"Paracletus"
Note : 18,5/20
Deathspell Omega... depuis la sortie de "Si Monumentum Requires, Circumspice", ce groupe trône sur la scène black metal hexagonale et est respecté dans les sphères internationales du genre. Un background occulte et une musique complexe, magnifique et d’une noirceur terrifiante, le tout agrémenté d’une personnalité unique. Deathspell Omega est sans aucun doute entré au panthéon des groupes de black qui ont le plus marqués, au côté d’Emperor et Darkthrone.
Dés le début de "Paracletus", on retrouve ce son, ces riffs et ce sens de la mélodie qui sont propres à Deathspell Omega. On n’est donc ni dans le "raw", ni dans le moderne ultra propre, la production se rapprocherait même d’un certain Blut Aus Nord (ou, dans une moindre mesure, à certains groupes de black Suédois tels que Ondskapt et Funeral Mist ou aux Norvégiens de 1349) avec une production audible et organique mais pourtant malsaine et sauvage. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un son bien peu courant dans le metal, ceux qui connaissent déjà Deathspell Omega doivent savoir de quoi je parle. Mais cette fois, ce son a été encore plus travaillé pour obtenir un résultat vraiment unique !
On peut diviser cet album en deux parties, les cinq premières pistes constituent un ensemble relativement accessible et épique où tout respire qui se conclut par un "Phosphène" transitoire. La seconde partie, bien plus dure, émotionnellement parlant, est violente sous tous ses aspects. L’album est construit intelligemment pour que la lassitude ne fleurisse jamais, il présente le Deathspell Omega sous ses aspects comme nous allons le voir.
Après "Epiklesis I" une sombre intro, aussi lente qu’agressive, "Wings Of Predation" nous explose à la face dans un chaos de dissonance et de rythmes cassés. On découvre des passages qui, sur ce chaos, contiennent un certain calme porté par des échos, des passages qui nous obligeront à revenir à "Paracletus" par la suite. 3 minutes 41, c’est qu’il a fallu pour nous convaincre. "Abcission", bien plus long, est sans aucun doute l’une des pièces qui pousseront l’auditeur à revenir sur "Paracletus" pour découvrir les mystères qu’il recèle. "Abcission" est ce serpent que l’on voit sur la pochette, le tentateur qui te fait découvrir les vertus du mal et à qui il est difficile de résister. Chargé d’ambiance, ce morceau est une véritable tragédie qui fait défiler une quantité d’images dans notre tête, à la manière d’un album de musique d’ambiance... sauf que la pièce se veut extrême dans sa construction. "Dearth" est un court poème récité en Français sur une musique mid-tempo relativement dépressive mais qui prend une autre tournure lors de la seconde moitié du morceau, une tournure qui l’amène à se confondre avec "Phosphène". Le dernier morceau de cette première partie se veut progressif et chaotique, violent et noir. Il fait partie de ces passages auquel on n’accroche pas du premier coup. Les changements de rythmes y sont nombreux et la tension ne tombe jamais. Certains passages peuvent faire (un peu) penser à du Meshuggah ou d’autres tombent tout simplement dans un calme excessif. On retrouve aussi des parties plus épiques. Bref, une autre pièce grandiose, mais cette fois très complexe, de "Paracletus".
La seconde partie commence avec un "Epiklesis II" d’une malveillance prononcée, un mid-tempo qui nous ouvre enfin la porte aux enfers, je parle bien entendu du véritable enfer car quel mot, sinon "enfer" pourrait décrire les trois morceaux qui suivent. A l’image de "Phosphène", on subit une attaque faite de chaos et de ténèbres, mais cette fois avec une violence accrue. Difficile donc de ressortir indemne de cette trilogie si l’on s’investit pleinement dans l’album. Le dernier morceau "Apokatastasis Panton", reprend les premières notes de "Epiklesis II" mais se lance dans une sorte de mélodie symbolisant le final d’une grande tragédie mythologique, même si ce n’est sans doute pas la symbolique recherchée. Quoi qu’il soit, nous sortons enfin de ce déluge infernal qui nous foudroyait, pour notre plus grand bonheur.
Dans son ensemble, vous l’avez compris, "Paracletus" pousse à leur paroxysme tous ces sentiments que nous sommes censés ressentir à l’écoute d’un bon album de black metal. Mais "Paracletus" n’est pas un bon album de black metal, car Deathspell Omega, d’un point de vue qualitatif évolue sur un pallier supérieur (et de loin) à celui des "soi-disants" légendes du black. On reprochera (encore une fois !) la durée de l’album. 43 minutes pour une telle œuvre, c’est un apéritif : 1h 15 serait le strict minimum ! De plus, sur ce court laps de temps, le groupe ne peut pas développer une plus grande variété d’ambiances grâce à des chants Gregoriens par exemple (qui m’avaient marqués à l’époque, sur "Si Monumentum Requires, Circumspice"). Mais ce dernier point reste toutefois relativement personnel car "Paracletus" détrône carrément les précédentes réalisations et il semble évidemment que le groupe a réussi ce qu’il a entrepris.
Deathspell Omega est grand et voici son ultime preuve : "Paracletus".
"Fas - Ite, Maledicti, in Ignem Aeternum"
Note : 19/20
Ecrire sur cet obscur combo me semble bien difficile tant ces messieurs cultivent le goût de l’ombre, distillant les informations les concernant au compte-goutte, comme un mystérieux secret précieusement gardé… Une stratégie qui, à l’instar de Blut Aus Nord (auxquels ils sont souvent comparés pour leur goût de l’expérimentation) semble leur conférer un statut d’alchimistes, d’orfèvres raffinant davantage si cela été nécessaire le coté ésotérique de leur ART, oui le mot est soigneusement pesé car peu sont ceux (Emperor, Blut Aus Nord), à pouvoir se revendiquer comme pratiquant de l’ART black metal…
Après une intro ne faisant que confirmer le coté relativement obscur (antiste ?) de cette œuvre, l’office peut commencer… Et quelle claque !
Les musiciens expérimentés se jouent de la musique, faisant ce qu’ils veulent des tempos, enchaînant blasts furieux et passages pesants presque doom, plaquant ici et là des accords de guitares dissonants du meilleur effet. Le chant black est plutôt grave, plus proche d’un Atilla Csihar que d’un Dani Filth. Quelques effets électro voire même des passages semi acoustiques débouchent parfois sur quelques salvatrices secondes de silence atmosphérique.
Bref vous l’aurez compris, l’écoute de cet album n’est pas vraiment de tout repos mais on n’en vient à penser que pousser les portes de leur temple et pénétrer leur univers, et bien ça se mérite ! Chapeaux bas Messieurs, avec de tels représentants, on peut dire que le black Français de porte bien et continuera à faire des envieux au niveau international !
Certains riffs hypnotiques, entêtants ont continué de me hanter longtemps après l’écoute, et je ne peux m’empêcher pour conclure de citer le groupe lui-même : "Le vent de la vérité à répondu comme une gifle à la joue tendue de la piété". Excellent, tout simplement…
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