"Takasago Army"
Note : 13/20
Des groupes de metal de Taiwan ça ne doit pas courir les rues, mais des groupes de metal extrême j’avoue que je n’en connaissais aucun. Chthonic sera le premier, et j’ai vraiment une paire de wagons de retard puisque le groupe vient de sortir "Takasago Army" et que c’est déjà leur sixième album depuis leur formation en 1995.
Pour situer le genre pratiqué par le groupe on va faire très simple, c’est par moments très proche de Cradle période "Dusk" ou "Cruelty" sauf qu’on a aussi régulièrement des instruments traditionnels asiatiques qui viennent mettre une touche d’exotisme à tout ça. Alors dit comme ça ça peut faire peur je sais, mais en fait ils savent s’y prendre puisque les deux univers se ménagent très bien. Par contre la ressemblance avec Cradle va forcément faire fuir les très nombreux détracteurs du combo Anglais, parce que c’est vraiment flagrant là. Que ce soit au niveau du chant aigu, ou de certaines ambiances et de la forte présence des claviers on est vraiment en plein dedans.
Là où Chthonic se différencie c’est donc par les influences asiatiques précitées, mais surtout par un coté plus catchy et accrocheur que Cradle. Les morceaux sont plus courts que chez les Anglais et la priorité est mise sur l’accroche, Chthonic a plus de chance de vous faire headbanguer que les premiers albums de Cradle. La volonté de faire quelque chose d’accrocheur et accessible est flagrante aussi au niveau du son, il est très gros et devrait faire cracher les enceintes comme il faut. Toujours est-il que je trouve vraiment sympa comme truc, ça bouge bien ça se retient facilement et les ambiances purement asiats me plaisent bien aussi.
Bon du coup c’est clair que les barbares vont hurler, même classés en metal extrême on reste dans la branche grand public du truc. Ceux qui recherchent du bourrin ou du malsain en seront pour leurs frais, les morceaux de cet album pourraient presque être chantonnés sous la douche. Ce qui n’est pas forcément un mal contrairement à ce que pensent la majorité des gus qui écoutent du metal extrême, ne vous inquiétez pas les mecs c’est pas demain la veille que Mamie se mettra à écouter du metal. En tout cas ce genre de mixture doit sacrément bien passer en live, il y a de quoi se remuer bien comme il faut là dessus.
Alors forcément cet album ne risque pas de bouleverser le monde de la musique, mais il fallait penser à mélanger ces deux univers opposé mine de rien. Et comme la formule ne fonctionne pas trop mal c’est toujours sympa à prendre, même si comme je le disais plus haut le groupe va s’en prendre plein la gueule par les plus puristes d’entre nous. Sans compter que si les Anglais suscités vous font vomir il est inutile de vous pencher sur Chthonic, parce que malgré les quelques éléments personnels apportés à leur musique, les ressemblances seront trop nombreuses pour ne pas vous donner là aussi la gerbe.
Donc voilà un album que je trouve bien sympathique même si très fortement influencé, pas un chef d’œuvre mais ne connaissant pas cette mixture l’effet a plutôt fonctionné. Après le problème avec les albums accrocheurs mais sans grande profondeur, c’est qu’au niveau durée de vie on s’en lasse en général très vite. Le groupe est là depuis 1995, donc je ne pense pas qu’on aura droit à un changement majeur de sa musique à l’avenir. C’est dommage parce qu’avec la même démarche mais poussée plus loin ça aurait pu donner un truc vraiment particulier.
"Mirror Of Retribution"
Note : 12,5/20
Chthonic ou la réussite improbable de ces cinq Tawainais qui en veulent et deviendront, en l'espace de cinq opus, virtuoses de l'extrême issu d'une scène Asiatique pourtant peu propice à ces révélations dérangeantes. A ceux dont ce mystérieux patronyme demeure inconnu jusqu'à ces quelques lignes, ce petit groupe a pourtant déjà foulé les planches des très grands, ainsi ces cinq obscurs personnages se sont vu accueillir par l'illustre Ozzfest et le non moins prestigieux Wacken Open Air. Une belle reconaissance pour ceux à qui rien ne prédestinait à un tel destin... Mais que l'on se rassure Chthonic ne doit pas tout à ses origines, même si au fil du temps il a fait de sa particularité une marque de fabrique, la musique haineuse et affranchie de cette sombre formation a su prendre possession de plus d'une âme torturée en ses propres terres comme au delà des mers et ce "Mirror Of Retribution" (littéralement "Mirroir des Châtiments") ne fera point exception à la règle. Une envolée de black metal à tendance ultra-rapide, d'envoûtants choeurs féminins sur des textes relatant mythes et culture Taïwanaise, un soupçon d'accents modernes et Chthonic s'empare de vous pour un périple promettant moult rebondissements et découvertes d'horizons inconnus. Malgré l'illusion d'un vacarne sonore au premier abord, "Mirror Of Retribution" révèlera son véritable visage d'oeuvre soignée et recherchée à travers des ambiances apocalyptiques, écrasantes de noirceur, insufflées notamment par la présence très appréciable d'un violon et de celle du synthé de CJ. Malheuresement ce dernier opus ne supporte pas la comparaison avec le précédent "Seediq Bale", moins délicat, délaissant presque choeurs féminins et mélodies enivrantes, Chthonic perd de son grandiose. Certes plus personnel avec ses quelques rares sonorités Asiatiques (interlude "1947"), le ton est au black metal en son sens classique, perdant ainsi mystère et singularité musicale, les Taïwanais vont droit au but en oubliant les subtilités qui font la différence. A cela s'ajoute le problème de la voix criarde à la Dany Filth toujours linéaire et donc inmanquablement lassante voire énervante. En dépit de cela le mot d'ordre reste de suprendre et la pochette à l'admirable visuel comme la présence d'une bassiste, Doris, sont encore là pour le démontrer, promettant à ce groupe venu de loin un bel et long avenir marqué semblerait-il par une évolution certaine...
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