"Face The Colossus"
Note : 15/20
Que de chemin parcouru par Dagoba depuis sa création il y a un peu plus de dix ans... Après un premier album qui avait permis au groupe d'être reconnu sur la scène française, suivi par l'énormissime "What Hell Is About" qui lui avait ouvert les portes de l'international (concerts à l'étranger ponctués par une ouverture pour Metallica en Espagne), voilà aujourd'hui le tant attendu troisième album, "Face The Colossus". Dagoba n'en est plus à l'étape de se faire un nom, Dagoba doit désormais convaincre avec un nouveau virage amorcé depuis "What Hell Is About". Décortiquons donc ce "colosse" ! Après une courte intro, on plonge directement dans le bain avec le morceau éponyme de l'album. Première constatation, le martelage signé Franky à la double grosse caisse, qui est depuis longtemps la marque de fabrique du groupe, est toujours aussi omniprésent. Les blasts ne sont pas non plus en reste ! A la première écoute, le morceau "Face The Colossus" surprend par son sample digne de "Stars Wars" (à l'époque de la trilogie orginale), pas forcément du meilleur effet. Autre constatation, cet album est dans la continuité parfaite de "What Hell Is About", la brutalité se mêle à des passages plus atmosphériques, et d'ailleurs un titre comme "Back From Life" pourra rappeler des ténors du death atmosphérique tel que Crematory. A noter également une progression assez flagrante au niveau du chant, Shawter est désormais maître de son chant clair et les refrains s'en ressentent ("Back From Life", "The World In Between"). Pour le reste, on est toujours dans une intonation "à la Robb Flynn" (Machine Head). Alors qu'on aurait pu penser que Dagoba pousserait encore un plus loin le bouchon au niveau "power métal marton-pilon" avec ce nouvel album, c'est l'inverse qui s'est produit. Les Marseillais nous balancent des "ballades" ("The World In Between", "Silence #3") auxquelles ils ne nous avaient pas encore habitués. "Silence #3" n'est d'ailleurs pas sans rappeler quelques groupes de la scène métalcore Américaine (Bleeding Through, In This Moment). Je n'aurai jamais pensé que Dagoba nous emmène un jour sur ce terrain-là. Si ces morceaux ne sont pas foncièrement mauvais, ils déroutent en tout cas, mais personnellement je n'adhère pas vraiment à cette évolution vers plus de mélodicité. "Orphan Of You" et "Sudden Death" m'ont davantage convaincu, ils correspondent tout à fait à ce qu'on est en droit d'attendre du cuvée 2008, des morceaux violents et directs dignes des premiers jets de Fear Factory, où vient se greffer en plus une ambiance typiquement black-métal. Un régal ! "The Nightfall And All Its Mistakes" tire également son épingle du jeu avec une sorte de deathcore sombre et efficace qui ne ressemble en rien au passé discographique du groupe, une bonne surprise donc. Globalement, "Face The Colossus" est donc à la fois un bon album et un album assez difficile à cerner, je pense que chacun pourra faire le tri pour trouver son bonheur. A noter la jolie pochette qui est en fait une peinture réalisée par Cecil Kim, concepteur des jeux "God Of War" et "Final Fantasy". Elle illustre parfaitement l'album. La production, assurée une nouvelle fois par Tue Madsen, est titanesque... mais pas forcément irréprochable. Le mix me dérange quelque peu, la batterie et les machines ayant tendance à noyer tout le reste dans un brouhaha lourdingue et fatiguant. Les machines, les violons, les pianos et tous les différents arrangements symphoniques sont également trop présents tout au long de l'album, une utilisation avec parcimonie aurait un peu plus aéré certains morceaux ("The Crash"). Si "St Anger" de Metallica avait surpris avec sa production en "bois", "Face The Colossus" risque de surprendre avec sa production "too much". Peut-être était-ce le but recherché par le groupe après tout ? Comme je le disais au début de cette chronique, Dagoba tente de nouvelles choses et en est désormais à l'étape du "ça passe ou ça casse" qui a été fatale à de nombreux groupes, et pas des moindres (Machine Head, Fear Factory). Espérons que les prestations scèniques feront voler en éclat toutes ces craintes !
