous entendez parler d’un groupe venant de Suède ? Pour vous le chant lyrique est forcément synonyme de rasoir ? Arrêtez de vous prendre trop au sérieux et tendez une oreille.
Commencez par mettre votre lecteur en mode "intro". Quel autre groupe, en un album et sur quelques secondes seulement, arrive à faire penser à des références aussi disparates que le film The Mask, des mariachis, une fanfare militaire, Georges Brassens (guitare acoustique), un vieux manège, Thomas Dutronc (guitare manouche) ou encore Apocalyptica ? Ne vous laissez pas démonter par l’apparent fouillis des ambiances et maintenant lancez la lecture du disque pour de vrai.
"Sing Along Songs For The Damned And Delirious" est une mine d’ambiances surprenantes aux influences bigarrées : dès l’ouverture avec "A Tapdancer's Dilemma" où les cuivres donnent à la musique un côté très festif et chaud tandis que les voix louchent parfois du côté des Triplettes de Belleville ou de Caravan Palace ; immédiatement après, "A Rancid Romance" ouvre sur un piano très théâtral puis un riff metal où s’ajoutent trompettes et castagnettes pour un effet mi-flamenco mi-tango, la même trompette amenant un effet burlesque au chant dans les refrains parfois proche de l’hystérie, on est presque étonné que le morceau se finisse aussi calmement avec un très beau duo accordéon / violoncelle ; par la suite les "frères" Siberian Love Affairs et Vodka Inferno nous emmènent quelque part en Russie, l’un dans une taverne pour une invitation à boire au son d’un orgue de barbarie, d’un accordéon et d’un chœur Slave, l’autre pour une danse effrénée aux changements de rythme soudains mais où l’air semble bien connu. Citons enfin l’excellent "Lucy Fears The Morning Star" qui s’ouvre sur une marche militaire et finit avec un mélange metal / percussions qui sent bon le Sepultura de l’époque "Roots" auquel viennent se joindre en clôture des trompettes pour un résultat latino et génial. Mon passage préféré ! Je vous laisse la surprise pour les autres morceaux.
Côté chant, le groupe a également choisi de faire les choses en grand en s’offrant le baryton Kosma Ranuer pour donner la réplique à leur extraordinaire vocaliste Annlouice Loegdlund. De ce duo nait des dialogues lyriques frapadingues, on pense au Fantôme de l’Opéra ou à une pièce d’opéra-bouffe. Le style d’Annlouice, c’est une voix à personnalité multiple : cantatrice un peu folle, ingénue, petite fille ou caressante. En comparaison avec des noms connus du chant féminin dans le metal, Annlouice se distingue par sa voix versatile mais surtout bourrée d’humour, chose qu’on ne retrouve pas chez toutes les dames du milieu au chant parfois très cérémonieux voire guidé. Daniel Håkansson (guitare) apporte également une touche pop / rock avec sa voix pas si éloignée de Muse ("Memoirs Of A Roadkill", "Stratosphere Serenade"), calme et plaisant.
Diablo Swing Orchestra surprend avec des morceaux catchy, décalés et ose le mélange des genres. Ca swingue jusqu’au bout, point de système de "hits" pour faire passer la pilule de morceaux plus faiblards. Comme qui dirait : "Enjoy !"
Premier album sorti il y a 3 ans, "The Butcher's Ballroom" lançait un premier pavé dans la marre et révélait une musique originale amalgamant metal et diverses autres influences. Ce qui aurait pu n’être qu’un effet d’annonce ou de mode nous revient et frappe à nouveau un grand coup ; avec "Sing Along Songs For The Damned And Delirious", Diablo Swing Orchestra prouve qu’ils n’ont rien perdu de leur créativité (bien au contraire !) et qu’ils sont là pour rester.
Diablo Swing Orchestra c’est une musique pleine de bizarreries, d’excentricité mais avec un boulot d’écriture et de composition réel, de vrais riffs… bref de vrais pros ! "Sing Along Songs For The Damned And Delirious" est l’album le plus amusant et le plus stimulant qu’il m’ait été donné d’écouter, au final mon préféré pour 2009, je vous le conseille vivement ! Et pour ceux qui seraient déjà tombés (ou tomberont) amoureux, Diablo Swing Orchestra est d’ors-et-déjà annoncé pour le Brutal Assault 2010, et quelque chose me dit que la tournée Européenne n’est pas finie. A voir absolument sur scène !
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