"What Hell Is About"
Note : 19/20
Après un premier album qui a partagé la France du métal et qui a suscité autant la passion que la jalousie, Dagoba a fait son bonhomme de chemin pendant ces 3 années de silence discographique, le temps de tourner nationalement avec Loudblast notamment, de participer à quelques festivals étrangers avec entre autres Machine Head et Fear Factory mais aussi et surtout le temps de préparer son deuxième opus ! "What Hell Is About" est passé entre les mains de Tue Madsen (The Haunted, Hatesphere, Mnemic...) et il ne nous faut pas plus que les 47 secondes de l'intro pour comprendre que l'écoute de cet album va être un pur régal ! "Die Tomorrow" nous rassure de suite quant aux quelques interrogations qu'on aurait pu se poser... Dagoba est non seulement resté fidèle à son power métal massif mais il ratisse large en allant aussi puiser dans le hardcore, le thrash et le death pour une plus grande diversité mais aussi une plus grande brutalité.. et sans doute pour corriger cette linéarité que certains soulignaient par le passé. Les samples qui accompagnent les morceaux sont toujours aussi présents mais contrairement au précédent album, il ne font pas que "accompagner", ils sont à présent parfaitement incorporés, ils sont là pour apporter une dimension supplémentaire à la musique du groupe et le pari est réussi. Les différentes ambiances "symphoniques" risquent de vous interpeler à la première écoute mais vous vous rendrez compte rapidement qu'elles se fondent très naturellement au milieu de cette déflagration de puissance (la montée progressive à la fin de "The Fall Of Men" est assez impressionnante... mon dieu, quel batteur !). "The Man You're Not" est un de ces titres qui marquent nettement la progression et l'évolution entre les deux albums, Dagoba ne se contente plus de nous assommer mais au moment où on s'y attend le moins, arrive à nous placer quelques notes de piano sans que cela choque nos oreilles, loin de là ! Le chant de Shawter s'est bonifié avec le temps et a pris une autre dimension lui aussi, ses fans auront la chair de poule à l'écoute de "Cancer" ou "The Things Within". Mais comme si tout cela ne suffisait pas, Dagoba nous gratifie de la présence de Vortex de Dimmu Borgir sur les utra-puissants "It's All About Time" et "The White Guy (Suicide)", de quoi nous ramener de bons souvenirs de leur séjour en Norvège. Difficile de trouver des défauts à cet album, on sent toute l'implication et toute la maîtrise d'un groupe qui ne joue plus dans la même cour, Dagoba s'attaque avec cet excellent "What Hell Is About" aux plus grandes sphères du métal, le travail et les sacrifices finissent toujours par payer un jour !
"Dagoba"
Note : 19/20
"Ensemble des phénomènes aérodynamiques qui se produisent lorsqu'un mobile se déplace dans l'atmosphère à une vitesse voisine de celle du son." Cela s'appelle le mur du son ... Quand ça dure quelques secondes, c'est qu'un avion à réaction a survolé votre maison ... Quand ça dure près d'une heure, c'est que vous avez écouté l'album de Dagoba car le groupe Marseillais l'a bel et bien dépassé le mur du son avec cet album éponyme ! Les amateurs de métal bien lourd et bien gras vont être comblés. Dagoba nous sert toute la panoplie de la brutalité : riffs tranchants, rythmique carrée, double grosse caisse ravageuse, voix agressive (même quand elle est censée être mélodique), production énorme, bref ... quelle baffe !!! Il suffit d'écouter les morceaux "Maniak" et "The White Guy" pour s'en convaincre. Qu'on se le dise, Dagoba est en train de devenir une référence de la scène métal française. Ceux qui sont restés sur le maxi "Release The Fury" peuvent aller le ranger. Ou plutôt non, ils peuvent garder les titres "Something Stronger", "Rush" et "Gods Forgot Me" afin de se rendre compte à quel point le groupe a progressé dans tous les domaines. Les nouvelles versions de ces compos sont d'ailleurs assez méconnaissables. Autre point commun entre le maxi et l'album, le groupe soigne toujours autant le visuel. Il n'a pas lésiné sur les moyens. Comme pourrait l'attester la pochette, le groupe a plongé dans la crème anglaise pour avoir à présent un son digne de ce nom. Il est en effet allé mixer l'album chez Dave Chang en Angleterre, là où Spineshank et bien d'autres sont passés auparavant. Prenez le couplet de "Rise" de Pantera, le timbre de voix de Robert Flynn de Machine Head, les samples de "Demanufacture" de Fear Factory, le punch des Pissing Razors et vous aurez grosso modo une compo du Dagoba cuvée 2003. Les phocéens s'inspirent donc essentiellement de cette scène américaine, il est de fait difficile de comparer (ou de réduire) le groupe à un autre combo français tant il se démarque avec ce son qui lui est propre. A ce rythme là, on pourra bientôt parler de référence et d'un son "Dagoba". Le morceau qui va en surprendre plus d'un est sans conteste "Another Day". Là où certains y verront, à tort ou à raison, un morceau teinté de néo-métal, il faut surtout y voir une formidable alchimie entre mélodie et agressivité. Que dire de plus sur cet album si ce n'est qu'il est distribué par EMI, une référence, et que vous en aurez pour votre argent !
|
|